L'appellation de «frères du Seigneur
devait être, à l’origine, comprise de tous. Il n'y a pas trace de divergence ni surtout de discussion à ce sujet, jusque vers la fin du second siecle.
La première explication du terme se rencontre dans Hégésippe, qui du reste n’a pas la prétention de résoudre une difficulté, mais seulement de dire ce que tout le monde savait. Siméon fut choisi pour succéder à Jacques sur le siège de Jérusalem, parce qu'il avait l'avantage d’être un autre cousin du Seigneur. Or, Jacques est couramment appelé par Hégésippe Le frère du Seigneur. C’est donc que, sous sa plume, les deux expressions sont équivalentes!. Du reste il nous
1 Cette conclusion est ici capitale. Aussi bien, a-t-on es-
sayé de tirer en tous sens le témoignage d’Hégésippe, comme on peut le voir dans LiGntFooT, op. cit., p. 278;
apprend que Siméon est cousin de Jésus par son père Clopas.
Par la teneur des textes, comme aussi par la manière dont Eusebe les utilise, il est manifeste que Jacques et Siméon restent, aux yeux du chroniqueur palestinien, identiques à ceux des mêmes noms qui sont énumérés dans l'Evangile parmi les frères du Seigneur. A-t-il pensé que ces deux personnages étaient entre eux frères plutôt que cousins? Les rares fragments d'Hégésippe qui nous sont parvenus ne permettent pas de faire à la question une réponse catégorique. Il est certain qu’il ne donne jamais à Siméon le titre de « frère de Jacques ».
Le même auteur écrit encore de Jude :
« Celui qui était dit le frère du Seigneur selon la chair! ». Si Jude avait été le frère de Jésus au sens strict du mot, pourquoi faire observer qu’on l'appelait son frère ? La chose allait de soi. Dira-t-on qu'entre tous les frères du Sei-
Diction.of Christ and the Gospel (Hastings), I, p. 234; Diction. of the Bible (Hastings), 1, p. 230; Renan, Les Evangiles, pp. 55, 541; Corcuy, Etudes religieuses, 1838, I, p.22:
1 Too zur cpu )syopévos odrod dôc)2c5, HE, nr, 20. Les Homélies clémentines, x1,35, ont pareillement, à propos de Jacques : à Jeybeis dde)pès 05 xupéss. Jésus a un père, il a des frères, mais c'est à un titre tout particulier ; et voilà pourquoi l'appellation courante a besoin d’explication.
bi
gneur Jude était le plus en vue, et qu'à ce titre on lui donnait par antonomase le nom de aÿekpès +05 #piou? L'hypothèse n’est pas recevable. On sait que « le frère du Seigneur »
par excellence était Jacques, le premier évéque de Jérusalem; tellement que Jude luimême se contente de prendre, en tête de sa lettre, la qualification de « frère de Jacques ». Quant au déterminatif xerà säpxx Selon la chaïr, il garde ici un sens suflisant, même s'il n'a d'autre but que de bien marquer que Jude n’était pas le frère de Jésus seulement selon l'esprit, à la facon des Apôtres et des Disciples.
À cette époque primitive, l'appellation de « frère du Seigneur » est peut-être moins un titre d'honneur qu’un moyen commode de distinguer les nombreux homonymes qui comptent parmi les personnages considérables de l’église de Jérusalem. S'il fallait en croire certains auteurs, il n'y aurait pas eu moins de quatre Jacques, peut-être cinq.
L'Evangile de Jacques et l'Evangile de Pierre, qui sont des œuvres apocryphes de la fin du second siècle, voient dans les frères du Seigneur des enfants que Saint Joseph aurait eus d’un premier mariage, avant que de devenir l’époux de Marie!. Au ‘lieu de cousins
1 Evang. Jacobi., 1x, xvu, xv; cf. Pseudo-Matth., xxxu ;
paternels, comme dans Hégésippe nous avons ici des demi-frères!.
2. Au seuil du troisième siècle, on rencontre Tertullien. A-t-il tenu que les frères du Seigneur étaient nés de Marie, mère de Jésus? Helvidius et saint Jérôme l'ont cru ?, tandis que des critiques modernes, par exemple J.-B. Lightfoot, font difliculté d'accorder ce points.
Dans les passages où le grand polémiste touche incidemment au sujet, c’est pour s’en prendre au docétisme des marcionites, qui abusaient des paroles du Christ rapportées dans l'Evangile : « Qui est ma mère et quels sont mes frèresi »? Pour établir la vérité de la nature humaine dans Jésus-Christ, Tertullien insiste sur la maternité de Marie. Jésus est homme aussi réellement que nous : il a une mère qui l'a engendré de sa chair, la
Evangel. Nativ. Mariæ, vin ; Histor, Josephi, xxxv. Pour l'Evangile de Pierre, voir ORIGÈNE, in Matth., x, 55.
