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LEXEUGETIQUE ET LE MECANISME

voyons, bien mieux, nous voyons, l'un des tern — r:^^^ étant donné, toutes les variations de Tautre.

La grande vertu de la déduction est donc nous faire comprendre ce que Tinduction no faisait seulement formuler. Il n'y a pas entre el d autre différence. Car les relations établies r< tenl les mêmes, et l'expérience est toujours Vi tima ratio qui légitime le raisonnement. Seul ment, dans un cas, rexpérience se présen comme une affirmation isolée qui s'impose sai laisser apercevoir sii raison d'être. Dans lauti cas, les expériences se relient entre elles, C ^"^ i montrent par là même leur raison d'être : 1 principe des successions nécessaires cède 1 place à une forme intuitive du principe d'ideii tité^

Aussi ne parail-il pas exact de dire que l'indue tion généralise, tandis que la déduction particu larise, du moins la déduction scientifique? Ellei se trouvent toutes les deux, établir des généra lisations successives. II ne paraît pas exact noxm- ])lus dédire que l'une procède de l'expérience, eC> que l'autre procède rationnellement, puisqu'il y a toujours, dans le domaine des sciences physiques, intervention nécessaire de l'intuition

I. Voir les analogies entre l'induction et la déduction : daude Bernard, Introducfion à la médecine expérimeii' Iule, 1'" partie, in fine. Le point de vue est d'ailleurs tr^s

(JiffértMil (le <\A\\\ aiifiuelje me place ici.

LA DÉDUCTION ET h INDUCTION 157

o>::j>énmentalc S de même que, dans le domaine

rM:i a. thématique, intervention nécessaire del'intui-

*-* on de l'objet des mathématiques, quelle que soit

s fi nature, ainsi que Kant paraît bien s'être efforcé

^G l'établir.

La seule différence qui résiste à tout effort

^l'sissimilation entre ces deux procédés du raison-

^^<^i"iient, c'est que l'induction généralise sur la foi

^Ci l'expérience, sans comprendre la raison qui

^^^-itime et fonde cette généralisation, tandis que

*^^ déduction généralise, sur la foi de l'expérience,

^^ ï^ mettant en évidence la raison de cette généra-

**^«tion : parce que l'expérience (encore l'expé-

***^^^nce et toujours l'expérience) a permis d'assi-

^^^i 1er les résultats d'autres expériences, jusque-

^^ sans rapports apparents.

Certes, la déduction est l'instrument néces-

^^^ire de l'application d'un principe général à un

^^^^s particulier; car comment comprendre qu'on

^^^duise une conséquence partielle, à partir d'une

* ^^i générale : on opérerait alors, au sens où

'^^ous prenons le mot, une déduction, puisque les

^eux propositions seraient d'elles-mêmes liées,

l une rendant compte de l'autre. Aussi, quand on

applique une loi générale à un cas particulier, et

1. Voir Berlhelot, Réponse à Renan (in Dialor/ues philosophiques) sur la nécessité de l'expérience dans les parties l'aUonnelIes dos sciences physico-chimiques ; le début de la leUre surtout.

158 l/ÉNERiiÉTloUE ET LE MÉCANISME

(juc I OU demande à Texpériencc de véritier la prévision qu'autorise cette application, on réalise le type même du raisonnement déductif. C'est cela, je crois, qui, joint à la nature et au rôle de la déduction scolaslique et formelle, a répandu cette croyance, devenue presque axiomatique : la déduction va du général au particulier, tandis ({ue l'induction va du particulier au général. Et c'est encore cela qui a pu faire dire que la déduction scientifique se passe de l'expérience, se déroule a priori. La déduction, lorsqu'elle particularise, considère, en effet, que la majeure est acquise ; et alors a priori la conclusion en résulte. Dans ce cas, pour que la déduction soit valable, il suffit que les règles du raisonnement soient respectées.

5. — Il ressort de là cette conclusion, que la déduction, dans les sciences, n'est pas un simple procédé de systématisation chargé de classer arbitrairement et commodément des connaissances fournies par des procédés tout à fait dissemblables.

