Il s'agit justement d'apprécier maintenant
FORMES d'imagination ET THÉmRIE> rHYSlC»rE> i03
si, en essayant de réduire au moindre decrré la nécessité par où il faut bien passer, par suite de noire oi^anisation psychologique, de « représenter » les notions scientifiques, de conserver des résidus d'images sensibles, on fait œuvre utile, — si, par suite, cette tendance a des chances de s'imposer au détriment de la tendance contraire fine représente le mécanisme.
ï^oussons-la à l'extrême, et efforçons-nous de déterminer le terme auquel elle doit aboutir. Nous r^o bâtirons pas une hypothèse vide ; car historiquement la scolasti<iue Ta à peu près réalisée. ^Ue nous apprend en gros que le terme naturel ^^ cette tendance, c'est le verbalisme. Et la psychologie de la connaissance corrobore cet enseignement de l'histoire. Le concept ne peut jamais éliminer tout résidu d'images. Mais au terme, l'image résiduelle se réduit à celle du niot, qui le connote. Le concept tend, si labstracti^^n est poussée aussi loin qu il est possible, si V^Sprita une grande facilité à abstraire et h généraliser, à se confondre avec le mot et à se vider (le tout contenu vivant et réel. La paille des mois remplacera le grain des choses.
Le verbalisme, ou, puisqu'il s agit ici moins de
symboles verbaux, comme dans la scolastique,
que de symboles algébriques, le formalisme sec
et vide, purement utilitaire, voilà le danger qui
/nenace la théorie énergétique. Ce danger est sur-
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louL à cniirulrr pour renx qtii ne créent pas la^ science par Jeorâ expériences continuelles, pond ceux qui ne clierelieiil qu'à s'assimiler et h viiiA User les résultats de celte création. Le formalisme des premiers est animé par la force des choses du même courant de vie qui anima dan^ l'esprit d un Aristole, ou même d'un lli^gel, Tidéo-j logie pure. Mais le lormalisme d(^s secoiuls est bien vite un formalisme mort, une rliscipline étroite dans laquelle, ii cause des résultats et. des facilités quelle touniit, on liait par absorber la science tout entière. La possibilité de susciter une attitude de ce gfenre est poiu' la science pleine de périls. Et n'est-ce pus, liieii que Dulieni se range de suite parmi les créateurs, parmi ceuxj doiil le Iravail est fécond parce qii il ncfranditl toujours le champ des n'clun-ches» u'est-ce pas cependant, si ton veut lire entre les lignes, 1^'^^ reproche que lui adresse Bouasse, à propos dnH[ ses travaux sur thystérésis ? N'oppose-t-il pas 4lans sa critique la réalité empirique, le travail J concret du laboratoire, aux formules prémalurécs,TH aux sjénéndisatîons trop Iiàtives. auxabstracHons trop éloignées des fails, au formalisant qui veut enserrer le réel, mais le vide toujours pour ceb de quelques-uns de ses aspects intéressants e1 impnrhmls? l^^l Douasse ne recourt-îl pas, dans celle même critique, aux morlMes mécaniques, h^ la représentai il m sensibk. à t hyjHilliése llgura-
FOllMES d'imagination ET TIIÉOKIES PHYSIQUES lOo
tive, car elle lui semble plus propre à faire saisir la réalité du fait? Elle est donc plus concrète, elle est une image; elle est donc plus près de l'expérience et des données qu'il faut retenir. Voilà le mécanisme bien vengé du reproche qu'on lui adresse sans cesse dans l'autre camp : de substituer une nature arbitrairement simplifiée à la vraie nature. Que dire alors de Ténergétîque, si elle substitue, on n'ose pas dire des mots aux choses, mais des formules de calcul dont les termes sont souvent arbitraires aux donnée!^ de l'expérience, aux propriétés perceptibles des phénomènes ? Mieux vaut avoir une explication encore lointaine, mais en contact avec les faits, qu'un formulaire. plus précis, mais tout artificiel.
4. — La grande raison psychologique pmu^ laquelle le mécanisme semble ici préférable à l'énergétique, c'est au fond qu'il n'y a pas d'entendement pur: on ne pense jamais sans images. L'intuition sensible est nécessaire à la pensée, comme l'air à la vie. Dire qu'il n'y a pas d'entendement pur, pas de raison pure, ce n'est pas soulever la vieille et stérile querelle de l'apriorisme et de l'empirisme. Elle n'a plus grand sens, au point de vue psychologique. Admettrait-on avec lv«int qu'il y a dans la pensée dès éléments .qui ne viennent pas de l'expérience? on est bien forcé d'admettre avec lui que ces éléments ne sont