Qui lait tenir par des femmes le groupe des plus jeunes
210 l'enfanck coupable.
bonnes. Est-il nécessaire d'ajouter cette troisième catégorie des écoles de préservation? Il faut s'expliquer.
Qu'il y ait des enfants ayant besoin qu'on les « préserve M, ce n'est pas niable. Ils sont même si nombreux qu'on se demande à quel signe on reconnaîtra ceux dont il faut que l'État s'occupe ; mais enfin il ne peut pas avoir le souci et la prétention de les préserver tous. Un ancien fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, M. Vincens, s'est appliqué à trouver cette caractéristique spéciale ; et certes, si quelqu'un pouvait réussir dans une semblable tâche, c'était lui, l'homme d'expérience et de bon sens, l'homme ouvert et libéral qui a conduit pendant si longtemps l'important service des enfants en correction. Voici ce qu'il nous dit ' :
« Des écoles de préservation seront affectées aux mineurs de seize ans qui , sans avoir commis de délit caractérisé et légalement défini, auront montré, par la désertion habituelle de l'atelier ou de l'école, par l'abandon passager, mais intermittent et répété du domicile paternel, par de mauvaises fréquentations ou par une rébellion persistante contre l'autorité des parents, des tuteurs ou des patrons, qu'une éducation plus sévère que celle qu'ils peuvent recevoir dans les familles leur est absolument nécessaire. Il appartiendra au tribunal correctionnel, saisi par le parquet, d'ordonner le placement de ces enfants dans les écoles. »
On pourrait faire observer ici bien des choses, montrer à quel point ce groupement est incomplet,
1. Rapport présenté au Comité de défense des enfants traduits en justice.
comment il laisse en dehors bien des enfants que compromettent des misères difficiles à rendre publiques. Mais je me borne à une ou deux autres objections.
N'est-ce pas d'abord une chose singulièrement grave que de faire intervenir la justice — instruction contradictoire, parquet, juges et présidents — pour des actes qui n'ont pas, on le proclame, le caractère dun délit? A une époque où la moitié environ et peutêtre la majorité du Parlement veut préserver les futurs fonctionnaires, dès làge de quinze ans, contre les sentiments réactionnaires de leurs familles, ce précédent pourrait nous mener loin. J'aimerais infiniment mieux qu'on dît nettement : la fréquentation scolaire est obligatoire , ceux qui s'y soustraient commettent un délit, et ils doivent être punis, tant pour ce délit précis que pour le vagabondage, qu'il est aisé, les trois quarts du temps, d'y rattacher et en fait et juridiquement. Oui, cela serait plausible. Mais j'observerai alors que les prescriptions de la loi scolaire ne s'étendent pas au delà de douze ans révolus. Jusqu'à cet âge on a la possibilité de faire mettre un enfant dans une école de réforme. Puisque nous en avons, et de bonnes, servons-nous-en, ne commençons pas par les vider et par les ruiner ' ; n'allons pas faire concurrence à une institution enfin bien assise et bien éprouvée en lui opposant une création hybride dont l'avenir nous est pour le moins inconnu.
Si on m'accorde C(! premier point, resteront les en-
1. L'une d'elles. iHablie au mas d'Kloi près Limoges, a été obliséc de se incUre en vente pour payer ses dettes. Klle a été achetée par la municipalité socialiste de Limoges qui se propose sans doute d'y établir un petit Ceniimis.
fants de plus de douze ans accomplis, c'est-à-dire les petits apprentis, les petits ouvriers. Avec la précocité croissante de l'adolescent d'aujourd'hui je ne trouve pas que le mot de préservation soit ici bien à sa place. D'autre part, si l'on persiste à aller au delà des « délits caractérisés et légalement définis )>, je ne vois pas où l'on pourra s'arrêter, et je ne vois pas qui sera chargé de faire un choix dans cette armée d'enfants qui auraient en effet grand besoin d'être préservés ou contre le marchand de vins, ou contre la fille, ou contre le bookmaker, etc., etc. On me dit : c'est le président du tribunal, saisi par le parquet, qui prononcera en chambre du conseil. D'accord ; mais le tribunal et le parquet lui-même n'agiront, ne statueront que sur ce qu'on leur apportera de documents. Qui les apportera? Où sont, en ce moment surtout, les commissaires de police et les juges de paix qui pourront opérer ce triage si délicat? En réalité, vous aurez ici, comme dans les « moralement abandonnés » de la Seine et les réformatoires d'Italie, une majorité énorme d'enfants amenés par les parents eux-mêmes réclamant, réussissant à obtenir la « préservation » gratuite. Avec les chômages des industries, les gens dont les enfants ne travailleront pas trouveront tout simple de se décharger du fardeau. L'objection est tellement inévitable que les auteurs du projet la prévoient et la formulent. Seulement ils ne prévoient pas, quant à présent, comment on pourrait la lever, et ils l'avouent.
