‹ L'Encyclique: Les Principes de 1789Chapitre 38 sur 51 · Prop. 22 et · texte numérisé non relu

Prop. 22 et

CONCLUSION. 303 liberté pleine à l’Église, pour réprimer les outrages de l'impiété et les conspirations des sociétés secrètes.

I faut qu'en présence de Jésus-Christ, vivant et régnant dans son Église, et sous la présidence du Pape, son Vicaire, les chefs et les représentants des peuples catholiques, assemblés en congrès, rétablissent les grandes vérités, dont les principes de 1789 n'ont été que la fausse monnaie. À eux de proclamer que les hommes et les peuples seront d'autant plus libres et plus unis qu’ils seront plus chrétiens; que le pouvoir vient de Dieu, et a droit au respect, tant qu’il n’a pas foulé aux pieds les engagements dont l’Église est le témoin; que la liberté consiste à pouvoir faire le bien; que la loi est l’expression de la justice éternelle, dans la mesure où elle peut être réalisée sur la terre, et qu’elle doit avant tout assurer le respect de la vérité religieuse, politique et sociale, base de toute liberté; enfin, que toute société dans laquelle l'indépendance et la liberté de l'Église n’est pas assurée, n’a ni constitution ni liberté dignes de ce nom.

On m'accordera, je l’espère, le mérite d’une entière franchise ; mais on trouvera, peut-être, cet exposé inopportun. À quoi bon demander tant de choses à la fois, au risque de perdre celles que l’on possède déjà? Pourquoi ne pas se conformer à l'esprit du temps, en ménager les susceptibilités, les exigences, voire même les illusions? Pourquoi ne pas se faire libéral à la

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mode, et ne pas crier vive 89, sauf à interpréter à sa facon ses principes si élastiques et si goûtés? Pourquoi ne pas chercher à plaire au pouvoir, en glissant habilement sur les articles organiques; aux beaux esprits, en donnant la main à tous les spiritualismes: au peuple, en lui parlant de sa toute-puissante souveraineté? Pourquoi ne pas s’avancer petit à petit, et ne pas attendre qu'on soit les plus forts, pour dire comment on usera du pouvoir?

Pourquoi? Parce que ce serait précisément manquer à la loyauté, qui est notre premier devoir, et justifier des reproches que nous n’avons jamais mérités; parce qu'à ceux qui nous attaquent en face, et qui veulent savoir le fond de notre pensée, il faut la dire sans réticence et sans ménagements; parce que le temps des vérités diminuées est passé, et qu'une affirmation absolue a seule quelque valeur. Caresser le pouvoir par un air d'approbation, c'est le tromper et lui laisser ignorer des dangers sur lesquels il ferme les yeux. Vanter les services que les philosophes rendent à l’esprit humain et à la société, c'est pousser à leur ruine la raison, la science et la philosophie, qui se perdent sans le flambeau de la Foi. Flatter le peuple en adorant son infaillibilité, c'est trahir ses intérêts les plus chers, et le conduire par les illusions révolutionnaires à une servitude inévitable. Ces périls, ces erreurs, peuvent

sommeiller à certaines époques: et les catholiques se

résignent alors à une liberté restreinte, à une tolérance transitoire, qui vaut encore mieux que la persécution. Mais ce ne peut être là qu’une trêve, pendant laquelle le mal creuse, mine, prépare et organise ses forces. Et, quand édifice religieux, politique et social est à la veille d’un nouvel assaut, ce serait manquer à son premier devoir de citoyen dévoué à son pays, dévoué à l'autorité, dévoué à la liberté, dévoué aux intérêts populaires, que de ne pas élever la voix pour signaler nettement le danger.

