LE PASSE DU CONWTIOHSEL
Nous eussions eu.
Vous eussiez eu.
Us
Ayons.
Ayez.
Il est identique au présent de l'impératif. Mode lubjonotif.
Que j'aie. Que nous ayons.
Que lu aies. Que vous ayez.
Qu'il ait. Qu'ils aient.
FUTUR
Il est identique au présent du subjonctif.
IMPARFAIT
Que j'eusse.
Que lu eusses.
Qu'il eût.
Que j'aie en.
Que tu aies ou.
Qu'il ait eu.
Que nous eussions.
Que vous eussiez.
Qu'ils
PASSl'.
Que nous ayons eu.
Que ayez eu.
Qu'ils aient eu.
FU!»-QCE-PAftFAIT.
Que j'easse ou. Çn* neus eapsions eu.
Quo W eiis*e*ci. Que vous cessiez eu.
Qu'il eût eu . Qu ils eussent en .
Mode iàttit*
PRÉSENT
Avoir.
PAME.
Avoir eu.
FCTtrit.
Devant avoir.
Mode participe.
Ayant.
PASSÉ
Eu, ayant eu.
Hemarque. — Le verbe français avoir vient du latin habtrt, par le changement de la labiale h en p. I;a conjugaison tic ce verbe a varié avec les différents siècles. Au x' siècle, on cite la troisième personne du singulier du plus-que-parfait avrtt ; la troisième personne du plus-que-parfait du subjonctif avuisset; le présent de l'infinitif nver, la seconde personne du pluriel du présent de l'impératif nient. Au xi« siècle, on trouve la troisième personne du singulier du conditionnel il arereil; i oui pour il y eut ; mus aiuns, pour nous ayons; le participe passé otif. le participe passé erntl ; la première personne pluriel du futur non* urtruui. Au \\ir siècle, on rencontre oif et ot au lieu de eut; hou» ocienx pour nous actons ; nous atrxz pour mus ayons: lo participe passé eu.
A partir du xin"' siècle, la conjugaison se rapproche beaucoup de celle d'aujourd'hui ; seulemont la prononciation de certains temps a varié selon les époques. Ainsi au xvi" siècle on écrivait au futur livrai, mirn* etc., cl on prononçait, d'après Bèze, «rai, aras, etc. Au xvn« siècle, d'après Dangeau, ayant, ayons, ayez se prononçaient «tant, a-ions, a-iez. Aujourd'hui l'on dit é-ianl, /•-ion», é-iez. A Paris, le peuple prononce nï ou ïnt pour.ti qui, par extraordinaire, est la prononciation de eu.
Mkrikttk.
DICTÉE D'ORTUOGRAPUK USUELLE
HARMONIE ÉLÉMENTAIRE r»EB H.AKTSS AVEC L BAtf ET L'AIE.
Lorsque l'Auteur de la nature voulut couronner de végétaux jusqu'aux sommets des terres les plus escarpées, il ordonna d'abord les chaînes des montagnes aux bassins des mers qui devaient leur fournir des vapeurs, au cours des vents qui de-
L'EN'CYCLOPËDIR DK8 ÉCOLES
vaienl les y porter, et aux divers aspects du soleil qui devait les é. hauffer. Dès que m harmonies furent établies entre les éléments, les nuages s'élevèrent do l'Océan, et se dispersèrent dans les parties les plus reculées des continents. I|s s'y répandirent sous mille formes diverses, en brouillards, en rosées, en pluies, en neiges et en frimas. Ils s'écoulèrent du haut des airs avec autant de variété : les uns, dans on air calme, comme les pluies de nos printemps, filèrent comme si on les eut versés par un crible; d'autres, chassés par des \cnLs violents, lurent lancés horizontalement sur les flancs des collines; d'autres tombèrent en torrents, comme ceux qui inondent, neuf mois de l'année, l'Ile de Gorgone, placée au milieu de la zone torride dans le golfe brûlant de Panama. H y en eut qui s'en lassèrent en montagnes de neige sur les sommets inaccessibles des Andes, pour rafraîchir par leurs eaux le continent de l'Amérique méridionale, et, par leur atmosphère glaciale, la vaste mer du Sud. Enfin, do grands fleuves coulèrent sur des terres où il ne pleut jamais, et le Nil arrosa l'Egypte.