Je suppose pourtant que l'on passe outre à cette difficulté ou qu'on la résolve avec de larges crédits ; est-il difficile de prévoir ce qui se passera dans ces écoles? Des enfants d'origines très diverses et d'antécédents très différents s'y accumuleront sans discer-
nement, ils y vivront dans la promiscuité d'une agglomération semblable à celle dont pâtissent et dont pâtiront toujours les maisons tenues par l'Etat. Ces maisons tenues par l'État n'en feront pas moins une concurrence nouvelle aux établissements privés, car on voudra créer de nouveaux fonctionnaires. Nous verrons recommencer, dans une autre direction, cette lutte insidieuse, forcée, dans laquelle ce qui est administratif doit jalouser tout ce qui est libre et se croire obligé de lui enlever, dans l'intérêt des « institutions nationales », les moyens de subsister.
Donc, souhaitons qu'il y ait des écoles méritant le beau nom d'écoles de préservation. Si les quatre ou cinq cents orphelinats de garçons, si les treize cent cinquante orphelinats de filles que nous possédons ne suffisent pas, faisons un appel nouveau là où les dévouements désintéressés ne manquent jamais de répondre. Mais ce n'est point à l'Administration, c'est aux Offices centraux des œuvres qu'il y a lieu de renvoyer le vœu proposé. D'abord, pour ce qui est du choix des enfants et des maisons à leur trouver, selon les besoins des familles, il faut une liberté dans l'enquête, une souplesse délicate dans les questions que l'action administrative ne peut pas avoir. Là où la direction d'une même maison reçoit également des pupilles du ministère de l'Intérieur et des enfants pour lesquels la charité privée s'est employée, ce sont les dossiers de ces derniers qui sont incomparablement les mieux faits pour l'éclairer et la guider; car à un protecteur, à un bienfaiteur, à un conseiller choisi ou accepté entre milhï, on confie ce qu'on cachera le plus soigneusement possible à un représentant de l'autorité. Quant aux établissements mêmes à fonder, il importe qu'ils soient assez variés pour s'adresser à
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des exigences et à des situations qui ne peuvent être qu'inégales. Or, en matière d'éducation exceptionnelle comme en matière d'éducation normale et régulière, il n'y a qu'un moyen d'avoir des méthodes originales et diversifiées : c'est de laisser faire, en la surveillant, la liberté. Tout monopole de l'État, toute mainmise et tout accaparement de l'administration bureaucratique créent nécessairement l'uniformité.
En faisant à l'initiative privée l'intelligent appel que l'on sait, la loi du 5 août 1850 avait encouragé de la façon la plus heureuse la tendance à cette variété qui s'assouplit pour satisfaire à tous les besoins. Que ceux qui se plaignent à si bon droit de voir cette loi compromise par l'affaiblissement voulu des effectifs de tant de colonies privées se gardent donc de la compromettre encore davantage en poussant l'Etat à inventer de nouvelles institutions pour de nouveaux fonctionnaires. Ils ruineraient dune main ce qu'ils défendent de l'autre.
Je sais que, depuis quelque temps, le projet d'écoles de préservation se présente sous un aspect plus modeste. Il s'agit de les réserver aux pupilles indisciplinés de l'Assistance publique. « Vous montrez vous-même, nous dit-on, que l'Assistance publique n'est pas outillée pour recevoir les enfants que les tribunaux lui confient depuis quelque temps en grand nombre, en vertu de la loi de 1898 — de là tant d'insuccès que nous sommes les premiers à déplorer. Donnez-nous donc des maisons spéciales où nous les élèverons : seulement, vous le comprenez, nous ne voulons pas qu'on nous confonde avec l'administration pénitentiaire, car l'enfance n'est pas faite pour être emprisonnée; c'est pourquoi nous voulons appeler nos futures écoles, écoles de préservation. »
LES nELÈVEMENTS POSSIBLES. 215
La réponse à cet ingénieux raisonnement, nous l'avons donnée par avance. Mais ces maisons, vous les avez, pourquoi ne vous en servez-vous pas? Tous ces changements d'étiquettes, tous ces transferts artificiels n'ont qu'un but : éliminer de plus en plus le concours des œuvres libres et surtout des œuvres religieuses, ce qui permettra de créer à grands frais de nouveaux établissements et de nouvelles fonctions, puis de mettre sous les yeux du public une façade décorée d'un nom plus flatteur; quant à la réalité qui s'y cachera, non seulement on ne l'aura pas réformée^ mais on l'aura certainement aggravée. Les tribunaux s'empresseront d'imiter celui de Lille et d'encombrer l'Assistance qui n'aura plus d'autre ressource que de surpeupler ces écoles nouvelles. Alors en quoi différeront-elles des écoles pénitentiaires? Elles seront encore plus neutres , c'est-à-dire plus inefficaces. Là sera, encore une fois, toute la dilTérence.
