‹ L'encyclopédie des écoles, journal de l'enseignement primaire et professionnelChapitre 20 sur 270 · SUITE DE L'ALPHABET · texte numérisé non relu

SUITE DE L'ALPHABET

IJ y a deux manières de nommer les consommes de l'alphabet : l'une ancienne, qui consiste à donner à chacune d'elles, sans suivre de règle uniforme, un nom particulier, comme quand on dit, par exemple : Ka, elle, emme, erre, lé, ji, etc. ; l'autre nouvelle, qui consiste à émettre chaque articulation en la faisant suivro do la voyelle sourde e. On a de la sorte : be, pe, me, etc.

Nous avons vu quo la seule consonne gutturale qui existe en français, est représentée graphiquement par A. Ce signe, au commencement d'un grand nombre de mots, perd toute sa valeur; il n'est maintenu dans cette occasion que pour mieux rappeler rétyrnologio de ces mots. De là, dans la

langue française deux sortes de A. Le A aspiré, qui se prononce du gosier, comme dans les mots : héros, hh-isson, hallebarde, et le h muet, lettre tout à fait cxplélive, c'est-à-dire qui ne se fait nullement sentir dans la prononciation. On trouve, par exemple, cotte dernière sorte de A au commencement des mots : homme, honneur, hirondelle, etc.

Le signe graphique Y a reçu le nom d't grec; il a deux valeurs différentes : tantôt il équivaut à l*i simple, comme cela a lieu dans les mots style, hyperbole, asymptote, et en général dans tous les mots tirés du grec ; tantôt y équivaut à deux t, C'est ce dernier cas qui se présente pour l'y des mots : joyeux, paysan, ayant, etc.

On appelle syllabe un ensemble de sons et d'articulations qui se prononcent en une seulo émission de voix.

On appelle monosyllabe un mot qui n'a qu'une syllabe, exemple : blë , sac, pain, etc.

On appelle dissyllabe un mot qui a deux syllabes, exemple : bâton, fusil, sabre, monde, etc.

On appelle trisxyllabe un mol composé de trois syllabes, exemple : habitant, registre, gratnmnire, etc.

Enfin, on appelle polysyllalie un mot renfermant plusieurs syllabes, quel qu'en soit le nombre.

On donne le nom de syllabe muette à celle qui ne renferme pas d'autre son quo la voyelle sourde.

Des nreents orthographiques. — Les accents orthographiques sont au nombre de trois, savoir : |o l'accent aigu ('), que l'on place au-dessus du signe de la voyelle sourde dans le but de repré-

:lt

l k st:vi:ij»i'ri)ii: i » i: ^ kcoi.ks

senior le son <pio l'on nutu-nr IV fermé : exemple: bonti, pieté, char Un ; *° Luxent grave (^). On l'emploie pour deux usages différents : premièrement, ob le met Bur le signe de la voyelle sourde pour figurer le «on connu smis le nom dV oun rl, comme on le voit dans le» raotp : «tirés, arrrs. progrès; secondement, l'accent grave est usité parfois pour distinguer l'un do l'autre deux mots homonymes, par exemple, ici adverbe et m article ou pronom.

30 L'accent circonflexe (A), se place sur les voyelles longues. Dans l'ancienne orthographe française, ou y suppléait en mettant un * après la voyelle qu'il s'agissait de rendro longue. Par exemple, on écrivait : nsge, pour <*</«; metme, pour infime; apostre, pour apôtre.

De t accent Ionique. — Dans tous les mots de la langue française, il existe une syllabe que Ton prononce en élevant la voix '. cette élévation du son constituée* que l'on nomme Y accent tonique. L'accent tonique n'est jamais représenté dans l'écriture; il est soumis aux deux règles suivantes: Jojl faut, absolument que la syllabe sur laquelle tombe l'accent tonique, soit aussi claire et aussi sonore que possible; car fl répugne au génie de noire langue que le son en soit sourd ; t<> l'accent tonique no peut jamais ôiro placé sur une syllabe

En français, l'ocrent tonique tombe sur la dernière syllabe du mot, quand cette syllabe n'est pas •muette; mais quand elle est muette, l'accent tonique tombe sur la pénultième on avant-dernière svllabe. Il ne peut jamais rétrograder davantage. Dans le mot abandon, l'accent tonique tombe sur la dernière syllabe tlnn, parce que' coite syllabe n'est pas muette. An 'contraire, dans le mot ;»•«dente, la dernière syllabe ce étant muette, l'accent tonique est placé sur tien, qui est l'avant-dcrnièrc.

