‹ L'enfance coupable. --Chapitre 21 sur 24 · Voir Revue pénitentiaire, janvier · texte numérisé non relu

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sants. La cause est entendue! Non! Tinternement par voie de correction paternelle n'est plus une solution à recommander. Faut-il nous retourner vers l'école?

On nous permettra d'élargir ici la question pour donner place à des réflexions qui ailleurs eussent interrompu mal à propos la suite de notre exposition.

Des écoles, il y en a de bien des natures; mais à côté des différences profondes qui les séparent, quant à leur mode de recrutement, quant à leur but, quant à leurs méthodes particulières, elles sont cependant assez proches parentes, et la transition qui mène de l'une à l'autre a tendu beaucoup, on peut même dire a réussi à s'adoucir. Aussi, sans entrer dans trop de polémiques, est-il bon de dire d'abord quelques mots sur l'école en général et sur la place qu(! notre siècle lui a donnée ou laissé prendre dans tout ce qui intéresse la moralité du jeune âge.

Une première chose est à concéder — ou, si Ton aime mieux, à proclamer. L'école — régulièrement fréquentée, bien entendu — est nécessaire ; elle l'est même aujourd'hui plus que jamais. Pourquoi plus que jamais? Parce que nous n'avons plus la force des traditions, la stabilité, la culture professionnelle, tour à tour ou même tout à la; fois familiale et corporative : celle-ci en effet résumait bien des notions expérimentales qui pouvaient tenir lieu d'instruction proprement scolaire à un enfant vile et solidement encadré. Avec le mouvement de la vie contemporaine et la multiplicité de ses aspects, un enfant ne saurait être privé de l'instruction générale de l'école sans être mis par cela même dans un état d'infériorité dangereux. Mais il est une autre raison qui, quoique plus vulgaire, n'en est pas moins décisive. Si les enfants ne vont pas

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à l'école, où vont-ils actuellement? Dans la rue. C'est pour cela, c'est dans cet esprit, je pense, qu'on a pu dire : la criminalité de l'enfance est en raison inverse de la fréquentation de l'école. Il est en effet bien évident que pendant qu'un enfant est sous l'œil de l'instituteur, il ne peut ni vagabonder, ni marauder, ni mettre le feu , ni détruire des récoltes, ni enfin — sauf quelques cas très rares — commettre un véritable attentat contre la pudeur, contre les mœurs. Mais il ne s'agit pas seulement du temps que l'enfant passe sur les bancs ; il s'agit du temps de liberté que l'école lui laisse dans les intervalles de la classe, puis des années qui la suivront immédiatement et dont elle doit préparer le bon emploi! Ici, on se demande : l'éducation de l'école, telle qu'elle tend à prévaloir en France de plus en plus, est-elle à la hauteur de la mission qu'elle entend accaparer et monopoliser? Eh bien, à cette question je réponds : non !

Je remarque d'abord qu'en même temps qu'on affiche en haut lieu cette prétention d'opérer par l'école le salut universel, les instituteurs entendent limiter, au contraire, leurs efforts et leur responsabilité. Il est même certain que ceux qui disent : nous avons assez à faire, ne comptez pas sur nous pour suppléer à tout ce dont l'enfant qu'on nous confie a été, est ou sera dépourvu, — ceux-là ne sont peut-être pas les plus mauvais et les moins sensés.

Qu'on me pardonne un souvenir personnel. J'ai exposé plus d'une fois ^ comment les enfants des villes commettent beaucoup d'actes répréhensibles et même de délits caractérisés en venant de chez eux à l'école ou en revenant de l'école chez eux —

i. Voyez Le Combat contre le crime, cli. iii.

et j'ai donné bon nombre d'exemples. L"idée me vint (ou plutôt me fut suggérée par un pédagogue suisse), que l'on ferait bien de constituer un petit tribunal scolaire, où entreraient divers éléments et qui, en punissant les jeunes coupables , leur épargnerait sans doute une arrestation plus compromettantes. Je développai cette idée dans un recueil pédagogique publié par une librairie de premier ordre, et l'épreuve fut soumise au rédacteur en chef, lequel appartenait lui-même à l'élite du corps enseignant dans les écoles publiques de Paris. Celui-ci vint me trouver et me dit : « Vous voulez, paraît-il, envoyer cet article aux instituteurs de votre arrondissement, et vous pensez sans doute produire sur eux une bonne impression. Combien avez-vous là d'instituteurs ? — A peu près cent. — Eh bien ! c'est cent ennemis que vous allez vous faire. — Il me semble pourtant que je les honore en étendant leur mission? — Oui, mais c'est précisément ce qu'ils ne veulent pas : ils sont déjà assez irrités qu'on leur attribue la responsabilité des récréations à l'intérieur ou à la porte de l'école ; jamais ils n'accepteront votre proposition. » J'en parlai en plus haut lieu : la réponse fut encore plus vive, quoique tout à fait dans le même sens. Je compris d'ailleurs moi-môme un peu plus tard que c'était là chercher midi à quatorze heures et que, pendant ces années d'école primaire, une correction raisonnable infligée par des parents pouvant lever le front haut devant leurs enfants, vaudrait mieux que toute espèce de tribunal scolaire et pédagogique.