Nous sommes aujourd'hui à l’une de ces heures solennelles, Chez nous, le schisme est usé, le protestantisme est usé, le gallicanisme est usé, les corporations et les aristocraties sont usées, la foi dynastique et la foi libérale sont usées. La révolution elle-même n’est plus cette jeune fée, qui naguère encore charmait tous les cœurs; comme la digne aïeule que Michelet lui a trouvée au moyen âge, c’est une vieille sorcière, ridée et décrépite, réduite à de ténébreuses machinations. Convaincus d’impuissance, les principes de 1789 sont encore debout, comme une de ces idoles vermoulues , qu’un dernier nuage d’encens dérobe au juste mépris de la foule. Ils ont eu toutefois cet avantage, en poussant l'erreur à ses extrêmes limites, de ramener forcément l’homme à la vérité qu'ils niaient. Leur dernière et suprême formule est la séparation chimérique de l’Église et de l’État, séparation qui les conduirait

tous deux à leur ruine, si elle ne les réunissait bientôt en une alliance plus étroite et plus intime que jamais. Ainsi, après avoir tout détruit et s'être détruits eux-mêmes, les principes de 1789 ne nous laissent plus d’autre alternative que de tout rebâtir sur la base chrétienne, ou sinon de retomber &ans la barbarie et dans la servitude païennes.

Ce sont là les deux types, les deux religions, les deux systèmes entre lesquels tout homme, tout prince, tout gouvernement, tout peuple doit choisir. Ici, Gésar, menant à Néron et à Galigula; là, Charlemagne conduisant à saint Louis et à la grande fédération chrétienne. D'un côté, l’individualisme, l'exploitation de l’homme par l’homme, et la traite des blancs ; de l’autre, l’association et l'émancipation progressives de toutes les forces humaines. A la fleur de l’âge et au comble de la prospérité, Napoléon I° eut, lui aussi, ces deux voies ouvertes devant lui; signant le concordat et sacré par Pie VII, il semblait à la veille de devenir un nouveau Charlemagne, quand le génie païen de César troubla sa vue, et l’entraîna vers les rêves de domination universelle qui l'ont perdu. Comme lui, la France d'aujourd'hui hésite entre un retour complet à la liberté catholique et le mirage du césarisme antique. Mais, qu’elle le sache bien, elle est la fille aînée de l'Église, et elle ne réussira jamais à changer son rôle

providentiel contre celui des conquérants et des domi-

CONCLUSION. 397 nateurs vulgaires. Toutes les fois qu’elle se contentera d'être la première des nations catholiques, et la plus fidèle à défendre le Saint-Siége, elle grandira et elle reprendra sa légitime prépondérance; si elle veut sortir de sa voie, elle se brisera.

Maintenant, comment réaliser cet essor et ce triomphe de toutes les vraies libertés ? Est-ce à la façon des révolutionnaires et des despotes, c’est-à-dire par la ruse ou par la violence, par la révolte ou par les conspirations ? Non. C'est au grand jour, par la persuasion, par l'amélioration pacifique, régulière et légale des constitutions et des gouvernements établis, En demandant qu’ils fassent un bien plus grand aux peuples qui leur sont confiés, et à eux-mêmes, nous sommes loin de contester les services qu’ils ont rendus. Nous leur obéirons nous-mêmes dans tout ce qui ne consistera pas à faire le mal, et, quand nous leur aurons prêté serment, nous le tiendrons plus fidèlement que personne. Les chrétiens n’ont pas refusé de se rendre utiles à leur pays sous les Césars païens; depuis lors, ils servent, avec honneur et dignité, des gouvernements protestants ou schismatiques : à plus forte raison peuvent-ils respecter et défendre des pouvoirs qui leur laissent une liberté plus grande, et qu’une dernière teinte de rationalisme sépare seule de la vérité complète.

Ainsi, le triomphe de la justice et de la liberté ne doit être obtenu que par des moyens justes et libres.

Toutefois, qu’on ne l’attende pas d’un simple remaniement de nos lois, de la volonté d’un homme, ou de je ne sais quel coup de baguette magique. Un peuple qui croirait trouver, dans une constitution catholique, le moyen d’être heureux sans peine, vertueux sans effort, libre sans sacrifice, ne se tromperait pas moins que ceux qui ont cru décréter ces merveilles par la déclaration de 1791. La promulgation d’une législation en pleine harmonie avec la doctrine de l'Église n’est que la partie secondaire du triomphe de la vérité. C’est donner aux hommes une liberté illimitée de faire le bien; mais ce bien, lui-même, ne se réalisera que par leur adhésion généreuse et spontanée.

