RELATION DU CERVEAU A LA PENSEE
science aux cadres parement mathématiques, delà science telle qu'on la concevait au temps de Descartes. Nous croyons que les faits, examinés sans arrière-pensée de mécanisme mathématique, suggèrent déjà une hypothèse plus subtile relativement à la correspondance entre l'état psychologique et l'état cérébral. Celui-ci n'exprimerait de celui-là que les actions qui s'y trouvent préformées ; il en dessinerait les articulations motrices. Posez un fait psychologique, vous déterminez sans doute l'état cérébral concomitant. Mais la réciproque n'est pas vraie, et au même état cérébral correspondraient aussi bien des états psychologiques très divers. Nous ne reviendrons pas sur cette solution, que nous avons exposée dans un travail antérieur. La démonstration que nous allons présenter en est d'ailleurs indé23endante. Nous ne nous proposons pas ici, en effet, de substituer une certaine hypothèse à celle du parallélisme psycho-physiologique, mais d'établir que celle-ci implique, sous sa forme courante, une contradiction fondamentale. Cette contradiction est d'ailleurs pleine d'enseignement. A bien l'apercevoir, on devine dans quelle direction il faut chercher la solution du problème, en même temps qu'on découvre le mécanisme d'une des plus subtiles illusions de la pensée métaphysique. Nous ne ferons donc pas œuvre purement critique ou destructive en la signalant.
Nous prétendons que la thèse repose sur une ambiguïté dans les termes, qu'elle ne peut pas s'énoncer correctement sans se détruire elle-même, que l'affirmation dogmatique du parallélisme psycho-physiologique implique un artifice dialectique par lequel on passe subrepticement d'un certain système de notation au système de
notation opposé sans tenir compte de la substitution. Ce sophisme — 9J^~je besoin de le dire? — n'a rien de voulu : il est suggéré par les termes mêmes de la question posée; et il est si naturel à notre esprit que nous le commettrons inévitablement si nous ne nous imposons pa& de formuler la thèse du parallélisme, tour à tour, dans les deux systèmes de notation dont la philosophie dispose.
Quand nous parlons d'objets extérieurs, nous avons le choix, en elTet, entre deux systèmes de notation. Nous pouvons traiter ces objets et les changements qui s'y accomplissent comme des choses, ou comme des représentations. Et ces deux systèmes de notation sont acceptables Tun et l'autre, pourvu qu'on adhère strictement à celui qu'on aura chosi.
Essayons d'abord de les distinguer avec précision. Quand le réalisme parle de choses et l'idéalisme de représentations, ils ne discutent pas simplement sur des mots : ce sont bien là deux systèmes de notation différents, c'est-à-dire deux manières différentes de comprendre l'analyse du réel. Pour l'idéaliste, il n'y a rien de plus, dans la réalité, que ce qui apparaît à ma conscience ou à la conscience en générjil. Il serait absurde de parler d'une propriété de la matière qui ne put pas devenir objet de représentation. Il n'y a pas de virtualité, ou du moins rien de définitivement virtuel dans les choses. Tout ce qui existe est actuel ou pourra le devenir. Bref, l'idéalisme est un système de notation qui implique que tout l'essentiel de la matière est étalé ou étalable dans la représentation que nous en avons, et que les articulations du réel sont celles mêmes de notre représentation. Le réalisme repose sur l'hypothèse inverse. Dire que la matière