Dieu dit alors : « Que la terre produise de l'herbe verto qui porte de la graine, et des arbres fruitiers qui porUnl du fruit, chacun selon son espèce. » A la voix du Tout-Puissant, les végétaux parurent, avec les organes propres à recueillir les bénédictions du ciel. L'orme s'éleva sur les montagnes qui bordent le Tanals. chargé de (euilles en forme de langues; le bois touffu sortit de la croupe des Alpes, et le câprier épineux des rochers de l'Afrique, avec leurs feuilles creusées en cuillers. Les pins des monts sablonneux de la Nonvége recueillirent les vapeurs qui flottaient dans l'air, avec leurs folioles disposées en pinceaux; les verbascum étalèrent leurs larges feuilles sur les sable» arides, et la fougèro présenta, sur les collines, son feuillage en éventail aux \enls pluvieux et horizontaux. Une multitude d'autres plantes, du sein de* rochers, des cailloux et de la croule même ries marbres, reçurent les eaux ries pluies dans des cornets, des sabots et des burettes. Depuis le cèdre du Liban jusqu'à la violette qui borde les bocages, il n'y en eut aucune qui ne tendit sa large coupe ou sa |>etit€ tasse, suivant ses besoins ou son poste.
(Behnaiu.jn de saint-menu-: ) {Élude» de la Nature.}
EXPLICATtOW »B QFEtQUKS MOTS.
Câprier èpme*w, arbre qui croit dans les pays chauds, et dont les fleurs sont blanches. On met confire le boulon de ces fleure, et on en fait ht
sauce dite aux câpres. Le câprier est a*sez commun dans le midi de la France.
Verbascum, nom latin, du genre moline. Le verbascum bouillon-blanc dont il est ici question, est une plante herbacée de \ à 2 deux mètres de hauteur, couverte sur toute sa surface de poils cotonneux. Les fleurs sont jaunes et réunies en une longue grappe. Cette plante est très-commune sur les coteaux incultes, le long des chemins et des haies. L'infusion do ses fleurs est employée pour les rhumes, les catarrhes et les coliques.
IIauvion jeune.
PREMIERS EXERCICES DE STYLE
N AD RATION. — DKVKLOrPEMEXT.
Aléatoire» d'Attale.
Thierry et Childeberi, fils de Clovis \'*, roi des Francs, régnaient, le premier à Melz, le second à Paris. Ces deux princes, également fatigués de le guerrequ'ils soutenaient l'un contre l'autre, résolurent d'y mettre un terme. Ils se jurèrent bonne amitié, et se donnèrent réciproquement des otages comme garantie de fidélité à leur serment. De chaque côté, ces otages avaient été, suivant la coutume, choisis parmi les plus illustres familles gallo-romaines. Mais les deux rois ne conservèrent pas longtemps les bons sentiments qui les avaient inspirés dans cette circonstance; car de nouvelles, dissensions s'étaol élevées entre eux, leur inimitié redevint plus vive que jamais. Les otages furent employés aux travaux publics, et ceux qui les avaient en garde les réduisirent en esclavage. Il y en eut cependant un bon nombre qui parvinrent à prendre la fuite et à retourner dans leur patrie; d'autres, moins heureux, virent se refermer sur eux la porte qui leur enlevait tout espoir de reconquérir la liberté. Parmi ces derniers, Atlale, neveu du bienheureux Grégoire, évéquede Langres. fut employé aux services publics ot préposé à la garde des chevaux. Il avait pour maître un barbare, habitant le territoire de Trêves. Le bienheureux Grégoire, en apprenant la querelle des deux rois, envoya ses gens pour s'enquérir du sort de son noveu. Étant parvenus à le trouver, ils offrirent des présents au barbare. Mais celat-ci les refusa en disant qu'un homme d'une telle race devait payer dix livres d'or pour sa rançon, et qu'à ce prix seul il consentirait à remettre son esclave en liberté. A cette nouvelle, Grégoire voyant qu'il ne pouvait racheter son neveu, et qu'il n'avait aucun moyen do le tirer de servitude, s'abandonna
2Si
à la plus vive douleur. Survint alors Won, employé de ses cuisine.*; ce serviteur s'approcha de son maître el lui dit : « Si tu le permets, peutêtre parviendrai-je à délivrer ton neveu Altale et à le ramener auprès de toi. » Ces paroles firenl renaître l'espérance dans îe ro'ur de l'évêque. « Pars, s'écria-t-il ; puisse le Seigneur le protéger dans la généreuse entreprise ! » Léon se mit donc enroule pour exécuter le projcl qu'il avait conçu ; arrivé au lieu qu'on lui avait indiqué, il tenta d'enlever secrètement le jeune homme. Mais, n'ayant pu tromper la surveillance dont celui-ci était constamment entouré, il se vit contraint de renoncer à ces lenlalives.
