LES MONTAGNES (SUITE
Les terrains ealcaires sont formés presque entièrement de carbonate de chaux. Ces terrains se présentent à nous sous des formes très-variées. Ce sont eux qui nous fournissent les pierres lithographiques, les marbres, la craie, les pierres à bâtir, etc., etc. Les terrains calcaires doivent leur origine aux coquilles des mollusques. Ces sortes d'animaux sécrètent en abondance du carbonate de chaux qui doit réparer les pertes auxquelles leurs enveloppes sont sujatles. La révolution géologique qui précéda la formation des terrains calcaires détruisit l'innombrable quantité des mollusques dont les mers étatent alors peuplées. Les coquilles de c«& êtres, roulées par les vagues et réduites en poudre par Us frottement, se déposèrent bientôt au fond des eaux et donnèrent naissance aux terrains calcaires. Ces terrains forment ordinairement des bancs régulièrement stratifiés avec des lits de grès, d'argile et de sable, et renferment encore des coquillages que le temps a respectés. On rencontre même quelquefois des coquilles encore revêtues des couleurs dont la nature les avait doléos au moment de leur formation.
Lo calcaire carbonifère ou, autrement dit, do montagne, que certains minéralogistes désignent sous le nom de calcaire métallifère, se compose d'un calcaire compacte, grenu, et dans la masse duquel on trouve fréquemment des filons de carbonate do chaux spalhiquc. Le calcaire carbonifère développe par le frottement une odeur fétide trèsprononcée. 11 est ordinairement de couleur grise, blvue ou noire. Ces diverses colorations sonlduesa la présence de matières charbonneuses et bitumineuses que renferme la masse de ces terrains. Les terrains calcaires carbonifères reposent généralement sur les terrains houillcrs, ainsi qu'on l'a observé en France, en Belgique, en Angleterre, en Ecosse, aux Élals-Unisctàla Nouvelle-Hollande. Ces terrains donnent les marbres de Flandreet de-Belgique, que l'on désigne sous les noms de marbras Ecautsiius et de petit granit. Les marbres do Namur et de
Dinan, quo'l'on exploite sous lo nom de marbre de Sainte-Anne, sont aussi tirés de couches appartenant aux calcaires carbonifères. Le calcaire carbonifère constitue des montagnes d'un aspect âpre et désolé, dont les sommets sont terminé? par des aiguilles 014 des pyramides surmontées de pointes. Leurs flancs sont raides et abruptes; ils offrent ça et là des roches qui couvrent les chemins de leur masse. On rencontre fréquemment des précipices sans fond au milieu de ces montagnes. Les vallées qui en sillonnent lo pied sont quelquefois bordées de murs à pic, qu'il est impossible de gravir. Elles sont ordinairement étroites et profondes, embarrassées par des débris, des décombres do toutes sortes qui se sont détachés brusquement des parties supérieures. Eu général, ces vallées ont un aspect pittoresque. En Angleterre, les montagnes formées par ce terrain sont assez élevées, ot c'est de là que lui vient son nom de calcaire de montagne. Il renferme de? fdons de substances métalliques, parmi lesquelles nous citerons les sulfures de plomb et de zinc, qui sout l'objet do grandes exploitations.
Le zechttein ou calvaire alpin est généralement formé par du calcaire magnésien, du calcaire argileux et du calcaire bilumeux. Les roches de calcaire alpin renferment des marnes, du gypse, du sel gemme, et enûn des calcaires bitumirfeux inflammables, do cooleur noirâtre, et développant par le frottement une odeur fétide. Le calcaire alpin donne naissance à de petites collines qui se relient aux émineiices constituées par le grés rouge. Le zechstein circonscrit des vallées étroites, où l'on rencontre des ravins profonds, des précipices et des cavernes. En Allemagne, il forme des collines qui ont environ trois cents mètres d'élévation. Dans le Mansfeld et en Thuringe, il constitue des montagnes aux flancs escarpés et renfermant dans leur sein des minorais de cuivre argentifère et plombifère, que l'on exploite sur une grande échelle. En Amérique, au contraire, les montagnes de zechstein s'élèvent à une hauteur qui atteint jusqu'à trois mille mètres, ainsi qu'on peut le constater au Pérou, dans la cordillère des Andes.
La craie blanche, ou craie proprement dite,. est composée presque entièrement de carbonate de chaux. Elle est massive et tendre. Quelquefois elle se trouve mêlée à du sable dont on la débarrasse par le lavage, pour fabriquer la substance connue sous lo nom de blanc d'Espagne. A sa partie supérieure, la craie osl terminée, dans les lieux où elle formait autrefois le rivage de la mer, par une couche de galets roulés qui fournissent la pierre à fusil. Inférieurement, elle acquiert une certaine dureté et devient susceptible d'être employée dans les constructions. Dans les pays où la pierre à bâtir
manque complètement, dans certaines parties de le Champagne, par exemple, on se sert delà craie ipour construire les habitations.
