‹ L'énergie morale. Beaux exemples ... Ouvrage illustré, etcChapitre 4 sur 15 · P LE "ET 4 CET EL F1 A · texte numérisé non relu

P LE "ET 4 CET EL F1 A

MOYEN AGE Vic monastique dans l'Occident. — Saint Martin. — Saint Benoi L. — Moines et barbares. — Boëce. — Gerbert. — Ecole arabe. — Albert le Grand. — Roger Bacon, — Marco Polo.

On pourrait dire que l’histoire universelle n’est autre chose que l’histoire de l’énergie morale, se raidissant contre les fatalités de la nature, contre le joug des tyrannies, et luttant sans relâche pour affranchir la hiberté humaine, dont le triomphe est, au fond, le but suprême de nos communs efforts depuis l’origine des sociétés. Dans les héroïques réets, dans les grands exemples de la Grèce et de Rome, nous avons vu la volonté préparer, par ses actes, le triple progrès naturel, intellectuel et moral, source à son tour d’un nouvel élan de l'esprit vers l'idéal, c'est-à-dire d’un nouvel effort de la volonté, qui toujours grandit en nous à mesure que grandit la notion de notre destinée.

Au moyen âge, dans la première aube des temps modernes, nous assistons au réveil des races industrielles, longtemps asservies par les races guerrières,

et qui, délivrées par la science, ennoblies par l’art, éclairées par l'Évangile, doivent un jour contribuer puissamment aux progrès du monde pacifié.

Nous pourrions citer de mémorables exemples d'héroïque volonté, pris aux époques où la chevalerie naissante développait chez différents peuples les sentiments et les mœurs qui devaient, en Europe, aider à l'avènement d’une civilisation nouvelle. Mais nous ne nous arrêterons pas ici sur les récits romanesques qui nous montrent dans cette grande institution le triomphe de la justice par la force, considérée comme don divin.

Le moyen âge, dont le génie et la fécondité ont été quelquefois exagérés, mais souvent aussi méconnus, à droit à notre reconnaissance pour avoir lentement élaboré les éléments des sciences qui éclairent aujourd’hui d’une vive lumière notre marche vers l’avenir. La volonté humaine, sans cesser de lutter, combattait ainsi pour le triomphe du vrai, et les forces morales qu’elle suscitait pour cette œuvre nouvelle préparaient un changement social plus durable que celui dont la chevalerie avait développé les germes.

Nous avons déjà dit comment la vie monastique était née de l’énergique sentiment qui portait les premiers chrétiens à fuir les oppressions et les vices du monde païen, et à chercher dans les déserts, dans les solitudes, un lieu de paix et de recueillement où pussent grandir, à l'abri des tourmentes politiques et des persécutions, les germes d’une

nouvelle vie morale et religieuse. Après les ascètes, qui, réfugiés sur les rochers et dans les cavernes de la Thébaïde et d’abord séparés les uns des autres, se consacralent sans relâche au jeûne, au silence, à la prière, à la contemplation; les cénobites, qui vivaient en communauté, adoptèrent une existence moins austère, moins en dehors du monde, et joignirent le travail manuel et l’étude aux pratiques de la pénitence.

Ces communautés se répandirent rapidement dans tout l'Orient, et vers le milieu du quatrième siècle, à la suite du grand mouvement religieux provoqué par saint Athanase, qui avait publié en Italie une Vie de saint Antoine, des monastères furent fondés en Occident par saint Martin et saint Honorat, dans les Gaules, et, au commencement du sixième siècle, par sant Benoît, qui imposa une règle nouvelle aux religieux qu'il avait rassemblés dans les monastères de Subiaco et du Mont-Cassin, en Italie. L’h1stoire nous apprend ce qu'il fallut de persévérance et de volonté à ces pieux fondateurs pour maintenir et développer leur œuvre naissante, pour donner l'exemple d’une vie entièrement opposée à celle du monde qu'ils voulaient conquérir à la foi nouvelle, pour changer en même temps le cours des idées et celui des mœurs créées par le paganisme.