Parmi ces instituteurs qui trouvent leur fardeau bien assez pesant et ne tiennent pas à l'aggraver , beaucoup prétendraient volontiers qu'avec l'histoire, la géographie, l'enseignement civique, ils suffisent à

tout et remplacent même très avantageusement une foule de choses dont ils approuvent le sacrifice. C'est ici que la corruption contemporaine de l'école en France pourrait bien être désastreuse.

Qu'est-ce qu'apprendre à lire, quand on laisse absolument à l'aventure le choix de ce qui doit être lu? Qu'est-ce qu'apprendre le texte de la loi humaine, si on lui donne pour unique fondement la volonté arbitraire de la majorité, laquelle se compose nécessairement des moins compétents^ ? Qu'est-ce que cette légalité prétendant fermer la bouche à toute conscience, alors qu'elle-même change, non seulement à chaque révolution, mais à chaque période électorale? Qu'est-ce que cette prétention de moraliser par la récitation de paragraphes consacrés au conseil municipal, au président de la République et aux deux Chambres ? Admettons qu'on y mêle les principales prescriptions du Code. Il ne s'agit pas seulement de les connaître — personne ne les connaît mieux que les habitués des prisons, et on a vu comment Kaps et ses amis étaient « ferrés » sur la procédure même, — il s'agit de vouloir les respecter et d'acquérir pour cela la force nécessaire. Celui qui se flatterait d'infuser ce respect et cette énergie par des interrogations hebdomadaires pourrait tout aussi bien enseigner la gymnastique par théorie et le piano par correspondance.

Evidemment personne n'a jamais dit qu'aucun instituteur enseignât à vagabonder, encore moins à tuer et à voler. On a même reconnu de grand cœur jusqu'à ces dernières années que l'immense majorité se composait de braves pères de famille tirant de leur

1. Surtout avec l'iiabilude prise de laisser les députés décider souverainement de toutes les questions, même les plus techniques.

profession tout le parti qu'il leur était permis d'en tirer. INIais bientôt beaucoup prêcheront l'amour libre qu'ils entendent vanter dans leurs loges maçonniques. En attendant, les plus jeunes apprennent à mépriser les droits les plus incontestables de la famille et à mépriser — est-ce que nous n'y sommes pas déjà? — les droits de la patrie. C'est si commode d'invoquer l'amour de l'humanité pour se dispenser du service militaire ! Ce sera tout aussi commode d'invoquer les droits de l'Etat pour cesser d'obéir aux parents et de respecter la conscience d'autrui. Ne se réserve-t-on pas de se révolter ensuite contre l'Etat, sous prétexte qu'étant, soi et son groupe préféré, détenteur de souveraineté, on a le droit d'imposer sa volonté? Gréviste, on l'imposera au reste des ouvriers, on l'imposera aux gendarmes, on l'imposera aux magistrats, on l'imposera aux ministres quels qu'ils soient, on l'imposera au gouvernement ; ainsi se trouvera justifié partout ce mot que MM. Lavisse et Alfred Croiset * (dans l'enquête Ribotj appliquaient à l'Université : « Il n'y a plus ni autorité ni liberté ».

Toute constitution, toute préparation du monopole de l'enseignement est une partie capitale de ce triste système. La neutralité scolaire n'qst , dit-on , que la conséquence légitime et forcée de l'incompétence de l'État en matière de croyance. Ceci est parfait. Mais il faudrait que l'Etat fût logique ; car il n'est pas plus compétent pour propager l'irréligion que pour enseigner la religion, pas plus compétent pour dénigrer l'Eglise catholique que pour la servir, pas plus compétent pour condamner les vœux monastiques que pour leur donner force de loi dans la société civile.

i. Voyez notre livre : De la Corrvplion de nos institutions, p. 30-3i.

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L'incompétence de l'État erl ces matières , elle est certaine ; mais la conséquence certaine à en tirer, c'est la liberté.

Quelle liberté ? La liberté pour ceux qui ont un enfant et qui relèvent, de choisir eux-mêmes leur école et d'assurer facilement à une école quelconque les compléments religieux qu'ils jugent nécessaires ; car, ainsi que l'a proclamé si heureusement M. Balfour au Parlement britannique, l'école doit être avant tout un prolongement de la famille.