Pour que le règne de la vérité soit réel, sérieux, durable, il faut qu'à l'abri de la protection qui lui sera donnée, les catholiques se dépensent, se dévouent, se sacrifient à son service. C’est en vain qu'on encouragera le repos du dimanche : si des apôtres infatigables ne prodiguent pas au peuple les flots de l’éloquence chrétienne ; si les arts, inspirés par la Foi, ne lui refont pas des temples et des fêtes dignes de lui, ce n’est pas Jésus-Christ, ce sont les dieux du paganisme qu'il continuera d’adorer.

On aura beau maintenir la loi de 1807 sur l’intérèt de l'argent, favoriser les associations ouvrières : si des hommes de cœur ue les aident pas de leur intelligence,

si des capitaux généreusement offerts ne reconstituent

pas le patrimoine des déshérités de la fortune, le travail restera exploité par le capital, et, sur le champ de bataille des affaires, des spéculations, du libre échange, du produit net, les catholiques seront battus par les juifs et par les protestants.

En politique, ce n’est ni par des protestations, ni par des discours, que les chaînes des opprimés tomberont. Pour sauver la Pologne, pour émanciper les chrétiens d'Orient, il faut d’autres arguments. A l’intérieur, il n’est pas de combinaisons qui puissent dispenser les honnêtes gens d'activité, de dévouement, de courage, d'indépendance. Ce n’est qu’en étant sans cesse sur la brèche, et en sacrifiant ses intérêts à ceux de son pays, qu’on défend, qu’on agrandit le champ de la liberté. En finesse pour découvrir les plans de leurs adversaires, en dissimulation pour cacher leurs propres pensées, en despotisme voilé de liberté, en machiavélisme et en césarisme, les catholiques seront toujours inférieurs à leurs adversaires. Ils sont condamnés. par leur foi ellemême, à être les plus honnêtes, les plus sincères, les plus désintéressés, et à ne triompher que par le dévouement poussé jusqu'à l’héroïsme.

Enfin, pour convertir les âmes, il ne faut compter ni sur l'exemple des grands, ni sur le prestige du pouvoir, ni sur les accès d’un enthousiasme passager. Jadis les apôtres et les martyrs y ont mis leur sang; les prêétres de tous les temps y ont consacré leurs sueurs, y

ont usé leur santé et leur vie. S'ils s’endormaient un seul jour, se fiant aux vertus naturelles et ordinaires pour conserver leur ascendant, s'ils comptaient un seul instant sur le bras séculier pour leur garder leur troupeau, l'ennemi, qui serait toujours là, d'autant plus vigilant qu’il serait moins surveillé, renverserait bientôt leur autorité; il tournerait contre l’Église ses forces retrempées aux sources de la vie, et, du triomphe même de la vérité, il ferait sortir, pour elle, une nouvelle défaite.

En ce moment, nous avons cette rare et insigne bonne fortune, que les camps sont nettement dessinés, et que, sur un seul point et dans un seul homme, nous trouvons concentrés et incarnés tous les grands intérêts de l'humanité. Pendant que la révolution fait les affaires de l'Angleterre et de la Russie, qu’elle rive les fers et étouffe les plaintes de la Pologne, qu’en Italie elle règne par la main du Piémont, et que, derrière le piémontisme, elle a son vrai pontife en la personne de Mazzini, l'Église, qui forme le lien de la France et de toutes les nations catholiques, l'Église qui, seule, peut affranchir la Pologne et l'Orient, l'Église qui possède le secret des libertés politiques etsociales, et qui, partant, est seule capable de réconcilier le fait et le droit, les princes et les peuples, la richesse et le travail, l’Église est menacée dans la personne du plus grand, du plus généreux, du plus paternel et du plus intrépide des

Papes. En défendant, en servant, en aimant Pie IX, nous sommes sûrs de défendre, de servir et d'aimer tout ce qui est digne de faire battre nos cœurs.

