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daise, en langue vulgaire, et d’un traité de logarithmes et de géométrie. »
D'un autre côté, Descartes eut des disciples de très haut rang et jusque sur le trône. La princesse Élisabeth, avec laquelle 1l entretint un commerce de lettres jusqu’à la fin de sa vie, fut plus que son élève, elle fut son amie. Le plaisir de cultiver son âme dans la retraite fut cause de son refus de devenir reine de Pologne. Dès son enfance elle avait appris six langues et pris connaissance des sciences les plus profondes, mais dès qu’elle eut abordé les ouvrages de Descartes, elle crut « n’avoir rien appris jusqu'alors ». |
La reine Christine de Suède voulut aussi être initiée à cette haute philosophie. Elle fit écrire un jour à Descartes pour savoir de lui en quoi consiste le « souverain bien ». — « Dans la volonté ferme, répondit-1l, d’être vertueux, et dans le charme de la conscience qui jouit de sa vertu. » — Le remerciant ensuite elle-même, elle lui adressa une série d’autres questions sur la morale et l’engagea vivement à venir se fixer dans son royaume, où elle avait l'intention de fonder une académie. Un vaisseau de l'État, commandé par un amiral, était mis à sa disposition. Ce nefut qu'après d’assez longues hésitations qu'il consentit à quitter sa retraite de la Hollande et à accomplir ce qu'il regardait comme un véritable sacrifice. La reine le reçut avec les plus grands honneurs, mais on était au début d’un hiver très rude, et elle choi:it pour les leçons et les entre-
tiens sur la philosophie une heure si matinale que la santé de son hôte s’altéra bientôt. Il succomba au bout de quelques mois à la fatigue, au froid et aussi, selon toute apparence, à une saignée pratiquée mal à propos. «Je soupire encore, écrivait l’ambassadeur de Suède au beau-frère de Pascal, Je soupire en vous l’écrivant, car sa doctrine et son esprit étaient encore au-dessous de sa grandeur, de sa bonté et de l'innocence de sa vie. »
Les Pèlerins. — « Dans l’Union américaine, un oroupe de Six États, qu'on désigne souvent sous le nom collectif de Nouvelle-Angleterre, montre par son exemple jusqu’à quel point une société d'hommes industrieux, intelligents, économes, énergiques dans le maintien de leurs droits, mais non moins empressés à remplir leurs devoirs, peut porter sa puissance productive, et comment une telle population peut parvenir à un degré d’aisance qui ne soit surpassé sur aucun point du globe.
« Parmi ces six États, fixons nos regards sur celui de Massachussets, qui est le principal. I fut fondé par une poignée d'hommes, caractères fortement trempés, non moins distingués par leur aptitude aux affaires que par leurs sentiments et leurs vertus, à la fois calculateurs et enthousiastes, et dont l’implaeable persécution d’une Église intoférante avait élevé le cœur. C’étaient les puritains de la Grande-Bretagne, les Pèlerins, comme on les nomme en Amérique, à cause des pérégrinations qu'ils furent obligés de faire pour sauver le dépôt de leur foi.
« Les Pèlerins, débarqués dans le Massachussetsz, rencontrèrent un terrain peu fertile, ayant souvent pour base un granit, qui non-seulement comporte peu la culture, mais qui, de plus, hérisse le lit des fleuves d’écueils et de cataractes. La région qui borde la mer, celle par conséquent qui était le mieux à leur portée et qu’il leur eût été le plus commode de mettre en culture, est semée d’étangs et de marécages. Le climat, d’ailleurs, est sujet à des variations extrêmes qui à l'été de Naples font succéder l'hiver de Moscou. Ces difficultés, devant lesquelles une race moins entreprenante eût senti s’évanouir son courage, n'effrayèrent point les puritains et n’ont pas arrêté davantage leur vaillante postérité. Elles ont été abordées avec un mélange extraordinaire d’habileté et de vigueur et converties en éléments de prospérité.
« Les cataractes par lesquelles, à la suite de quelque ébranlement de la croûte terrestre, la constitution granitique du sol avait, d’une manière uniforme, interrompu ie cours des fleuves, à une certaine distance de la mer, ont été transformées en chutes d’eau motrices pour des manufactures : témoin, entre autres, celles de la célèbre ville de Lowell, à 40 kilomètres de Boston.
« S'acharnant sur ces rochers de granit rebelles à la charrue, dont le détritus même donne un sol ingrat, les habitants du Massachussets en ont fait de vastes carrières de matériaux à bâtir et la matière d’un commerce lucratif. Le granit de Boston, extrait
par des procédés avantageux et ensuite taillé à la mécanique, se répand au dehors par voie de mer et va se dresser en monuments qui ornent les villes proches ou éloignées. Il a un aspect bleu, particulier, qui en révèle l’origine.
