REMARQUES SUR LA CONJUGAISON DR LA VOIX ACTIVB
1° Temps simples et temps pèripkrastiques. — H suffit de jeter les yeux sur le modèle ou paradir/me de la voix active pour constater qu'elle renferme deux sortes de temps, savoir : 4° des temps dans lesquels l'idée exprimée par le verbe n'est représentée que par un seul mot. Les grammairien» désignent habituellement ces temps sous le nom de temps simple». Cette dénomination est quelquefois impropre, car nous ferons voir que le futur doit être regardé comme un temps composé. Les seuls temps véritablement simples sont, le présent, l'imparfait .et le passé défini de l'indicatif; le présent du conditionnel ; le présent de l'impératif; le présent et l'imparfait du subjonctif; le présent de l'infinitif; le participe présent cl le participe passé. 2° La voix active renfermo en outre des temps formés de l'auxiliaire avoir et du participe passé du verbe que l'on conjugue. C'est à tort que nos grammairiens désignent ces tournures sous le nom dé temps composés. Il vaudrait mieux les appeler temps pèripkrastiques, attendu qu'elles ne sont que des périphrases corespondanl à tel ou tel temps simple de la langue latine. C'est ce que du Marsais avait déjà fort judicieusement observé, bien avant que de récents travaux sur l'origine do la langue française n'eussent mis celle vérité dans tout son jour. Nous n'avons dans toute la voix active qu'un seul temps que l'on puisse, à bon droit, appeler composé. C'est celui qui, fort mal à propos, a reçu de nos grammairiens le nom do futur simplt, et dont nous ferons bientôt connaître l'origine. Les temps formés à l'aide de l'auxiliaire avoir et du participe passé, sont 4» le passé indéfini que l'on * oblienl en ajoutant au présent de l'indicatif du verbe, avoir lo parlicipo passé du verbe que l'on conjugue. Ex. J'«ti aimé, fat rit mtêj'ai frappé, etc.
L'ENCYCLOPÉDIE DES ÉCOLKS
2° Le passé intérieur, formé du participe passé précédé du passé défini du verbe avoir. Ex. j'eu$ porte, j'eus aimé, etc. 3<> Le plus-que-parfait de l'indicatif que l'on a en faisant suivre l'imparfait du verbe avoir du participe passé du verbe que l'on conjugue. Ex. J'avais porté, j'avais donné, etc. 4<> Le futur antérieur, formé, de ce mémo participe passé devant lequel on a mis le futur du verbe avoir. Ex. J'aurai porté, j'aurai aimé, etc.. 5° Le conditionnel paseé, qui provient du conditionnel présent de l'auxiliaire avoir ajouté au participe passé. Ex. y aurais aimé, j'aurais visité, etc. 6° Le passé du subjonctif, que I on obtient au moyen du présent du verbe avoir du ce même mode el du participe passé. Ex. Que j'aie porté, que j'aie présenté, etc. 7° Enfin le plus-que-par fa il du subjonctif, qui est formé de ce même participe précédé de l'imparfait du subjonctif de l'auxiliaire avoir. Ex. Que $ eusse accordé, que j'eusse souhaité, etc.
Le passé et le futur de l'infinitif sont aussi des temps përiphraatiques. Le premier est formé de i'ioftnitif avoir et du participe passé du verbe que l'on conjugue. Le second est le résultat de l'addition de l'infinitif du verbe que Coq conjugue à l'infinitif du verbe devoir, qui joue ici le rôle d'auxiliairo. Dans le mode participe, le passé se forme du participe présent de l'auxiliaire avoir, que l'on fait suivre du participe passé du verbe, et lo futur s'obtient en plaçant devant le présent de l'infinitif du verbe que l'on conjugue le participe présent de l'auxiliaire tktoir. Ex. Ayant porté, devant porter,
xo. — Voici les différentes variations de formes par lesquelles sont passés les temps simples avant de devenir oe qu'ils sout aujourd'hui. Dans chaque tableau nous écrivons en lettres capitales la forme latine et en italiques les formes qui en ont été
porto, port et enfin je porte.