Saint Martin. — Däns sa légende de saint Martin, Sulpice Sévère dit : « Jamais le langage ne peindra celte persévérance et cette rigueur dans le jeûne et dans l’abstinence, cette puissance de veille et de

prière, ces nuits passées comme les Jours, cette constance à ne rien accorder au repos ni aux affaires, à ne laisser dans sa vie aucun instant qui ne fût à l’œuvre de Dieu ; à peine même consacrait-il aux repas et au sommeil le temps que la nature exigeait. O homme vraiment bienheureux, si simple de cœur, ne jugeant personne, ne condamnant personne, ne rendant à personne le mal pour le mal! il n'avait à la bouche que le nom du Christ, 1l n'avait dans le cœur que la piété, la paix, la miséricorde’. »

« Soldat, moine et évêque, arrivé à la fin de sa carrière, déjà octogénaire et avide de recueillir sa récompense céleste, 1l cède aux pleurs de ses disciples, et consent à demander à Dieu la prolongation de ses jours. « Seigneur, dit-il, si je suis encore nécessaire à ton peuple, je ne veux pas reculer devant la peine : Non recuso laborem!? »

Saint Benoît. —La légende de saint Benoît raconte qu'à peine âgé de quatorze ans il sortit de Rome, où 1l avait été envoyé pour faire ses études, etse retira au fond d’une caverne, à Subiaco, où bientôt sa Jeunesse, ses austérités et la puissance de sa parole attwèrent un nombreux concours de prêtres, de laïques de toute condition et de moines errants, qui se rassemblèrent pour vivre près de lui et voulurent l'avoir pour chef. Il n’accepta qu'à la condition de

1 Vie de saint Martin par Sulpice Sévère.

2 Les Moines d'Occident, par le comte de Montalembert,.

les soumettre à une règle sévère, dont il ne cessa de poursuivre l'application avec une invincible énergie. L'extension continuelle de la vie monastique, au milieu des calamités publiques et de la perversité toujours croissante, aurait donné lieu à de grands désordres, si la Règle de saint Benoît n’était bientôt devenue la loi générale des moines d'Occident, qui, instruits par les écarts de l’exaltationascétique en Orient, se réunirent surtout pour échapper par une vie commune, édifiante, aux misères de la corruption et de l’oisiveté.

« L’oisiveté, dit saint Benoit, est l'ennemie de l’âme, et par conséquent les frères doivent, à certains moments, s'occuper au travail des mains; dans d’autres, à de saintes lectures. »

Quelques-uns des moines d'Orient avaient bien essayé d'introduire le travail dans leur vie; mais la tentative n'avait jamais été générale ni suivie. Ce fut la grande révolution que fit saint Benoît dans l’institut monastique ; 1l y introduisit surtout le travail manuel, l'agriculture. Les moines bénédictins ont été Les défricheurs de l'Europe; ils l’ont défrichée en grand, associant l’agriculture à la prédication. Une colonie, un essaim de moines, peu rombreux d'abord, se transportaient dans des lieux incultes ou à peu près, souvent au milieu d’une population encore paienne, en Germanie, par exemple, en Bretagne; et là, missionnaires et laboureurs à la fois, ils accomplissaient leur double tâche, souvent avec autant de péril que de fatigue. La vie monastique

n'eut ainsi, en naissant, ni le caractère contemplatif, ni le caractère solitaire; elle fut au contraire très sociable, très active; elle alluma un foyer de développement intellectuel; elle servit d’instrument à la fermentation et à la propagation des idées en Occident.

Pendant que les barbares saccageaient l'empire romain, les moines jetaient ainsi les fondements d’une civilisation nouvelle, opposant la force d’une volonté soutenue par les hautes croyances du christianisme, aux violences des hordes sauvages qui entassaient sur leur passage les brillants débris de la civilisation antique. Il fallut l’héroïque énergie, l'inébranlable persévérance des âmes qui avaient embrassé la foi chrétienne, pour maintenir au milieu des terribles irruptions dont l’Europe entière était le théâtre, l'asile hospitalier où s’abritaient à la fois les germes d’une société meilleure, et les belles découvertes, les chefs-d’œuvre, les nobles conquêtes de l’esprit humain aux glorieuses époques de la Grèce et de Rome.