Entre autres avantages , cette liberté sincèrement pratiquée aura les suivants. Elle augmentera la responsabilité des parents, elle les mettra en demeure de choisir \ c'est-à-dire de réfléchir, et elle les mettra en demeure de surveiller; elle resserrera le lien qui, dans l'intérêt de la morale générale, doit maintenir l'union des parents et des enfants. En dehors de la famille, elle favorise la diversité des méthodes et la diversité des aptitudes ; or, toutes deux sont nécessaires à tout progrès, nécessaires à l'adoucissement de la concurrence heureusement subsistante, nécessaires aussi à l'harmonie, laquelle est plus facile entre gens qui se complètent qu'entre gens qui prétendent s'imiter et se répéter. Elle habitue enfin les hommes à se respecter les uns les autres, et elle leur fait trouver dans la patrie un milieu d'autant plus aimé que,

1. Elle leur donnera aussi les moyens de choisir, et elle contribuera par là, ce qui n'est pas à dédaigner, à diminuer le nombre des ré- Iractaires de l'école. Dans un pays où il est si difflcile de faire appliquer, par mesures répressives, la loi sur l'instruction obligatoire, on devrait apprécier l'aide apportée par les œuvres libres et par la variété qu'elles enfanteraient si on leur en laissait la faculté. Ce n'est pas la fermeture des écoles congréganistes qui fera affluer dans les écoles publiques les enfants mendiants et vagabonds. M. Buisson, dans une lettre à M. de Resbecq, a bien reconnu que les instituteurs étaient très loin de réclamer ces enfants; et ce ne sont pas les armes de papier des lois actuelles qui y remédieront.

LES IlELÈVEMENTS POSSIBLES. 105

loin d'avoir à y sacrifier son initiative et ses croyances, on les y sent plus en sûreté.

L'école neutre devait être , à en croire les politiciens, un instrument de paix publique; telle qu'on la pratique, telle surtout qu'au moment actuel on l'impose, elle est un instrument de guerre et de persécution. Ne craignons pas d'ajouter qu'elle est un instrument de corruption. Certes, je le crois comme beaucoup d'autres , ne pas munir l'imagination , le cœur et la volonté de chaque enfant dune provision de forces morales d'une valeur éternelle contre les dangers de toute sorte qui l'attendent, c'est, sinon le pousser directement au mal, du moins s'abstenir de l'en détourner, c'est se désintéresser de sa conduite future. Mais je laisse de côté cette considération qui tient cependant au cœur de tant de chrétiens et de Français. Me plaçant à un point de vue plus particulièrement social et patriotique, je dis : En arriver par mesures législatives violentes ou par voies administratives tortueuses au monopole de l'Etat, c'est prendre une responsabilité qu'on n'est pas capable de porter. C'est donner de plus cette idée fausse, fausse au point de vue philosophique, que l'Etat peut tout : et cette idée est destinée à devenir d'autant plus immorale qu'on y apporte bien vite, de tous côtés, ce singulier amendement : en sachant s'y prendre, ceux qui le veulent peuvent tout dans l'Etat.

Ce qui précède n'était inutile à aucun point de vue : car après l'école qui devrait former l'onfant, nous allons trouver celle qui devrait le réformer.

Prenons en effet les enfants pour lesquels la famille et l'école ordinaire ont, par leur faute ou non, man-

que leur but. On les arrête ' et on les juge. Que va-t-on en faire ?

Il y a eu ici bien des progrès réalisés grâce à l'activité de certains groupements dont nous avons parlé, comme la Société générale des prisons , les comités de défense des enfants, les patronages et leurs congrès, etc. Tous les tribunaux ne s'imprègnent pas encore, il s'en faut, des idées consacrées par l'adhésion de ces assemblées; on peut cependant dire qu'aujourd'hui un enfant arrêté a bien des chances de voir son cas mieux étudié qu'il y a vingt ans, les responsabilités autres que la sienne pesées avec plus de soin, sa faute personnelle appréciée plus sainement (car on lui donne un juge d'instruction et un avocat) ; son sort enfin serait fixé, pourrions-nous dire, avec plus de réflexion et de maturité, si certains engouements pour des formules neuves et une complicité de mauvais aloi avec les flatteurs de la démagogie ne dictaient encore trop souvent des décisions comme celles que multiplie le tribunal de Lille.

Quoi qu'il en soit, on a obtenu là des résultats appréciables, parce qu'il s'agissait surtout de modifications pour lesquelles des règlements et des circulaires suffisent. Y a-t-il lieu de réclamer un travail législatif nouveau? N'y a-t-il pas lieu au contraire

i. s'ils ont un âge qui ne rende pas l'arrestation odieuse ou ridicule. La loi française ne fixe pas de minimum d'âge; à notre avis elle a tort, et il n'est pas très honorable pour elle d'être seule, avec la Turquie, à n'avoir pas voulu fixer ce minimum. Bien des liommes distingués, je dois le dire, estiment que c'est inutile, parce que dès qu'un enfant a commis un acte fâcheux, il est bon que son cas soit instruit par un magistrat : les lois nouvelles (1898 entre autres) donnent toutes facilités pour le diriger, s'il est nécessaire, vers une institution charitable. Soit! Mais du moment où l'on admet qu'un enfant de sept ou huit ans peut être jugé, on admet qu'il passe par toutes les mains de la police et qu'il couche môme à la Roquette ou dans une maison d'arrêt; c'est ce qui me paraît inadmissible.

de trembler que des Chambres mal éclairées et passionnées n'interviennent? C'est ici que se pose la question de la loi du 5 août 1850, « sur léducation et le patronage des jeunes détenus ».

