I. W, James, Principles of Psyeholoqy.yol. I, p. 667 Cnote
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sentation simple, développable en images multiples, un nom qui la fasse reconnaître : nous dirons, en faisant appel au grec, que c'est un schéma dynamique. Nous entendons par là que cette représentation contient moins les images elles-mêmes que l'indication de ce qu'il faut faire pour les reconstituer. Ce n'est pas un extrait des images, obtenu en appauvrissant chacune d'elles : on ne comprendrait pas alors que le schéma nous permît, dans bien des cas, de retrouver les images intégralement. Ce n'est pas non plus, ou du moins ce n'est pas seulement, la représentation abstraite de ce que signifie l'ensemble des images. Sans doute l'idée delà signification y tient une large place ; mais, outre qu'il est difficile de dire ce que devient cette idée delà signification des images quand on la détache complètement des images ellesmêmes, il est clair que la même signification logique peut appartenir à des séries d'images toutes différentes et qu'elle ne suffirait pas, par conséquent, à nous faire retenir et reconstituer telle série d'images déterminée à l'exclusion des autres. Le schéma est quelque chose de malaisé à définir, mais dont chacun de nous a le sentiment, et dont on comprendra la nature si l'on compare entre elles les diverses espèces de mémoires, surtout les mémoires techniques ou professionnelles. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail. Nous dirons cependant quelques mots d'une mémoire qui a été, dans ces dernières années, l'obj^^t d'une étude particulièrement attentive et pénétrante, la mémoire des joueurs d'échecs*.
On sait que certains joueurs d'échecs sont capables de
I. Blnet, Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs, Paris, 1894*
INTERVENTION D UN SCHEMA 1^0
conduire de front plusieurs parties sans regarderies échiquiers. A chaque coup de l'un de leurs adversaires, onleur indique la nouvelle position de la pièce déplacée. Ils font mouvoir alors une pièce de leur propre jeu, et ainsi, jouant (( à l'aveugle », se représentant mentalement à tou{ moment les positions respectives de toutes les pièces sur tous les échiquiers, ils arrivent à gagner, souvent contre d'habiles joueurs, les parties simultanées. Dans une page bien connue de son livre sur l'Intelligence, Taine a analysé celte aptitude, d'après les indications fournies par un de ses amis ^ Il y aurait là, selon lui, une mémoire purement visuelle. Le joueur apercevrait sans cesse, comme dans un miroir intérieur, l'image de chacun des échiquiers avec ses pièces, telle qu'elle se présente au dernier coup joué.
Or, de l'enquête faite par M. Binet auprès d'un certain nombre de (( joueurs sans voir » une conclusion bieri nette paraît se dégager : c'est que l'image de l'échiquier avec ses pièces ne s'offre pas à la mémoire telle quelle, (( comme dans un miroir », mais qu'elle exige à tout instant, de la part du joueur, un effort de reconstitution. Quel est cet effort .^^ Quels sont les éléments effectivement présents à la mémoire.^ C'est ici que l'enquête a donné des résultats inattendus. Les joueurs consultés s'accordent d'abord à déclarer que la vision mentale des pièces ellesmêmes leur serait plus nuisible qu'utile : ce qu'ils retiennent et se représentent de chaque pièce, ce n'est pas son aspect extérieur, mais sa puissance, sa portée el sa valeur, enfin sa fonction. Un fou n'est pas un mor-.
•' «. Taine. De l'Intelliaence, Paris, 1870, t. I, p. 81 et suiv.
