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CHAPITRE IV

LES GONSËQUENGES DES DEUX LOIS PRËGËDENTES

. Réductibilité régressive de nos connaissances, besoin psychologique. — 2. Au lieu de la considérer comme une nécessité psychologique, on a souvent objecté cette réductibilité au mécanisme : les idées d'Andrade ; elles ne sont pas assez positives. — 3. Le fait historique. comme l'a vu Comte, traduit, au point de vue de l'ordre d'acquisition do nos connaissances, une loi nécessaire : Les connaissances les i)r(Miiiéros acquises doivent être non seulement les plus fréquentes, partant celles qui ont le plus cVaplUude à être généralisées, mais encore celles qui ont le plus cVaptltude à être simplifiées. — 4. Ceci permet de comprendre pourquoi le mécanisme rend plus aisément communicables les résultats de la science physique. Importance psychologique et sociale de ce point de vue. — 5. L'énergétique est loin d'ailleurs de le dédaigner. Elle prétend au contraire à une simplicité plus grande que celle du mécanisme : le principe de l'économie de la pensée de Mach. Seulement elle entend la simplicité d'une façon abstraite et absolue, et non d'une façon concrète et psychologique. A ce dernier |K>int de vue qui est le point de vue réel, le mécanisme l'emporte encore. — 6. Mémo au point de vue de la simplicité abstraite et absolue, il n'est pas sur que l'énergôlique ait plus d'avantages que le mécanisme. IClle établit plus sobrement les principes, mais quand elle rodes-

L KNKiîGliTIOÏJE ET LE MECANISME

cend aux cas purticiilicrs, ses tc^rmes eiHTct'lciir eiil rainent atilîint de complications que les ntasët? cacliéea du mét^HQiânie* — 7, Le iJàuiger des (ernie^ iirbitmîres de rèriergéLienie ; la réalisation des abslrti(X-| tions.

L — Les exigences de !a conimissance raoïi:-^ liées à deux lois très générales enlrainent des coiiséqueDCCs imporlantês, et comme des lois dérivées taul pour la coonaîssaiiee humaine c général t(ue [>our la eonnaissanee physique.

La première loi qui veiît que le connu se projette en quelque sorte sur rinconnu pour le rendroj connaissable, implique la rédu<"tihilité régressivl de toutes nos connaissances. (1 le tant biiMi, puisque, que lious le voulions ou non, que nous* en soyons pleinemoni conseïeuts ou non, nos corH uaîssanees n^tuvelles sont toujours rattachées par un Hen nécessaire h nos connaissances anciennes. Ce hen, il sera toujours possihle de le mettre cnj évidence. Autrement dit, il sera toujours pos-j siiile de passer comme par dcg^rés de certaines de nos connaissances aux autres. 11 y aura des unes aux autres une extension natnrelle. Les lois de la connaissance semblent donc pt^rmettre ut mofle de systématisation qui réduira rés^ressîvenicnt^ au fur et a mesure des progrés de luj science, les relations physiques. Ce mode de systématisatiou paraH même le plus natureL

n est aisé de voir que le mécanisme se borne i

LES CONSÉUUEXGES DES DEUX LOIS PUÊr.ÉDENTES 73

suivre ce mode naturel de systématisation : il n'est qu'une réduction régressive des phénomènes physiques, au mouvement et à ses lois, qui ont été le premier domaine auquel se soit attachée l'attention des physiciens.

L'énergétique, au contraire, applique un mode de systématisation tout à fait opposé. Go n'est pas une réduction régressive, c'est une réduction progressive, avec Rankine, qui, de tous les énergétîstes,est encore celui qui se rapproche le plus du mécanisme, puisqu'il conserve comme modèle la systématisation de la mécanique rationnelle. Ce n'est plus une réduction du tout, avec Mach, Ostwald, et entre tous Duheni. Ostwald et Duhem proclament nettement des genres particuliers et irréductibles de grandeurs ; Duhem formule logiquement et d'une façon extrême la pensée latente de l'énergétique en réhabilitant le point de vue purement qualitatif et en rompant la continuité systématique de la physique par de véritables commencements absolus.