■ portas, d'où tu portes.
portât, porlet, et enfin il porte.
portami;;», jnrtomes çt enfin nous portons.
ponTATis, porlets el enfin vous portez.
portant, d'où est venu ils portent.
Lo présent de l'ancienne conjugaison l'emportait sur celui deda nouvelle en ce sens que la première ella troisième personne du singulier y pondaient chacune une terminaison distincte. Ainsi qu'on le voit, la troisième personne du singulier gardait anciennement dans la première conjugaison lo t final de de la forme latine. Cette mérae personne le garde encore aujourd'hui dans les trois autre* con-
jugaisons, car nous disons : 1/ finit, il dort, it eroit, etc. On disait autrefois il par pour il va, et le peuple a ici conservé le t final puisque, pour éviter l'hiatus, il dit, 1/ rat en rille au lieu do tf va-en ville.
Imparfait.
portas AU, portère, portoee, portoue, portoe, portoie, portai, portois, et enfin je portais.
portaoas. portères, portore*, jwrtoues^ portoes, portoies, portai», et enfin tu portais.
portabat, portèvet, portovet, partout, portât, porloit, el enfin il portait.
portabami's, porfiom», et enfin nous portions.
pùrtaratis, portiets, et enfin vous portiez,
portabast, portèceiit, portovent, portoueut, portoent, portoient, et enfin ils jwrtoienl.
Ce fut Nicolas Bérain, avocat au Parlement de Paris, qui proposa le premier, vers lo milieu du dix-septième siècle, de substituer ai à la notation oi dans la terminaison de nos imparfaits Mais ce ne fut qu'un siècle plus lard et grâce à l'immense ascendant de Voltaire, que celte réforme commença à s'accomplir. De nos jours elle est devenue générale, et l'Académie française l'a définitivement consacrée dans la sixième édition de son dictionnaire.
Passé défini.
Portavi, d'où jo portai.
portavisti, portas™, d'où lu portas.
Portavit, portât, et enfin il porta.
porta vijil's, portasmes, et enfin nous portâmes. portavistis, poRTASTis/portoito et enfin vous portâtes.
portaverunt, portÂrunt, portarent et enfin ils portèrent.
Remarquons que la troisième personne du singulier eut d'abord un t final, comme elle en a encore un aujourd'hui dans les trois autres conjugaisons.
Merlette,
DICTÉE D'ORTHOGRAPHE USUELLE
LS OÉOUKTRE.
• Je passais l'autre jour sur lo Pont-Neuf avec un de mes amis : il rencontra un homme de sa connaissance, qu'il me dit ètro un géomètre ; et il n'y avait rien qui n'y parût, car il était dans une rêverie profonde; il fallut que mon ami le tirât long», temps par la manche, el le secouât pour le faire descendre jusqu'à lui, tant il était occupé d'une courbe qui le tourmentait pcul-eire depuis plus de huit jours. Us se firent tous deux beaucoup d'hon-
nételés, et s'apprirent réciproquement quelques nouvelles littéraires. Ces discours les menèrent jusque sur la porte d'un café où j'entrai avec eux.
Je remarquai que notre géomètre y fut reçu de tout le monde avec empressement, et que les garçons du café en faisaient beaucoup plus de cas que de deux mousquetaires qui étaient dans un coin. Pour lui, il parut qu'il se trouvait dans un lieu agréable; car il dérida un peu son visage, et se mit à rire comme s'il n'avait pas eu la moindre teinture de géométrie.
