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NATURE DES ALIMENTS (SUITE

Bien que le géophagisme, ainsi que nous l'avons vu dans notre dernier article, soit très-répandu dans toute la zone torride et même au delà des limites de cette zone, il n'en constitue pas moins une coutume ex ira-naturelle, une aberration cl une perversion du goût. Les minéraux no pouvant guère être rangés parmi les aliments, il nous reste à examiner quel parti l'espèce humaino lire pour sa nourriture des substances animales et végétales.

Le régime alimentaire lo mieux approprié à l'organisation et aux besoins de l'homme n'est pas le môme sur toute la surface du globe. Il diffère beaucoup d'un point à un autre, suivant les climats. On peut établir sur Io globe trois grandes divisions climateriques : la première embrasse les pays chauds; la seconde, les régions tempérées, la troisième, les contrées froidesqui confinent au pôle. A chacun do ces climats correspond, pour les habitants, un mode d'alimentation dissemblable. Sous les tropiques, la nourriture est presque entièrement végétale, et les substances animales répugnent autant qu'elles sont nuisibles. Aussi la nature a-t-elle doté ces magnifiques contrées d'une profusion vraiment étonnante de produits végétaux ,

principalement de substances sucrées. C'est là que l'on voit naître la patate, le mars, le millet, le sorgho, le manioc, lo riz, l'arbre à pain; toutes sortes d'excellents fruits, la banane, les dattes, les noix de coco, etc. En même temps que ces substances forment le fond de la nourriture des habitants, ceux-ci s'abstiennent presque de toute liqueur fermentée, et n'ont guère que de l'eau pour boisson. En quittant les pays où l'alimentation est de nature purement végétale, on commence à entrer insensiblement dans ceux où elle devient de plus en plus exclusivement animale. De la zone torride, on passe d'abord dans les lieux où croit -abondamment le froment dont le grain, composé do fécule et de la substance azotée désigné© sous le nom de gluten, contient des principes nutritifs très-abondants. Bientôt aussi, on voit apparaître les châtaignes, non moins nourrissantes que lo froment, quoique pour d'autres raisons-, enfin, on arrive sur la lisière des pays où l'on commence à manger de la viande. On en fait déjà nsage dans la région comprise entre l'Atlas et la Méditerranée. Cette consommation devient plus importante eu Espagne, plus considérable encore en France, et, enfin, elle atteint des proportions véritablement prodigieuses en Angleterre et dans lo nord de l'Allemagne. En même temps l'homme, pour apaiser sa faim, a besoin d'une quantité bien plus grande d'aliment*. Aussi, Jean-Jacques Rousseau a-l-il pu dire avec beaucoup de justesse qu'un Espagnol titrait huit jours du dîner d'un Allemand. Dans la zone torride, on recourt à des boissons acidulées, rafraîchissantes; dans les climats tempérés, au contraire, on use déjà plus volontiers de breuvages modérément Ioniques, dont le meilleur, el de beaucoup, esl le vin, après lequel viennent quelques autres boissons fermentées, telles que le cidre, la bière, etc. Enfin, quand on arrive dans les contrées du nord, on trouve le régime encore une fois changé ; les hommes des pays hyperboréens, devenus en quelque sorte de véritables carnivores, ne se nourrissent plus que de substances de nature animale.

Les Groënlat.dais et les Esquimaux se fabriquent un pain qui n'est composé que de poissons séché»? ; ils dévorent avec avidité la chair putréfiée des phoques el ils s'en repaissent avec d'autant plus de plaisir qu'elle exhale une odeur plu9 repoussante pour nous. Ils absorbent des quantités considérables de graisse de baleine; un hareng cru, trempé dans de l'huile de poisson, est pour eux un régal. En outre, à mesure que l'on avance vers le nord, l'air plus froid et plus vif activant beaucoup la respiration et la combustion du sang, fait que lo corps a besoin d'une plus forle dose de sucs réparateurs. De là un appétit formidable chez les peuples septentrionaux ; de là encore la