2. — Cette tentative de réduction a été souvent considérée comme une chimère et une erreur du mécanisme. Andrade montre par exc^mple le rôle de l'association des idées dans la formation des concepts de la mécanique. Ce qu'il appelle lassociation des idées, et d'ailleurs ce que la psychologie a appelé l'association des idées, n'est rien autre que l'expression, ou plutôt qu'une des

expressions — la plus générale et la plus aisément constatée, dans la vie psychologique ordinaire — de la continuité organique de la connaissance. Andrade conclut que dans la systématisation, des sciences physico-chimiques, comme dans toute systématisation Tordre dans lequel se sont associées nos idées a eu une influence prépondérante. Remarquons d'ailleurs qu'il n'y a là qu'une conséquence ou une illustration de l'empirisme ; prétendre que notre connaissance procède de l'expérience ou prétendre qu'elle ne fait que reproduire l'ordre dans lequel se sont historiquement et dans tout le développement de de la connaissance, associées nos représentations, c'est tout un. Or, personne ne constatera que les sciences physico-chimiques soient avant tout des sciences expérimentales, et que les connaissances qu'elles renferment, soient acquises empiriquement. Il est donc naturel que leurs principes généraux et leur organisation systématique dépendent de l'association des représentations qu'elles renferment ou de l'histoire de l'acquisition de ce contenu.

Seulement Andrade en déduit la contingence (lu développement de la physique. Le mécanisme n'y est aucunement nécessaire, au contraire, il est gênant. Que serait la physique, dit-il, si la biologie avait précédé, dans la voie positive et progressive, la mécanique ? Cette question me

paraît oiseuse, car en histoire des sciences, comme dans toute science historique, le donné primitif c'est d'abord la succession chronologique. La science historique pourra peut-être un jour cherchera expliquer le pourquoi de cette succession : ce sera en tout cas le problème dernier qu'elle aura à se poser, car sa solution suppose une solution préalable^ de tous les autres. Mais jusqu'à ce jour, l'ordre chronologique, la succession des événements, est le point de départ, la donnée primitive, le fait. I/histoire positive est, par rapport à la succession des événements, comme la biologie, comme la physique, comme la mécanique. Klh* ne doit viser qu'à en établir les lois. Il parait en tout cas aussi étrange de se demander : Que serait-il arrivé si la biologie, ou la psychologie ou la sociologie, avaient précédé de leurs découvertes la physique^ ou la chimie, ou la mécanique, que de se demander : Qu'arriverait-il si un objet élevait, au lieu de linchner, le plateau d'une balance 1 Dans un cas comme dans l'autre, on peut construire un monde roma- ■ nesque qui d'ailleurs s'inspirera toujours, plus qu'on ne le croit, du monde réel, car on ne peut pas, quoi qu'on veuille, s'alîranchir de l'expérience humaine. Mais ce roman n'a d'autre valeur que celle d'un roman.

Nous ne concevons (pie U) réel, et nous conjecturons le possible sur le modèle du réel ; or, le

I, ENElUIKTïnUE KT

MKCAXlsMK

iTL'l poiu" lioiis, c'est le syslenir l'oniir par m riîprésentations et ce système dépenil île ivn relations. Hors de h'i, nous enlrnns (hins riivp^ Ihèse iiivériiiable et dans la nuH.tipîiysique.