Cependant son esprit régulier toisait tout ce qui Se disait dans la conversation. Il ressemblait à celui qui, dans un jardin, coupait avec son épée la tète des fleurs qui s'élevaient au-dessus des autres. Martyr de sa justesse, il était offensé d'une saillie, comme une vue délicate est offensée par une lumière trop vive. Rien pour lui n'était indifférent, pourvu qu'il fût vrai. Aussi sa conversation était-elle singulière. 11 était arrivé ce jour-là de la campagne avec un homme qui avait vu un château Buperbo et des jardins magnifiques; et il n'avait vu, lui, qu'un bâtiment de soixante pieds de long sur trcnlrc-cinq de large, et un bosquet barlong de dix arpents : il aurait fort souhaité que les règles de la perspective eussent été tellement observées, que les allées des avenues eussent paru partout de même largeur; et il aurait donne1 pour cela une méthode infaillible. H parut fort satisfait d'un cadran qu'il y avait démêlé, d'une structure fort singulière; et il s'échauffa fort contre un savant qui était auprès de moi, qui malheureusement lui demanda si ce cadran marquait les heures babyloniennes. Un nouvelliste parla dubom. bardement du château do Fontarabie; et il nous donna soudain les propriétés de la ligne quo les bombes avaient décrites en l'air; et, charmé de savoir cela, il voulut en ignorer entièrement le succès. Un homme se plaignait d'avoir été ruiné l'hiver d'auparavant par une inondation. — Ce que vous me dites là m'est fort agréable, dit alors le géomètre : je vois que je ne me suis pas trompé dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au moins tombé sur la terre deux pouces d'eau plus quo l'année passée.
(Montesquieu.)
EXPLICATION DE QUELQUES MOTS
Celui qui coupait awc son rpie etc. Le personnage dont il est question se nommait Périandre, tyran do Corinthe. Il envoya consulter Thrasytyile de Milet sur la manière la plus sure de gouverner «es États. Celui-ci, sans mot dire, mena l'ambassadeur dans un rharnp, puis de son épée, il coupa
les épis qui dépassaient les autres. Périandre comprit l'intention de Thrasybule et mit à mort les principaux dignitaires de Corinthe.
Saillie, trait, pointe d'esprit.
Barlong, mot qui a la même signification que long.
Fontarabie, ville forte d'Espagne; elle fut bombardée et prise par les Français en 1719.
Hauvion jeune.
PREMIERS EXERCICES DE STYLE
narration. — développement.
LETTRE DE P.-L. COURIEtt A MADAME PIGALLK SA COUSINE.
Vos lettres sont rares, cbère cousine; vous dites bien, je m'y accoutumerais et je ne pourrais plus m'en passer. Tout de bon je suis en colère : vos douceurs ne m'apaisent point. Comment, cousine, depuis trois ans voilà deux fois que vous m'écrivez! en vérité, mamzelle Sophie- Mais quoil si je vous querelle, vous ne m'écrirez plus du tout. Je vous pardonne donc, crainte de pis.
Oui sûrement je vous conterai mes aventures bonnes et mauvaises, tristes et gaies, car il m'en arrive des unes et des antres. Laiuex-nous faire, cousine, on vous en donnera de toute» les façons. C'est un vers de la Fontaine; demandez à Voisard. Mon Dieul m'allez-vousdire, on a lu la Fontaine; on sait ce que c'est que le Curé et le Mort. Eh bien, pardon. Je disais donc que mes aventures sont diverses, mais toutes curieuses, intéressantes ; il y a plaisir à les entendre, et plus encore, je m'imagine, à vous les conter. C'est une expérience que nous ferons au coin du feu quelque jour. J'en ai pour tout un hiver. J'ai de quoi vous amuser, cl par conséquent vous plaire, sans vanité, tout ce temps-là ; de quoi vous attendrir, vous faire rire, vous faire peur, vous faire dormir. Mais pour vous écrire tout, ah 1 vraiment vous plaisantez : madame Radcliffe n'y suffirait pas. Cependant je sais que vous n'aimez pas à être refusée; et comme je suis complaisant, quoiqu'on en dise, voici, en attendant, un petit échantillon de mon histoire; mais c'est du noir, prenez-y garde. No lisez pas cela en vous couchant, vous en rêveriez, et pour rien au monde je ne voudrais vous avoir donné le cauchemar.