Non moins que sa célèbre sœur jumelle, la loi organisatrice de la liberté de l'enseignement secondaire, cette loi du 5 août a fait beaucoup parler d'elle. De Donald disait : « Un écrit dangereux imprimé en France est une déclaration de guerre à toute l'Europe. » Il n'était pas moins vrai de son temps, il était encore vrai en 1850 de dire : une bonne loi faite en France est un appel à la réforme et au progrès, qui se fait entendre à travers le monde civilisé! Si vous consultez les hommes compétents des nations qui nous entourent sur l'essor de l'éducation correctionnelle dans leur pays, tous vous répondront : c'est de votre loi de 1850 que cet essor date ; c'est de cette loi que nous relevons dans tout ce qui touche à la répression et à l'amélioration de la jeunesse coupable.

Quelles étaient donc les nouveautés, si bien acceptées, de cette loi?

Pour la première fois, elle prenait soin de soustraire les enfants condamnés ou arrêtés à la promiscuité de la prison commune ; car elle édictait que toute maison d'arrêt et de justice devait avoir « un quartier affecté aux jeunes détenus de toute catégorie ».

Elle décidait que les jeunes détenus acquittés en vertu de l'article 06 du Code pénal pour avoir agi sans discernement, mais non remis à leurs parents, seraient conduits dans « une école pénitentiaire ».

Elle ajoutait que l'éducation qu'ils y recevraient, en plus de l'instruction élémentaire, serait \me éducation « morale, religieuse et professionnelle ».

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Elle encourageait l'initiative privée et les associations -libres à créer de ces écoles ou colonies sous le contrôle et la surveillance de l'Etat, et cette dernière surveillance devait s'exercer surtout par le soin des autorités locales ou régionales. L'Etat ne devait fonder d'écoles à lui que si, au bout de cinq ans, il ne s'en trouvait pas d'assez nombreuses et de qualité suffisante.

Elle décidait de plus que, pour soulager les colonies pénitentiaires des sujets trop mauvais, il serait créé des « colonies correctionnelles » plus sévères, où les enfants seraient d'abord emprisonnés, puis admis, après amendement, aux travaux agricoles.

Elle permettait, par contre, d'abréger la détention par des placements extérieurs, mettant le jeune homme en état de libération provisoire ou conditionnelle.

Elle stipulait enfin qu'à l'époque de leur libération, ces jeunes gens seraient placés, pendant trois années au moins, sous le patronage de l'Assistance publique.

On voit là d'un coup d'œil quelle est l'ampleur, quelle est la précision et quelle est en même temps l'heureuse élasticité de cet admirable texte.

La plupart de ceux qui commencent à s'intéresser à l'enfance coupable ont à cœur d'imaginer une solution qui leur semble neuve et de nature à répondre à tous les besoins. Chacun a la sienne. On propose donc tour à tour de confier le soin (je prends le mot dans son sens le plus général), le soin de la jeunesse coupable : — à l'administration pénitentiaire (puisqu'il s'agit de voleurs, de meurtriers, d'incendiaires, et qu'il faut bien réprimer de pareils actes) ; — au service de l'enseignement (parce que ces enfants sont encore à l'âge de l'école ou que s'ils ont passé par l'école ils n'en

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ont guère profité) ; — à l'Assistance publique (parce que la misère des familles a dû être pour beaucoup dans ces écarts) ; — au placement individuel dans des familles offrant des garanties (parce que l'enfant est fait pour vivre en famille et que si la sienne fait défaut, il n'y a qu'à lui en chercher une autre). Eh bien, la loi de 1850 fait à chacun de ces éléments la part la plus équitable et la plus rationnellement aménagée. Elle n'a pas cru que ni le placement dans les familles, ni la tutelle de l'Assistance publique dussent intervenir tout de suite. Elle a réservé le placement, sous forme de libération provisoire, pour un moment où l'épreuve du jeune détenu et de son amélioration morale aurait été faite, où il y aurait intérêt à le confirmer dans la crainte de se voir, sans autre jugement, réintégré à la colonie : elle a réservé la tutelle de l'Assistance pour l'époque, toujours critique, de la libération définitive.

Sans briser, sans altérer les cadres ainsi institués, on pouvait les assouplir et les adapter aux nécessités nouvellement reconnues ; ils s'y prêtaient parfaitement bien.

