‹ L'Energie spirituelleChapitre 20 sur 61 · PRÉVENTIONS CONTRE LA (( RECHERCHE PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

PRÉVENTIONS CONTRE LA (( RECHERCHE PSYCHIQUE

tient-il ? Loin de moi la pensée de critiquer leur critique pour le plaisir de faire de la critique à mon tour. J'estime que le temps consacré à la réfutation, en philosophie, est généralement du temps perdu. De tant d'objections élevées par tant de penseurs les uns contre les autres, que reste-t-il ? rien, ou peu de chose. Ce qui compte et ce qui demeure, c'est ce qu'on a apporté de vérité positive : l'affirmation vraie se substitue à l'idée fausse en vertu de sa force intrinsèque et se trouve être, sans qu'on ait pris la peine de réfuter personne, la meilleure des réfutations. Mais il s'agit de bien autre chose ici que de réfuter ou de critiquer. Je voudrais montrer que derrière les objections des uns, les railleries des autres, il y a, invisible et présente, une certaine métaphysique inconsciente d'elle-même, — inconsciente et par conséquent inconsistante, inconsciente et par conséquent incapable de se remodeler sans cesse, comme doit le faire une philosophie digne de ce nom, sur l'observation et l'expérience, — que d'ailleurs cette métaphysique est naturelle, qu'elle tient en tous cas à un pli contracté depuis longtemps par l'esprit humain, qu'ainsi s'expliquent sa persistance et sa popularité. Je voudrais écarter ce qui la masque, aller droit à elle et voir ce qu'elle vaut. Mais avant de le faire, et de venir ainsi à ce qui est votre objet, je dirai un mot de votre méthode, — méthode dont je comprends qu'elle déroute un certain nombre de savants.

Rien n'est plus désagréable au savant de profession que de voir introduire, dans une science de même ordre que la sienne, des procédés de recherche et de vérification dont il s'est toujours soigneusement abstenu. Il craint la contagion. Très légitimement, il tient à sa méthode comme

l'ouvrier à ses outils. Ill' aime pour elle, indépendamment de ce qu'elle donne. C'est même parla, je crois, que William James définissait la différence entre l'amateur de science et le professionnel, le premier s'intéressant surtout au résultat obtenu, le second aux procédés par lesquels on l'obtient. Or, les phénomènes dont vous vous occupez sont incontestablement du même genre que ceux qui font l'objet de la science naturelle, tandis que la méthode que vous suivez, et que vous êtes obligés de suivre, n'a souvent aucun rapport avec celle des sciences de la nature.

Je dis que ce sont des faits da même genre. J'entends par là qu'ils manifestent sûrement des lois, et qu'ils sont 8'jsceptibles, eux aussi, de se répéter indéfiniment dans lo temps et dans l'espace. Ce ne sont pas des faits comme ceux qu'étudie l'historien, par exemple. L'histoire, elle, ne se recommence pas ; la bataille d'Austerlitz s'est livrée une fois, et ne se livrera jamais plus. Les mêmes conditions historiques ne pouvant se reproduire, le même fait historique ne saurait reparaître; et comme une loi exprime nécessairement qu'à certaines causes, toujours les mêmes, correspondra un effet toujours le même aussi, l'histoire proprement dite ne porte pas sur des lois, mais sur des faits particuliers et sur les circonstances, non moins particulières, où ils se sont accomplis. L'unique question, ici, est de savoir si l'événement a bien eu lieu à tel moment déterminé du temps, en tel point déterminé de l'espace, et comment il s'est produit. Au conW'aire, une hallucination véridique par exemple, — l'apparition d'un malade ou d'un mourant à un parent ou à un ami qui demeure très loin, peut-être aux antipodes, — est un fait qui, s'il est réel, manifeste sans doulc une loi analo-

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