‹ L'encyclopédie des écoles, journal de l'enseignement primaire et professionnelChapitre 50 sur 270 · DESCRIPTION DE LA FINI.ANDK RUSSE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA FINI.ANDK RUSSE

^ Le second lieu agreste que j'ai vu était dans fa Finlande russp, lorsque j'étais employé, eqH7(i4, à la visite de ses plaças avec les généraux, du corps du génie, dans lequel je servais. Nous voyagions entre la Sue. le et la Russie, dans des pays si peu fréquentés, que les sapins avaient poussé dans lo grand chemin d? démarcation qui sépare leur territoire. Il était impossible d'y passer en voiture, et " fallut y envoyer des paysans pour les couper, aûn que nos équipages pussent nous suivre. Cependant nous pouvions pénétrer partout à pied, et souvent à cheval, quoiqu'il nous fallût visiter les détours, les sommets et les plus petits recoins d'un grand nombre de rochers, pour en examiner les défenses naturelles, et que la Pinlande en soit si couverte, que les anciens géographes lui ont donné le surnom de Lapidosa. Non-seulement ces rochers y son* f8* pandus on grands blocs à la surface de la terre, mais les vallées et les collines tout entière» y en beaucoup d'endroits, formés d'une seule pierre de roc vif. Ce roc est un granit tendre qui a'exr folie, et dont les débris fertilisent les plantes, ea mémo temps que ses grandes masses J^es abritent contre les vents du nord, et réfléchissent sur elles les rayons du soleil par leurs courbures, et par les particules de mica dout il est rempli. Les fonds de ces vallées étaient tapissés de lo^gqes l£ sières de prairies qui facilitent partout la canuflu-r nicalion. Aux endroits de roc tout pur, comme, | leur naissance, elles étaient couvertes d'une plante appelée kloukca, qui se plaît sur le* ruchers, Jïiie sort de leurs fentes, et ne s'élève guère à plu» d'un pied et demi de hauteur; mais etie (race de tous côtés et s'étond fort loin. Ses feuilles et si verdure ressemblent à celles du. buis, et ses r*,^ meaux sont parsemés do fruits rouge», bpn» k manger, semblables à des fraises.

EXPLICATION DE QUELQUE» MOTS ÛK LA MOTKXv

Chemin de démarcation; on appelle ainsi un chemin qui sépare l'un de l'autre, deux État», deux province*.

Lapido$a ; c'est-à-dire remplie do pierres, pierreuse.

Granit ou graniUj; roche d'une conlexture grenue ; ordinairement le granit est d'une dureté remarquable; quelquefois aussi il s'exfolie, c'est-àdire qu'il s'en va par petites feuilles très-minces.

Mica ; un des élément? constitutifs du granit; on peut le diviser en feuillets excessivement minces et transparents. Celte substance est très-répandue dans la nature. Le mica est employé en Russie au vitrage des grands vaisseaux de guerre ; sa flexibilité le fait préférer au verre pour cet usage, parce qu'il ne se brise pas au moment des détonations de l'artillerie.

En Sibérie, où il est exploité, les fenêtres des habitations sont garnies de feuilles de mica.

Elle trace de tous côtés; on dit qu'une plante trace lorsqu'elle se multiplie au moyen de filets, comme le fraisior, par exempte.

Hacvion jeuno.

PREMIERS EXERCICES DE STYLE

CORR1QÉ.

Après avoir ainsi employé son temps, il se frottait, s© nettoyait, et changeait de vêtements. Ils s'en allaient alors à petits pas, traversant les prés ou d'autres endroits remplis d'herbes, et examinant les arbres et les plantes qu'ils rencontraient. Ils les comparaient avec ce qu'en disent les ouvrages des anciens qui ont écrit sur celle maliè, e, tels que Théophrastc, Dioscoride, Marinus, Pline, Nicander, Maccr et Galicn; ils en prenaient à pleines mains et les faisaient rapporter chez eux par un jeune page nommé Hhizolomv; ils avaient aussi des houes, pioches, cerfoncltes, bêches, tranches cl autres instruments nécessaires pour bien herboriser.

Une fois arrivés à la maison, et pendant qu'on apprêtait le souper, ils répétaient quelques passages des loctures précédentes, puis se mettaient à table. Remarquez en passant que Gargantua faisait un dîner sobre et frugal, ne mangeant que pour ne point tomber d'inanition ; quant au souper, il était copieux et abondant. Car il prenait autant de nourrituro qu'il lui en fallait pour entretenir et réparer ser forces. C'est là ce qu'on doit appeler la diète, telle que la prescrit une médecine saine et raisonnable, malgré les conseils opposrs que noas dorthent à ce sujet une foule de badauds de incdcçins, instruits à l'école des sophistes.

Pendant ce repas, on continuait la leçon du dîner, aulnnl que cela plaisait ; le reste du temps,

on le passait à tenir de gais propos, tons instructifs et utile*. Après les grilces, ils se menaient à chanter, à jouer de quelque instrument harmonieux, ou bien iU employaient leurs loisirs ù jouer aux cartes, aux dés, aux gobelets; ils restaient ainsi, faisant bonne chère, et s'amusant quelquefois jusqu'à l'heure du coucher; quelquefois aussi ils allaient visiter les réunions des gens instruits ou de ceux qui avaient visité des pays étrangers.