Mais, si le gardien de nos intérêts est à Rome, le champ de bataille est partout : en quelque lieu que l’on se trouve, il est facile d’obéir à Pie IX et de lutter contre la révolution. Qu'on médite la dernière Encyclique, qui résume sa pensée et sa vie, et l’on y verra, tracée en traits lumineux, la ligne du devoir présent. C’est à nos portes que nous avons, chacun, à combattre le matérialisme politique et social, qui s’est déjà infiltré dans les esprits et dans les institutions de l’Europe entière. C'est dans toutes les branches de l’activité humaine, dans toutes les phases de notre existence publique et privée, qu'il faut redevenir catholiques, et catholiques sans restriction. Ne nous laissons plus aller à rêver une paix, un juste-milieu chimérique : il s’agit de prendre courageusement parti dans cette lutte du bien et du mal, qui est le résumé de notre histoire. Loin d'espérer le développement spontané de la nature, reconnaissons enfin que, pour ne pas se trainer dans la fange, elle a sans cesse besoin d’un coup d'aile surnaturel. Après avoir longtemps cherché la vérité par la liberté, prenons une voie contraire : sachons trouver la liberté par la vérité, et, au lieu de convier le Saint-Siége à une réconciliation funeste et indigne de lui, sur le terrain des erreurs et des illusions modernes, acceptons

la planche de salut qu'il offre à notre civilisation en péril.

En présence de cette autorité suprême à soutenir, de ce grand enseignement à suivre, il ne manque pas d'indifférents, qui se bornent à critiquer, à donner des conseils, à exprimer des regrets, ou qui, ayant fait quelques efforts, croient avoir acquitté leur dette envers une cause respectable, mais à laquelle ils ne peuvent tout sacrifier. Les aveugles ne voient pas que ce n’est pi sa cause, ni son pouvoir, ni sa liberté, ni ses biens, mais les nôtres, à la défense desquels le Saint-Père consacre sa vie, immole son repos et sa sécurité. Ils ne sentent pas que ce sont eux qui subiront les tristes suites des défaites, des spoliations, des amoindrissements, des douloureuses nécessités auxquelles la parcimonie des uns, les plaintes contradictoires des autres, l’inertie et la mollesse de tous peuvent condamner le Saint-Siége. Ils sont fatigués de la question romaine, comme ils sont fatigués de la Pologne, de la liberté, de la vertu, de tout ce qui demande efforts et sacrifices. Devançant les négociations récemment engagées à Rome, ils auraient été heureux de voir les événements se terminer par un accord complet entre l'Eglise et le royaume d'Italie. Ce serait là, suivant eux, le tricmphe de la modération, de la vraie sagesse politique, des idées modernes bien comprises, la réalisa-

tion du seul bien possible; et, reléguée dans le domaine

des chimères, démentie par les faits et par la pratique, l'Encyclique ne serait plus qu’une lettre morte, qu’une vaine satisfaction donnée, en paroles, aux exigences d'esprits rétrogrades et de partis surannés.

Il n'est que trop vrai que, si le Pape à mission de proclamer la saine doctrine, les hommes restent libres de l'appliquer. En Italie, comme ailleurs, ils peuvent réduire la Foi à un dernier souffle de vie, le clergé et les ordres religieux à une ombre de liberté, le Pape à un lambeau de souveraineté. Même ainsi opprimée, l'Église, qui ne pousse jamais les choses à l’extrème, et qui cherche toujours le moindre mal, se préoccupera, avant tout, de ramener par la douceur ceux qui la persécutent, et de sauvegarder ce qu'elle pourra de leurs intérêts spirituels. De là, de sa part, en toutes circonstances, cette résignation pleine de mansuétude et de désintéressement, qu’on aurait tort de prendre pour de la versatilité ou de la faiblesse : car jamais elle n’a entraîné la moindre concession sur le terrain de la doctrine.