Les descendants des anciennes races latines et l'élite des barbares convertis venaient dans les monastères étudier les enseignements de la nouvelle doctrine, pour les répandre ensuite, avec un zèle ardent, dans tout l'Occident, et jusqu’au fond des sauvages régions d’où les innombrables hordes de barbares étaient sorties et que les récits du temps

1 Guizot, Hisloire de la civilisalion en France.

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décrivaient comme une sorte de laboratoire du genre humain, une fabrique de nations”.

Ces missionnaires avaient la force invincible de la foi, le courage, l’abnégation du saint et du héros. Régénérées par les leçons de l'Évangile et par la majesté des hauts lieux, des profondes forêts où s’élevaient les monastères, leurs âmes sereines imprimaient à la volonté une puissance devant laquelle devaient s’incliner les redoutables conquérants de l'empire. Les vastes concessions de terrain qu’ils accordèrent aux monastères furent bientôt défrichées et couvertes de cultures productives, par un travail non moins dévoué et non moins utile que celui qui avait pour but la culture des esprits.

Mais nous ne pouvons insister sur ces considérations générales, les limites qui nous sont tracées permettant à peine de présenter un rapide résumé des principaux travaux dus aux hommes d’élite qui, du cinquième au quinzième siècle, ont illustré la longue période du moyen âge, en consacrant leur vie, malgré tous les obstacles qui entravaient leur œuvre, au progrès des sciences et de la philosophie.

Boëce. — Nous citerons d’abord ce ministre de Théodoric, Boëce, né à Rome vers 470, qui fut le trait d’union entre l'antiquité, dont il avait étudié

1 Jornandès, De rebus gothicis.

toutes les sciences à Athènes, et le moyen âge, encore barbare malgré le christianisme naissant. Dans une des lettres qu'il lui adressait, Théodorié le louait d’avoir fait connaître, par des traductions fidèles, les livres de Pythagore, de Ptolémée, d’Euclide, de Platon, d’Aristote et d’Archimède. Non moins attaché à la pratique du bien qu’à la recherche de la . vérité, Boëce employait toute son influence à diriger son souverain dans la voie des réformes les plus utiles aux nations qui lui étaient soumises. Pendant longtemps ses conseils furent suivis avec confiance, et les encouragements éclairés donnés aux lettres, aux sciences et aux arts furent la source de grands progrès, qui consolaient les peuples vaincus des malheurs de la conquête. Mais Théodoric, devenu vieux, et s’abandonnant aux inquiétudes d’un caractère sombre et soupçonneux, prêta l’oreille aux suggestions des Goths, ses anciens compagnons de conquête, qui l’engagèrent à de rigoureuses mesures, voulant établir à leur profit la plus inique oppression.

Boëce, après avoir vainement épuisé son crédit, pour mettre un terme à des spoliations dont il était indigné, eut le courage d'exposer, en plein Sénat, l’émouvant tableau des misères publiques : « Nous respectons l'autorité royale, disait-:1l dans son discours, lui laissant le droit de distribuer ses faveurs où elle veut, comme le soleil ses rayons; mais nous demandons la liberté, le plus précieux privilège de cet empire... Nul aujourd’hui ne peut être riche

MOYEN AGE 45 impunément, les pierres même répètent les gémissements du peuple... » Théodoric, irrité du hardi langage de son ancien ministre, que ses ennemis avaient réussi à lui rendre suspect, le fit arrêter et enfermer à Pavie, où l’on montre encore la tour qui lui servit de prison. Après une captivité de six mois, durant laquelle 1l écrivit son beau Traité de la Consolation, 1l fut condamné et mis à mort au milieu de cruelles tortures, par ordre du prince qu’il avait si fidèlement servi. Cet homme de bien, qui périt victime de sa grandeur d’âme et de sa probité, était le savant le plus remarquable et l’un des écrivains les plus distingués de la Rome chrétienne. Il a laissé de nombreux ouvrages de science et de philosophie, et dans ses moments de loisir 1l s’occupait de la construction d'instruments de mathématique ou de mécanique. Après sa mort, les chrétiens enlevèrent son corps et l’enterrèrent religieusement à Pavie Plusieurs ecclésiastiques lui ont donné le nom de saint, et il est encore honoré comme tel dans quelques églises d'Italie.