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ceau de bois de forme plus ou moins bizarre : c'est une % force oblique ». La tour est une certaine puissance de (( marcber en ligne droite », le cavalier « une pièce qui équivaut à peu près à trois pions et qui se meut selon une loi toute particulière », etc. Voilà pour les pièces. Voici maintenant pour la partie. Ce qui est présent à l'esprit du joueur, c'est une composition de forces, ou mieux une relation entre puissances alliées ou hostiles. Le joueur refait mentalement l'histoire de la partie depuis le début. Il reconstitue les événements successifs qui ont amené la situation actuelle. Il obtient ainsi une représentation du tout qui lui permet, à un moment quelconque, de visualiser les éléments. Cette représentation abstraite est d'ailleurs une. Elle impUque une pénétration réciproque de tous les éléments les uns dans les autres. Ce qui le prouve, c'est que chaque partie apparaît au joueur avec une physionomie qui lui est propre. Elle lui donne une impression sui generis. a Je la saisis comme le musicien saisit dans son ensemble un accord, » dit un des personnages consultés. Et c'est justement cette différence de physionomie qui permet de retenir plusieurs parties sans les confondre entre elles. Donc, ici encore, il y a un schéma représentatif du tout, et ce schéma n'est ni un extrait ni un résumé. Il est aussi complet que le sera l'image une fois ressuscitée, mais il contient à l'état d'implication réciproque ce que l'image développera en parties extérieures les unes aux autres.
Analysez votre effort quand vous évoquez avec peine un souvenir simple. Vous partez d'une représentation où vous sentez que sont donnés l'un dans l'autre des éléments dynamiques très différents. Cette implication
INTERVENTION d'uN SCHEMA I^b
réciproque, et par conséquent celte complication intérieure, est chose si nécessaire, elle est si bien l'essentiel de la représentation schématique, que le schème pourra, si l'image à évoquer est simple, être beaucoup moins simple qu'elle. Je n'irai pas bien loin pour en trouver un exemple. Il y a quelque temps, jetant sur le papier le plan du présent article et arrêtant la liste des travaux à consulter, je voulus inscrire le nom de Prendergast, l'auteur dont je citais tout à l'heure la méthode intuitive et dont j'avais lu autrefois les publications parmi beaucoup d'autres sur la mémoire. Mais je ne pouvais ni retrouver ce nom, ni me rappeler l'ouvrage où je^ l'avais d'abord vu cité. J'ai noté les phases du travail par lequel j'essayai d'évoquer le nom récalcitrant. Je partis de l'impression générale qui m'en était restée. C'était une impression d'étrangeté, mais non pas d'étrangeté indéterminée. Il y avait comme une note dominante de barbarie, de rapine, le sentiment qu'aurait pu me laisser un oiseau de proie fondant sur sa victime, la comprimant dans ses serres, l'emportant avec lui. Je me dis bien maintenant que le mot prendre, qui était à peu près figuré par les deux premières syllabes du nom cherché, devait entrer pour une large part dans mon impression ; mais je ne sais si cette ressemblance aurait suffi à déterminer une nuance de sentiment aussi précise, et en voyant avec quelle obstination le nom d' « Arbogaste )) se présente aujourd'hui à mon esprit quand je pense à « Prendergast » , je me demande si je n'avais pas fait fusionner ensemble ridée générale de prendre et le nom d'Arbogaste : ce dernier nom, qui m'était resté du temps où j'apprenais l'histoire romaine, évoquait dans ma mémoire de vagues image?
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de barbarie. Pourtant je n'en suis pas sûr, et tout ce que je puis affirmer est que l'impression laissée dans mon esprit était absolument sui generis, et qu'elle tendait, à travers mille difficultés, à se transformer en nom propre. C'étaient surtout les lettres cl et /• qui étaient ramenées à ma mémoire par cette impression. Mais elles n'étaient pas ramenées comme des images visuelles ou auditiA^es, ou même comme des images motrices toutes faites. Elles se présentaient surtout comme indiquant une certaine direction d'effort à suivre pour arriver à l'articulation du nom cherché. Il me semblait, à tort d'ailleurs, que ces lettres devaient être les premières du mot, justement parce qu'elles avaient l'air de me montrer un chemin. Je me disais qu'en essayant, avec elles, des diverses voyelles tour à tour, je réussirais à prononcer la première syllabe et à prendre ainsi un élan qui me transporterait jusqu'au bout du mot. Ce travail aurait-il fini par aboutir.^ Je ne sais, mais il n'était pas encore très avancé quand brusquement me revint à l'esprit que le nom était cité dans une note du livre de Kay sur l'éducation de la mémoire, et que c'est là d'ailleurs que j'avais fait connaissance avec lui. C'est là que j'allai aussitôt le chercher. Peut-être la résurrection soudaine du souvenir utile ful-elle l'efiet du hasard. Mais peut-être aussi le travail destiné à convertir le schéma en image avait-il dépassé le but, évoquant alors, au lieu de l'image ellemême, les circonstances qui l'avaient encadrée primitivement.