Un jour je voyageais en Ca labre. C'est un pays de méchantes gens, qui, jo crois, n'aiment personne, et en veulent surtout aux Français. De vou$ dire pourquoi, cela serait long; suffit qu'ils nous liaient à mort, et qu'on passe fort mal son
temps lorsqu'on tombe entre leurs mains. J'avais pour compagnon un jeune homme d'une figure... ma foi, comme ce monsieur quo nous vîmes au Rincy ; vous en souvenez-vous? et mieux encore peut-être. Je ne dis pas cela pour vous intéresser, mais parce que c'est la vérité. Dans ces montagnes les chemins sont des précipices, nos chevaux marchaient avec beaucoup de peine ; mon camarade allait devant, un sentier qui lui parut plus praticable et plus court nous égara. Ce fut ma faute; devais-je me fier à une tète de vingt ans? Nous cherchâmes, tant qu'il fit jour, notre chonfin à travers ces bois ; mais plus nous cherchions, plus nous nous perdions, et il était nuit noire quand nous arrivâmes près d'une maison fort uoire. Nous y entrâmes, non sans soupçon, mais comment faire? Là nous trouvons toute une famille de charbonniers à table, où du premier mot, on nous invita. Mon jeune homme ne se fit pas prier : nous voilà mangeant et buvant, lui du moins, car pour moi j'examinais le lieu et la mino de nos hôtes. Nos hôtes avaient bjen mino do charbonniers; mais la maison, vous l'eussiez prise pour un arsenal. Ce n'étaient que fusils, pistolets, libres, couteaux, coutelas. Tout me déplut, el je vis bien que je déplaisais aussi. Mon camarade, au contraire, il était de la famille, il riait, il causait avec eux ; el par une imprudence quo j'aurais dû prévoir (mais quoi I s'il élnit écrit...) il dit d'abord d'où nous venions, où nous allions, qui nous étions-, Français, imaginez un peu! chez nos plus mortols ennemis, seuls, égarés, si loin de tout secours humain! et puis, pour ne rien omettre de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à ces gens pour la dépense et pour nos guides, le lendemain, ce qu'ils voulurent. Enfin, il parla do sa valise, priant fort qu'on en eût grand soin, qu'on la mît au chevet de son lit ; il ne voulait point, disait-il, d'autre traversin. Ah! jeunesse! jeunesse! que votre âge est à plaindre ! Cousine, on crut que nous portions les diamants do la couronne.
Le souper fini on nous laisse; nos hôtes couchaient en bas, nous dans ta chambre haute où nous avions mangé; une soupente élevée de sept à huit pieds, eù l'on montait par une échelle, c'était là le coucher qui nous attendait, espèce do nid, dans lequel on s'introduisait en rampant sous des solives chargées de provision? pour toute l'année. Mon camarade y grimpa seul; et se coucha tout endormi, la téte sur la précieuse valise Moi, déterminé à veiller, je fis bon feu et m'assis auprès. La nuit s'était déjà passée presque entière assez tranquillement, et je commençais à me rassurer, quand sur l'heure où il me semblait que le jour ne pouvait être loin, j'entendis au-dessous de moi notre hôte et sa femme parler et se disputer ; oi prêtant l'oreille par la cheminée qui communi-
quait avec celle d'en bas, je distinguai parfaitement ces propres mots du mari : Eh bien I enfin voyons, faut-il les tuer tous deux \ A quoi la femme ré|>ondit : Oui. Et je n'entendis plus rien.