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nécessité de boissons toniques et excitant à un haut degré le système musculaire. Aussi voit-on tons les peuples du nord faire impunément des boissons alcooliques un usage que nous jugerions à bon droit immodéré. Quels changements dans le régimo de l'homme depuis l'équaleur jusqu'au pôle! N'esl-il pas merveilleux que notre espèce, à mesure qu'elle s'est éloignée des lieux qui furent son borceau, ail pu, était su se plier aux exigences des climats qu'elle choisissait pour sa seconde patrie? 11 n'y a pas. seulement dans les faits que nous venons de signaler de quoi piquer et satisfaire notre curiosité; nous en pouvons encore tirer d'utiles renseignements pratiques., et en déduire, comme autant de corollaires, d'importauts précepte* d'hygiène. Dans la vie cosmopolite que nous nous sommes créée de nos jours, nous devons approprier notre régimo alimentaire au climat sous lequel nous nous trouvons pour le quarWd'hcurc. C'est là une vérité que les marins surtout ne doivent pas méconuailrc. Ils doivent varier leur mode d'alimentation à mesure qu'ils voyagent, et cela sous peine de contracter les maladies les plus terribles, endémiques à chaque climat.

Non-seulement il convient do varier la nourriture suivant le pays que l'on habile, mais en outre il existe un régime plus spécialement approprié à chacun des tempéraments que peut offrir l'espèce humaine.' Les personnes d'un tempérament sanguin-hileux doivent préférer à tout autre une alimentation végétale ; il doil en être de môme pour l'homme donl le tempérament est excessivement sanguin. A des aliments peu nourrissants il ajoutera l'usage de boissons rafraîchissantes et s'abstiendra en outre de vin pur, de liqueurs et de café. En fait de substances animales, il préférera les viandes blanches à toutes les autres. Celui qui sera doué d'un tempérament nerveux devra s'abstenir de toute matière féculante, des viandes noires, des poissons de mer, des coquillages surtout. Il devra se nourrir principalement de viandes blanches etgélatineuses, de légumesetde fruits; un vin léger composera sa boisson habituelle. Quant aux individus possédant un tempérament lymphalliique, ils auront soin do recourir presque exclusivement à une alimentation tonique et excitante, et se nourriront de viandes riches en fibrine; de bœuf, de mouton; ils s'abstiendront d'aliments gras, et useront, mais sans excès, de vins généreux, de liqueurs spirilucuscs, et d'assaisonnements. Le» plantes antiscorbutiques et diurétiques leur conviendront également beaucoup. Enfin, quelque soit le tempérament que l'on possède, un moyen efficace de se maintenir en bonne santé consiste à se livrer aussi assidûment que possible à un exercice modéré, qui, excitant le mouve-

ment circulatoire du sang cl supposant à la stagnation des humeurs, maintient toutes les parties de l'organisme daus un heureux état d'équilibre.

Non-seulement il faut choisir les aliments les plus convenables à chaque climat et à chaque tempérament, mais en outre il est indispensable de varier ces aliments autant que possible. Une nourriture toujours la même finit par fatiguer l'estomac qui, à la longue no ;>eul plus digérer.

Un autre précepte également très -important, pour que l'on puisse tirer du régime de nourriture auquel on est habitué le meilleur parti possible, est celui qui recommando de prendre ses repas toujours aux mêmes heures, et de manger toujours la même quantité d'aliments.

Les soldais, danslcur casernement, et les prisonniers, quand ilssonl convenablement traités, se portent très-bien sousl'influenced'un régime qui ne saurait leur suffire s'ils mangeaient tantôt à une heure cl tantôt à une autre, et surtout s'ils ne prenaient pas à chaque repas la même quantité d alimenU. Enfin la modération en toutes choses, l'observance exacte des préceptes do l'hygiène aident à l'effet que doit produire un régime "alimentaire bien entendu. On a cité des constitution* tout à fait délabrées qui ont pu recouvrer toute la vigueur de leurs .jeunes années en s'astreignant à vivre sobrement et sans jamais se laisser aller à aucun excès. On rapporte entre autres exemples fameux, celui du Vénitien Louis Corna ro qui, attaqué des l'âge de vingt-cinq ans de maux d'estomac, de douleurs insupportables, de fièvre lente et de la goutte, s'était vu condamner par tous les médecins à une mort prochaine et inévitable. Il s'appliqua de tout son pouvoir à faire mentir les oracles de ses Esculapes, et pour cela se soumil au régime le plus sobre, ne prenant par jour que seize onces de nourriture soigneusement pesées, et qu'il mangeait sur le plateau même d'une balance. Grâce à ce genre de vie, il rétablit promptement ses forces et recouvra une santé florissante, qui le conduisit jusqu'à l'âge de cent cinq ans, exempt du cortège des maux et des infirmités qui accablent d'ordinaire la vieillesse.