Ne pouvant se résoudre à abandonner son projet, et pensant à la douleur que ressentirait Grégoire s'il retournait seul à la cilé de Langres, Léon prit un parti désespéré. Il alla trouver un de ses compagnons et lui dit : « Vends-moi à ce"barbare; l'argent qu'il le donnera sera pour toi. Je ne demande qu'à nio rapprocher d'Attale, afin do pouvoir lo délivrer plus facilement. » L'autre ayant accepté, ils se rendirent ensemble chez le barbare qui conclut le marché qu'on lui proposait. Il fil ensuite venir son nouvel esclave et lui demanda de quoi il était capable. « Je puis, répondit Léon, apprêter tout ce que l'on mange ; je défie qui (pie ce soit de m'égaler dans cet arl, et si tu veux appeler le roi à tn table, je te promets qu'il ne regrettera pas la sienne Mets moi à l'épreuve, et lu jugeras par toi-même si ton esclave t'a voulu trompor. » Le maître lui dit alors : a Voilà le jour du Seigneur qui approche; j'ai convié mes parents et mes amis à un repas, lais en sorte qu'ils soient satisfaits et qu'ils puissent dire : nous n'aurions pas été mieux nourris à la table même du roi. » Puis il ordonna qu'on fournit à Léon tout ce qu'il demanderait. Celui-ci ayant fait rassembler un grand nombre de volailles, servit aux invités un repas que le maître et les convives trouvèrent délicieux. Lorsque tout le monde se fut retiré, le barbare loua son esclave du diner qu'il avait préparé, l'engagea à continuer à le bien servir et commença dès ce jour à avoir en lui la plus grande confiance. Léon redoubla d'ardeur pour captiver de plus en plus les bonnes grâces de son maître; il ne négligeait rien pour assurer le succès de son entreprise, el attendait avec une patience laborieuse que. le moment delà délivrance d'Attale fût arrivé. Unan s'était écoulé depuis que tous deux servaient le même maître; Léon, croyant qu'il était enfin temps de songera prendre la fuite, se rendit dansla prairie où Altale était occupé à garderses chevaux. Là, il se coucha par terre, en tournant l« dosa son compagnon. Ilagissail ainsi, pour qu'on ne s'aperçût pas qu'ils parlaient ensemble, puis il lui dit : « Nous pouvons maintenant songer
à revoir notre patrie ; cotte nuit, ne l'abandonne pas au sommeil, mais sois prêt à partir lorsque je t'appellerai. » SVlant ensuite levé, il quitta la prairie et retourna au logis de son mailre.
Le soir même de ce jour, celui-ci avait invité à sa table plusieurs de ses parents, parmi lesquels -îe trouvait son gendre. Après le diner, ce dernier s'était retiré dans sa chambre; Léon l'y suivit pour lui donner à boire. Le gendre du barbare, ^ai et expansif, comme on l'est quelquefois à la lin d'un bon repas, se mit à plaisanter l'esclave : <Dis donc,demanda-t.il en riant, l'homme de confiance de mon beau-père, quand te prendra-t-il envie de l'enfuir avec ses chevaux? — Cette nuit même, s'il plaît à Dieu, répondit Léon » Et en parlant ainsi, il se mil à rire comme le barbare, qui le congédia en se disant peut-être en lui-même ijuc l'esclave de son heau-père ne manquait pas d a-propos dans la plaisanterie. Lorsque tout le monde fut endormi, Léon courut appeler Altale , sella les chevaux, el lui demanda s'il étailarmé.
Voyant qu'il n'avait qu'une petite lance, el craignant qu'ils n'eussent besoin de se défendre, il alla dans la chambre de son maître et lui prit son bouclier et sa framéo Lo barbare, entendant du bruit, se réveilla et demanda qui c'était el ce qu'on lui voulait, c C'est Léon, Ion serviteur, lui dil celuici, je'presse Altale de se lever à la hateet de conduire les chevaux au pâturage, car il est là qui dort comme un ivrogne. « Le maître répondit : « Fais ce que tu voudras ; » et, confiant en son serviteur, il se rendormit.