Quo vous dirai-je? Je restai respirant à peine, tout mon corps froid comme un marbre; à me voir, vous n'eussiez su si j'étais mort ou vivant. Dieu! quand j'y pense encore 1... Nous deux presque sans armes, contre eux douze ou quinze qui en avaient tant 1 El mon camarade mort de sommeil et de fatigue! L'appeler, faire du bruit, je n'osais; m 'échapper tout seul, je ne pouvais; la fenêtre n'était guère haute, mais en bas deux gros dogues hurlant comme des loups... En quello peine je me trouvais, imaginez-le, si vous pouvez. Au bout d'un quart d'heure qui fut long, j'entends sur l'escalier quelqu'un, et, par les fentes de la porte, je vis lo père, sa lampe dans une main, dans l'autre un de ses grands couteaux. Il montait, sa femme après lui , moi derrière la porte : il ouvrit ; mais avant d'entrer il posa la lampe que sa femme vint prendre ; puis il entre pieds nus, et elle de dehors lui disait à voix basse, masquant avec ses doigts le trop de lumière de la lampe : doucement, ta doucement. Quand il fut à l'échelle, il monte, son couteau dans les dents, et venu à la hauteur du lit, ce pauvre jeune homme étendu offrant sa gorge découverte, d'une main il prend son couteau, et de l'autre... Ahl cousine... Il saisit un jambon qui pendait au plancher, en coupe une tranche et se retire comme il était venu. La porte se referme, la lampe s'en va, el je reste seul à mes réflexions.
Dès que lo jour parut, toule la famille, à grand bruit, vint nous éveiller, comme nous l'avions recommandé. On apporte à manger : on sert un déjeuner fort propre, fort bon, je vous assure. Deux chapons en faisaient partie, dont il fallait, dit noire hôtesse, emporter l'un et manger l'autre. En les voyant, je compris enfin le sens de ces terribles mots : Faut U les tuer tous deux! Et je vous crois, cousine, assez de pénétration pour deviner à présent ce que cela signifiai!.
Cousine, obligez-moi : ne contez point celte histoire. D'abord, comme vous voyez, je n'y joue pas un beau rôle, et puis vous mo la gâterez. Tenez, je ne vous flatte point, c'est votre figure qui nuirait à 1'effel de ce récit. Moi, sans me vanter, j'ai la mine qu'il faut pour les contes à faire peur. Mais vous, voulez-vous conter? prenez des sujets qui aillent à votre air, Psyché, par exemple.
(P. L. Covrjeb.)
Vieux français à rajeunir.
Or, en non chemin, ie irouay ung compaignon qui tendoyt aux pigeons. Onquel ie demanday : Mon amy, dond vous viennenl ces pigeon» icyT Cyre, dist il, ilz viennenl de laultre monde. Lors ic pensny que, quand Pantagruel baisloyt, les pigeons a plaines volées entroyenl dedans sa guorge, pensans que feust ung colombier. Puys entray en la ville, laquelle ie Irouay belle, bien forte, et en bel aer; mais, a (entrée, les pourtiers me demandarent mon bulletin ; de quoy ie feuz fort esbahy, el leur demanday : Messieurs, y ha il icy daogier de peste? 0 seigneur, dirent ilz, Ion se meurt icy auprez, tant que le chariot court par les rues. Vray dieu, dis ie, cl ou? A quoy me dirent que cestoyt en Laringuos et Pharingues, qui sont deux grosses villes telles comme Houen el Nantes, riches et bien marchandes. El la cause de la peste ha esté pour une puante et infecte exhalation qui est sortye des abysmes depuys na gueres ; dont ilz sont morlz plus de vingt et deuz cens soixante mille et seze personnes, depuys huyct iours. Lors ie pense el calcule, et treuue que cesloyt une puante halaine qui esloyt venue de Icstomach du Pantagruel alors quo il mangea tant daillade, Comme nous a lions dicl dessus.
De ta partant; pansa y ontiv If» rocliier* qui osloyent ses denz, et fey tanl que io montay su* une et la treuuay les plus beaulx lieux du monde, bcauht granz icuxde peaulme, belles gualleryes, belles prairyes, force vignes, et uno infinité de cas* sines a la mode Ilalicque, par les champz plains de délices, el la demouray bien quatre moys, cl ne fcy oneques telle cliiere que pour lord. Puys desr.ondy par les denz du derrière pour venir aux baulteures : mais, on passant, ie feuz deslroussé | des briguans par une grande fores t qui est vers la parlye des aurwilles : puys treuuay une petite bourgade a la deuallee , iay oublié son nom, ou io feys encores meiileuro chiore que iamais, el guaignay quelque peu durgent pour viure. Scauez vous comment? a dormir : car Ion loue les gens a journée pour dormir, el guaignenlcinq et six mjIs par iour : mais ceulx <|ui ronflent bien fort guaignent bien sept sols et demy. El contoys aux sénateurs comment on mo avoyt deslrousse par la vallée ; lesquels me dirent que, pour tout vray, les gens de delà estoyent mal viuaus, et briguans de nature. A quoi ie congneu que, ainsi comme noos auons les contrées de decza et delà les mons. aussy ont ilz decza el delà les denz. Mais il faicl beaucoup meilleur decza, et ya meilleur aer.