Au milieu de la nuit, avant de se séparer, ils se rendaient à l'endroit le plus découvert de la maison, et là ils examinaient le ciel : s'ils apercevaient des comètes, ils en prenaient note, ainsi que des figures, situations, aspects, oppositions et conjonctions des astres.

Ensuite, à l'exemple des pythagoriciens, et aidé do son précepteur, Gargantua récapitulait en peu de mots tout ce qu'il avait vu, lu, appris, fait et entendu dans le courant de la journée. Enfin, ils priaient, confessaient et adoraient Dieu, notre créateur, et glorifiaient sa bonté infinie. Après l'avoir remercié du passé et s'être recommandés à sa divino clémence pour l'avenir, ils allaient se livrer au repos.

Hauyion jeune.

Vieux français a rajeunir.

COMMENT GARGANTUA EMpLOIOYT LE TEMPS QUAND' LAER ESTOVT PLUVIEUX.

Sil aduenoyt que laer feust pleuuicux et intempéré, tout le temps dauanl disner esloyt employé comme de couslume, excepté que il faisoyt allumer ung beau et cler feu, pour corriger linteiupe» rye de laer. Mais, après disner, en lieu des exercitalions, ilz demouroyent en la maison, et, par manière dapolherapye, sesbaloyent a boteler du fein, a fendre et scier du boys, et a battre les gerbes en la grange. Puys estudioyent en lart de painclure et sculpture ; ou reuocquoyent en usage lantique ieu des laies, ainsi quen ha escript Leonicus, et comme y ioue nostre bon amy Lascaris.

En y iouanl, recoloyent les passaiges des auteurs anciens esquelz est faicte mention, ou prinse quelque métaphore sus ycclluy ieu. Semblablement, ou alloycnt veoir comment on tiroyt les melaulx, ou comment on fondoyt larlillerye : ou alloyent veoir les lapidaires, orfebures, et tailleurs de pierreryes; ou les alchemistes et monnoyeurs; ou les haultelissiers, le* lUsoutiers, les velouliers, es horulogiers, miraillicrs, imprimeurs, orgualisles, uiucturiers, et autres telles sortes douuriers, I, par tout dotinans le vin, apprenoyent cl consilero\enl lii dustrye et inuention des mcsUers.

L'EfiCïCLUl'liDlK UKS ECOLES

Alloycnt ouyr les loczons publicques, les actes solennelz, les répétitions, les déclamations, les plaidoyer des gentils aduocals, les eoncions de? presebeurs euangelicques.

Passoyt par les salles et lieux ordonnez pour I escrime : et la, contre les maistres, es«ayoyt de tous bastong, et leur monstroyt par euidence que autant, voyreplus, en scauoyt que ycenlx.

Et, en lieu darboriser, visitoyont les bouticques des dragueurs, herbiers, et apothecaircs, et soigneusement consideroyent les fruiclz, racines, feuilles, gommes, semences, axunges peregrines, ensemble aussy comme on le* adulteroyt. Alloyt veoir les baslcleurs, traiectaires, cl theriacleurs, et consideroyt leurs gestes, leurs ruses, leurs sobressaultz et beau parler : singulièrement de ceulx de Chaunys en Picardye, car ilz sont de nature grandz iaseurs, et baulx bailleurs de baillinernes en matière de cinges verdz.

Eulx, retournez pour soupper, mangcoyentplus sobrement quo es aultres iours, et viandes plus dessicatifucs et exténuantes, aflin que linlemperye humide de laer, communiquée on cors par nécessaire confinitê, feust par ce moyen corrigée, et ne eur feust incommode par ne soy cslre exorcitez comme auoyent de cotistume.

Ainsi feul gouverné Gargantua, et continuoyt ce procez de iour en iour, prouficlant comme entendez que peut faire ung icuno homme selon son eago de bon sens, en tel exercice, ainsi continué. Lequel, combien que il semblait pour le commencement difficille. en la continuation tant doulx feut, legier et délectable, que mieulx ressembloyt ung passe-temps do roy que lestude dung escholier. Toutesfois, Ponocrates, pour le séjourner de ceste véhémente intention des esperilz, aduisoyt unefoys le moys quelque iour bien cler et serain, onquel bougeoyent on matin de la ville, et alloyent a Genlily, ou a Boloigne, ou a Mont rouge, ou au pont Charanton, ou a Vanues, ou a Sainct Clou.Etlapassoycntloute la tournée a faire la plus gratine chiere dont ilz se pouoyent aduiser : raillans, guaudissans, beuuans dautant; ionans. chantans, dansans, se veaultrans en quclquo beau pré, denicheans des passeraulx, prenans des cailles, peschans aux grcnoilles et escreuisses.

Mais, encorcs que ycellc iournec fcusl passée sans liures cl lectures, point elle nestoyl passée sans proufict. Car, en ce beau pré, ilz rccoloyenl par cucur quelques plaisans vers de lAgriculture do Ycrgile, de Hésiode, du Rusticquede Polilian; descripuoyent quelques plaisons epigrammes en latin, puys les mettoyent par rondeaulx et ballades en langue françoyse. En banequetant, du vin aiguë separoyent leau, comme lenseigne Coton de re ., et Pline, auecques ung guobclot de lierre;

liroyent auecques ung embul; fuisoyent aller leauo dung voyrre en aultre, baslissoyent plusieurs pelilz engins automates, c'est a dire soy mouuans eulx mesmes.

(Rabelais.)

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