Merlette.

VARIÉTÉS

(DURS ÉLÉMENTAIRE D'ARCUÊOLOftlIÎ NATIONAL!

Age d'argent. — L'introduction de la monnaie dans les provinces du centre et du nord do la Gaule doit être considérée, ainsi que nous l'avons

déjà dit, comme une conséquence de la grande émigration sortie du pays sous les ordres des deux frères Bellovèso etSigovèse. Uneémigration semblable donna naissance au système monétaire employé parle* Celtes du versant delà Méditerranée. Ces peuples s'étaient abattus sur ces riches el fertiles contrée* vers l'époque de la fondation de Marseille. Ils venaient do la Gaule Belgique et étaient désignés sou* le nom do Volks. On les divisait eu deux branches principales : la branche de* Volks Tektosags cl celle des Volks Arekonnks. Grâce à l'heureux climat qu'ils habitaient, les Volks Tektosags étaient devenus si nombreux; qu'à la suite do dissensions civiles qui troublèrent profondément et pondaiil un grand nombre d'années la tranquillité publique, une partio de leurs jeunes guerriers furent forcés de s'expatrier et d'aller s'établir sur un sol étranger. Leur émigration s'effectua pendant le temps que Pyrrhus, roi d'Epire, envahissait l'Ilalio et tentait inutilement d'anéantir la puissance romaine, qui commençait h porter ombrage aux nations voisines. Dans l'espace do cinq années, de 280 à 275 av. J.-C, plusieurs bandes do Volks Tektosags abandonnèrent successivement les bords de la Garonne cl du Rhône. Les premiers qui partirent allèrent jusqu'en Thrace; no trouvant pas ce pays à leur gré et ne pouvant y vivre aussi avantageusement que dans leur patrie, ils regagnèrent la Gaule. Mais bientôt, par suite de celle humeur vagabonde qui poussait les Barbares à la vie nomade, ils repartirent divisés en trois troupes. La première reconnaissait pour chef Kcrethrius ; elle sefixadans la Thrace et dans le pays des Tribaltes. La seconde troupe, conduite par Brennus et Akichorius, s'établit en Pœonie. Enfin la troisième, sous les ordres de Belgius, s'installa, partie en Macédoine et partie en Illyrie. Tous ces chefs ne demeurèrent pas longtemps en repos dans leur nouvelle patrie. Entraînés par leur amour des courses aventureuses, ils essayèrent de nouvelles conquêtes. Brennus, entre autres, pénétra dans la Grèce, attiré par l'espoir do piller les trésors accumulés dans le sanctuaire de Delphes, consacré à Apollon. Mal lui en prit.

Les divers peuples de 1» Grèce, oubliant pour un jour leurs dissensions intestines et faisant taire toute rivalité, se liguèrent contre les Barbares. L'armée de Brennus fut presque complètement exterminée sous les murs mêmes do Delphes el en vue du temple qui leur promettait un si richo butin. Le petit nombre des Gaulois qui put échapper au carnage, se hâta de fuir. Les uns gagnèrent l'Asie; les autres fondèrent un établissement au confluent du Danube et de la Save et furent, par la suite, connus dans l'histoire sous le nom do Skordiskt. Il y en eut enfin qui, lassés des expéditions aventu-