Auguste Comte, en assigfnanl h nos e on nais - «aiices un ordre nécessaire, fonction de leur ordre chronologique, semble plus près drresprit positif. H est vrai qu'il fait reposer cette vue, somm toute, sui' une conception de la Jiature des choses si bien que Tordre cîiroiiolo|n^i([ne de nos connais sanees dé|>eiHl de la nature des ohjetsà connaître les relations les plus générales qui sont *mi même temps les plus simples sotd (^onntiesles jïremiêres. Sans envisager la nnlnre des objets a connaître, on peut se borîicr. h un point de vue absolument relativiste et historique, à constater le fait, et aH aflirmer quil y a un rapjjnrt ^i^énéral, incontestable entre la succession de nos cininaissances» et leur ordre logique de systématisation. Ce rapport sefl pose; et rhistoire des connaissances humaines ne manifeste rien jusqu'ici qui y contredise esseU' tiellement. Au contrain\ elle en est en quelque sorte la maniiestation [>ermanente, si bien que cette cousfatRlion est. dans Kfiistoire des sciences, un fait dominateur ci privdéi^ié. L'aptitude à fournir des prinripi^s p<uu' asseoir le système de] nos coïuiaissauces claires et <lïsliiictes conformes aux exij^^ences de notre organisation inlelle( lucllo est donc en raison directe de leur acquis

L'histoire des mathématiques, de la mécanique, et jusqu'ici, de la physique, la façon dont les sciences se constituent d'une façon positive et progressent les unes par rapport aux autres, sont en faveur de cette corrélation.

3. — Ce fait historique a vraisemblablement son explication dans une loi très voisine de la loi d'Auguste Comte : les relations les plus générales et les premières acquises sont aussi les plus simples, si bien que la systématisation des lois de la nature serait infiniment moins contingente que ne le pense Andrade à propos des concepts de la mécanique. Dans l'histoire, la contingence ne serait que l'enveloppe de la nécessité et le fait historique aurait .sa raison d'être, comme le croyait Comte dans une loi plus profonde; ici il serait exigé par la nature de la connaissance, par les lois de l'organisation psychologique. Dans le chaos formé par nos représentations, ce qui dut frapper tout d'abord l'esprit à cause de leur utilité, ce furent non seulement les relations qui se rencontraient le plus souvent (les plus générales) mais encore celles qui furent le plus aisées à apercevoir (les plus simples). Si l'esprit est porté inévitablement à généraliser, à universaliser un fait pour éclairer le mystère des autres faits, il est porté par cela même à négliger, dans ce fait, ce qui estdétail et nuance, ce qui lui donne en mémo temps que sa^complcxilé, son individualih'».

l'énergétique KT LK MECANtSMI':

Toale synthèse n»!!cessileiine analyso, loiile |Er*'*npralisatioii nécessite iinr abstraction, une simplification, îl en rcsnite ([iie le travail m^mc, que 1 esprit fait subir aux premières relations qu'il flocon vr*' est, inconsciemment (t'aîlhnirs, en même Icmps ([Il inie extension, une siniplilicalion. VA si ces relations ont une aptitude en quelque sorte indélinie à la sçénéralisation, c'est aussi qu'elles sont, en m<^me temps qu'observées tn»s fréquemiin^nt, observées très aisément, parce qu'elles ont inie aptitiule en quelque sorte indéfinie h se simjïlilier. II vaut mieux employer les expressions aplitu<Ie à être j^énéralisée, aptitude a i^lre sim- |)Uliée, que les mots u général » et (t simple », (Jar la psychologie et l'histoire de la connaissance au point où elles en sont actuellement, ne pei^ mettent pas de revenir h une théorie intuitive tle la connaissance» théorie qui nous donnerail une faculté spéciale de saisir le général, le simple, le premier en soi» par une aperception directe, La science actuelle, la [ihysique mécainstt^ en particulier, non seulement se disliuL^uenl d'une théorie intuitive à la Descartes ou d'une théorie scolastique, mais encore s'y opposent radicalement.

Il n ya pas en réalité défaits simples et de faits généraux : tous sont extrêmement coniplicpiés parce que tous s'impliquent : la cdiute d'um^ pierre fait intervenir toutes les lois physiques puisque le monvemeni change rlans fa pierre, puis

dans le milieu où il s'effectue et de proche en proche dans l'univers tout entier, non seulement Tétat mécanique, mais encore 1 état thermiqu(\ l'état magnéto-électrique, l'état chimique, etc. Il n'y a pas de système isolé, de relation simple; le simple, corollaire du général, n'a pas plus d'existence que le général. Seulement, il y a dos faits privilégiés. Kt ces faits privilégiés sont ceux qui ont par la façon dont ils se présentent à la conscience, et par la façon dont est constituée et peut évoluer la conscience, une aptitude à laisser formuler dans et par la conscience une relation privilégiée. Et une relation privilégiée est à son tour une relation qin* a par la façon dont elle se présente h la conscience, et par la façon dont est constituée et dont peut évoluer la conscienc^e, une aptitude à être généralisée et à être simï)liiiéto.