En fait, no se sont-ils point prêtés à ce qu'à côté des travaux d'agriculture, seuls indiqués à l'origine, on introduisît, dans une ou deux colonies, des travaux industriels pour la- jeunesse des villes trop déshabituée ou trop ignorante des champs? Ne se sont-ils pas prêtés plus heureusement encore au dédoublement ([u'on a fait des colonies p(''nitentiaires en écoles dites de réforme pour les enfants recueillis avant l'âge de douze ans et en écoles réservées aux jeunes détenus plus âgés? Dans les premières, les enfants sont désormais confiés à des femmes — soit laïques, dans les établissements de l'Etat — soit religieuses. L'Ad-

ministralion pénitentiaire a bien prouvé là que si on écoutait ceux de ses membres les plus compétents et les plus francs ^ , elle était on ne peut plus à même de tirer de la loi de 1850 un parti excellent.

Ce n'est pas là d'ailleurs la seule démonstration qu'elle ait donnée de la bonne volonté animant l'élite de son personnel. Elle a aidé par son concours à l'organisation du patronage libre -. Elle s'est prêtée quand elle a pu le faire à conserver à l'enseignement religieux une petite place si sottement disputée par d'autres. Quand elle a pu le faire encore, elle a élevé de 10 centimes la subvention qu'elle donne aux colonies privées pour chaque enfant qu'elle leur confie...

Malheureusement elle a, d'autre part, trop tardé — faute de crédits — à réaliser tous les progrès dont la loi posait les bases. Cinquante-trois ans après, nombre de nos prisons départementales attendent inutilement le quartier spécial pour les mineurs arrêtés. Elle a tardé bien longtemps à établir pour les plus indisciplinés une colonie correctionnelle; et quand elle en a installé une, elle ne paraît pas l'avoir constituée de la façon la plus heureuse. Dans cette colonie comme dans les autres, elle a pu agrandir les bâtiments, perfectionner l'outillage destiné à l'enseignement i^rofessionnel, accroître même le nombre des instituteurs; mais il est à craindre qu'il n'y ait là plus d'apparence que de réalité; car en introduisant ces fonctionnaires, elle en a éliminé d'autres, sans dimi-

1 Je ne puis m'empêcher de citer surtout — en leur rendant l'hommage qu'ils méritent — M. Vincens (dont la retraite prématurée acte si regrettée) et M. Puibaraud, passé à la Préfecture de police comme directeur des reclierclies.

2. Le précédent directeur, M. Duflos, ne lui a pas ménagé les subventions dans la mesure des crédits qui lui étaient réservés.

3. Et malgré la loi de 1875, universalisant l'obligation de l'emprisonnement individuel.

nuer pour cela le travail de bureau, et on en devine les conséquences. Si nous ajoutons qu'elle n"a plus voulu loger les aumôniers, on en peut conclure, et on ne se trompera pas, que l'éducation morale a été négligée en même temps que l'éducation religieuse. 11 faut avec ces enfants un singulier tact et une charité vraiment exceptionnelle. On peut encore tirer quelque bien des garçons par l'activité, par le courage, par l'exemple de la justice, par le sentiment d'une énergie mieux ménagée (et encore le péril des mœurs est toujours là!) ; mais les filles... « elles n'ont, comme m'écrivait une laïque dévouée qui, quoique sans mission personnelle, pouvait les voir de très près, elles n'ont qu'une notion illusoire du bien, elles trouvent le vice une habitude toute naturelle ». Et cependant, orgueilleuses, comme elles le sont toutes, « elles ne pardonnent jamais une allusion injurieuse à leur passé et surtout à la culpabilité de leur famille ».

Pour se faire craindre et aimer d'une pareille population, il faut vivre avec elle, je dirai presque dans l'intimité, de manière à gagner la confiance de chaque sujet et à être toujours à même de le relever dans chacune de ses défaillances. Comment le faire avec les gros effectifs que l'État — c'est là une de ses erreurs les plus graves — a introduits dans ses établissements ? Est-ce sensé de vouloir réformer cinq ou six cents enfants réunis dans les mêmes murs, alors que la mise en commun de tous leurs souvenirs, c'est-à-dire de toutes leurs corruptions, de toutes leurs roueries, de toutes leurs rancunes, de toutes leurs rêveries, est si facile et si tentante, et que la mise en commun des remords et des bonnes résolutions ne peut être que le fait toujours contrarié d'un petit nombre? Ce dernier cas cependant n'est point irréalisable, je le sais; si dans ces milieux

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se forment des groupes animés d'un esprit pervers ou d'une forfanterie n'entraînant qu'au mal et à ses excès les plus sauvages, il s'y forme aussi de petits groupes, comme celui, par exemple, qu'on m'a révélé sous ce titre : la bande du drapeau^. Mais la supériorité numérique et l'esprit de propagande des premiers sont toujours beaucoup plus à craindre là où l'on compte les internés par centaines. Je ne puis ici que rappeler cette loi dont j'ai donné la démonstration tant de fois-, et par tant d'exemples pris partout : à tous les degrés, sous toutes les formes de la vie pénitentiaire, la récidive des libérés est proportionnelle à l'agglomération des détenus.