reuses, revinrent à Toulouse, l'antique capitale de leurs ancêtres. Pendant le retour, un grand nombre périrent d'une maladie contagieuse. Cette maladie continuant à sévir après leur rentrée dans leurs familles, ils consultèrent les oracles pour savoir par quels moyens ils pourraient conjurer la colère des dieux déchaînée contre eux par suite de leur tentative sacrilège. Un leur répondit que lo fléau dont ils étaient accablés, cesserait quand ils se seraient dépouillés du tout l'or qu'ils avaient rapporté de leur course. Us n'hésitèrent point à obéir à l'oracle, cl jetèrent cet or dans un lac qui existait dans l'enceinte même de la ville do Toulouse. Depuis cet événement, les Vuiks Tektosags conçurent pour l'or une telle aversion, qu'ils no voulurent plus so servir de ce métal. Ils lui préférèrent l'argent, aussitôt qu'ils eurent reconnu la nécessité d'établir un système de monnaies. Ils no lardèrent |>as à être amenés à celte nécessité par les fréquentes visites que les Celtes de leur race établis en Thrace, en Macédoine, en Asie et .dans d'autres lieux encore, faisaient à la terre natale. Dans chacun de leurs voyages, ces derniers introduisaient peu à peu dans la mère pat tio l'usage des monnaies dont eux-mêmes se servaient dans leurs relations avec leurs voisins. Les Volks Tektosags ne se contentèrent pas longtemps de l'argent importé par leurs frères émigrés. Ils voulurent avoir leur monnaie nationale. Dans les premiers temps, ils so bornèrent à imiter le coin de la monnaie adoptée par la ville de Bhoda, colonie grecque située en Espagne, au pied des Pyrénées. La monnaie des Tektosags ne se composait que de simples drachmes en argent, que l'on pouvait partager en deux classes. La première était composée de pièces d'argent du poids de 4 gr. 20. Sur le coté convexe, l'on voyait une léte coiffée, difforme, au nez énorme et triangulaire. Le côté concave portait une croix en sautoir composée de quatre branches élargies à leurs extrémités (fig. 12) et reliées ensemble par un cercle concentrique à la circonférence do la pièce. Dans chacun des quatre cantons ou quartiers compris entre les" branches de la croix, ligure un énormo croissant que les archéologues regardent comme l'image de la lune, astre que les Gaulois vénéraient particulièrement.

La monnaie que nous venons de décrire, el qui est la plus ancienne des bords de la Méditerranée, devait appartenir à un pays situé dans le voisinage île la colonie de Rhoda. C'était très-probablement celle do la ville do Xarbo, aujourd'hui Narbonne. La seconde classe des drachmes en argent, dont nous donnons deux spécimens (fig. 14 et 14), renferme des médailles pesant de 3 gr. 21» ù 4 grammes. Les têtes qui en recouvrent la face convexe sont toujours difformes et quelquefois même tout à fait méconnaissables. Ces têtes sont d'une fabri-

que très-grossière cl très-barbare. Le côté opposé à celui de la léle est légèrement concave. On y voit une croix à quatre branches, dont chacune, sur les pièces entières et bien conservées, se termine par une sorte de fourche à trois dents. Entre les branches de la croix, on a représenté des symboles variés, dont les plus communs sont le croissant el la hache. La hache surtout est caractéristique des monnaies qui nous occupent. Elle ne se retrouve nulle part ailleurs dans aucun autre coin d'origine celtique. Le croissant est aussi un symbole spécial de la même classe de monnaies. Tantôt il figure seul dans un cantonnement ; tantôt il y est représenté conjointement avec la hache ; tantôt enfin, on trouve dans un môme quartier deux croissants lo plus souvent opposés l'un à l'autre. On distinguera au premier abord les médailles de la seconde classe de celles de la première, celles-ci portant du côté de la croix un cercle dont celles-là sont constamment dépourvues. On regarde les monnaies de la seconde classe comme postérieures de deux ou trois générations aux médailles munies dela croix cerclée, et l'on se base dans celte conjecture sur ce que les médailles non cerclées ne se rencontrent que dans des pays assez distants de la la ville de Rhoda, dont le coin a servi de modèle pour le monnayage primitif de toute la Celtique méditerranéenne.

A l'époque où les Volks Tektosags et Arekomiks frappaient leurs premièresdrachmesenargent, Marseille, colonie phocéenne, fondée non loin de 1cmbouchureduRhône. vcrst'an 600 av. J.-C., émettait aussi sa première monnaie. Elle se composait de drachmes en argent, ornées d'une tète sur leur face convexe el présentant de l'autre l'image d'un lion, imitée des monnaies de la mère-patrie. Ces pièces au lion devaient plus tard, grâce à la grande extension du commerce marseillais, se disséminer dans toute la Gaule, principalement lelong des fleuvcsqui suivaient les marchands de la colonie phocéenne, lorsqu'ils se rendaient dens l'île de Bretagne pour en rapporter les précieux métaux du pays do Bélérion.

Hauvion aîné.

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