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UNE ILLUSION PHILOSOPHIQUES

L'idée d'une équivalence entre Tétat psychique et l'état cérébral correspondant pénètre une bonne partie de la philosophie moderne. On a discuté sur les causes et sur la signification de cette équivalence plutôt que sur l'équivalence même. Pour les uns, elle tiendrait à ce que l'état cérébral se double lui-même, dans certains cas, d'une phosphorescence psychique qui en illumine le dessin. Pour d'autres, elle vient de ce que l'état cérébral et l'état psychologique entrent respectivement dans deux séries de phénomènes qui se correspondent point à point, sans qu'il soit nécessaire d'attribuer à la première la création de la seconde. Mais les uns et les autres admettent l'équivalence ou, comme on dit plus souvent, le parallélisme des deux séries. Pour fixer les idées, nous formulerons la thèse ainsi: (( Un état cérébral étant posé, un état psychologique déterminé s'ensuit ». Ou encore : « Une intelligence surhumaine, qui assisterait au chassé-croisé

I. Mémoire lu au Congrès de philosophie de Genève en igo^ et publié ians la Revue de métaphysique et de morale sous ce titre : Le paralogisme, asycho- physiologique.

<les atomes dont le cerveau humain est fait et qui aurait la clef de la psycho-physiologie, pourrait lire, dans un cerveau qui travaille, tout ce qui se passe dans la con« Science correspondante ». Ou enfin : «La conscience ne dit rien de plus que ce qui se fait dans le cerveau ; elle l'exprime seulement dans une autre langue ».

Sur les origines toutes métaphysiques de cette thèse il n'y a d'ailleurs pas de doute possible. Elle dérive en droite ligne du cartésianisme. Implicitement contenue (avec bien des restrictions, il est vrai) dans la philosophie de Descartes, dégagée et poussée à lextrême par ses sucesseurs, elle a passé, par l'intermédiaire des médecins philosophes du xviii* siècle, dans la psycho-physiologie de 'notre temps. Et l'on comprend aisément que les physiologistes l'aient acceptée sans discussion. D'abord ils n'avaient pas le choix, puisque le problème leur venait de la métaphysique, et que les métaphysiciens ne leur apportaient pas d'autre solution. Ensuite il était de l'intérêt de la physiologie de s'y rallier, et de procéder comme si elle devait, quelque jour, nous donner la traduction physiologique intégrale de l'activité psychologique : à cette condition seulement elle pouvait aller de l'avant, et pousser toujours plus loin l'analyse des conditions cérébrales de la pensée. C'était et ce peut être encore un excellent principe de recherche, qui signifiera qu'il ne faut pas trop se hâter d'assigner des limites à la physiologie, pas plus d'ailleurs qu'à aucune autre investigation scientifique. Mais l'affirmation dogmatique du parallélisme psycho-physiologique est tout autre chose. Ce n'est plus une règle scientifique, c'est une h^'pothèse métaphysique. Dans la mesure où elle est intelligible, clic est la métaphysique d'une

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