Dans un pays de liberté, entre les mains d'une administration soucieuse, sans doute, des devoirs de l'État, mais soucieuse aussi du bien des âmes, soucieuse enfin de respecter ces initiatives et ces groupements spontanés sans lesquels l'énergie nationale se dissout, l'enfance coupable, l'enfance à redresser et à réhabiliter avait sa charte : c'était cette loi que l'Europe n'a plus à nous envier depuis longtemps, car elle nous l'a prise, et sur bien des j)oints elle l'a développée mieux que nous^. Allons-nous en voir chez nous les débris s'ajouter à tant d'autres ruines?
Ecartons, si nous le pouvons, cette hypothèse et souvenons-nous d'ailleurs que la France est le pays
1. Ici encore je ne puis que renvoyer à mon livre A la recherche de l'éducation correclionnelle à travers l'Europe, in-12, â" édit., Paris, Lccoffre.
216 lVnfance coupable.
des résurrections. Ayons cet optimisme qui vient, non de la rêverie paresseuse, mais de l'action et de la foi, et demandons-nous ce que nous aurions encore à faire pour perfectionner l'instrument que nous nous étions heureusement forgé.
Depuis un certain nombre d'années se sont posées devant les congrès internationaux ou dans les sociétés d'études les problèmes suivants : Faut-il avoir pour l'enfance coupable un seul type d'établissement? Comment faut-il grouper les enfants et opérer parmi eux les sélections utiles ?
Un seul type d'établissement qui ne soit qu'une école ou plus précisément un internat modeste, modérément peuplé, bien tenu, soumis à un régime familial, où chaque enfant soit suivi jusqu'à ce qu'on puisse le placer sûrement chez des particuliers, voilà l'idéal à poursuivre. Y arriver tout de suite est difficile. Le meilleur moyen de diminuer la difficulté et de hâter la solution, c'est de retirer à temps de la rue les enfants qui s'y corrompent, c'est de ne pas attendre que le mal ait grandi. C'est ensuite de ne pas charger l'administration toute seule d'une tâche à laquelle il est impossible qu'elle suffise ; c'est d'encourager partout, c'est tout au moins de respecter cette bienfaisance privée qui trouve toujours pour les formes si variées des misères humaines des dévouements appropriés. Les nations qui, dans l'application denosjDropres principes, ont apporté plus d'esprit de suite et plus de respect des nécessités spirituelles que nous, celles-là se sont rapprochées sensiblement du but. La Suisse avait encore, il y a douze ans, un établissement dit correctionnel, au milieu de ses bons petits refuges paternels; mais déjà le directeur du Correctionnalanstalt voulait qu'on effaçât la première partie de son
enseigne.. Les Anglais ont institué des écoles industrielles pour les enfants qu'il s'agit simplement de faire travailler en les préservant des dangers auxquels on les sait plus exposés et des écoles de réforme pour les enfants plus compromis. Mais au fur et à mesure que leur système de répression \ leur police et surtout les efforts de leurs libres associations de bienfaisance assainissent la rue, ils ferment une école de réforme et la remplacent par une simple école industrielle.
Lorsque ces écoles ou refuges — de quelque nom qu'on les appelle — ont une population restreinte, chaque directeur doit être tenu de venir lui-même à bout de ses « mauvaises têtes », et il doit s'efforcer de les réduire chez lui. S'il voit dans lim ou dans l'autre un danger plus imminent ou plus grave, il redoublera de vigilance ou de bonté : tout le monde en profitera.