Gerbert. — Parmi les hommes illustres qui contribuèrent le plus au progrès des études scientifiques dans la première période du moyen âge, Gerbert mérite d’être placé au premier rang. Né en Auvergne, d’une famille obscure, vers le milieu du dixième siècle, 1l fut dans son enfance gardien de troupeaux. Mais déjà, pendant une partie des nuits, il observait la marche des constellations, et cette étude le conduisit à quelques connaissances astronomiques qui

le firent remarquer par les moines du couvent de Saint-Gérald, à Aurillac. Accueil par eux, 1l travailla avec ardeur et devint bientôt leur plus savant élève. Nous reproduirons 1c1 une juste appréciation de son génie et de ses services : « Ses travaux, dit M. Barginett, marquaient le point de départ du mouvement intellectuel qui s’opéra dans l’Europe occidentale, au sein de l’organisation féodale, et qui dissipa lentement les ténèbres et la barbarie où les migrations des hommes du Nord et les luttes sanglantes de plusieurs siècles avaient plongé cette partie du monde. Élevé à l’abbaye d’Aurillac, qui appartenait à cet ordre illustre de Saint-Benoît, à qui les sciences et les arts doivent leur régénération, Gerbert y reçut probablement les sons de quelque maître inconnu qui cultiva les dispositions dont il était doué. C'était dans ces pieux asiles que le savoir humain s'était retiré et qu'il fut conservé comme un dépôt sacré, à l’abri des misères et des agitations qui désolaient alors le monde. Gerbert prit l’habit de l’ordre au sein duquel son enfance avait trouvé une si généreuse protection. Il était né avec le génie des mathématiques, et, tourmenté du désir de connaître, 1l obtint de ses supérieurs la permission de voyager. La renommée des Arabes le conduisit ea Espagne. Il en rapporta le système de numération dont cette nation dispute l’invention aux

1 Dictionnaire des Sciences mathématiques, publié sous la direction de M, de Montferrier,

MOYEN AGE 47 Indiens, et qui est celui dont nous nous servons aujourd’hui. Peut-être est-ce à Gerbert que sont dues les premières notions de l’algèbre, qu’une similitude de nom a pu faire attribuer à un autre. Quoi qu'il en soit, le jeune moine acquit bientôt une grande renommée, et ses connaissances en mathématiques, prodigieuses pour son temps, le firent accuser de magie. Mais, plus heureux que Roger Bacon, qui, religieux comme lui, eut encore, plusieurs siècles après, à se défendre contre cette absurde accusation, Gerbert parvint rapidement aux plus hautes dignités de l'Église, qui admirait son savoir et sa piété. Successivement abbé de Bobbio, en Lombardie; supérieur de l'église de Reims, où 1l eut pour disciple le roi de France, Robert; évêque de ce diocèse et ensuite de Ravenne, où l’appela la faveur de l’empereur Othon Ill, Gerbert fut enfin élevé à la papauté et gouverna l’Église catholique, sous le nom de Sylvestre II.

«IL y a quelque chose de merveilleux et qui mérite l'attention de l’histoire, dans la vie de ce religieux qui, né dans la classe malheureuse et opprimée des serfs, obtient la liberté, sous l’habit révéré de l’ordre de Saint-Benoît; sort du monastère, pèlerin de la science, et foulant aux pieds les préjugés de son temps, va demander la lumière aux ennemis de sa religion, puis revient l’apporter en son pays barbare, où lon attribue sa supériorité au démon. La Providence ne l’abandonne pas; il lutte avec énergie contre cette fatale erreur, enseigne à ses contemporains les

principes de la science, construit la première horloge à balancier dont on se soit servi en Europe, où lon ne savait encore mesurer la marche du temps qu’à l’aide d’un instrument insuffisant, et enfin, dans ces tristes jours d’ignorance, fait monter le savoir sur la chaire de saint Pierre. »

Le prestige qui environnait ce grand homme se traduisit dans les chroniques du temps, en mystérieux récits. On disait qu'il avait découvert dans les ruines de Rome une statue d’airain, d’un travail précieux, tournée vers l'Orient, et qu'en la touchant elle lui avait donné passage dans une avenue souterraine, éblouissante de lumière, remplie de statues d’or et de marbre. Cette légende, qui rappelait le séjour de Gerbert à Cordoue et ses études sous les docteurs arabes, devait se réaliser quelques siècles plus tard par les découvertes des grands voyageurs qui firent connaître à l’Europe les merveilleuses traditions de l’Orient.