1 Au témoignage de saint JÉRÔME, Comment. in Matth., XII, 49-50, les apocryphes nommaient la première femme de Joseph : Melcha ou Escha; elle aurait été fille d'Anchée, frère de Zacharie, le père de Jean-Baptiste.
2 Contra Helvid., 17. M. l'abbé d'Alès, La Théologie de Tertullien, 1905, pp. 196-197, souscrit, semble-t-il, au jugement de saint Jérôme.
S Op. cit, (p.270:
* De Virginibus velandis, vi; Adv. Marc., 1, 19; De Carne Christi, vu, xxm; De Monogamia, vi.
Loi lui donne un père dans la personne de “saint Joseph!, l'Evangile nous parle de ses frèr es. Il est vrai que Fe Vierge a concu Jésus alors qu'elle n'était encore que « fiancée », — c'est le sentiment de Tertullien, — mais la Loi “assimile la fiancée à l'épouse. Et puis, Marie devait, après avoir enfanté le Verbe de Dieu, * devenir réellement la « femme » de Joseph, vsemel nupiura post partum. Pourquoi ne pas
entendre dans le même sens l’expression la -plus dure que Tertullien ait employée au “sujet de Marie : virum passam? La Vierge a porté le joug de l'homme, puisque la loi du -mariage l’a soumise à Joseph. Il ne faut pas “oublier que nous avons affaire à un juriste, - qui prend au sérieux les réalités légales.
- Ces considérations ne sont pas sans va-
leur, mais elles tiennent diflicilement devant - le fait qu'au milieu du troisième siècle, Origène, en un passage que nous allons citer, semble bien avoir représenté Tertullien comme un adversaire de la perpétuelle virginité de Marie.
On dirait que Clément d'Alexandrie (+215) a voulu combiner le sentiment d'Hégésippe avec celui des Evangiles apocryphes. Dans un passage des Hypotyposes, cité par Eusèbe
1 Tertullien croit à la conception virginale de Jésus.
(H. E., 11, 1), il semble identifier Jacques le frère du Seigneur avec l’apôtre du même nom, fils d’Alphée. D'autre part, dans un frag ment qui provient vraisemblablement de | version latine que Cassiodore avait fait exé cuter, il voit dans Jude, l’auteur de lépitr catholique, tout à la fois le frère de Jacques et un des fils de Joseph!. Il peut se faire que la contradiction ne soit ici qu'apparente. Les frères de Jésus sont appelés les fils de Joseph. A quel titre? Il n’est ni impossible, ni invraisemblable qu'aux yeux de Clément d’Alexandrie ils aient été seulement ses neveux, des enfants dont Clopas son frère, ou Alphée son beau-frère, lui auront, en mourant, laissé la tutelle. Ce n’est là qu'une supposition, mais peut-être a-t-on le devoir d’y recourir, avant que d’admettre une incohérence dans le témoignage d’un homme, qui se trouvait assez bien placé pour être renseigné sur la tradition historique du second siècle concernant les frères du Seigneur.
1 Ce fragment se lit dans Micxe, P. G., IX, 531-734: «€ Jude, qui a écrit l’épitre catholique, était un des fils de Joseph et le frère du Seigneur, un homme d’une profonde piété; bien qu'il eût connaissance de sa parenté avec Je Seigneur, il ne dit pas qu'il était son frère; mais, que dit-11@ Jude, le serviteur de J.-C., parce qu'il était son Seigneur, ct frère de Jacques. Ge qui du reste est vrai, il était son frère, étant le (fils) de Joseph ». CF. Cassiopore, De Instit. Div. Lit., 8.
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Origène (+ 254) sait que quelqu'un dontil ignore, ou plutôt dont il préfère taire le nom, a été assez insensé pour dire que Marie, après la naissance de Jésus, avait eu de Joseph d’autres enfants; et qu’à cause de cela le Christ l'aurait publiquement désavouée pour sa mère (Marc, 111, 33-34). C’est une hérésie ajoute-t-il, qui ne tient pas devant le texte des Ecritures !. — Quel est le personnage visé
1‘ Le passage ne nous est connu que par la traduction de saint Jérôme.