Mais si, aujourd’hui, les hommes sont maîtres des faits, Dieu, la justice et la logique sont maîtres de leurs conséquences. Les victoires remportées sur la justice ne durent qu’un instant, et portent des fruits amers; et les principes qui ont été foulés aux pieds ne tardent pas à réclamer de dures et légitimes expiations. Si, à

l'exemple des peuples modernes, l'Italie s'éloigne de

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plus en plus de l’Encyclique, si elle chasse l'Église de la politique, de l'enseignement, de la société, pour l'enfermer dans ses temples, un certain nombre d'âmes isolées, dont Pie IX, en ce moment même, avait le salut à cœur, pourront rester fidèles à la Foi; mais rien n’empêchera le navire social d'aller à la dérive, et de se briser bientôt aux écueils inévitables où conduit l'anarchie des intelligences. Plus on se sera écarté des vrais principes, plus il sera urgent d'y revenir, dût-on y être ramené par les plus rudes châtiments.

Siècle riche et superbe, siècle de luxe et d’opulence, tu laisses le Pape, qui jadis remuait des milliards pour les croisades, dépouillé, réduit à un coin de terre, assiégé par la pauvreté. Il lui faudrait trente millions par an pour payer l'intérêt de sa dette passée, seul vestige qui lui reste de sa souveraineté sur les Marches et sur les Romagnes, et vous, catholiques, qui êtes deux cents millions, vous ne trouvez pas trois sous par tête pour que votre Père puisse tenir ses engagements. S'il ne peut plus y faire honneur, et s’il est obligé de renvoyer ses créanciers au Piémont, c'est sur vous, dès aujourd'hui, qu'en retombera l'humiliation, et bientôt, pour n'avoir pas su soutenir par de légers sacrifices la base de toute prospérité, vous apprendrez ce que coûtent les désastres économiques et les crises sociales, dont la Foi seule pourrait encore nous préserver.

Jeunes gens, qui êtes pleins d’ardeur, et qui aimez

les grandes choses, sachez que pour avoir le droit de >arler de la liberté, il faut avoir fait quelque chose pour elle, et qu'il ne suffit pas d’user ses plus belles années dans un libéralisme creux et malsain, pour arriver, à travers les plaisirs et les critiques des salons, à accepter, comme terme de la vie, une part de dividende ou une place au budget. A l'heure qu'il est, le représentant de la force morale et de toutes les libertés est presque seul, à peine entouré d’une poignée de vos amis. La France, retirant ses troupes, la révolution se flatte d'achever impunément son œuvre, de frapper sans obstacle à la porte de ce vieillard désarmé, et de le jeter en captivité ou de l’envoyer en exil. Le souffrirezvous? Ne saisirez-vous pas l'occasion, peut-être unique en votre vie, de faire quelque chose de grand, et de donner, sinon votre sang, du moins un peu de votre temps, de votre activité, de votre or, pour la plus sainte des causes ? Ne vous reste-t-il pas, à tous, à combattre sur le terrain des idées, et, jusqu’à ce jour, votre indifférence et vos censures ne vous ont-elles pas rendus complices de l'isolement matériel et moral où est réduit le Saint-Père ? N'avez-vous jamais rougi de sa doctrine, ni douté de son infaillibilité ? 11 est temps de rejeter les préjugés vulgaires et les opinions toutes faites, d'asseoir vos convictions sur la seule base solide, et de les soutenir au grand jour, quoi qu'il vous en doive coûter : ou,

sinon, vous saurez bientôt, par d’autres périls, à quels

abimes l'abandon de la justice et de la vérité conduit les nations.

Ouvriers, qui luttez contre la pauvreté, et qui gardez, dans votre vie de labeur, le-sentiment légitime de votre dignité, ne cherchez pas à séparer votre cause de celle du vicaire de Jésus-Christ. Car l'Église seule a commencé, et l'Église seule peut achever votre émancipation. Votre sort est intimement uni au sien. Quand elle sera persécutée, opprimée, réduite au salariat ou à la servitude, vous le serez avec elle, Au contraire, son triomphe sera le signal du vôtre, et sa pleine liberté sera le gage de votre indépendance.

