EXPLICATION DE QUELQUES MOTS CONTENUS DANS LA DICTÉE
Ëf/ypt*- — Contrée située au nord-est do l'Afrique. Elle est bornée au nord par la Méditerranée, à l'est par l'isthme de Suez et la mer Rouge, au sud par la Nubie et à l'ouest par le grand désert de Libye. Sa civilisation remonte à la plus haute antiquité. L'Egypte est cultivée et fertile seulement dans la vallée arrosée par le Nil.
Memphis. — Ancienne ville de la moyenne- Égypto. Se/on Hérodote, elle fut fondée par .Mènes sur la rive gauche du Nil, un peu au sud des fameuses py ramides deGizèh. Memphis acquit par la sui^e, une importance considérable. Il n'en reste aujourd'hui que quelque ruines.
JVi'. — On donne ce nom au fleuve qui traverse l'Egypte du Sud au Nord, et se jette dans la Méditerranée non loin d'Alexanderie. On n'en a pas encore découvert la source.
Canojte. — Ancienne ville de la Basse-Egypte ; elle doit son nom à Canopc, pilote de Ménélas. Cette villo est aujourd'hui Aboukir.
Sycomore. — Espèce d'arbre qui tient du figuier, par son fruit, et du mûrier par ses feuilles.
Méandre. — C'est le nom d'une rivière de l'Asie Mineure. Elle est célèbre par les sinuosités de son cours, et par les cygnes qui peuplaient ses eaux. Cette rivière porte aujourd'hui le nom de Meinder. Au figuré et en poésie, on appelle méandres les sinuosités d'une rivière.
Libye. — Nom donné au désert qui s'étend à l'ouest de l'Egypte. '
Erythrée (mer). — C'est le nom que les anciens donnaient à la mer qui baigne le sud de l'Asie, depuis la presqu'île de l'Inde jusqu'à l'Afrique. On l'appelle aujourd'hui mer des Indes.
Caron. — Nautonicr des enfers.
Tlièbes. — "Ville do la Hauto-Égypic, qui, après avoir cesse d'être la capitale do tout le pay s, con-
serva toujours une gnimle importance commerciale.
Tt nttjnt. — Village do la Naute-Êgv pie, situé sur la rive gauche du Nil, à h* kilomètre- de Memphis.
Mer Rouije. — On donne ce. nom au grand golfe qui baigne l'Egypte à l'Esi.
Arsinoé. — Aujourd'hui Sue;.
Gaza. — Autrefois ville considérable du pay s des Philistins; aujourd'hui place forte dans la Tu rquio d'Asie.
Syrie. — Province de la Turquie d'Asie; ello est bornée au Nord-Ouest et au Nord par l'ALmar; à l'Est, par l'Euphrale ; au Sud-Estct au Sud, par les déserts de l'Arabie.
E. Fernet.
PREMIERS EXERCICES DE STYLE
CORRIGE
Gargantua se levait donc vers quatre heures du matin. Tout en le frottant, on lui lisaitquclque page de l'Ecriture sainte , à haute et intelligible voix, et avec le ton convenable au sujet. Ce soin était confié à un jeune page, natif de Basché, nommé Anagnoslès. D'après le contenu do cette leçon, bien des fois, il se mettait à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, dont la majesté et la sagesse merveilleuses éclataient dans cette lecture.
Cela fait, il était habillé, peigné, paré, accoutré et parfumé; en outre, pendant ce temps, on lui répétait les leçons du jour précédent. Lui-même les récitait et y rapportait quelques cas pratiques touchant la vie humaine. Ses compagnons les con- » tinuaieut quelquefois jusqu'à deux ou trois heures, mais ordinairement ils cessaient lorsque Gargantua était entièrement Iwbillé. Puis , pendant trois bonnes heures, on lui faisait une lecture.
Ils sortaient ensuite, toujours s'entretenanl du sujet de la lecture, et se rendaient en Bracque, ou dans les prés. Ils y jouaient à la balle, à la paume, h la pile trigone, s'exerçant agmiYAcmenl \c corps comme ils s'étaient auparavant exercé V esprit. Tout leur jeu ne se faisait qu'en liberté ; car ils laissaient la partie quand il leur plaisait. Ils cessaient d'ordinaire lorsqu'ils avaient tout le corps en sueur ou bien qu'ils éprouvaient trop de fatigue. Alors, s'étanl parfaitement essuyés el frottes, ils changeaient de chemise, et, se promenant à petits pas, allaient voir si le dîner était pièl. En attendant ce moment, ils récitaient distinctement et avec âme quelques sentences Menues de la leçon.