«Ils ont fait mieux avec les grands étangs d’ean douce que leur territoire présente, le long du littoral : ils en retirent, grâce à la rudesse même de leurs hivers, la matière d’un commerce important et d'un mouvement maritime considérable. L’épaisse couche de glace qui se forme à la surface de ces nappes d’eau, est découpée en blocs quadrangulaires et réguliers, d’un arrimage facile‘. On en remplit de nombreux vaisseaux, dans la cale desquels la glace se conserve facilement, sous une couche de sciure de bois, et qui vont la distribuer dans les ports, non seulement de toute l'Amérique, mais aussi de la vieille Asie; car la glace du Massachussets ne se borne pas à alimenter les cités répandues sur le littoral des États-Unis, qui en consomment beaucoup, et où la glace est entrée comme chose vulgaire dans la consommation quotidienne. Traversant toute la largeur de la zone torride, elle se débite dans les ports de l’Amérique méridionale, que baigne l’Atlantique, jusqu'au Brésil, jusqu’au delà de la Plata. Elle double le cap Horn pour aller rafraîchir les habitants des ports de l’autre versant du nouveau
1 Nous avons décrit dans Les Glaciers les curieux détails de cette exploitation, — Z. M.
Monde, et arrive enfin à Canton, à Calcutta, à Madras, à Bombay, après avoir franchi de nouveau la majeure partie de la zone torride.
« Les habitants du Massachussets se sont dit aussi que si le sol qui les entoure ne rendait pas à l'homme une rémunération suffisante, ils avaient la mer devant eux. Ils sont devenus les premiers pêcheurs du monde, et ce n’est pas seulement le menu fretin de l'Océan qu'ils poursuivent : la pêche de la baleine est devenue l’objet favori de leurs armements. Façonnés par la rude mer qui baigne leurs rivages, et toujours au courant des découvertes de la science, 1ls pratiquent admirablement cette pénible industrie, dans les parages les plus redoutés, jusque dans les régions polaires. Une des causes de la supériorité des Américains dans la grande pêche consiste dans une heureuse application du principe d'association, en vertu de laquelle, dans la répartition des bénéfices, tous les hommes attachés à l’entreprise, jusqu’au dernier des matelots, sont rendus solidaires.
« Encore un trait de mœurs qui montre sous un nouveau jour le génie industrieux de cette population : il y a un certain nombre d'années, quelques parties de leurs côtes furent infestées de requins. D’autres, regardant ce vorace animal purement et simplement comme un fléau, se seraient proposé de l’exterminer, et n'auraient pensé à rien de plus. Pour les gens du Massachussets, dont l'esprit ingénieux est imperturbablement tourné vers lexploi-
tation de la nature, la destruction des requins aventurés dans leurs parages ne pouvait être que la moitié de l’œuvre. [ls virent dans ces monstres marins, que le hasard plaçait à leur portée, un but pour leur activité productive : au lieu de se borner à tuer le requin, ils le pêchèrent; de la partie charnue ils tirèrent de l'huile, et la partie osseuse fut vendue à des cultivateurs qui la broyèrent pour la répandre dans leurs champs". »
Ajoutons que c’est dans le Massachussets, à Concord, qu'est né le philosophe spiritualiste Emerson, dont l'influence n’a cessé de grandir, et dont l’œuvre entière peut se résumer dans ces nobles paroles : € Il appartient à l’homme de dompter le chaos, de semer pendant qu’il vit les semences de la science et de la poésie, afin que les climats, la moisson, les animaux, les hommes puissent être plus doux, et que les germes de l’amour et du bienfait puissent se multiplier ?. »
4 Exposition universelle de 1867. — Rapports du jury international. — Introduction par Michel Chevalier.
? Essais de philosophie américaine, par Ralph Emerson; traduits par Emile Montégut.
L'homme qui se met sérieusement à l’œuvre trouve des moyens, ou, s'il n'en trouve pas, il en crée. Une volonté énergique fait beaucoup de peu, donne de la puissance à des instruments faibles, détruit la difficulté et souvent même en fait un secours. Une grande idée comme celle de l'éducation personnelle, si on la saisit clairement et fortement, brûle dans l'ümne comme un charbon ardent. Celui qui se propose résolument une grande fin, y est par cet acte à moitié parvenu, et il a franchi la principale barrière qui le sépare du succès.