On n'évalue pas à moins de cinq cents volumes les écrits de Gerbert sur l’alchimie et la philosophie. Il est probable que plusieurs auteurs du même nom ont été confondus avec lui, et que les œuvres qui résumaient les principales connaissances de son époque, forment une collection moins nombreuse. Mais un tel travail, attestant la ferme volonté d'acquérir, pour la répandre, l’érudition d’où devaient découler nos sciences actuelles, mérite toute notre reconnaissance, si nous nous rappelons les bienfaits d’un enseignement qui, malgré ses imper-

MOYEN AGE 49 fections, était alors l’aube de la civilisation renaissante.

Quoique nous n’ayons pas à suivre, dans ce court résumé, la marche des idées scientifiques pendant le moyen àge, mais simplement à appeler les éneroiques efforts des hommes éminents qui consacrèrent alors leur vie au progrès de ces idées, nous ne pouvons passer sous silence les immenses travaux de l’école arabe et les noms illustres d’Avicenne, Averrhoës, Kazwyny, Geber, Aboul-Feda, qui s’'appliquèrent à recueillir toutes les connaissances de l'antiquité et cultivèrent les sciences avec tant de persévérance et d’ardeur. L'histoire naturelle, la médecine, l'astronomie, la chimie, la géographie durent à leurs recherches d'importantes découvertes, glorieuses conquêtes dans un temps où les violences du despotisme et l'oppression de la pensée rendaient trop souvent périlleuse la carrière du savant.

Albert le Grand. — Cet homme illustre, aussi remarquable par la piété que par l'intelligence et le savoir, naquit en 1195 à Lawingen, en Souabe. Il descendait de la puissante famille des comtes de Bollstædt et fit ses premières études à Pavic. Les légendes du temps racontent que dans son enfance il ne pouvait réussir à apprendre, malgré l’opiniàtreté de son travail, et que, désespérant de pouvoir s'inilier aux plus simples connaissances, il allait quitter le cloître et ses condisciples, lorsque la Vierge lui apparut et lui annonça qu'il serait une des lunuières du siècle, À partir de ce jour, le jeune étu-

diant fit de si rapides progrès qu'il fut bientôt destiné à l’enseignement par ses supérieurs, qui voulurent assurer l’appui de sa haute intelligence à l’ordre des Frères Prêcheurs.

Après avoir professé des cours sur les sciences naturelles et les sciences sacrées à Cologne, Fribourg, Ratisbonne, Strasbourg et Hildesheim, Albert vint ouvrir des conférences à Paris, où l’affluence de ses auditeurs fut bientôt telle qu’il fut obligé de faire ses leçons en plein air, sur une place voisine du couvent qu'il habitait, et qui reçut le nom de Maître Albert, par contraction place Maubert, nom qu’elle porte encore aujourd’hui. C'est pendant ces cours que se resserra l'affection qui unissait déjà saint Thomas d'Aquin au maître illustre dont 1l devait bientôt devenir l’émule. La vie errante qui était une des nécessités de cette époque pour les professeurs et les écoliers, conduisit alors auprès d’Albert quelques-uns des hommes les plus remarquables de son époque, parmi lesquels nous citerons encore le moine Roger Bacon, dont nous aurons aussi bientôt à rappeler la vie laborieuse et les glorieux travaux.

Élevé tour à tour aux dignités de provincial d’Allemagne, de nonce, de maître du sacré palais et d’évôêque de Ratisbonne, Albert, tout en remplissant avec éclat les importantes missions qui lui avaient été confiées, ne cessa pas de poursuivre ses savantes études, et c’est avec joie qu'il y revint entièrement dès qu'il put échanger ses titres contre la vie indé-

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