‹ L'Energie spirituelleChapitre 37 sur 61 · Arch. f. Psychiatrie, vol. XVIII, 1887, p · texte numérisé non relu

Arch. f. Psychiatrie, vol. XVIII, 1887, p

4. Forel, D<is Gedàchtnis und seine Abnormitàlen, Zurich, i885, p. 44-45^*

qui a été décrit par Coriat sous le nom de « reduplicative paramnesia^ » et que Pick lui-même, dans un travail plus récent, a appelé « une nouvelle forme de paramnésie' ». Dans cette dernière affection, le sujet croit avoir déjà vécu plusieurs fois sa vie actuelle. Le malade d'Arnaud avait précisément cette illusion.

Plus délicate est la question soulevée par les études de M. Pierre Janet sur la psychastliénie. A l'opposé de la plupart des auteurs, M. Janet fait de la fausse reconnaissance un état nettement pathologique, relativement rare, en tout cas vague et indistinct, où l'on se serait trop hâté de voir une illusion spécifique de la mémoire ^ 11 s'agirait en réalité d'un trouble plus général. La « fonction du réel )) se trouvant affaiblie, le sujet n'arriverait pas à appréhender complètement l'actuel ; il ne sait dire au juste si c'est du présent, du passé ou même de l'avenir ; il se décidera pour le passé quand on lui aura suggéré cetlo idée par les questions mêmes qu'on lui pose. — Que la psychasthénie, si profondément étudiée par M. Pierre Janet, soit le terrain sur lequel peuvent pousser une foule d'anomalies, personne ne le contestera : la fausse reconnaissance est du nombre. Et nous ne contesterons pas davantage le caractère psychasthénique de la fausse reconnaissance en général. Mais rien ne prouve que ce phénomène, quand on le trouve précis, complet, nettement analysable en perception et souvenir, quand surtout il se produit chez des gens qui ne présentent aucune autre ano-

1. Journal of nervous and mental diseases, igoA, vol. XXXI, p. 677-587 et 689-659.

2. Jahrh. f. Psychiatrie u. Neurologie, vol. XV, 1901, p. i-35.

3. P. Janet, Les obsessions et la psychasthénie, 1908, vol. I, p. 287 et suiv. Cf. tt A propos du déià vu », Journal de Psychologie, vol. II, iQoS, p. 139-166.

TRAITS CARAGTÉRISTIQUEà 121-

malie, ait la même structure interne que celui qui se dessine sous une forme vague, à l'état de simple tendance ou de virtualité, dans des esprits qui réunissent tout un ensemble de symptômes psychastliéniques. Supposons en. effet que la fausse reconnaissance proprement dite — trouble toujours passager et sans gravité — soit un moyen imaginé par la nature pour localiser en un certain points limiter à quelques instants et réduire ainsi à sa forme la plus bénigne une certaine insuffisance qui, étendue el «^ comme délayée sur l'ensemble de la vie psychologique, K eût été de la psychasthénie : il faudra s'attendre à ce que ■cette concentration sur un point unique donne à l'étal ^Ëd'âme résultant une précision, une complexité et surtout une individualité qu'il n'a pas chez les psychasthéniques en général, capables de convertir en fausse reconnaissance vague, comme en beaucoup d'autres phénomènes anormaux, l'insuffisance radicale dont ils souffrent. L'illusion constituerait donc ici une entité psychologique distincte, alors qu'il n'en est pas de même chez le^ psychasthéniques. Rien de ce qu'on nous dit de cette illusion chez les psychasthéniques ne serait d'ailleurs à rejeter. Mais il n'en resterait pas moins à se demander pourquoi et comment se crée plus spécialement le sentiment du (( déjà vu )) dans les cas — fort nombreux, croyons-nous ■ — où il y a affirmation très nette d'une perception présente et d'une perception passée qui aurait été identique. N'oublions pas que beaucoup de ceux qui ont étudié la fausse reconnaissance, Jensen, Kraepelin, Bonatelli, Sander, Anjel, etc., y étaient eux-mêmes sujets. Ils ne se sont pas bornés à recueilhr de? observations ; ils ont, en psychologues de profession, noté ce qu'ils éprou-

yaient. Or, tous ces auteurs s'accordent à décrire le phénomène comme un recommencement bien net du passé, comme un phénomène double qui serait perception par un côté, souvenir par l'autre, — et non pas comme un phénomène à face unique, comme un état où la réalité apparaîtrait simplement en l'air, détachée du temps, perception ou souvenir, à volonté. Ainsi, sans rien sacrifier de ce que M. Janet nous a appris au sujet des psychasthéniques, nous n'en aurons pas moins à chercher une explication 'spéciale du phénomène proprement dit de la fausse reconnaissance ^

Oii trouver cette explication ?

On pourrait d'abord soutenir que la fausse reconnaissance naît de l'identification de la perception actuelle avec une perception antérieure qui lui ressemblait réellement par son contenu, ou tout au moins par sa nuance aflective. Cette perception antérieure appartenait à la veille, selon certains auteurs (Sander\ HôlTding^ Le Lorrain*, Bourdon \ Bélugou^), au rêve, selon d'autres (James Sully \

1. Il faut remarquer que la plupart des auteurs considèrent la fausse reconnaissance comme une illusion très répandue. "Wigan pensait que tout le monde y est sujet. Kraepelin dit que c'est un phénomène normal. Jensen prétend qu'il n'est presque aucune personne, faisant attention à elle-même, qui ne connaisse l'illusion.

2. Arch. f. Psychiatrie, vol. IV, 1874, p- 2^4-253. 8. Hôffding, Psychologie, p, 166-167.

4. Le Lorrain, A propos de la paramnésie, Rev. philosophique, vol. XXXVII, 1894, p. 208-210.

5. Bourdon, Sur la reconnaissance des phénomènes nouveaux, Rev. philos., vol. XXXVI, i8g3, p. 629-681. Ce n'est là d'ailleurs qu'une partie de la ihèsc de M. Bourdon.

6. Bélugou, Sur un cas de paramnésie, Rev. philos., vol. LXIV, 1907, 4) '»82-28-4- M. Bélugou distingue d'ailleurs deux espèces de paramnésie.

-. J. Sully, Les illusions des sens et de l'esprit, p. 198.

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