La commcnccay a penser que il est bien vray ce que Ion dict que la moiliédu monde nescail comme laultre vil. Yeu que nul auov l encores cseiïpt de
ce pays la, onquel son plus de vingt et cinq royaulmes habitez, sans les deserlz, et ung groz bras de mer : mais ien ay compousé ung grand liure, intitulé Ihystoire des Guorgias : car ainei les ay nommez, parce que ilz demourent en la guorge de mon maistre Pantagruel. Finalement, voufuz retourner, et, passant par sa barbe, me lectay sus ses espaules, et delà me deualle en terre et tombe douant luy. Quand il m'apperecut, il me demanda dond vicnstu,Alcofribas? le lui respondz: devostre guorge, monsieur. El depuis quand y es ta? dist il. Y)epuys, dis ie, que vous alliez contre les Almirodes. Il y ha, dist il, plus de six moys. Et de quoy viuoys tu? que beuuoys tu? le repondz: Seigneur, de mesme, vous, et, des plus frjandz morceaulx qui passoyent par vostre gnorge, ien prenoys le barraige. Ha, ha, tu es gentil compaignon, dist il. Nous auons, auecques layde de Die», conqueslé tout le pays des Dipsodes ; ie te donne la chastellenye de Salmigondin. Grand mercy, dis ie, monsieur, vous me faictes du bien plus que nay doscruy enuers vous. .
(Rabelais.)
EXPLICATION DE QUELQUES MOTS
Cyre, expression équivalente à monsieur.
Baisloyt, imparfait du verbe baùler qui signifie bailler.
Bulletin, c'esl-è-dire certificat, passeport. On l'appelait ainsi parcé qu'il élait scellé d'une butte, ou sceau.
Lartngues, el Pharingues, noms de villes imaginés par Habolais. 11 les a formés des mois larynx cl pharynx. Lo larynx est la partie de la gorge où se formo la voix ; le pharynx ou arrière-bouche esl le commencement de l'ojsopliage.
Depuyi naguère», naguère, récemment.
Aillade, ragoût à l'ail.
Fey, pour fis.
Catsiue, maisonnette, ermitage, petite maison
de campagne.
Ilalicque, pour Italienne
baulieure, la lèvre inférieure. Ce mot s'emploie aussi -irès-souvent pour désigner las deux lèvres. Deuallee, descente.
Decxa, en deçà.
/•ïwaW«me»t,pour finalement, enfin.
Deualle, .dû deualer, descendre, s'abaisser, aller on bas..
MappercêtU, pour m'aperçus. Autrefois, on supprimai! irès-souvent les apostrophes ; ceau ci-dessus, on trouve /on pour l'on ; c'était ; Ihyttoire pour i histoire, etc. Dond ou oud, du latin unde et signifiant d'où T Alcofribat, ou Alcofribat \aster, anagramme de ces mou; François «abelaj*. 11 paraît quecslui-
L'ENCrCLOPÊDlB DES ÉCOLES
ci n'avait mis en tête de ses deux premiers livres que cel anagramme (mot formé des mêmes lettres 'qu'un autre, mais placées dans un ordre différent); mais il signa le troisième et les suivants de son propre nom.
Barraige, droit qui se prélevait sur les denrées pour l'entretien des ponts et chaussées. On l'appelait ainsi à cause de la barre plscéo sur les chemins pour indiquer qu'ils étaient soumis à ce droit.On prélevait aussi an droit de barrage sur les chariots et les bétes de somme. Plusieurs rues de Paris portent encore aujourd'hui le nom de barre, qui doit son origine à cet usage antique.