Cette systématisation n'est pas indépendante de l'expérience et de l'intuition; elle les continue, au contraire, et les complète ; la systématisation augmente réellement nos connaissances, en fondant en raison, en faisant comprendre les lois naturelles qu'elle rassemble, ce que la simple induction ne fait pas. Et si la systématisation

LA DEDUCTION ET L INDUCTION l.i'J

déd active peut paraître arbitraire, c'est parce que, d'a.près les conditions normales de la connaissance, n'étant qu'une induction considérée à un ^u.tre point de vue, prise par un autre biais, elle ost, comme elle, hypothétique, si les principes ^I^i lui servent de point de départ sont eux-mêmes l^ypothétiques. Et elle ne peut être, d abord, ^lu." hypothétique. C'est à cette condition qu'elle ^îde aux progrès de la science.

Si Ton revient aux deux grandes systématisations physiques actuelles, il semble bien que celle ^^sdeux, qui est le plus conforme au processus psychologique de la déduction scientifique, c'est *^ mécanisme. La déduction réelle, celle que la ^^ îence emploie d'une façon efficace et effective, ^ t que nous retrouvons toutes les fois que nous ^^ tombons sur une connaissance qui essaye de ^ ^^xpliquer et de se présenter sous une forme ^.IV^stématique, n'est que la forme générale de rai- ^^^^nnement dont le rhécanisme est l'application P^ ^rticulière aux phénomènes physico-chimiques. ^-^ ïî inventerait imaginativement une systématisa- ^^ ^n de ces phénomènes qui répondît exactement, t^ ^int pour point, au processus déductif qui vient ^^^-''être analysé, qu'on retomberait sur la systé- "^^^atisation que cherche à réaliser le mécanisme, --autrement dit, l'idéal du mécanisme est l'idéal de *^ « déduction scientifique telle qu'on peut la concevoir dans le domaine physico-chimique : pré-

im I. KXCRGETItjCE ET LE MÉCSMSMK

aeiiLci' l(*s t'hoses confomiémcnL à l'expùriciM réduire le plus possible les rolalious, quicori^ ^ luent les lois naturelles, les unes aux autres; jf:^ suile, reeoustrin'rc. d'une faron synlhi^iîque c^ relations avec le plus petit nombre possible d'à^ ^ ments liomogèoes, représentables, en aUend^-» toujours de rexpérience la eonfinnation de eet"t^ réduction du m^me an même ; enfin, faire scr '^^ la systématisation à la dècouvrrte ou à Textcnsi ^^ de nos eonnaissances.

L'énergétique, au eontraire, sépare eompR-t— ment la systématisation de la déeoii verte indi^* UvCî ou [dntoL elle les place dans deux domaiim ^ indifFérents l'un à l'autre. Elle superpose uW science rationnelle et démopstrative à une scien ^^ expérimentale et induclive. L esprit part de co *cepts qu'à son gre il a formés, « more geoni ^^ trico » comme dit Dutieni, à propos de la délh^» tton de la modifie n lion réversible. En suivant \^^^ conséquences logiques, qu'autorisent les simple' lois de rimplication des concepts, il relrou^'^^ d'une façon symbolique, ou, si l'on aime mieux' ii repÉTe les consla talions expérimentales. Il y ^ là une réduction des sciences expérimentales aux:^ sciences mathématiques, ou ndenx encore unc^ superposition des secondes aux j>remières, grosso de diiïicuUés. Elle postule à propos des sciences mathématiques, la thèse de Fidéalisme ou du formalisme niaifu'îmatique. iCIIe suppose que

celles-ci sont une science de concepts. Cette thèse n'est qu'une des thèses possibles au sujet des sciences mathématiques et la thèse intuitive n'est encore, ni réfutée, ni abandonnée. La théorie énergétique considère en outre d'une façon abstraite et artificielle la déduction qui se rencontre dans les théories physico-chimiques.

In ahslraclOy si l'on prend une théorie comme un tout isolé et indépendant, et qu'on Tétudie au point de vue logique, il est aisé de remarquer que le progrès de la pensée sV fait selon les lois simples de l'implication des concepts et de la logique formelle.