Rien de tout cela n'est malheureusement possible là où la criminalité juvénile est considérable, là où, par suite, elle a revêtu toutes sortes de formes plus ou moins « savantes », et enfin là surtout où les habitudes administratives ont entretenu de grosses agglomérations. Qu'une rébellion, par exemple, éclate dans une colonie de 500 enfants : c'est tout de suite soixante, quatre-vingts, cent révoltés qui cherchent à entraîner les autres. Les moyens ordinaires ne suffiront certainement pas à les réduire, et il faudra bien avoir pour eux un lieu spécial de punition. Il faudra surtout ne pas les laisser là où ils ont donné à leurs camarades le plus détestable des exemples. Mais on verra se dresser alors un danger nouveau : celui d'entasser
1. Les Anglais ne craignent pas de faire foueUer les enfants par décision judiciaire. C'est plus court, c'est moins coûteux, c'est moins corrupteur, et, sur beaucoup de sujets, c'est plus efficace.
dans les mêmes murs les pires sujets de l'éducation correctionnelle ; on créera ainsi un foyer de corruption ou d'indiscipline contre lequel on sera entraîné à des mesures de répression impitoyable, pénibles et sans profita Pour sortir de cette alternative il n'y a qu'un moyen, c'est d'isoler absolument ces enfants dans des cellules, de leur y donner individuellement une éducation qui les adoucisse, puis de faire luire devant leurs yeux l'espoir d'une libération conditionnelle et d'un placement pour le jour où ils l'auront mérité.-
Qu'on ait ou non plusieurs types d'écoles, on a toujours des subdivisions. Aussi le choix du principe à adopter pour le triage des enfants sera-t-il toujours chose délicate. Une idée fort juste a prévalu : c'est de ne pas s'arrêter à la nature intrinsèque de l'acte même (car il est de petits meurtriers d'occasion qui valent beaucoup mieux que de petits mendiants d'habitude). Faire attention aux antécédents, à la première éducation, au genre de vie, aux goûts contractés, aux sociétés fréquentées, à l'énergie conservée ou perdue, à la réaction prompte ou lente de la conscience, voilà qui importe beaucoup plus que de considérer la matérialité de l'infraction.
Mais il est une autre considération qui est loin d'être à dédaigner, c'est celle de l'âge. Que les enfants de moins de douze ans, par exemple, doivent en général être mis tous ensemble et grandir ensemble dans les mêmes murs, c'est bien ce que réclame le
i. Je l'ai vu dans deux visites successives à la colonie publique d'Eysses (prés de Villeneuve-sur-Lot) réservée aux indisciplinés des autres colonies. Je ne sais ce qu'il y avait là de plus épouvantable, ou de l'esprit de la grande majorité de cette population, cynique, violente, insultante, prête à cédera toutes les suggestions d'une sauvagerie déchaînée, ou de cette rigueur sans merci enfermant des adolescents, fers aux pieds et aux mains, et les maintenant au cachot des mois entiers...
simple bon sens. Mais ceci posé, je résumerai un très grand nombre d'observations et d'expériences en redisant : Ne faites pas descendre un enfant plus âgé parmi des enfants plus jeunes sous prétexte qu'il paraît moins avancé ou moins perverti ; mais n'hésitez pas à faire monter un enfant plus jeune parmi les enfants plus âgés, s'il vous est prouvé que sa malice ou sa corruption devancent la moyenne de ceux de son âge. Pour qui n'a pas la prétention peu raisonnable de tout prévoir et de tout réglementer, cela suffit. En voici la double raison. De ce qu'un enfant plus âgé vous paraît moins intelligent ou moins fort, il n'est pas démontré pour cela qu'il soit en réalité moins vicieux, et vous courez grand risque de vous tromper, au détriment de ceux à qui vous infligerez sa compagnie. D'autre part, si un enfant plus jeune vous a clairement laissé voir sa précocité dans le mal, vous ne le compromettez guère en le mettant avec de plus âgés, et il ne pourra pas exercer sur de plus grands que lui cette influence pernicieuse qu'il exercerait très facilement sur d'aussi petits ou de plus petits.