Les mots d'une langue no sont pas à l'abri do l'action du temps ; SOus son influence, ils s'usent comme bien d'autres choses : une observation nu peu attentive a fait voir que, clans l'usure dos mots, c'est toujours la syllabe sur laquelle tombe Taccent tonique qui résiste le mieux.

La théorie de Taceent tonique joue un trèsgrand rôle dans la langue française. Elle donne les raisons d'une foule do prétendues irrégularités qui, autrement, sont tout à fait inexplicables, et prêtent à notre langue une apparence de bizarrerie qu'elle n'a réellement pas. Comme il sera fait de nombreuses applications du principe de l'accent tonique, nous ne saurions trop engager le lecteur à se pénétrer de son importance.

DICTÉE D'OiTUOGRAPHE ISL'KLLK

VoYAGK IN tr.lfTK.

Le lendemain, je m'embarquai pour Memphis. Nous nous trouvâmes bientôt au milieu de la mer, dans les eaux rougissantes du Nil. Quelques palmiers qui semblaient plantés dans les flots nous annoncèrent ensuite une terre que l'on ne voyait point encore. Le sol qui les portait s'éleva peu à peu au-dessus de l'horizon. On découvrit par degrés les sommets confus des édifices de Canope ; et l'Egypte enfin, toute brillante d'une inondation nouvelle, se montre à nos yeux comme une génisse féconde qui vient de se baigner dans les flots du Nil.

Nous entrâmes à pleines voiles dans le fleuve. Les mariniers le saluèrent de leurs cris, et portèrent à leur bouche son onde sacrée. Un paysage à fleur d'eau s'étendait sur l'une et l'autre rive. Ce fertile marais était a peinu ombeagd-par des sycomores chargés de figues, et par des palmiers qui semblent être les roseaux du Nil. Quelquefois le désert, comme un ennemi, se glig3o daus la verte plaine ; il pousse ses sables en longs serpents d'or, et (iesaiiie, au sein de la fécondité, dos méandres stériles. Les hommes ont multiplie* surcette terre l'obélisque, la colonne et la pyramide, sorte d'architecture isolée, qui remplace par l'art les troues des vieux chênes que In nature a refusés à un sol rajeuni ton* les ans.

Cependant nous commencions à découvrir à notre droite les premières sinuosités do la montagne de Libye, et à notre gauche la crête des monts de la mer Erythrée. Bientôt, dans l'espace vide que laissait l'écartcment de ces deux chaînes de montagnes, nous vîmes paraître le sommet des doux grandes pyramides. Placées à l'entrée de la vallée du Nil, elles ressemblent aux portes funèbres de l'Éygpte, ou plutôt à quelque monument triomphal élevé à la mort pour ses victoires : Pharaon est là avec tout son peuple, et ses sépulcres sont autour de lui.

Non loin et comme a l'ombre de ces demeures du néant, Memphîs s'élève entourée de cercueils. Baignée par le lac Arhérus, où Caron passait les morts ; voisine de la plaine des tombeaux, elle semble n'avoir qu'un pas à franchir pour descendre aux enfers avec ses générations. Je ne m'arrêtai pas longtemps dans cette ville, déchue de sa. première grandeur. Je remontai jusque dans la Haute-Egypte ; je visitai Thèbcs aux cent portés, Tenlyra aux ruines magnifiques, et quelques-unes des quatre mille cités que le Nil arrose dans son cours.

L'KNCYCLMPKDII- M-S l-OW.KS

Ensuite, je redescendis le fleuve de l'Egy pte. A deux journées au-dessus de Memphis. je pri-- un guide pour me ronduire au rivage de la mor Rouge ; de là je devais passer à Arsinoé pour me rendre à (ïnza avec les marchands de Syrie. Quelques dattes el des outres remplies d'eau fuient les seules provisions du voyage. Le guide marchait devant moi, monté sur un dromadaire : je le suivais sur une cavale arabe. Nous franchîmes la première chaîne des montagnes qui bordent la rive orientale du Nil; et, perdant de vue les humides campagnes, nous entrâmes dans une plaine aride :, rien ne représente mieux le passage de la vie a la

(Chateaubriand, les Martyrs.)

Page 1