Mais on en peut dire autant de tout raisonnement, quel qu'il soit. 11 faut regarder, si Ton veut faire, non de la logique formelle, mais de la logique réelle, ce qu'il y a sous ces implications de concept et sous ces concepts. Or, dans les sciences physico-chimiques, il y a des relations expérimentales, des intuitions empiriques. C'est parce que ces données engendrent des concepts ou des propositions, ou se mettent sous la formi^ de concepts ou de propositions, c'est parce queces relations sont traduites dans l'esprit par des implications de concepts ou de propositions, que la théorie physique déductive est possible. Toutes les représentations engendrent, par leur évolution psychologique normale, des concepts, et entretiennent entre elles; — à moins que l'on ne Bey. 11

i62 l'knkhgetiuui5 et f.e mécanisme

veuille revenir à un grossier atomisme psycli<:> 1 ogique que la psychologie a définitivement cr oi^ndamné, — des relations qui deviendront des ina ;jii^^ications de concepts ou de propositions. G ' -^^sl pourquoi la logique formelle peut-être déûtr^ ^^' comme le font les logiciens récents, la sciex^^^^ des relations les plus générales qui soient er:»^ "*^^ les choses conçues simplement comme des p<::^^ ^^' tions de la pensée, des pensables, des possil? ^ ^^' C'est pourquoi aussi toute induction peut c^ ^^^ présentée comme une déduction et tend néces ^^^ ^^" rement à s'insérer dans une théorie déductî ^'^* Qu'on prenne alors, à part, l'implication des c- ^^^'^^ cepls, et la théorie semble une création arbitri^^ ^^^ de Tesprit, une spéculation sur le possible, oi--«- ^^ pensable, et non sur le réel, une spéculation c- 4rr=^wtingente entre une infinité d'autres possibles. ^^"^ oublie forcément ce qui la conditionne, ce qaî '^ produit, ce qui la crée à l'origine, et ce quilac-ï"*^ ^^ à chaque pas de son développement. De là, ^^ théori(î formaliste de la théorie physique, sinnf:^^'^ forme d'exposition. Mais, en réalité, cette forn" '^^ d'exposition est conditionnée par l'ordre d'acqi^^^' sition des connaissances. Elle ne s'en délac/^^^ qu'arliliciellement. Elle n'a de valeur que par Ig"^==^^ constatations empiriques dont elle est l'enveloppe^^' ot elle a d'autant plus de valeur qu'elle masqu^^*^ moins ces conslalaiions empiriques, qu'elle cher- — ' che à avoir avec elles le lien le plus étroit; eltc^^^

LA DlibUCTlON KT L'iNDUliTION 163

ost moins un système de concepts, qu'un système <ie représentations figurées, ou plutôt le système de concepts ne dissimule pas ses origines réelles deins le système des représentations sensibles ; il sei*t au contraire à mettre en évidence les rela- ^•îons de l'expérience. L'expérience, il faut le ï*^i:>éter, ne se compose pas d'une poussière de données que Ton relie entre elles de l'extérieur et ^'ia.ne façon artificielle. Mais l'expérience est un Continu, et les relations de l'expérience sont des ^l cannées, au même titre que les termes qu'elles ^^ lient, des données plus réelles mêmes, car le ^^x*me est psychologiquement une découpure arti- ^<3ielle. Ce que la nature nous présente, ce sont ^^s variations continues, par conséquent, à pro- I^x*ement parler, sans termes, des liaisons où le ^^cl saisissable par la pensée est la loi même de *^ variation, le continu, la relation.

La théorie, aboutissant de l'expérience, lui ^rnprunte nécessairement la représentation figu- ^eilive des relations qui la constituent. Quand elle Pose des termes (atomes, tourbillons, etc.), ces ^^rmes, il ne faut pas s'y méprendre, ne sont que dçs relations, les formes concrètes et perceptibles des relations.

La théorie se développera donc dans la science expérimentale et comme elle, se précisant avec ^lle, se modifiant avec elle, à mesure que les expérimentations gagnent en largeur, en profon-

(leur, en précision, et corrigent les erreurs dune expérimentation grossière et insuffisante. Loin fl'étre une simple forme d'exposition, elle sera un instrument utile de découverte ; elle sera même l'instrument nécessaire de la découverte. Elle aura cet avantage, par sa forme déductive qui permet de parcourir le champ du possible, d'anticiper sur l'expérience déjà connue^ et de susciter des remarques sur l'expérience encoi'e inconnue, sur Texpérience à faire.

Si l'on découvre une relation expérimentale, « en y pensant toujours » c'est à condition qu'on pense sous forme d'expérience et que la pensée soit dirigée vers la découverte. Une pensée purement formelle, et ({ui ne cherche qu'à mettre en ordre l'acquis ne serait-elle pas, au point de vue de la connaissance en général, et de la science en j)articulier, une pensée morte ?

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