J^es lois qui paraissent régler l'acquisition de la connaissance, paraissent demander encore, que les premières connaissances claires et distinctes qui ont satisfait notre espritetnos instincts scientifiques (ou nos besoins scientifiques, si ce mot instinct paraît à certains inacceptable) soient aussi les plus simples et les plus générales, au point de vue de la connaissance humaine.

Par un côté moins psychologique et moins historique, mais plus objectif et plus philosophique, on peut dire aussi bien, en renversant les termos

L liNEIÎGIiTlOLyE ET LE MECANISME

(juo les ro!aLions les plus tîiniples et les plus générales sont aussi les premièrt^s connues. Mais cette l'ommle a le tort rie tendre â intr eoneeption I mélaphysi<|ue partir uliere de 1 univers. La précé-j dente au eontraire n t^st (pi'une eonstaialiun etj une indue tion liisloriques. Les relations les premièreseonnuesou les coiniairtsaneesles premières j acquises, puisque c'est aujourd'liui tout un, sont ' celles qui ont progressivement fourni, par leur évolution psyeliologique, les eonnaissances lesl plus simples cl les plus n^énérales. D'oùroii peut] induire qu'il n'en pouvait être autrement, étant donné ce que psycliologiquenient nuus sommes, et ce que, empiriquement, est I uni vers.

G esl donc à une nécessilé psychologique, aussi bien qu'à une nécessité objective, que réponfl la construction mécaniste.

4. — On peut remonter par là à la raison pour laquelle le mécanisme fait mieux comprendre ù] ceux qui n'ont pas une culiurc spéciale rencïiainement, la systématisation, et même le contenu des scienci^s physico-chimiques, et le rend plus aisément communicable.

Il semble encore ici avoir une supériorité incoiilestable sur la pliysî([ue énergétique. Or, si *mie qui^stion scientilique ne peut jamais être abordée sans une culture spéciale, il faut bien avouer que i la science doit viser à être aussi facilement abordable f/tfil rat pft^sible, sans rira perrlre «le sa ri- 1

LES CONSEQUENCES DES DEUX LOIS rRÊGÉDENTES 81

gueur s'entend. Elle n'est pas un mystère réserve aux initiés, comme l'antique hermétisme. Elle doit se proposer, avant tout, d'être communicable, et pourcelad'évitertouteslesabstractionsciuinesont pas nécessaires et (jui exigent des qualités d'esprit trop spéciales; d'autant plus que ces qualités excellentes pour le progrès des mathématiqu(îs sont peut-être moins favorables aux progrès des sciences qui doivent conserver un contact étroit avec la nature.

Ce nouvel avantage du mécanisme est d'ordre tout utilitaire, et le savant qui ne se préoccupe que des hautes destinées et de l'éminente dignité de la science pourrait, à bon droit, en sourire. Pourtant le point de vue de la vulgarisation dans les questions scientifiques est moins à dédaigner qu'il ne semblerait d'abord. La science ne se fait pas dans une tour d'ivoire. Créée par l'intelligence humaine, incontestablement sous la pression de certaines circonstances pratiques, elle est, comme l'intelligence humaine dans une largci mesure, un produit de la société. Elle est soumise • à des influences sociales. Elle ne s'est jamais développée que dans un milieu social favorable. Or, une des premières conditions pour que le milieu social soit favorable à son développement, et une condition absolument nécessaire, c'est la vulgarisation de. la science dans ce milieu. Une science de mages ou de manda- Rey. g

L ENERGKTIfjL'E ET LK Mi:<; \M.>Mli:

vins ik'vieïii bien vite iiiui IradiLioii roulluii

La scîcnro Dr* peul se développer f[ircn restant (^ïi contact avec la société tout entière, avec se| besoins. Elle ne pent progresser, elle n'a dei cliances de rencontrer lU^ bons onvriers, et m<}ni€ des ouvriers (te t^énie, que daiis nne soeiél^ qui s*intéresse à ses résultais, (jui s'enlhoid siasme pour elle, qui reacourage de tout(*s sei forces.