« Debemus in hoc loco, ne simplices quique decipiantur, ea quæ solent opponere hæretici, confutare. In tantam quippe nescio quis prorupit insaniam, ut assereret negatam fuisse Mariam a Salvatore, eo quod post nativitatem illius juncta fuerit Joseph; et locutus est, quæ quali mente dixerit, ipse noverit qui locutus est. Si quando igitur hæretici vobis tale quid objecerint, respondete eis et dicite : Certe Spiritu sancto plena Elisabeth ait : Zenedicta tu inter mulieres. Si Sancto Spiritu benedicta canitur Maria, quomodo eam Salvator negavit? Porro quod asserunt eam nupsisse post partum, unde approbent non habent. Hi enim filii qui Joseph dicebantur, non erant orti de Maria, neque est ulla Scriptura quæ ista commemorat ». Æomil VII: in Lucam, in med. Mine, 2. G., XIIT, 1818; cf. Contra Cels., 1, 47. Une phrase de M. Lesêtre, La Vierge-Mère dans la Revue du clergé francais, 15 juillet 1907, p. 117, pourrait donner à croire qu'il faut compter Origène parmi les adversaires de la virginité de Marie post partum. Par bonheur, le même auteur nous dit quelques pages plus bas, p. 129, qu'Origène figure parmi ceux qui ( ont été très fermes sur la doctrine de la virginité de Marie ». En effet, le texte auquel on faisait allusion tout d'abord, concerne la virginité #n partu. CF. In ÆEuc. hom XIV, Miane, P. G., XIII, 1834. Entendue d’un point de vue tout juridique, l'assertion d’Ori-
ici par l’exégète alexandrin? Naturellement on pense à Tertullien. Des devanciers d’Origène, dont les ouvrages nous sont connus, lui seul fait difficulté; et il est à remarquer que Helvidius et saint Jérôme me connaissaient pas, pour cette même époque, d'autre adversaire de la perpétuelle virginité de Marie. A cela s'ajoute que Tertullien écrit en effet, à deux reprises, que Jésus désavoua publiquement sa mère et ses frères à cause de leur incrédulité !,
Du reste, Origène se montre nettement favorable à l'explication qu'il lisait dans les apocryphes de Jacques et de Pierre : les frères du Seigneur sont des enfants de saintJoseph?.
Saint Hilaire (vers 355) connaît pareillement « des hommes irréligieux et pervers, bien éloignés de la doctrine spirituelle qui prennent occasion de ce qui est écrit des frères du Seigneur pour penser et parler de Marie d’une facon inconvenante et répréhensible.
Les personnages en question ne sont pas nés de Marie, ils sont plutôt des enfants que Joseph avait eus d’un précédent mariage? ».
gène, à cet endroit, me semble susceptible d’un sens orthodoxe.
1 De carne Christi, Vn; cont. Marc., IN, 19.
2 In Matth. x, 55; in Luc, hom, sept., in med. : in
Joan., t. 1,6; Il, 12 dans la Catena Corderii, p.795. 3 Comment. in Matth., 1, 3-4.
3. C’est vers la fin du quatrième siècle que -s engagea la grande controverse sur la perpé- ‘tuelle virginité de Marie. Elle se rattachait à un mouvement assez général qui emportait alors la chrétienté vers le monachisme. La “virginité fut, comme de juste, glorifiée audessus du mariage; on aimait à rappeler que “Jésus et Marie avaient été les premiers à “lever dans le monde l’étendard des vierges!. Dans ce concert d’éloges, y eut-il une note excessive ? C’est possible. Saint Jérôme luimême, ne garda pas toujours la mesure. Ses ‘ennemis le lui ont reproché bruyamment, et “ses amis ont été contraints de convenir que dans son plaidoyer en faveur de la virginité contre Jovinien, il ya des écarts de langage; à leur sens, il rabaissait plus que de juste l’état de mariage?.
Quoi qu'il en ait été, une réaction se produisit. C’est au nom de l’Ecriture que les adversaires du monachisme prétendirent cette fois exalter le mariage. Ne nous y représentait-on pas Marie elle-même comme une honnête
1 « Ilest, je crois, raisonnable de penser que le premier exemple de la chasteté a dû être donné chez les hommes par Jésus, chez les femmes par Marie. Il serait impie d'attribuer à d’autres les prémices de la virginité ». ORIGÈNE, /n Matth., Micne, P. G.. t. X, 137.
2 Cf. Epist., Hieron. ad Pammachium, XLVIN, XLXI; ad Domnionem, L.
mère de famille? Après la naissance virginale de son premier-né, elle avait eu de Josepl d’autres enfants, ceux que l'Evangile appelle « les frères du Seigneur ».
Le point de départ de cette campagne sem ble avoir été Laodicée de Syrie. Saint Epi phane dit que, de son temps, on prêtait ce sentiment à Apollinaire (+ 390); tout au moins; était-elle mise en avant par quelques-uns de ses disciples!. De là, elle aura passé en Arabie, chez les Antidicomarianites, qui not contents de s'opposer aux excès des Collyri diens, tombèrent dans une erreur opposée ?.
