‹ L'Énergétique et le Mécanisme: Au Point de Vue des Conditions de la Connaissance (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · Journal de Crelle, IN, 1829, p · texte numérisé non relu

Journal de Crelle, IN, 1829, p

sociaux, autres que ceux dans lesquels il vit. Le fait particulier remplit la capacité de l'esprit et se pose comme une généralité. C’est par d’autres faits particuliers, tombant ensuite dans l’expérience, que l'extension indéfinie, donnée au premier, se limite, s'amoindrit et se corrige.

Le processus normal de la connaissance va donc d’une connaissance particulière précise à une connaissance générale très vague et grosse d'erreurs, puis, par une série de faits particuliers nouveaux, corrige celte conjecture générale, mais, mutatis mutandis, en la continuant.

2. — Ces considérations nouvelles nous amènent à formuler une seconde loi, relative à l’acquisition et au développement de la connaissance, aussi importante que la première. Les observations psychologiques sur l'enfant et le sauvage la confirment; mais l’histoire des sciences la manifeste avec une très grande netteté et d'une façon constante. On pourrait l'appeler loi du rythme intellectuel, et la formuler ainsi : La connaissance procède par un rythme perpétuel de synthèse et d'analyse, de généralisation et de restriction‘. Tous les logiciens ont noté dans les opérations de l'esprit l'existence de ces deux

4. On peut consulter au sujet de cette loi : Ribot, ÆEvolution des idées générales, re partie, passim (Paris, F. Alcan). Elle yest reliée à la loi fondamentale de l'activité représentative; on pourrait la relier à la loi biologique

périodes : le jugement analytique et le jugement synthétique, l'induction et la déduction, l’association et la dissociation, la généralisation et l’abstraction. Seulement, on les a en général considérées à part et isolées l'une de Fautre. On à commencé par poser d’un côté les opérations relatives à l'analyse, de l’autre, les opérations relatives à la synthèse, en séparant complètement leurs domaines. Nous avons eu ainsi les sciences inductives et les sciences déductives, les opérations analytiques etles opérations synthétiques de l’entendement. Lorsqu'on s'est rendu compte des difficultés où conduisaient cette abstraction et cette vue artificielle et simpliste des choses, on a rapproché les deux termes et on les a juxtaposés. Un jugement a pu être synthétique, puis analytique, un raisonnement inductif, puis déductif. La façon dont Mach considère le développement de la physique est bien empreinte de cette conception. Il semble aujourd'hui qu'on ait été obligé de fondre plus intimement les deux éléments distingués par l’artifice de l'analyse. Tout jugement, disent les logiciens américains, est à la fois analytique et synthétique, selon le point de vue. Tout raisonnement réel implique à la fois induction et déduction. Toute proposition scien-

fondamentale de adaptation. L’appellation : loi du rythme, et son application à la démarche de la connaissance scientifique, n'ont, je crois, pas encore été proposées.

tifique utilise donc l'analyse et la synthèse. L'inducton et la déduction pour l’établir sont parallèles et marchent côte à côte. Elles alternent tout au moins très rapidement, comme les oscillations d'un pendule. La science procède par généralisations et déductions successives, sans jamais arrêter, tant qu'elle progresse, son mouvement rythmique:

3. — Il résulte de ce qui précède que Ia connaissance générale, séparée des faits particuliers qui l’'étayent, et, seuls peuvent lui donner un sens vivant et réel, conserve toujours quelque chose de vague, d'incertain, d'hypothétique, de subjecüf. La formule nominaliste est exacte quand elle dit : « Le général n'existe pas; toute existence est particulière. » Par conséquent, toute connaissance exacte et claire doit procéder à partir de fails particuliers.

Voilà une première conclusion.

En voici deux autres qui lui sont logiquement hiées:

4. — À quelle condition une connaissance qui dépasse le fait particulier peut-elle prétendre à jouer un rôle utile dans la connaissance ?

A une condition et à une seule. C’est qu’elle dérive d’un fait particulier, donc qu'elle lui soit postérieure.

Et à quelles conditions peut-elle être admise comme claire, exacte ? A une condition et à une

seule : C’est que le fait particulier dont elle procède la compose tout entière, en se répétant en quelque sorte identique à lui-même; en d'autres termes, à condition de ne pas altérer la compréhension du fait particulier, mais seulement d'en faire varier l'extension. Sinon, on entre dans le domaine de l'abstraction, on ouvre la porte à l'erreur, tout au moins, au vague et à l’obscur.

Une proposition générale n’est donc vraiment intelligible que si elle généralise une proposition plus particulière, c’est-à-dire si elle montre que la proposition parliculière se retrouve identiquement dans un domaine où on ne la soupçonnait pas encore, si elle éclaire l’inconnu à l’aide du connu. L'opposition des méthodes fécondes, suivies depuis la Renaissance en physique, avec les méthodes stériles de la scolastique, le secret de la fécondité des mathématiques depuis les mathématiciens grecs, sont dans cette façon de comprendre la généralisation et la généralité.

Or. il est manifeste que si le mécanisme les comprend exactement ainsi, l’énergétique les comprend de la façon absolument inverse, puisqu'au lieu de procéder du particulier au général, elle procède nettement du général au particulier, dans la disposition définitive qu'elle prétend donner à la science lorsque celle-ci entre, au terme de son développement, dans la période formelle.

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