Les terrains crétacés ne forment pas de hautes I montagnes, mais des collines arrondies dont les ; flancs sont unis, et des plaines arides ou recou- ' vertes d'une végétation rabougrie. Les terrains craveux s'étendent peu vers les pôles. En Europe, on ne rencontre pas la craie au delà du nord du Jutland. En Angleterre, sa limite vers le nord est |le cap Flamborougli, situé ù l'est du comté d'York. ;En Russie, la craie n i s'étend pas au nord d'une ligne qui, parlant do Grodno, passerait au-dessous de Moscou et qui, après avoir couru le long du Volga, viendrait se terminer à la pointe méridionale des monts Ourals. On ne voit pas de terrains crétacés en Sibérie. Aux États-Unis, ils sont limités au nord par une ligne qui, prenant naissance au sud de New-York, s'élèverait peu à pou vers le nordouest et se terminerait aux montagnes Rocheuses. Les terrrains crayeux se montrent dans le Danemark, dans le nord de l'Allemagne, la VVestpbalie, le Hanovre ; en Franco, dans les bassins de la .Meuse, de l'Escaut, de la Seine. On en rencontre encore en Espagne, on Italie , dans la Turquie d'Europe, dans lo Caucase, ou Asie Mineure, dans la Syrio, l'Algérie, etc.
Ce que nous venons de dire des montagnes montre une foin de plus que ce sorti bien ces arêtes du sol qui établissent les grandes divisions des continents, qui séparent les contrées les unes des autres. Telles montagnes impriment aux pays qu'elles parcourent un cachet qui lui est propre ot qui est différent de celui que donne à la contrée voisine une autre chaîne de montagnes dont lu constitution diffère essentiellement de la première. La vie des êtres est intimement liée à la constitution du sol sur lequel ils sont placés. Car, ils sont fonction, pour ainsi dire, ils dépendent du climat, lequel dépend lui-même de la constitution mirvéralogique du sol et de sa disposition. Nous terminerons ce chapitre en donnant l'âge relatif des montagnes de l'Europe.
Les montagnes les plus anciennes de l'Europe sont celles du Westmoreland , comté situé au nord-ouest de l'Angleterre, et celles du Humlsruck (Bavière et Prusse rhénane). Elles sont formées par des calcaires compactes et des schistes argileux, et les roches qui les composent offrent souvent une texture cristalline. Immédiatement après ces montagnes, vient le système des ballons des Vosges ot des collines du Bocage et de la Normandie. Ces chaînes de montagnes sont constituées par do puissantes couches de grès que l'on désigne sous lo nom de vieux yrè» rouges. Ces grès renferment des couches d'anthracite. Puis viennent les nwnlagnes du Nord de l'Angleterre, formées
L'ENCYCLOPEDIE DES ECOÉES
par des gré*, des roche? do schiMes auxquelles se superposent des couches de houille et de fer carbonalé. ()» rencontre aussi dans ces montagnes des calcaires carbonifères pénétrés do couches houillères.
Les montagnes des Pays-Has et du pays de Galles sont d'une formation moins ancienne que les précédente-. Klles contiennent du zerhslcin et des grès nuxquels on a imposé le nom de nouveaux grès rouges. Le système du lihin, compté de poudingue* et de près, est d'une époque plus récente encore. Les monts de la Saxe et de la Jlesse-Cnxsel, formés par des marnes irisées, des calcaires renfermant un grand nombre de coquilles, et dps grès bigarrés, sont postérieurs au système du Rhin. On trouve ensuite, dans l'ordre chronologique des montagnes de l'Europe, le système de la Cùte-d'Or. Ces montagnes sont composées de couches de calcaires plus ou moins compacte-, alternant avec de l'argile. On y traîne aussi des grès. Le système du mont Viso (Alpes cotlicnncs) vient immédiatement après celui de la Côte-d'Or. Les montagnes qui en font partie sont formées par de la craie- tuffeau, des grès verts cl dessables ferrugineux. Ensuite sont apparues les montagnes du système des Pyrénées et des .\pennins, contenant des couches de craie alternant avec des couches de silex. Puis viennent les montagnes de la Corse et de In Sttrrlaigne, dans lesquelles entrent des marnes renfermant du gypse et des ossements de mammifères, des calcaires grossiers et de l'argile plastique. Puis, s'est élevé le système des Alpes occidentales, composé de roches de calcaire d'eau douce et de roches de grès, telles que celles de Fontainebleau. Les montagnes les plus modernes sont relies qui constituent le système principal des Aljies. Elles sont formées par des couches <.'e sable; de tuf à ossements et d'alluvions anciennes. C'est à la même époque qu'ont eu lieu les éruptions des trachytes et des basaltes.