Celui-ci quitta la chambre et donna des armes à son compagnon. Il trouva les portes de la cour ouvertes, el regarda comme une faveur du ciel qu'il en lui ainsi, car il les avait fermées la veille à l'aide de clous, pour que les chevaux fussent en sûreté. Ils prirent ceux qui restaient, et remerciant Dieu i|ui semblait déjà Tavorisor leur entreprise, ils partirent, emportant leurs vêlements dans une petite caisse. Ils arrivèrent bientôt à la Meuse, mais quand il fallut la traverser, ils furent gênés par des personnes qui se trouvaient près de là; ayant donc quille leurs vêtements et abandonné leurs chevaux, ds passèrent le fleuve sur leurs boucliers. Arrivés sur l'autre rive, ils se cachèrent dans un bois, à la faveur de la nuil qui était déjà descendue sur la campagne. Il y avait Irois jours qu'ils avaient quitté la maison do leur mailre. Depuis ce temps les deux fugitifs n'avaiont pris aucune nourriture, lorsqu'ils aperçurent un prunier couvert de fruits. Ils en mangèrent pour apaiser la faim dont ils soutiraient déjà cruellement, et ayant un peu réparé leurs forces, ils reprirent leur route vers la Champagne. Tandis qu'ils avançaient, ils entendirent un bruit de chevaux lancés au galop. Craignant que ce no fussent des gons envoyés à leur
poursuite, ils se couchèrent par terre, derrière un buisson qu'ils trouvèrent par hasard en cet endroit. Ils avaient place" à côté d'eux leurs épées nues, ;i fin de pouvoir se défendre si l'on venait h les attaquer. Ils restèrent donc ainsi en attendant que les cavalier* se fussent éloignes. Ceux-ci s arrêtèrent devant le buisson, et l'un d'eux, pendant que les chevaux soufflaient, dit à son compagnon : « Quel malheur pour nous de ne pouvoir retrouver ces misérables fugitifs; sur mon salut, si nous les reprenons, je te jure que l'un sera pendu, et l'autre coupe" en morceaux. » L'homme qui parlait ainsi n'était autre que le barbare-, leur mailre. Il avait couru jusqu'à Reims pour les chercher, et il le* aurait rencontrés, si la nuit ne l'eut empêché de le:découvrir. Les chevaux se remirent en route, et bientôt le bruit de leur course qui rompait seul le silence de la nuit, se perdit dans'l cloignement et dans les détours du chemin.
Celle nuit même, les deux fugitifs entrèrent dans la ville, et avant rencontré un homme, ils lui demandèrent la maison du prêtre Paulelle. Celui-ci la leur indiqua et ils se dirigèrent de ce côté. Tandis qu'ils traversaient la place, on sonna matines, car «•'était le jour du Seigneur. Ih arrivèrent à la maifou du prêtre, et, ayant frappé, ù la porte, ils furent intioduils. Léon dit au piètre le nom de son premier maître. Aussitôt le prélrc s'écria : « Voici quK ma vision s'e-t vérifiée; cette nuit, j'ai vu en songe deux colombes qui sont venues en volaut se poser sur ma main. L'une des deux élail'blanche, et l'autre noire. » Ils s'adressèrent alors au prètn en ces termes : .< Il faut que Dieu nous pardonne; malgré la solennité de ce jour, nous vous prions de nous donner quelque nourriture, car voilà qualre fois que le soleil se lève sans que nous ayons pris ni pain ni rien de cuit, et nos forces sont épuisées. » Le prêtre leur donna du pain trempé dans du vin, puis il les cacha et les quitta pour aller à matines. Le barbare y vint aussi, car il n'avait pas encore perdu l'espérance de retrouver «es deux esclaves, liais le prêtre, qui depuis longtemps était lié d'amitié avec le bienheureux Grégoire, parvint à tromper le barbare et à hu persuader de repartir dans son pays. Les deux jeunes gens ayant repris des forces en mangeant, restèrent deux jours dans la maison du prêtre, puis ils se remirent en route et arrivèrent cher, saint Grégoire. Celui-ci qui n'espérait plus revoir ni son neveu, ni Léon, vorsa des larmes de tendresse en embrassant Attale. Pour remercier Léon di bonheur qu'il venait de lui procurer, il l'affranchit lui et Ions les siens, et lui donna des terres dam lesquelles ce fidèle serviteur, devenu lihre, grâce à son courage, vécut heureux jusqu'à la fin de séjours avec sa femme et ses enfants.
Haoviox jeune.
Vieux français à rajeunir.