J'étais un jour à la colonie d'Eysses. Tout en visitant la maison, sous la conduite de son directeur, je développais à celui-ci cette formule. 11 nous était aisé de nous mettre d'accord sur les formes variées de l'esprit de corps et de convenir de deux principes : le premier, c'est que l'esprit de corps croît en raison de l'importance sensible des corps mômes ; le second, c'est que si, dans la vie normale d'un corps bien organisé et demeuré sain, l'esprit de corps agit pour le bien, dans la vie d'une population dévoyée ou dégénérée il n'agit que pour le mal. C'est pourquoi, autant il peut être précieux, pour multiplier les bons effets de cet esprit, d'avoir une communauté fortement recrutée, un régiment bien complet, une salle de théâtre ou de concert parfaitement remplie, un amphithéâtre de cours assez

1. Se groupaient sous cette dénomination des pupilles d'une colonie pénitentiaire qui n'avaient i)oint commis autant de méfaits que leurs camarades et qui avaient la volonté de devenir de bons soldats.

2. Voyez notamment mon livre : A la Recherche de l'éducation correctionnelle à travers rEuro]je. On y trouvera la description détaillée et l'appréciation faite sur jjlace des systèmes d'éducation correctionnelle de tous les États curoi)éens.

vaste et assez garni pour que les grands courants d'émotion et d'enthousiasme y circulent à flots, autant il est dangereux d'avoir une prison trop pleine, une maison de correction trop peuplée : cesl aussi mauvais que d'avoir un hôpital encombré d'un trop grand nombre de lits.

Donc, nous examinions, le directeur et moi, ces divers points de vue quand on nous ouvrit la porte d'une cellule de punition. Un grand garçon de dix-sept ans s'y agitait avec un accent qui paraissait très sincère de lassitude énervée où se sentaient à la l'ois la révolte et le découragement. Il nous dit : « Qu'est-ce que vous voulez? Je demande toujours à être mis dans l'atelier des émouchettes, on ne veut pas m'y laisser, et il n'y a que là que je puisse travailler sans me faire punir, » Or l'atelier des émouchettes — c'est pour cela qu'on ne l'y laissait pas — est, par le règlement, réservé aux relégables, c'est-à-dire à ceux qui, quoique mineurs, ont déjà subi assez de condamnations pour être assimilés aux vieux récidivistes qu'on doit « reléguer », soit à la Guyane, soit à la Nouvelle-Calédonie. En attendant leur départ, on les emploie à la confection des émouchettes, parce que c'est là un travail qu'ils peuvent faire avec leurs dix doigts, sans instruments et sans outils, ou de fer ou de bois. Le premier mouvement fut donc pour me faire dire à l'incarcéré : « Malheureux! vous qui n'rtes pas relégable, vous demandez à aller dans l'atelier des pires récidivistes! Vous voulez donc vous perdre encore davantage? » Mais, quelques minutes après, le directeur, homme expérimenté, posé, très réfléchi, me dit subitement au milieu d'un couloir : « Eh bien! je crois que notre gamin de tout à l'heure vous donne raison, car je m'explique en ce moment pourquoi il réclame l'atelier des

émouchettes : c'est qu'ils n'y sont que treize ; la surveillance y est plus facile, par conséquent moins dure, et les entraînements y sont plus rares. » Généralisez le raisonnement de cet excellent directeur; vous comprendrez que plus les jeunes détenus sont agglomérés, plus le reclassement de la plupart d'entre eux est difficile.

Pourquoi donc l'Etat pousse-t-il à une agglomération si dangereuse? Il est entraîné par son système centralisateur, par sa défiance de la liberté. Un directeur fonctionnaire, représentant l'Etat, ne peut cumuler les fonctions qu'un directeur maître chez lui ou relevant avant tout de sa propre association peut assurer facilement. Pour ne donner qu'un exemple, il faut que les services de l'économat soient distincts de la direction, que tout s'y fasse en triple ou quadruple expédition, d'après toutes les règles de la comptabilité publique. Ainsi, de proche en proche, se constitue tout un étatmajor dont les frais généraux, pour être répartis selon les exigences d'une économie tout apparente, réclament la concentration des effectifs.