L'essor qu elle a pris depuis la Henaissanee lient à ce c[u'elle a eu S(\s l'analiqucs, ses servants tidèles et ses apôtres. La science eai née, elle a g^randi chez des peu|>les curieux, et <iui n'admet* taieiit pas volontiers quon mît des oeillères. Or, cet étal d'esprit, celte atmosphère nécessaires à la science, sont en grande partie créés et entretenus par la vulgarisation des travaux scienii-B liques, la huite pénétration de h^nrsrésuUats dans la société tout entière. La science a donc un intérêt primordial à se présenter toujours sous la forme la plus accessible, sous la forme qui prélerj le mieux à sa vulg^arisaiion. Elle ne doit jjas se laisser altérer pour se rendre jjopulaire; mais elle doit, entre deux formes qui permette ni de rétro ver le même rèsuilat, cboisir toujours celle qui est la plus abordable. Sous cet angle encore I135J mécanisme remporte sur Tcnergétique. Histort quemenl d'ailleurs, celles des sciences qui ont rendu la science populaire, sont les sciences phy-

c est par ce côté utilitaire que la science se popu* larise. L'énergétique fait constamment appel à 1 économie de la pensée. Ce principe d'économie ne répond-il pas précisément au souci de rendre la science la plus accessible qu'il se peut? Ne répond-il pas aux intérêts bien entendus de sa vulgarisation ? Considérez un exposé énergétique. Est-ce que vous n'êtes pas surpris de l'élégance et de la simplicité des forniules générales cl des premières déductions qu'elles permettent? Les principes se traduisent immédiatement en équations différentielles. Rien de l'appareil toujours assez long et assez compliqué des exposés mécanistes avant d'arriver à ces mêmes équations différentielles. Alors que dans le mécanisme elles sont la conclusion d'hypothèses et dé déductions ou tout au moins de raisonnements qui progressivement généralisent les données figurative fc» et empiriques, véritables points de départ de 1^ construction, le point de départ de la systématisation, énergétique, c'est l'équation différentielle elle-même. Le principe de l'économie de la pensée n'est-il pas alors mieux respecté par l'énergétique que par le mécanisme ? La théorie physique n'est-elle pas plus simple, plus directe, plus immédiate? N'est-ce pas pour présenter les choses d'une manière plus sobre et plus élégante, ])()ur éviter temps et peines perdus à suivre des constructions compliquées, ({ue l'énergétique

LES CONSÉQUENCES DES DEUX LOIS l'IlKCÉDENTES 80

s'est créée et s'est développée ? Du moins tons ^€?s énergétistes l'aftirment : c'est cette préoccupation qui, visiblement, a guidé Hankine, Macli, Oslwald, J.)uhcm et leurs disciples.

Mais si on réfléchit un peu, le mot simplicité a

f'eux sens bien différents dans la |)hiIosophic des

sciences; on peut dire (pi'une théorie est plus

simple qu'une autre, quand elle fait appel à un

plus petit nombre d'éléments, quand elle expose

f^vec plus de brièveté, d'une fa(;on plus directe et

plus immédiate, les résultats cpii en constituent

la rnatière. Et en ce sens les théoric^s énergétiques

sc>nt évidemment plus simples ([ue les tliéories

"^^oa.nistes. Elles ne font intervenir aucune repré-

S6inta.lion si ce n'est l'algorithme de l'algèbre :

^ ^55t bien encore un système de symboles repré-

'*^^rita.tifs, mais le symbole y est telhMiient intel-

'^^^tixalisé et abstrait qu'il ne semble plus être

**no représentation intuitive. Les théories méca-

ïi* s tes sont plus compliquées. Elles font appela

^^ l)ypothèses ([ue suppriment absolument les

^^Ories énergétiques. Et ces hypothèses, pour

^-^opter entre elles, ou pour rendre compte de

^ ^^riomènes voisins les uns des autres, mais pré-

"^tçtnt pourtant des particularités spéciales, doi-

^^t, souvent multiplier leurs artitices, et allonger

ï^Oute. Là. où l'énergétiste suit la ligne droite,

^^>>écaniste paraît se perdre en des détours.

