‹ L'Energie spirituelleChapitre 38 sur 61 · THÉORIES EXPLICATIVES · texte numérisé non relu

THÉORIES EXPLICATIVES

Lapie\ etc,), à la veille ou au rêve mais toujours à Vinconscient, d'après Grasset ^ Dans tous les cas, qu'il «'agisse du souvenir d'une chose vue ou du souvenir d'une chose imaginée, il y aurait évocation confuse ou incomplète d'un souvenir réeP.

Cette explication peut être acceptée dans les limites oii l'enferment plusieurs des auteurs qui la proposent*. Elle «'applique en effet à un phénomène qui ressemble par certains côtés à la fausse reconnaissance. Il nous est arrivé à tous de nous demander, en présence d'un spectacle nouveau, si nous n'y avions pas assisté déjà. A la réflexion, nous trouvions que nous avions eu autrefois une perception analogue, qui présentait quelques traits communs avec l'expérience actuelle. Mais le phénomène dont il s'agit ici est très différent. Ici les deux expériences apparaissent comme rigoureusement identiques, et nous sentons bien qu'aucune reflexion ne ramènerait cette identité à une vague ressemblance, parce que nous ne sommes pas simplement devant du ce déjà vu » : c'est bien plus que cela, c'est du « déjà vécu » que nous traversons. Nous croyons avoir affaire au recommencement intégral d'une ou de plusieurs minutes de notre passé, avec la totalité de leur contenu représentatif, affectif, actif. Kraepelin, qui a insisté sur cette première différence, en signale encore

I. Lapie, Note sur la paramnésie, Rev. philos., vol. XXXVII, 1894» 35i-352.

3. Grasset, La sensation du « déjà vu », Journal de Psychologie, jsmyieT 190/i, p. 17-27.

3. L'idée d'une ressemblance décoloration affective appartient plus pariiculièrement à M. Boirac, Rev. philos., 1876, vol. I, p. 43 1.

4. Ribot et William James, qui ont pensé à une explication de ce genre, ont eu soin d'ajouter qu'ils ne la proposaient que pour un certain nombre de «as (Ribot, Les maladies de la mémoire, 1881, p. i5o; William James, Principles 0/ psychology, 1890, vol. I, p. 675, note).

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une autre*. L'illusion de fausse reconnaissance fond sur le sujet instantanément, et instantanément aussi le quitte, laissant derrière elle une impression de rêve. Rien de semblable dans la confusion plus ou moins lente à s'établir, plus ou moins facile à dissiper, d'une expérience actuelle avec une expérience antérieure qui lui ressemble. Ajoutons (et c'est là peut-être l'essentiel) que cette confusion est une erreur comme les autres erreurs, un phénomène localisé dans le domaine de l'intelligence pure. Au contraire, la fausse reconnaissance peut ébranler la personnalité entière. Elle intéresse la sensibilité et la volonté autant que l'intelligence. Celui qui l'éprouve est souvent en proie à une émotion caractéristique; il devient plus ou moins étranger à lui-même et comme « automatisé )). Nous nous trouvons ici devant une illusion qui comprend des éléments divers et qui les organise en un seul eflet simple, véritable individualité psychologique'^.

Où faut-il en chercher le centre.^ Sera-ce dans une représentation, dans une émotion, ou dans un état de la volonté?

La première tendance est celle des théories qui expliquent la fausse reconnaissance par une image, née au cours de la perception ou un peu avant, et rejetée aussitôt dans le passé. Pour rendre compte de cette image, on a supposé d'abord que le cerveau était double, qu'il produisait deux perceptions simultanées, dont l'une pouvait tlans certains cas être en retard sur l'autre et, en raison de

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