Et maintenant toutes ces précautions réunies ne sauveront pas, tant s'en faut, tous les enfants qui peuvent être sauvés, si le patronage n'intervient pas en leur faveur, à la sortie de leur école, et s'il ne les suit pas quelque temps dans la vie libre. En face d'une population irrégulière, correction et patronage, répression et assistance sont deux termes corrélatifs et qui se complètent mutuellement. Lorsqu'un enfant a commis des actes qui doivent éloigner de lui la confiance des honnêtes gens, il faut le mettre en état de la mériter à nouveau. Pour cela il faut le patronner, c'est-à-dire l'introduire dans le monde des bons travailleurs et l'y maintenir en offrant comme garantie
la direction même qu'on lui assure. Mais cette direction enfin il faut la lui faire accepter. C'est dans ce but que les magistrats intelligents, au lieu de remettre indéfiniment les jeunes coupables en liberté ', les soumettent d'abord à un régime tout à la fois répressif et éducateur. Pour envoyer ces adolescents en correction ils n'attendent pas que, suivant l'incroyable expression de quelques-uns de leurs collègues, ces adolescents soient devenus incorrigibles. Une fois là, les petits détenus ont, pour ainsi dire, en main là clef de la porte qui doit les ramener dans la voie droite. Cette clef, pour eux comme pour les adultes, c'est la libération conditionnelle ^ : elle doit être hâtée autant que possible, mais toujours accompagnée d'une surveillance étroite mêlée d'un patronage qui réussisse à se faire aimer.
La nécessité d'un tel patronage pour des natures faibles, légères ou courbées sous le poids d'habitudes entretenues par des souvenirs déprimants, tout le monde la comprend. Il n'en sera pas moins utile, pour terminer ce travail, de fortifier par quelques faits, par quelques chiffres, le sentiment universel.
Lorsque l'on compare les proportions de la récidive des jeunes détenus, ïes résultats diffèrent suivant que l'on prend la récidive, un an, deux ans, trois ans, quatre ans après la libération. De toutes façons (je ne me priverai pas de le répéter en passant), la comparaison reste favorable aux colonies privées, défavorable aux
\. Si c'est après huit ou quinzejours de prison, la solution est encore pire.
2. Mais pour qu'elle soit attendue et que cette attente ait son prix, il ne faut pas trop mesurer la durée de la correction. Le mieux est de la prononcer tout d'abord complète, c'est-à-dire destinée à durer jusqu'à la majorité. Dès lors il vaut la peine pour le détenu de se procurer par sa bonne conduite une abréviation sérieuse.
colonies de FÉtat. Mais c'est surtout dans les débuts que la supériorité des premières apparaît : ensuite, sans disparaître, elle diminue peu à peu, sous les influences de la vie libre et devant les tentations que celle-ci multiplie : ici l'éducation correctionnelle ne peut plus grand'chose, puisqu'elle n'est plus qu'un souvenir, et dès lors les responsabilités se déplacent de plus en plus. Ainsi le directeur d'une colonie de l'Etat' me communiquait un jour la statistique spéciale qu'il avait dressée lui-même de ses propres libérés. Il avait enregistré : sur les libérés depuis un an, 13,50 % de récidives; sur les libérés depuis deux ans, 41 %\ sur les libérés depuis trois ans, 35 % (le service militaire avait naturellement amené là une baisse momentanée) ; sur les libérés depuis quatre ans, 43 %. Peut-on mieux « illustrer » la nécessité d'un patronage qui empêche quelques-uns des fruits de l'éducation réformatrice de se perdre aussi vite?
Les sociétés, telles que celle de M. Voisin pour la protection des engagés volontaires, et que la société de la rue de Mézières qui organise et surveille des apprentissages ou des placements pour les libérés de la Petite-Roquette-, offrent donc vraiment des types d'action sociale, d'action libre, d'action bienfaisante qu'on ne saurait assez admirer. Un second volume ne serait pas de trop pour raconter tous les sauvetages qu'elles ont opérés. Et qu'il serait encore plus réconfortant, si l'on pouvait, avec l'histoire de chacun des enfants
\. M. Brun, alors directeur de la colonie de St-llilairc (non encore translorinée).
2. Les libérés de la Pelite-Hoquellc ont encore — s'ils le veulent! — le bienfait de la Société de patronage, fondée par 51. Charles Petit, conseillera la Cour de cassation, et l'abbé Milliard, aumônier de la prison. Us sont reçus là dans un atelier libre, et on s'efforce de les placer; on s'occupe aussi de leur réhabilitation.
guéris, malgré les rechutes du début, donner les photographies successives de ces jeunes clients, l'une prise au sortir de l'établissement pénitentiaire, l'autre obtenue au régiment et souvent avec les galons de sous-officier, les premières suant en quelque sorte l'ennui, la honte et le dégoût de la vie, les secondes laissant transpirer la joie discrète et virile d'une conscience en paix et d'une énergie réparée !