^t ais il en est de ces détours comme de ceux que

8(i h E^'E[î(]KTl^^rE et lk mécanisme

foiiL les senlitfï's dti monlat^nH^ : Vn allons^eanL l*^j clieoiia i\ti abrrg<:tit le temps qu'on eniploieraitct ^ suppriment los diftit iillés qu'on ivncontiTraii pu allant droit au sonimi4.

La théorie la plus simple ur sera \ms alors hil plus sobre, la plus éléi^ante au sens math6ma-| tique du mot, mais celle qui représeniera le plus aisément, fera le mieux saisir toutes les particularilés d'un ]ihénon)èiK\ oi ses relations avi-e reusenible des pli en oin eues voisins. C est à quoi visent : le inodMe méeaiut[ue d'abord, pour un phénomèue doiujé ou un petit groupe de pliéiio-^ mènes, les graufïes hypothèses ensuite, pour 1 en-H sembhî des phénomènes physico-chimiques. Peu imporle que rex[>ression maMiématique des loisj physiqut^s. au lieu de se trouvtvr dans 1 enchaînement le [dus subre, les déinonstralious h*s phis-j directes, se présente avec une substructure d hypothèses addilionntdles, si vWc s'éclaire (lune lumière plus vlvv, comme une piei-re dont la monture augnu^uterait le feu, (ne théorie trun agencement moins sinqile peut é!re d'une intelligence plus facile ; en réalité elle est doiu* plus simple, en donnant à ce mot son sens psycbolu-j gique,

î/énergciiqiu^ introduit ijiimédiatcmeid, au' cœur de la place. Klie débute par le j>rincipe général et les équations qui le traduisent. C'est j une théorie qui. ius([u'a un cerlain |>oinl, non

seulement postule que la science est achevée, mais que l'éducation scientifique l'est aussi. Duhem la propose comme la théorie définitive. Et pourtant Mach se plaint que le point de vue historique est trop négligé dans l'enseignement des sciences, aussi bien.dans l'enseignement des sciences mathématiques que dans celui de la mécanique et de la physique. Par enseignement il n'entend pas seulement un enseignement élémentaire, mais il donne à ce mot son plein sens. Il n'hésite pas à dire que certains savants, et la plupart des ingénieurs, faute de cet enseignement historique, ont peut-être de la science une conception suffisante pour ses apphcations utilitaires, mais n'en ont ni une compréhension complète, ni une compréhension claire et distincte, au fond n'en ont pas la compréhension véritablement scientifique. Ils savent la science, ils ne la possèdent pas, ils ne la sentent pas profondément. En ce sens des philosophes qui en sauraient beaucoup moins, mais auraient une culture historique beaucoup plus vaste, l'emporteraient nettement sur eux. Eh bien, il est à remarquer que la conception énergétique ne se soucie aucunement du développement historique de la science. Elle achète son élégance mathématique et sa simplicité apparente, en réclamant d'un autre côté toute une étude nouvelle, l'étude historique à qui veut avoir une inteUigence nette

(le la physique. Sans cette étude elle reste en quelque sorte suspendue à quelques principes abstraits. Elle n'a plus qu'une vertu formulaire, une vertu de machine à calculer. On peut se servir avec virtuosité de cet artifice ingénielïx, sans en avoir la compréhension véritable, si on se borne à ne connaître que lui. Avec le mécanisme, ceci est impossible. On ne voit plus la science sous l'angle de formules extérieures qui servent remarquablement à retrouver son contenu, mais négligent absolument d'en faire connaître la nature intime et le développement historique. On n'aperçoit plus la physique comme un pays dans un levé topographique. La systématisation mécaniste reproduit dans ses grandes lignes l'évolution historique de la science. Il est impossible à qui conçoit la physique comme une promotion de la mécanique, de séparer le point de vue historique du point de vue didactique, et, par suite de n'avoir pas, à côté de la conception claire, le sentiment vivant de la science physique. Ce que le mécanisme a perdu par rapport à la sobriété de la représentation, il l'a finalement gagné quant à l'intelligibilité des choses représentées.