Layde, pour l'aide, nouvel exemple de la pression de l'apostrophe.
Conquestè, du verbe conquestor, conquérir,
ChasUUenyt, châtellenie, pays pincé sous la direction du seigneur châtelain, droits qu'il y exerce
Solmigondin, mot inventé par Rabebm.
Deteruy, participe du verbe équivalent à servir, être utile, mériter.
Hauvion jeune
COSMOLOGIE
OU GÉOGRAPHIE SUPERIEURE
nr.s plaines {serra).
Comme l'Afrique, l'Europe et l'Asie ont aussi leurs plaines, mais leur aspect est tout différent. Elles sont connues sous le nom de steppM. Elles commencent à paraître au nord de l'Allemagne, traversent la Pologne et la Russie d'Europe, couvrent une grande partie de l'Asie, et envahissent toute la Sibérie. L'aspect des steppes n'est pas aussi uniforme que celui du Sahara; il change avec la nature du sol et avec la position qu'elles occupent sur le globo. Au nord de l'Allemagne, ce sont des landes et des marais qui s'étendent jusqu'en Danemark ; en Hongrie, ce sont des plaines herbeuses, désignées par les habitants de cette contrée, sous le nom de jnuila, et qui se montrent surtout entre le Danube et la Theiss. On rencontre »nm m Hongrie des plaines sablonneuses et des «vit ét age*. En Pologne et en Russie, les**teppea sool couvertes ici de forêts Impénétrables, là de marais ou do pâturages. Elles ne sont interrompues au nord que par les monta Valdal et l'Oural, et au sud par les Karpathm. Le voyageur qui traverse la Russie, des monta Karpatlies aux monts Ourats. parcourt quelquefois plusde troiscet ils myria mètres sans rencontrer la plus petite colline, le moindre repli de terrai*. Moscou, qui se trouve à environ cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la mor,
est le point culminant de cette plaine. De là lo sol le la Russie s'abaisse peu à peu dans toutes les directions. Aux environs d'Astrakhan le sol est plus bas que celui do la Hollande et est par conséquent bien au-dessous du niveau des mers, puisque sans les digues qui retiennent les flots do l'Océan et entourent la Hollande d'une sorte de rempart, ce pays ne tarderait pas à disparaître sous les eaux. La partie des steppes qui s'étend entre le Dniéper, le Don et le Volga est une plaine herbeuse, qui forme des pâturages semblable s ù ceux que l'on rencontre en Hongrie, entre le Danube et la Theiss. Les déserts allant du nord do l'Allemagne au Dniéper no sont que les avantcoureurs des véritables steppes, lesquelles ne commencent que sur les rives do ce dernier fleuve. Cependant on rencontre encore sur les rives du Dniéper une végétation herbacée, mais aucun arbre ne s'élève au-dessus de ces grandes herbes et ne vient rompre la monotonie du paysage. Sur les bords des rivières qui traversent les steppes, on voit croître, sur une largeur d'environ trentecinq ou quarante mètres, des forêts de roseaux gigantesques qui, dans les parties humides et limoneuses, atteignent jusqu'à dix mètres de hauteur. Dnns les contrées où le sol est granitique, les steppes présentent des pêlurages d'une herbo touffue et peu élevée, mais lorsque le sol est formé par des terrains calcaires, l'herbe atteint de deux h trois mètres de hauteur. Dans le voisinage du Caucase, il n'est pas rare do rencontrer des chardons arborescente dont les rameaux 'a'enchevétrent les uns dans les autres. Lear taille dépasse celle des roseaux qne produisent les terrains limoneux. Aux environs d Astrakhan, le sol est imprégné de sel , ce qui le rend propre à favoriser la végétation do certaines plantes marines. Si l'on s'avance plus à l'est, dans la grande Boukharie (Turkestan indépendant), la flore des steppes se montre plus riante et plus variée. Un peu plus au nord, sont situées les steppes dès Kirghises où paissent de nombreux troupeaux de chameaux et d'autres bestiaux. Les sables reparaissent dans le Turkestan proprement dit, et constituent la presque totalité de la steppe qui existe de ce côté, puisqu'il n'y a do fertile que les provinces arrosées par l'Oxus et l'Iaxartes. Le plateau d'Ost-ourt forma une steppe qui s'étend de la mer Caspienne à la mer d'Aral. Il est, en quelque sorte, comme le dernier gradin de la chaîne dê l'Oural et posséda un niveau supérieur à celui de la vaste plaine qui vient s'ouvrir sur les bords de la mer Caspienne.
