RÉALISME ET IDÉALISME 2O
existe indépendamment de la représentation, c'est prétendre que sous notre représentation de la matière il y a une cause inaccessible de cette représentation, que derrière la perception, qui est de Factuel, il y a des pouvoirs et des virtualités cachées: enfin c'est afRrmer que les divisions et articulations visibles dans notre représentation sont purement relatives à notre manière de percevoir.
Nous ne doutons pas, d'ailleurs, qu'on ne puisse donner des définitions plus profondes des deux tendances réaliste et idéaliste, telles qu'on les retrouve à travers l'histoire de la philosophie. Nous-même, dans un travail antérieur, nous avons pris les mots (( réalisme » et (( idéalisme )) dans un sens assez difTérent. Nous ne tenons donc nullement aux définitions que nous venons d'énoncer. Elles caractériseraient surtout un idéalisme à la Berkeley et le réalisme qui s'y oppose. Peut-être traduiraient-elles avec une précision suffisante l'idée qu'on se fait couramment des deux tendances, la part de l'idéalisme s'étendant aussi loin que celle du représentable, le réalisme revendiquant ce qui dépasse la représentation. Mais la démonstration que nous allons esquisser est indépendante de toute conception historique du réalisme et de l'idéalisme. A ceux qui contesteraient la généralité de nos deux définitions, nous demanderions de ne voir dans les mots réalisme et idéalisme que des termes con- « ventionnels par lesquels nous désignerons, au cours de la i présente étude, deux notations du réel, dont l'une implique la possibilité et l'autre l'impossibilité d'identifier les choses avec la représentation, étalée et articulée dans l'espace, qu'elles offrent à une conscience humaine. Que les deux postulats s'excluent l'un l'autre, qu'il soit illégi-
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tirne, par conséquent, d'appliquer en même temps les deux systèmes de notation au même objet, tout le monde nous l'accordera. Or, nous n'avons pas besoin d'autre chose pour la présente démonstration.
Nous nous proposons d'établir les trois points suivants : I*' Si l'on opte pour la notation idéaliste, l'affirmation d'un parallélisme (au sens d'équivalence) entre l'état psychologique et l'état cérébral implique contradiction. 2° Si l'on préfère la notation réaUste. on retrouve, transposée, la même contradiction. 3^ La thèse du parallélisme ne paraît soutenable que si l'on emploie en même temps, dans la même proposition, les deux systèmes de notation à la fois. Elle ne semble intelligible que si, par une inconsciente prestidigitation intellectuelle, on passe instantanément du réalisme à l'idéalisme et de l'idéalisme au réalisme, apparaissant dans l'un au moment précis oii l'on va être pris en flagrant délit de contradiction dans l'autre. Xous sommes d'ailleurs ici naturellement prestidigitateurs, parce que le problème dont il s'agit, étant le problème psycho-physiologique des rapports du cerveau et de la pensée, nous suggère, par sa position même, les deux points de vue du réalisme et de l'idéalisme, le terme (( cerveau » nous faisant songer à une chose et le terme (( pensée » à de la représentation. On peut dire que ]\^noncé de la question contient déjà, en puissance, l'équivoque par laquelle on y répondra.
Pla^j^ons-nous donc d'abord au point de vue idéaliste, et consMéron? par exemple la perception des objets qui occupent, à un moment donné, le champ visuel. Ces objets agissent, par l'intermédiaire de la rétine et du nerf