Pendant ce temps, l'nppéUt venait, et .ls sas-
seyaient à table. Au commencement du repas et jusqu'à cequ'il eût pri> ton vin , on lirait à Gargantua quelque agréable histoire des anciennes prouesses. Alors (si bon leur semblait), on continuait la lecture, ou bien ils se mettaient à deviser joyeusement ensemble, parlant d'abord de la vertu, des propriétés, de l'efficacité et de la nature de tout ce qui leur était servi à table : pain, vin, eau, sel, viandes, poissons, fruits, herbes, racines ; ils discouraient aussi sur la manière d'accommoder tout cela. IVe la sorte, il apprit en peu de temps tous les passages qui se rencontrent à ce sujet, dans Pline, Athénée, Dioscorides, Julius Pollux, Galien Porphyre, Oppien, Polybe, Héliodore, Aristotc, Élien ot autres. Aprè9 avoir ainsi causé, souvent ils faisaient, pour vérifier leurs citations, apporter à table les livres susdit?. Et ce que l'on disait, Gargantua le retint si bien dans sa mémoire, qu'il n'y avait pas alors de médecin qui put lui faire la leçon. Ils devisaient ensuite sur les lectures du matin. Ayant achevé son repas par quelque confection de cotignac, il se nettoyait les dents avec une racine de lenlisque, et se lavait les mains, ainsi que les yeux, de belle eau fraîche. Puis, tous rendaient grâces à Dieu en chantant quelques beaux cantiques composés à la louange de la munificence et do la bonté divines.
Aussitôt après, on apportait dos caries, non pour jouer, mais pour apprendre par là mille petites gentillesses, mille inventions nouvelles. Toutes avaient trait à l'arithmétique. Il prit ainsi du goût pour cette science. Tous les jours , après dîner et après souper, il y passait son temps avec autant de piaisir qu'on en a d'ordinaire à jouer aux dés ou aux cartes. Il parvint ù connaître si bien la théorie et la pratique du calcul, que l'Anglais Tunstal, qui avait beaucoup écrit sur celte matière, confessa que lui-môme, en comparaison de Gargantua, n'y entendait que le haut allemand.
Hauvion jeune.
Vieux français a rajeunir.
ÉDUCATION DR GARGANTTA (Sulle)
El non seiillcmnnt dycelle, mais des aultrcs sciences mathemalicques, comme géométrie, astronomie et musicque. Car, attendens la concoction et digestion do son past, ilz faisoyent mille ioyeulx instrument et figures geometricques, et de mesme pralicquoyent les canons astronomiques. Après, seshaudissoyent à chanter musicalement a quatre et a cinq parties, ou sus ung thème, a plaisir de guorge. Au reguard des inslrumens de musieque, il apprinl iouer du lue, de l'espinette, de la
harpe, de la flullc dalcmanl, et a neuftrouz; de la viole, cl de la sacqueboutte.
Cette heure ainsi employée, la digestion paracheuee, se remeltoyent a son estude principal par troys heures ou daduantaige ; tant a repeter la lecture malutinale, que a poursuiure le liure entreprins, quo aussy a escripre, bien traire et former les anticques et romaines lettres.
Ce faict, yssoyent hors leur hostel, auecques culx ung ieune gentilhomme de Touraino, nommé lescuyer Gymnaste, lequel luy monstroyt lart de cheiialerye. Changeant doneques de vestituens, montoyt sus ung coursier, sus ung roussin, sus ung genest, «us ung cheual barbe, cheual legier; el luy donnoyt cent quairrieres; le faisoyt voultiger en laer, franchir le foussé, saulter le palys, contourner en ung cercle, tant a dextre comme a senestre. La rumpoyt. non la lance (car cest la plus grande resuL'rye du monde dire : iay rumpu dix lances en tournoy ou en bataille ; ung charpentier le feroyt bien), mais louable gloire ost dune lance avoir rompu dix de ses ennemyg. De sa lance doneques asseree, verde, et roidde, rumpoyt ung huys, enfonceoyt urigharnoys, aculoyt ung anneau, cnleuoyt une selle darmes. ung aubert, ung guantclel. Le tout faisoyt armé de pied en cap.
Au reguard de fanfarer, et faire les petitz papisme» sus ung cheual, nul ne le feit mieulx que luy. Lo voltigeur do Ferrare nesloyt quung cingo en comparaison. Singulièrement estoyl apprins a saulter hastifuement dung cheual sus laultre sans prendre terre (et nommoyt on ces chouaulx *desultoires); et, do chascun cousté, la lance on poing, monter sans oslriuiôres; et, sans bride, guyder le cheual a son plaisir. Car telles choses serucnl a discipline militaire.
Rabelais.