Dans ces exemples, l'effort de mémoire paraît avoir pour essence de développer un schéma sinon simple, du moins concentré, en une image aux éléments distincts
DEVELOPPEMENT EN IMAGES inn
"Ct plus OU moins indépendants les uns des autres. Quand nous laissons notre mémoire errer au hasard, sans effort, les images succèdent aux images, toutes situées sur un même plan de conscience. Au contraire, dès que nous faisons effort pour nous souvenir, il semble que nous nous ramassions à un étage supérieur pour descendre ensuite progressivement vers les images à évoquer. Si, dans le premier cas, associant des images à des images, nous nous mouvions d'un mouvement que nous appellerons par exemple horizontal, sur un plan unique, il faudra dire que dans le second cas le mouvement €st vertical, et qu'il nous fait passer d/un^lan à un autre. Dans le premier cas, les images sont homogènes entre elles, mais représentatives d'objets différents ; dans le second, c'est un seul et même objet qui est représenté à tous les moments de l'opération, mais il l'est différemment, par des états intellectuels hétérogènes entre eux, tantôt schémas et tantôt images, le schéma tendant vers l'image à mesure que le mouvement de descente s'accentue. Enfin chacun de nous a le sentiment bien net d'une opération qui se poursuivrait en extension et en superficie dans un €as, en intensité et en profondeur dans l'autre.
Il est rare, d'ailleurs, que les deux opérations s'accomplissent isolément et qu'on les trouve à l'état pur. La plupart des actes de rappel comprennent à la fois une descente <lu schéma vers l'image et une promenade parmi les images elles-mêmes. Mais cela revient à dire, comme nous l'indiquions au début de cette étude, qu'un acte de mémoire renferme d'ordinaire une part d'effort et une part d'automatisme. Je pense en ce moment à un long voyage que je fis autrefois. Les incidents de ce voyage
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me reviennent à l'esprit dans un ordre quelconque, s*ap— pelant mécaniquement les uns les autres. Mais si je fais^ effort pour m'en remémorer telle ou telle période, c'est"^ que je vais du tout delà période aux parties qui la composent, le tout m'apparaissant d'abord comme un schéma indivisé, avec une certaine coloration affective. Souvent d'ailleurs les images, après avoir simplement joué entre elles, me demandent de recourir au schéma pour les compléter. Mais quand j'ai le sentiment de l'effort, c'est sur le trajet du schéma à l'image.
Concluons pour le moment que l'effort de rappel con siste à convertir une représentation schématique, dont les éléments s' entrepénètrent, en une représentation imagée dont les parties se juxtaposent.
Il faudrait maintenant étudier l'effort d'intellection en-général, celui que nous fournissons pour comprendre et pour interpréter. Je me bornerai ici à des indications, en renvoyant pour le reste à un travail antérieur \
L'acte d'intellection s'accomplissant sans cesse, il est difficile de dire ici où commence et où finit l'eflort intellectuel. Toutefois il y a une certaine manière de comprendre et d'interpréter qui exclut l'effort, et il y en a une au te qui, sans l'impliquer nécessairement, est généralement observable là où il se produit.
L'intellection du premier genre est celle qui consiste, étant donnée une perception plus ou moins complexe, à y répondre automatiquement par un acte approprié. Qu'estce que reconnaître un objet usuel sinon savoir s'en servir?