On voit, par ce qui précède, que les steppes situées dans la partie ouest de rKnfope, œ sent pas entièrement inhabitable», et que l'homme peut encore y faire paKre ses troupeaux. Maie af l'en
s'enfonce au nord du pays des Kirghises, on ne rencontre que les steppes glacées de la Sibérie, lesquelles couvrent d'une extrémité à l'autre cette immense province de l'empire russe. Ces steppes marécageuses ne présentent qu'un aspect désolé, et ne sont interrompues ça et là que par de petits lacs d'eau douce ou salée. Le sol se trouve gelé à uno très-grande profondeur pendant la plus grande partie de l'année; car l'hiver y est très-long el très-rigoureux. Le vent du nord y souffle sans cesse avec une grande violence, el les tourmentes de neige rendent la contrée presque inhabitable. Dans la Sibério méridionale, dès les premiers jours du printemps, les ardeurs du soleil fondent rapidement la neige, et le sol se couvre comme par enchantement dune magnifique végétation. Il semble qu'un magicien bienfaisant ait frappé la terre de sa baguette pour en faire sortir un océan de verdure. Bientôt des myriades d'insectes, appartenant pour la plupart à l'ordre des diptères, font briller au soleil de juillet les couleurs variées dont la nature s'est plu à les orner. Mais octobre no tarde pas à ramener les brumes épaisses, et le mois de novembre voit le renne se retirer au fond des forêts ; l'été a disparu pour faire place à l'hiver. De longues nuits enveloppent de leur linceul ces malheureuses contrées; la neige no cesse de tomber à gros flocons et les vents glacés du nord produisent des froids si rigoureux, que le thermomètre descend jusqu'à 54 degrés au-dessous de zéro.
En général, les steppes de l'Asie sont formées par des terrains argileux ou par de vastes mers de sable qu'échauffent les rayons du soleil. La rosée y vient très-rarement donner aux plantes la fraîcheur nécessaire à leur développement; les froids de l'hiver dessèchent autant que les chî. leurs de l'été, et l'automne qui, dans nos climats, apporte encore de beaux jours, s'y montre stamment pluvieux et de très-courte durée.
ïïauvio.n aîné.
Le dénominateur indique en combien de parties égales l'unité a été partagée.
Le numérateur indique combien l'on a pris décès parties pour former la fraction.
Pour lire une fraction, on énonce d'abord le nu. mérateur sans rien ajouter; puis on énonce Je dénominateur en ajoutant la terminaison iême.
Ainsi la fraction £ s'énonce cinq neuvièmes. Son dénominateur y indique que pour la former on a partagé l'unité en neuf parties égales, et numérateur i» indique que l'en a pris 5 des parties quo l'on avait faites dans l'unité.
Quand une fraction a pour dénominateur les nombres î, 3, 4, ces déuominateurs s'énoncent demi, tiers, quart. Ainsi, i se lira une demi; y se lira deux tiers; { se lira trois quarts.
Théorème. — Une fraction n'est pas autre chose qu'une division indiquée.
Soit la fraction j. D'après la définition d'une fraction, elle représente la quantité que l'on obtient en partageant l'unité en quatre partieségales et prenant trois de ces parties. Jo dis qu'elle a encore une autre signification, et qu'elle indiquo le quotient de 3 par 4. En effet :
3 unités = 4 +1+4.
ARITHMÉTIQUE