Philosophes et penseurs, cessez de marchander aux enseignements de Pie IX votre superbe adhésion. Ce que vous avez enlevé à la prééminence et à l'intégrité de la Foi, vous l’avez en même temps Ôôté à la puissance de la raison. Hâtez-vous d’unir toutes vos forces pour soutenir et pour défendre, dans sa magnifique unité, l'édifice de la doctrine catholique, si vous ne voulez pas ramener la sagesse moderne au rôle, stérile et honteux, de Sénèque aux genoux de Néron.

Français, c'est à Rome qu'est le flambeau de la politique traditionnelle, qui peut seule faire votre grandeur ! Peuples opprimés, infortunés Polonais, tournez les yeux vers Pie IX : voilà le seul défenseur intrépide qui ait protesté en votre faveur ! Italiens, voilà le

prince qui vous à le plus aimés! Peuples, voilà le

représentant et le rempart de toutes les libertés ! Gouvernements, voilà la source, le modèle et le salut de toute autorité! Que chacun mette la main sur sa poitrine, et se demande s’il a fait ce qu’il a pu, et s’il ne iui reste plus rien à faire pour Pie IX, ou, sinon, que chacun s’attende à sa part d’expiation.

À cet instant décisif, quelque sombre que soit l’'horizon, point de découragement ni de défaillance. Sans doute, à voir l'abandon où est le Pontife, contre lequel toutes les passions conspirent, il semble que sa chute soit inévitable, et que nous soyons à la veille de ces tristes jours de Tibère, où le représentant de la justice et de la vérité éternelle, trahi et délaissé par les siens, mourait seul sur une croix.

Mais, à entendre l’écho d'adhésion et d'amour qui répond à l’Encyclique, on sent que la Foi n’est pas morte, et qu'au milieu de la confusion des doctrines, de la caducité des institutions et des systèmes humains, elle peut avoir demain son plus éclatant triomphe. A nous d'y travailler, dussions-nous n’en pas jouir nousmêmes. A nous de défendre la vérité, et la vérité tout entière, par tous les moyens en notre pouvoir.

Peu importe le nombre, peu importent les défaites momentanées de ceux qui soutiennent le Saint-Siége par l’épée ou par la parole. C’est à cette petite phalange, à qui l'avenir appartient, que Pie IX adressait, au début de cette année, ces paroles capables de ranimer tous

les courages et de faire oublier tous les revers : « Il est « d'usage, le jour de Noël, que nous bénissions une épée,

« destinée au prince qui s’en servira le mieux pour la

« cause de la justice. Cette année, au milieu de tant de « grandes nations armées, de tant de glaives tirés, je « regarde, je regarde et je vois que cette épée de la « Justice, c'est pour moi que je dois la conserver. « C’est moi qui dois la ceindre, et c'est à vos mains

« que j'en confie la défense. Soyez donc fiers; marchez

« la tête levée devant Dieu; soyez pleins de confiance

«parmi les hommes, parce que c’est vous, et vous « seuls, qui êtes armés pour la justice, pour la vérité, « pour la dignité et la liberté du genre humain. » Puissent ces paroles être entendues de ceux qui ont besoin d'être réveillés, soutenus, encouragés ! Puissent-elles ouvrir les yeux de ceux qui, en attaquant la souveraineté temporelle des Papes, mettent en péril leurs plus chers intérêts ! Et, qu’au lieu de tomber, de chute en chute, aux mains de Victor-Emmanuel, de Garibaldi et de Mazzini, u’au lieu d’assouvir les passions révolutionnaires et de servir la tyrannie sous sa forme la plus redoutable, l'épée de la Justice reste triomphante et vénérée, aux mains paternelles de celui

qui représente la liberté dans la vérité.

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