Encourager les écoles libres, particulièrement les écoles d'un caractère familial, à se mettre à la disposition du gouvernement, comme il est dit dans l'article 6 de la loi, voilà le remède. Il était d'autant plus facile à suivre que l'administration conserve et peut exercer à tout moment sur ces écoles les droits d'inspection et de contrôle les plus étendus, les plus efficacement soutenus par les sanctions les plus décisives. Or, bien loin d'entrer dans cette voie, l'Administration française — et c'est là la pire de toutes les violations qu'on a fait subir à la loi — s'est ingéniée à diminuer la population des écoles libres; et je n'ai pas besoin de rappeler comment, à l'heure actuelle, elle paraît bien

résolue à faire complètement disparaître toutes celles qu'elle n'aura pas réussi à ruiner par ses manœuvres.

Pour savoir si l'enfance malheureuse y gagnera, nous n'avons qu'à nous reporter aux documents officiels tant de fois analysés par nous dans le journal des Débats, à la Société des prisons, à la Réforme sociale... L'État a toujours pris la précaution d'envoyer aux colonies privées les sujets les plus compromis parmi ceux dont il fait lui-même le triage. C'est à elles qu'il donne le plus d'enfants de parents condamnés, le plus d'orphelins de l'un des deux parents, etc., etc. D'autre part, un enfant, dans une colonie de l'Etat, entraîne trois fois plus de frais qu'un enfant élevé dans une colonie privée. Malgré ce luxe de précautions, l'État a, chaque année dans ses maisons, trois fois plus de journées d'infirmerie — deux fois plus de punitions — trois fois plus d'indisciplinés à renvoyer à la colonie correctionnelle ou à la Petite-Roquette; il donne à ses pupilles libérés un pécule cinq ou six fois moindre ' . Enfin, la récidive de ses libérés, en acceptant comme base d'évaluation les chiffres donnés par le ministère même de l'Intérieur, dépasse certainement de 10 ou 12 pour 100 la récidive des autres colonies.

Ainsi, les écoles pénitentiaires libres, mais surveillées, qu'avait provoquées la loi de 1850 ont épargné à la France un grand nombre de récidivistes : elles lui ont déplus économisé des sommes qui — sans compter les crédits supplémentaires et les crédits payés à certains entrepreneurs — pour les cinquanteannées écoulées, ont pu être évaluées à trente millions.

1. D'après les tableaux mêmes apportés à la (IcrniOrc cx|)osiii!)ii universelle. V. Revue p(;nHenliaire,idia\\ç.v 1900.

Voilà à quoi ont servi les maisons de correction libres. Quant à celles de l'État, elles ont servi surtout à discréditer un ensemble ^ que leurs émules s'appliquaient heureusement à faire aimer. Pour les fdles, nous avons vu successivement ouvrir et fermer, après bien des dépenses et bien des scandales, les maisons administratives d'Auberive, de la Pouilleuse et de Cadillac : c'est la congrégation du Bon Pasteur qui a payé pour ces insuccès. C'est une maison officielle de garçons que M. Coppée a pu décrire dans son roman du Coupable, et j'ai eu moi-même entre les mains le manuscrit, resté inédit, d'un ancien fonctionnaire ^ qui racontait tout ce qu'il avait vu dans une autre maison de l'Etat; toutes ces misères, amplifiées, commentées, ont faitoublier qu'une maisonpénitentiaire, médiocre même, valait encore mieux que la rue et que la pratique libre des bandes. On ne s'est pas dit : il est fâcheux sans doute que l'ensemble de nos écoles pénitentiaires (officielles, libres, mêlées) aient une récidive, mettons de 40pour 100, tandis quela Suisse n'en compte pas plus de 4 pour 100 ; mais si nos maisons — telles qu'elles sont — se trouvaient fermées, si leurs détenus étaient remis en liberté, c'est 95 ou 98 pour 100 de récidivistes que nous aurions.

On a donc répété : Maison de correction, maison de corruption. A cette première injustice s'en ajoute une autre : au lieu d'analyser les origines du discrédit, d'en

4. Par la nature du système et par ses conséquences fatales. Je mets hors de discussion le zèle éclairé de la majorité des directeurs; mais ou ne peut pas comparer ce fonctionnaire accablé de paperasseries devant des centaines d'enfants qu'il peut à peine connaître, à ces directeurs suisses, par exemple, prenant leurs repas, eux et leurs femmes, au milieu de leurs quarante ou cinquante pensionnaires.

2. Passé dans une autre administration; mais cet liomme de talent sera peut-être un jour directeur de l'administration pénitentiaire.

tenir compte pour une réforme rationnelle, on aime mieux tout condamner en bloc. De la sorte on fera disparaître les écoles pénitentiaires libres, puis on rétablira celles de l'Etat sous un autre vocable, avec les mêmes errements et les mêmes abus, aggravés par la suppression de la concurrence.