Au reste l'énergétique se vante peut-être quand elle parle de la brièveté et de l'élégance de ses déductions mathématiques. Il est incontestable, certes, que dans l'établissement des principes fondamentaux et Ténoncé des lois les plus v^éné-

LKS CONSÉQUENCES 1>ES DEUX I.MlS l'ilÊCÉUKNTES b'J

raies, elle remporte h a* point do vue sur le mécanisme. Bouasse a pu dire cpie le traité élémentaire de chimie physique fondée sur la thermo-dynamique qu'a publié Duhem était un véritable modèle. La ri^rueur et l'enchaînement des premiers chapitres, les plus jifénéraux précisément, satisferaient en effet les plus difficiles. Mais il s'agit essentiellement là des éléments généraux de la systématisation. Dès que l'on veut descendre de l'ordonnance générale du système h la description d'un phénomènes particulier, qu'on veut retrouver le concrel, et représenter l'expérience, terme final, tous le proclament, du travail scientifique, il faut en raballre. C est ici ({ue rentre la complication, éliminée des points de départ et des premiers pas. .le n'en veux pour exemple que les critiques de l^ouasse au même Duhem, lorsque ce dernier essaye de représenter d'après les modalités de la systématisation énergétique les particularités de certains phénomènes d'hystérésis. Nous sommes loin alors de l'élé- Q^ante brièveté mathématique des principes de la chimie physique fondée sur la thermo-dynamique. L'introduction de variables nouvelles pour représenter chaque irrégularité du phénonncne par rapport à la formule générale, conr- ]>lique étrangement les équations, et ne jjarvient pas, malgré ces complications croissant en quelque sorte indéfiniment à mesure qu'on veut ser-

h fc:NEiii;b:TnjL'i: et lk mkcamsme

rer la réalilL' ile plus piTs, h represeiiLer exacte meut 1(* plitMiomcne. L éiierfiféiique arrive donc vu lia de compte, à sacrifier la simplicité d'intelleclîoa de la théorie physique, sans a(*croître simplieilé de eoastriicUoii.

Pourtant, a-i elle assez, critiqué l'iiitroductio^ de u masses cachées ») dans la théorie mécanistej On connaît cet expédient dont on a certaînenietil abusé dans la eonslructioa des modèles mceajuques. Il consiste, quand <»n ne peut pas tirer directt^meat des princi[!es tradilionriels de I^ mécanique la loi des mouvements auxquels oij ramené les transformations qu'il s'agit d'explîj quer, a supposer des mouvements imperceptible^ produits par des masses invisibles. Cc\s inimve-^ menls et les vec te ors-force qui leur c«>rrespondent, en so composant avec les mrmvemiuds perceptibles de la masse visible et les v<H'teurs qui leur correspoiident permettent d'exprinter le phénomène eu partant des équations traditionneUes de la mécanique, c'est-à-dire des expériences les plus simples sur le mouve ment des corps pondérables, et des prineipef fondamentaux qne Galilée et Newton en on^ fh-îduits. Hertz eu piuiiculier a tiré un très grand parti de ces masses invisibles, et des liaisons cachées qu'elles sont supposées avoir avec les masses visibles. Les méeanistes, et ïlertz surtoutj nV)nl d'aitleurs jamais jjrésenlé ceci que comme

