‹ L'Energie spirituelleChapitre 41 sur 61 · THEORIES EXPLICATIVES I · texte numérisé non relu

THEORIES EXPLICATIVES I

images est rej^tée dans le passé et pourquoi l'illusion est continue. Si Ton nous donne l'image rejetée dans le passé pour antérieure à l'image localisée dans le présent, si l'on y voit une première perception moins intense, ou^ moins attentive, ou moins consciente, on essaie tout au moins de nous faire comprendre pourquoi elle prend la forme d'un souvenir ; mais il ne s'agira alors que du souvenir d'un certain moment de la perception ; l'illusion ne se prolongera pas, ne se renouvellera pas, à travers la perception entière. Que si, au contraire, les deux images se forment ensemble, la continuité de l'illusion se comprend mieux, mais le rejet de l'une d'elles dans le passé appelle plus impérieusement encore une explication. On pourrait d'ailleurs se demander si aucune des hypothèses, même du premier genre, rend réellement compte du rejet, et si la faiblesse ou la subconscience d'une perception suffit à lui donner l'aspect d'un souvenir. Quoi qu'il en soit, une théorie de la fausse reconnaissance doit répondre en même temps aux deux exigences que nous venons de formuler, et ces deux exigences apparaîtront comme inconciliables, croyons-nous, tant qu'on n'aura pas approfondi, du point de vue purement psychologique, la nature du souvenir normal.

Echappera-t-on à la difficulté en niant la dualité des images, en invoquant un (( sentiment intellectuel » du (( déjà vu )) qui viendrait parfois se surajouter à notre perception du présent et nous faire croire à un recommencement du passé ? Telle est l'idée émise par M. E. Bernard-Lerov dans un livre bien connu ^ Nous sommes

IP I. E. Bernard-Leroy, L'illusion de fausse reconnaissance, Paris, 1898. Lalecture de ce livre, qui contient un grand nombre d'observations inédites, esU

I20 LA FAUSSE RECO>'>'AISSA>'CE

tout prêt à lui accorder que la reconnaissance du présent se fait le plus souvent sans aucune évocation du passé. Nous avions d'ailleurs montré nous-même que la (( familiarité )) des objets de l'expérience journalière tient à l'automatisme des réactions qu'ils provoquent, et non pas à la présence d'un souvenir-image qui viendrait doubler limage-perception \ Mais ce sentiment de «familiarité » n'est sûrement pas celui qui intervient dans la fausse reconnaissance, et M. Bernard-Leroy a d'ailleurs pris soin, luimême, de les distinguer l'un de l'autre''*. Reste alors que le sentiment dont parle M. Bernard-Leroy soit celui qu'on éprouve quand on se dit, en croisant une personne dans la rue, qu'on a déjà dû la rencontrer. Mais, d'abord, ce dernier sentiment est sans doute inséparablement lié à un souvenir réel, celui de la personne ou d'une autre qui lui ressemblait : peut-être n'est-il que la conscience vague et presque éteinte de ce souvenir, avec, en plus, un effort naissant et d'ailleurs impuissant pour le raviver. Ensuite il faut remarquer qu'on se dit en pareil cas : « J'ai vu cette personne quelque part » ; on ne se dit pas : « J'ai vu cette personne ici, dans les mêmes circonstances, en un moment 4e ma vie qui était indiscernable du moment actuel. » A supposer donc que la fausse reconnaissance ait sa racin dans un sentiment, ce sentiment est unique en son genre 3t ne peut pas être celui de la reconnaissance norm?Jc. errant à travers la conscience et se trompant de destina

indispensable à quiconque veut se faire une idée précise de la fausse reconnaissance. — Dans son Elude sur les illusions du temps des rêves, thèse de •médecine, Paris, 1900, Mlle J. Tobolowska adopte les conclusions de M. Bernard-Leroy.

I, Matière et mémoire, Paris, 1896, p. 98 et suiv.

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