COMMENT PANTAGRUEL DE SA LANGUE COITMT TOUTE UNE ARMEE, ET DE CE QUE LALIIIttH VEIU DEDANS SA BOUCHE.
Ainsi que Pantagruel, auecques toute sa bande, entraient es terres des Uipsodes, tout le monde enestojt ioyeulx, et incontinent se rendirent a luy, et , de leur franc vouloir, Iny appourtarcnl les clefz de toutes les villes ou il alloy t : exceptez les Almirodes, qui voulurent tenir contre luy, et feirenl responso a ses heraullz que ilz ne se rendroyent, sinon a bonnes enseignes.
Quoy. dit Pantagruel, en demandent ilz meilleures quo la main ou pot, et le voy rre ou pomg? Allons, et que on me les mette a sac. Adoncquc* tous se meirent en ordre, comme délibérez do douner l.issault. Mais, en chemin, passans une grande eampaigne, (curent saisiz dune grosse housee de pluye. A quoi rommrncearent se tresmousx>r, et se serrer Inng laultre. Ce que voyant Pantagruel, leur feit dire par les capitaines que ce nestoyi rien, et que il voyait bien ou dessus di«s nuées que ce m» sernyl que une petite rousee ; mais, a toutes fins, que ilz se meissent en ordre, et que il les vouloil couurir. Lors se meirnU en bon ordre et bien serrez. Et Pantagruel Ivra sa langue seullemenl a demy, et les en couurit comme une geline faict ses poulJetz.
Ce pendent, ie, qui vous Toys ces tant véritables contes, mestoys cadé dessoubz* une feuille de bardane, qui nestoyt moins large que larcho du pont de Monstrible : mais quand ie les veidz ainsy bien couueriz. ie men allay a eulx rendre à Inhry ; ce que ie ne peuz, tant ils esloyent, comme Ion dicl, ou bout de laulne fault le drap. D<;ncques. le mieux que ie peuz, montay par dessus, et chi minay bien deuz lieues- sus sa langue, tant que ientray dedans sa bouche. Mais, o dieux et déesses, que veidz ie la? Jupiter me confunde de «a fouldrc trisulcque si ien mens. le v cheminovs comme Ion faict en Sophy e a Constantinople, et y veidz de grandz rochiers, comme les monts des Dànnoys. ie croy que cestoyenl ses denz. et de grandz prez, do grandes forelz, do fortes et grosses villes, non moins grandes que Ly on ou Poictiers.
Le premier que y treuuay ce fut ung bon homme qui plontoyt des choulx. Dont, tout esbahy luy demanday : Mon amy, que foys tu icy?Je plante, dist-il, des choulx. Et a quoi ny comment? dis io. Ha, monsieur, dist-il, nous ne nouons estre tous riches. Je guaigne ainsi ma vie, et les pourte vendre ou marché, en la cité qui est icy derrière. Jésus, dis ie , y ha U >ry unB no"'jeau monde? Certes, dist.il, il nest mye nouueau : mais Ion dict bien que, hors dicy, ha une terre neufue ou
ilz ont soleil et lune ; et tout piain de belles besoi gnes, mais cestuy cy est plus ancien. Yoyrn mais, dis ie, mon amy. comment ha nom cesti ville ou lu pourles vendre des ehoulx? Elle ha disl-il, nom Aspharage, et sont chrislians, gens dbien, et tous feront grande chiere. Bref, je deliberay d'y aller.
(Rabelais.)
EXPLICATION »K QUELQUES MOTS
.ltn«î que, c'est-à-dire pendant que, tandis que.
Dipsodes, sujets de Pantagruel.
Almirodet, nom de peuple que Rabelais a formé lui-même.
Heroultz, messagers.
Voyrre, pour verre.
Housee, ondée, averse de pluie.
A toutes fins, locution employée pour cependant.
Geline, mot formé du latin galiina et signifiant poule.
Bardane, plante de la famille des composées, dont la racine est considérée en médecine comme un dépuratif du sang.
Pont de Monsiribls, situé sur la Charente, entre Saintes et Saint-Jeau-d'Angely. Ce pont est un reste de construction romaine.
TrisuUque, du mol latin trisulcus, à trois pointes, en parfont de la foudre de Jupiter ou du trident de Neptune.
Sophyc, église bâtie par Juslinien à Couslanlinople.
Aspharage, ville située dans la bouche de Pantagruel.
Chrtstians, pour chrétiens.
ILu vion jeune.
cosmologii:
OU GÉOGRAPHIE SUPÉRIEURE