Hauvion aîné.
IMSTOIKK DK FRANCE
Avant la conquête de la Gaule par Jules César, les tribus gauloises se faisaient la guerre chaque année, et chacune d'elles cherchait à dominer sur les autres. A l'époque où nous en sommes arrivés, c'est-à-dire au moment où César méditait de s'emparer de tout le pays, les Éduens, soutenus par les Romains, avaient arraché aux Séquanais leur antique prépondérance. Désireux de regagner l'influence qu'ils avaient perdue, les Séquanais
firent alliance avec les Arvernes, et demandèrent des secours aux Germains. Ceux-ci, cherchant depuis longtemps déjà à s'établir dans les Gaules, accueillirent favorablement les propositions de leurs voisins, et leur envoyèrent aussitôt une armée composée d'environ quinze mille hommes, et commandée par Ariociste. Les Séquanais attaquèrent aussitôt les Éduens et en furent vainqueurs. Le druide Diritiac, qui était alors le premier magistral des Éduens, partit pour. Home et demanda aide et protection au sénat de cette ville. Mais, bien qu'il fut lié d'amitié avec Cicéron, il fut contraint do s'en retourner sans avoir rien pu obtenir. Cependant Ariovisle, loin de repasser le Rhin avec sa bande, faisait venir de nouvelles troupes de la Germanie ; puis, lorsqu'il se crut assez fort pour résister aux Gaulois, il déclara qu'il lui fallait des terres pour lui et ses compagnons, et occupa le territoire compris entre la Saône et le Doubs.
Les 1 Ici vêles (Suisse) se trou vèren t ai nsi cernés par lesRomainsau midi, et par les Germains d'Ariovisto à l'ouest. Effrayés et craignant à juste titre d'être bientôt enveloppés et subjngués par l'un ou l'autro de ces deux adversaires, ils résolurent de quitter le sol qu'ils tenaient de leurs afeux et d'aller s'établir dans une contrée plus favorisée de la nature. Orgètoric, leur chef, leur persuada de se fixer au pays des Santons (Sainlonge). Dès qu'ils curent pris celte détermination, ils envoyèrent Orgétorix chez les Séquanais et les Éduens, pour leur demander un passage sur leurs terres, en promettant de ne se rendro coupables d'aucune déprédation. Orgétorix remplit à souhait sa mission ; mais, de retour auprès des siens, il fut accusé de vouloir s'emparer du pouvoir suprême. On instruisit aus« sitôt conlae lui. Au jour du jugement, ses parents, ses amis et ses esclaves l'enlevèrent. Les magistrats appelèrent contre lui tout le peuple aux armes ; mais on apprit bientôt qu'il s'était donné la mort. Cet événement no changea pas les projets des Helvètes, et l'époque de leur départ fut fixée à la fin de mars de l'an t>8 avant J.-C.
La détermination qu'ils avaient prise était irrévocable, et, avant do quitter la terre qui les avait nourris, ils incendièrent leurs douze villes, leurs quatre cents villages et tout ce qu'ils ne purent emporter. Le lieu de rendez-vous qu'ils choisirent * fut l'endroit où le Rhône sort du lac de Genève. Tous y arrivèrent au jour convenu. Les hommes en état de porter les armes se trouvaient au nombre de quatre-vingt-dix mille; ils étaient chargés de conduire et de défendre près de trois cent mille individus, hommes, femmes et enfants. Celle multitude traînait avec elle une grande quantité de chariols et de bestiaux. Un unique passago lui était offert pour quitter l'Uelvélie, eucore
était-il si étroit qu'un seul char pouvait passer à la foi*.