Pour remédier, en effet, à ceux des inconvénients que l'on avoue, pour relever nos maisons de correction de ce discrédit où elles sont retombées depuis le roman de M. Coppée et le jugement du tribunal de Château- Thierry, on a réuni une commission. C'est ce que l'on fait, comme chacun sait, dans les cas graves : quand on voit un malade bien malade, on demande une «consultation )). Je crois que dans la commission récente les hommes compétents et distingués qu'on a entendus ont proposé de vraies réformes pour une moindre agglomération des enfants, pour leur isolement nocturne, pour une meilleure organisation de l'enseignement religieux... On leur a répondu que l'argent manquait... pour ces réformes, la Chambre ayant même diminué les crédits antérieurs. Alors, pour ne pas se séparer sans avoir rédigé une ordonnance, les consultants ontdù nécessairement aboutir à ce genre de propositions qui, si elles ne font pas beaucoup de bien, ne feront pas, dit-on, beaucouj» de mal.

On a revisé le règlement, qui ne comprend pas moins de cent cinquante articles. On a fixé le nombre strict des repas pendant lesquels un enfant pourrait être mis au pain sec. On^ savamment échelonné les récompenses, dans l'espoir que les pupilles les meilleurs en auraient quelque souci. Puis on a proposé de changer la dénomination des maisons de correction. No serait-il pas meilleur, a-t-ondit, de leur donner un litre moins ilétrissanty

208 l'eni'anck coupable.

Cette dernière idée part d'un bon naturel. Mais il a déjà été" répondu par plus d'un : préoccupons-nous plus de la chose et moins du mot ; la mauvaise réputation d'une institution réussit plus vite à compromettre le nom dont on la pare, que le nom, quel qu'il soit, qu'on lui donne ne réussit à la réhabiliter. Telle appellation, infligée d'abord comme signe de mépris, devient à la longue un titre d'honneur, et le contraire est possible , nous l'avons vu bien des fois dans l'histoire! Lesmots depénitentet de /)eni7ence ont été illustrés par les saints. Pourquoi le mot pénitentiaire serait-il voué par lui-même et irrémédiablement au mépris public? Il y a à Paris une certaine catégorie de filles dont s'étaitoccupo, avec beaucoupde zèle et d'humanité, un chef de bureau nommé M. Lamarque. Depuis lors il est passé en habitude, dans les parages de la préfecture de police et du dépôt, d'appeler ces fdles « des Lamarque « . On peut croire que le souvenir un peu effacé d'ailleurs du très honorable fonctionnaire ne relève en rien la réputation de ses anciennes protégées. Je me souviens qu'à l'hospice de la rue Denfert-Rochereau fut également donné à un groupe déjeunes filles le nom d'un magistrat des plus éminents : ici encore cette dénomination, dont elles étaient peu dignes assurément, ne les a pas améliorées.

Mais, ajoute-t-on, ce n'est pas seulement un nom nouveau, c'est une chose nouvelle que nous désirons : nous voulons « que l'idée de protection et d'éducation l'emporte sur l'idée de répression ».Je répondrai :qui donc empêche qu'il en soit ainsi dès à présent? La loi de 1850 est intitulée Loi sur la protection et le patronage des jeunes détenus. Et, ce qui vaut mieux encore, elle est fidèle à son titre; car elle a tout prévu, l'éducation dans les articles 2 et 3, le patronage dans

LES ItELÈVEMEXTS POSSIBLES. 209

l'article 19. Elle prescrit une « discipline sévère », sans doute. Mais cette discipline n'est-elle pas nécessaire à l'éducation même ? Est-ce que d'ailleurs les enfants placés dans les colonies publiques ou privées sont livrés à des châtiments systématiques? Est-ce qu'à part les cas de fautes graves ils sont en cachot? Pour ceux qui se conduisent bien, où donc est la prédominance de la répression? Et n'est-ce pas une véritable éducation qu'ils reçoivent, dans l'atelier, aux champs, à l'école, à la chapelle, si la loi de 1850 est respectée? Bien loin donc qu'il soit nécessaire de demander une loi nouvelle, il n'y a rien de plus urgent et de plus approprié au but poursuivi que de réclamer le maintien et l'entière observation de la loi existante. Si les pouvoirs publics étaientmalheureusement conviés à en faire une autre (Dieu nous en préserve!), je demande ce que deviendrait le paragraphe : « l'éducation des jeunes détenus sera professionnelle, morale et religieuse ». Je demande surtout ce qu'auraient gagné ceux qui veulent, à juste titre, « la prédominance de l'idée d'éducation et de patronage sur l'idée de répression ».

Voici maintenant une proposition où cette idée semble au premier abord avoir pris corps : on voudrait créer des écoles authentiqucment désignées sous le nom d'écoles de préservation. Déjà on a subdivisé nos colonies pénitentiaires en deux catégories : Tune comprenant les « écoles de réforme », pour les enfants de moins de douze ans révolus; l'autre comprenant les colonies pénitentiaires proprement dites, pour les enfants plus âgés. Cette subdivision était rationnelle, on a eu parfaitement raison de l'opérer : elle a réussi. Nos trois écoles de réforme, dont deux sont congréganistes et une appartient à l'Etat ^ sont vraiment

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