un artifice, un expédient commode, lorsqu'il ne complique point trop les modèles mécaniques, et qu'il permet de faire comprendre d'une façon concrète, et sensible ce qui' se passe dans le phénomène, étudié, de relier les différentes phases de ses variations, et de les prévoir. Ce sont les critiques non prévenus qui ont pu prendre parfois comme réalité comptante ces artifices. Les mécanistes ne les considéraient jamais que comme un échafaudage transitoire, et un pis-aller; à moins que les masses cachées, les mouvements insensibles et les liaisons invisibles ne fussent suggérés par les données mêmes du problème et les résultats de l'expérience, et ne fussent conçus de telle façon que l'expérience piit un jour les mettre en évidence. Partout ailleurs ce sont des pierres d'attente ; et même de fausses fenêtres pour la symétrie, dans une construction qu'on sait être provisoire, et qui ne prétend qu'à être im artifice provisoire, d'une utilité provisoire.

Or, que fait l'énergétique lorsqu'elle introduit dans ses formules un nouveau terme pour masquer la distance qui sépare les résultats du calcul, les moyens de prévision des données numériques fournies par l'expérience ? Klle nc^, fait rien autre que le mécanisme lorsqu'il suppose une masse cachée, une relation invisible. Bien plus, l'introduction de ce terme marque une ignorance définitive, et la ferme volonté de s'en tenir à une

correction arbitraire. C'est le coup de pouce du mathématicien corrigeant ou effaçant sur le tableau noir le signe ou la quantité qui le gêne, Cette opération n'est pas seulement comparable de tous points à l'intervention des masses cachées dans une théorie mécaniste, elle a sur elle des désavantages très marqués. Car le terme introduit dans la théorie énergétique n'a pas de sens par lui-même. C'est un pur artifice de calcul. Il n'est môme pas un symbole, car il ne symbolise rien, et personne ne pourrait dire, ni jamais espérer dire à quelle réalité il correspond. J^e terme arbitraire additionnel de l'énergétique ne ressemble donc à la masse cachée du mécanisme que dans les cas les plus défavorables. Et tandis que, dans le mécanisme, tout fait ressortir que Tartifice est provisoire, et qu'on attend une expérience plus complète, dans l'énergétique, au contraire, le terme additionnel s'introduit au même titre, et de la même manière ({ue tous les autres. Rien ne l'en distinguo, rien ne l'en sépare. 11 s'introduit à demeure, d'une facjon détinitive.On juge la formule où il entre représentation suflisante et définitive du phénomène. Dès que le calcul permet à l'aide des équations posées, de prévoir à peu près toutes les particularités empiriques du phénomène, encore que nous ne puissions jamais savoir ce que recouvrent les quantités numériques qui entrent dans la formule, la tache du physicien

est achevée. Si les coDstructions moléculaires, si ratomisme sont, comme le dit quelque part Mac h, des béquilles pour la connaissance humaine, des béquilles qu'il faut rejeter dès qu'on peut calculer sans elles, que faut-il penser au j)oint de vue psychologique de la connaissance, des procédés de calcul et de prévision de rénergéticfue ?

7. — Sans compter qu'il y a un danger plus grave. Lesprit humain, c'est encore une constatation psychologique, parait incapable de s'en tenir, lorsciu'il s'agit de connaissance ou de science, à quelque chose qui ne se représente pas. Aussi essaie l- il de se représenter ce qu'il met sous ses formules. Lorsque les termes de ces formules n'ont pas un sens concret, il leur en donne peu à peu inconsciemment un. Cette tendance crée bientôt une habitude invincible. La scolastique est sortie tout entière de là. On a hypostasié des conceptions, des universaux parce qu'il est impossible à la connaissance humaine de penser sous une forme qui ne serait à aucun degré concrète. Labstrait pur, le général, en tant que général, n'existe pas plus dans la pensée que dans l'univers. Ils n'ont que la forme concrète d'un mot, dont on ne peut rien tirer, tant que l'imagination ne se laisse pas aller par une inclination naturelle, irrésistible, à les hypostasier. Là où il n'y a pas dans une certaine mesure, image et hypostase, il n'y a 7Hen. Pour cette raison psychologique il se peut bien

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