‹ L'Encyclique: Les Principes de 1789Chapitre 35 sur 51 · Prop · texte numérisé non relu

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298 CHAPITRE XVIH.

serait le comble du despotisme. Sous ce rapport, nous sommes heureusement bien loin des tendances de la Révolution. La loi de 1850 a ouvert la voie, et il ne reste que des améliorations faciles à réaliser.

Enfin, pour toute famille et pour tout homme, quel que soit son âge, le repos du dimanche est la base de la vie intellectuelle et morale. Une des premières sollicitudes d’un législateur sérieux doit être, non pas de conduire par la force, aux églises, les gens qui ne s’y sont pas disposés, mais d'empêcher qu’on n'ôte à personne la liberté suprême de son âme, et qu'en contraignant les hommes de travailler sans cesse, on ne les réduise à l’abrutissement et à la servitude. 11 n'y a que les pays catholiques où la passion et la rage antireligieuses aient été jusqu’à méconnaître l'importance de cette loi primordiale, que l'Angleterre et les autres pays protestants! ont le bon sens de respecter, comme la base de leur hygiène politique et sociale.

1. On peut citer à ce sujet, comme type de sagesse et de dignité bien comprise, la résolution récente prise par l'association des compa-

gnons imprimeurs de Berlin.

Considérant :

1° Que le repos corporel et intellectuel constitue, après un trayail assidu de six jours, un besoin urgent pour tout travailleur; .

20° Qu'une activité, interrompue seulement par le sommeil le plus indispensable, affaiblit la force nécessaire au travail, tient le travailleur éloigné de toute tendance morale plus élevée et l'en rend incapable ;

39 Que le salaire du travail de six jours doit être suffisant pour faire vivre le travailleur, et que l’expérience prouve que la position du travailleur n’est pas meilleure quand il travaille sept jours;

Ainsi, tout d’abord, que l’État, qui doit l'exemple, suspende ses travaux le dimanche, et laisse à ses ouvriers, à ses employés, à ses soldats, à ses fonctionnaires de tous les degrés, le temps d'accomplir leurs devoirs et de respirer au moins quelques heures en famille. Ensuite, quoi de plus facile que de faire entrer cette clause dans les cahiers des charges de toutes les grandes entreprises, canaux, chemins de fer, mines, etc., auxquelles le gouvernement concède des priviléges? Sur la demande des employés du commerce, qui sont tous intéressés à avoir un jour de liberté, pourquoi ne pas leur accorder, comme en Angleterre, la fermeture des magasins? En devenant générale, elle ne nuit plus à ‘personne, et elle donne, alors, aux patrons eux-mêmes des loisirs que leur ôte la concurrence. Enfin, si les ouvriers en reconnaissent l'utilité pour eux, pourquoi ne pas favoriser l'établissement d’une même règle commune aux travaux

4° Que l'établissement du travail du dimanche, comme moyen de concurrence, est absolument blämable ;

5° Que le travailleur « libre » ne peut ni ne veut rester au-dessous des esclaves de l'antiquité ni de ceux du temps actuel:

L'association des compagnons imprimeurs de Berlin déclare que le travail du dimanche est une mesure préjudiciable à la prospérité maté- . rielle et intellectuelle qui doit être absolument rejetée, au point de vue moral, et invite, en s’en référant aux efforts faits antérieurement dans ce sens, toutes les sociétés de travailleurs, ainsi que tous les patrons bienyeillants, de publier des manifestations analogues et de réagir autant

qu’ils le pourront contre la funeste habitude du travail du dimanche dans les ateliers.

extérieurs, aux ateliers nombreux? Pourquoi ne pas fixer à ce jour, naturellement désigné, les réunions, les fêtes, les lecons ou lectures, qui sont la vie publique et intellectuelle du travailleur ?

Qu'on le remarque bien, il ne s’agit pas ici de contraindre un peuple, qui ne le voudrait pas, à sanctifier le dimanche. Quand on en aurait le pieux désir, on n°v parviendrait point. De telles lois doivent être réclamées, sanctionnées, soutenues par la conscience publique et par les mœurs, et elles tombent d'elles-mêmes en désuétude quand cette force leur fait défaut. Mais si, comme en France, c’est une minorité d’esprits forts qui s'entendent pour discréditer le repos du dimanche, si c'est une minorité de capitalistes ou de fonctionnaires qui le foulent aux pieds dans les grands travaux publics, c'est un tort grave de leur part, et ce serait folie de les laisser faire. 11 faut montrer au peuple que cette prétendue liberté mène droit à la servitude, et n'a pour résultat que de façonner aux exploiteurs des bandes d'esclaves, sans foyer comme sans autels, peu à peu dépouillés du dernier vestige de dignité ou d'indépendance. Il faut prouver à l’ouvrier que, pour conquérir la liberté sociale, intellectuelle et morale, ailleurs que sur le papier, le premier pas à faire est de vouloir et de respecter le repos du dimanche. C’est là le seul moyen de rendre possibles et faciles, par la libre

initiative des hommes, une foule de progrès, qui parais-

sent aujourd'hui chimériques, et que les violences révolutionnaires ou les combinaisons économiques ne réaliseraient jamais. Enfin, c’est la certitude, en élevant le niveau moral, de diminuer les crimes et les délits, contre lesquels la société est si souvent obligée de sévir. En un mot, c'est accroître la part de la liberté, et restreindre celle de la répression.

Ainsi, liberté du mariage religieux, liberté de l’enseignement religieux, liberté du dimanche, liberté des associations et des corporations religieuses, en un mot liberté de l’Église, qui n’est autre chose que la vérité sociale dans la vérité religieuse, et qui, par les libres vertus et par les libres dévouements, peut seule agrandir sans limites le champ de la liberté sociale : voilà tout le programme des catholiques. Que l’État favorise franchement l'expansion de leur activité, qu’il la débarrasse des entraves qui la paralysent, qu’il la protége contre les passions perfides qui la combattent, et qu’il se borne à réprimer les abus les plus grossiers de la puissance du capital. Il exercera ainsi la plus facile et la plus douce des interventions, au lieu de se lancer dans je ne sais quelle imitation, à la fois despotique et impuissante, du césarisme païen, et il - assurera la vie intellectuelle et morale des masses, que la Révolution tend inévitablement à ramener à la misé-

rable situation de l’esclave antique.

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