Ce passage est le défilé qui existe entre le Jura et le gouffre où disparaît pour un moment le Rhône. En présence de cette difficulté, Us Helvètes voulurent traverser le Rhône prés de Genève. Jules César, qui commandait alors dans la Gaule transalpine, ne se trouvant pas en mesure de résister à une multitude d'hommes aussi considérable, gagna du temps, fit venir quelques troupes et construisit un immense retranchement- Puis, lorsqu'il se vit assez fort pour résister, il répondit aux envoyés Helvètes qu'il ne voulait pas leur livrer passage Après plusieurs attaques infructueuses, les Helvètes se décidèrent à prendre le chemin qui s'allonge à travers les défilés. Dubnorex. gendro d'Orgélorix, eut assez do crédit sur les Séquanais pour que ceux-ci autorisassent les Helvètes à passer sur leurs terres. Informé do ces circonstances, César courut en Italie, rassembla cinq légions, franchit de nouveau les Alpes, et se mit à la poursuite des Helvètes. Il y avait vingt jours quo ces derniers étaient sur les bords de la Saône, construisant des radeaux pour passer le fleuve. Au moment où César parut, les trois quarts étaient déjà sur l'autre rive. En apprenant cette circonstance, le général romain accélère sa marche et tombe à l'improviste sur l'arrièrcgarde formée par loa Tiguriens, peuplade qui avait autrefois battu uno armée romaine et l'avait obligée à passer sous le joug. Après avoir massacré presque entièrement celte tribu, César passa la Saône et poursuivit à marches forcée le gros de l'armée des émigrants. Il les atteignit bientôt, et les deux armées marchèrent distantes l'une de l'autre d'environ trois ou quatre lieues. Mais César , étant venu à manquer de vivres, fut obligé de retourner sur ses pas. Il se dirigea alors sur Bibracle (Autun) ; ce que voyant les Helvètes, ils le poursuivirent à leur tour et l'attaquèrent non loin do cette ville. Les Romains étaient postés sur une colline , et les émigrants occupaient la plaine. Le combat s'engagea à midi et se continua très avant dans la soirée ; le résultat en fut longtemps douteux. Mais les Helvètes, fatigués d'une lutte aussi prolongée, se retirèrent dans leur camp et sur une colline voisine du .champ de bataille; puis, le lendemain, ils reprirent la route du Nord. César ne put se remettre à leur poursuite qu'après avoir onterré ses morts et pansé ses blessés. Ces devoirs le retinrent trois jours. Cependant, l'émigration manquait de tout et était constamment harcelée par les peuples, sur le territoire desquels elle se trouvait obligée de commettre des déprédations. Enfin, à bout de ressources, les Helvètes résolurent d'envoyer des députés à César, pour traiter avec lui à quelque prix
quo ce fût. Il les obligea à livrer leurs arme«, à lui remettre des otages cl à reprendre le chemin de leur pays, leur enjoignant en outre do reconstruire leurs villes et leurs villages. De ce peuple, qui était sorti de son pays, au nombre de plus de trois cent mille individus, cent mille seulement revirent leurs montagnes. Le reste était mort en combattant, ou avait été vendu comme esclave sur les marchés de l'Italie.
Depuis longtemps déjà. Arioviste se trouvait à l'étroit dans la contrée qu'il avait choisie ; aussi inquiétait-il les Gaulois. Ceux-ci, ne pouvant s'en débarrasser, s'adressèrent à César pour le prier de faire ce qu'ils n'osaient entreprendre. César, heureux de pouvoir pénétrer davantage dans les affaires des Gaulois, saisit avidement cette occasion et envoya des députés qui prévinrent le. chef germain que les Gaulois étaient les alliés du peuple romain, et que toute injure qui leur serait faite portant atteinte à la dignité de Rome, on lui déclarerait incontinent la guorre. Arioviste, confiant dans sa valeur et dans celle de ses soldats, répondit à peu près en ces termes : « J'ai ma Gaule, les Romains ont la leur. Je n'interviens pas dans leurs affaires, qu'ils ue se mêlent donc pas des miennes. Au reste ils peuvent, quand ils le voudront, connaître la valeur germaine. Qu'ils tachent que mes soldats sont les plus vaillants des hommes, et que depuis douze ans Us n'ont jtas rejtosé sous un toit. » Aussitôt que cette fière réponse fut connue de César, il marcha sur Vésonlio (Besançon) dont il s'empara. Puis il se porta rapidement au-devant de l'ennemi, qu'il atteignit à quinze lieues environ de la rive gauche du Rhin. Arioviste ouvrit de nouvelles conférences pour la paix, afin de gagner du temps ; en même temps, il empêchait les vivres d'arriver au camp romain, et évitait avec soin tout engagement sérieux. Mais ses soldats, impatiente de mesurer leurs forces avec les Romains, voulurent livrer bataille. Arioviste obligea les prêtresses à dire que les dieux ne seraient pas favorables aux Germains avant la nouvelle lune. Dès que César fut instruit de celte prédiction, il résolut l'attaque. Les Germains combattirent vaillamment, mais le sort des armes leur fut contraire. Leur camp fut forcé par les légions romaines, qui tuèrent tout ce qu'il y avait do vivant dans son enceinte, hommes, femmes et enfants. Ceux qui échappèrent à cette boucherie se sauvèrent vers le Rhin où beaucoup se noyèrent, et ceux qui furent assez, heureux pour passer ce fleuve se dispersèrent dans les forêts de la Germanie. Arioviste fut de ce nombre, et mourut quelques années après au milieu des forêts séculaires qui le mettaient à l'abri de la vindicte romaine.
Hauvion aîné.
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