Pendant qu'Epiphane les refutait, leurs idées se faisaient jour à Rome. En 380, Helvidius homme obscur et sans talent, y publiait un libelle, dans lequel il niait ouvertement Île perpétuelle virginité de Marie. Le livre fit scandale, et on pria saint Jérôme, alors Rome, de le réfuter. C’est ce qu'il entreprit; vers 383, dans son traité De perpelua virgint late Mariæ, adversus Helvidium.
Le coup ne fut pas décisif. Quelques années plus tard, un moine romain du nom de Jovi=
1 Adv. Hæres., LXxXvVIN, 1.
?Dans le traité de Saint Epiphane, Ads, Hæres., la uxxvnr hérésie est celle des Antidicomarianites ; le chapitre suivant LXXIX, est consacré à l'hérésie des Collyridiens, qui excé
daient manifestement dans le culte de Marie.
3 Micwe, ?. L., XXII, 183-206.
nien, reprit la thèse d’Helvidius. Dès que saint Jérôme l’apprit, il envoya de Bethléem une nouvelle réfutation, dans laquelle il se borne à venger la virginité en général, des attaques dont elle était l’objet; estimant qu’en ce qui concerne la virginité de Marie, il avait épuisé la question dans son précédent traité !.
On a reproché à saint Jérôme d’avoir, dans cette polémique, « révélé tous les trésors d’ironie et d'invective amère, dont son âme était remplie, de répondre à son adversaire par des plaisanteries de mauvais goût? ». Ce jugement, sévère jusquà l'injustice, oublie quelles étaient les mœurs littéraires d'alors; il ne tient aucun compte à l’auteur de l’excuse qu’il présente lui-même à la fin de son écrit contre Helvidius. « Nous avons fait de la rhétorique, mous avons badiné un peu, à la manière des bateleurs. C’est toi, Helvidius, qui nous y as forcé; toi qui, au grand jour de l'Evangile, prétends qu'une seule et même gloire attend les vierges et les personnes mariées ? ».
Comme Jovinien s'était fait des partisans dans le nord de l’Italie, saint Ambroise écrivit, 1 Jbid., 211-338. W. Haller a réuni dans un volume tous les textes qui concernent Jovinien. Cf. Texte und Untersuchungen, nouv. série, 11, 3.
…— 2? G. Herzoc, dans la Rev. d’hist. et de litt. relig., juillet- “août 1907, pp. 329, 331.
3 Adv. Helvid., 22.
lui aussi, une réfutation de ses erreurs!. Du reste; on ne tarda pas à les condamner, à Milan, dans un synode d’évêques. Le pape saint Sirice ratifia aussitôt la sentence, il excommunia nommément Jovinien, et huit dé ses adhérents (390). L'année suivante, 1 concile de Capoue en fit autant pour Bonose, évêque de Sardique en Illyrie, qui s’était compromis dans la même erreurs.
4. Le traité de saint Jérôme contre Helvi dius est resté le répertoire de la question concernant la virginité perpétuelle de Marie: L'auteur reprend les arguments d'Origène e de saint Épiphane, mais il y ajoute beaucou du sien. On avait pensé ébranler la croyane des fidèles avec trois ou quatre textes d l'Evangile. L’exégète qu'est Jérôme n’a pa de peine à réduire l’adversaire au silence au nom de l'Evangile lui-même. L'œuvre vau la peine d’être étudiée de près. Sa seul analyse fera voir qu'on y a bien peu ajout depuis.
1 De institutione virginis, écrit vers 392; la question del perpétuelle virginité de Marie est traitée dans les ch. v-xv; Mine, P. L., XVI, 313-328.
2Micxe, P. L., XVI, 1123; avec la réponse du Synod de Milan au pape Sirice. Zbid., 1125.
3 Epist. Siricii ad Amysium de causa Bonosi, après | LVI: lettre de saint Ambroise, Miene, P, L., XVI, 1192; cf, DENZINGER, Enchirid., n° 1781.
a) Le sentiment d’Helvidius est une nouveauté, une impiété, un démenti audacieux donné à la foi du monde entier! . « Ne pourrais-je pas soulever contre toi toute la foule des anciens écrivains : Ignace, Polycarpe, Irénée, Justin le Martyr, et tant d’autres hommes apostoliques et savants, qui ont écrit des volumes remplis de sagesse contre ceux qui étaient de ton sentiment : Ebion, Théodote de Byzance et Valentin. Si tu les avais jamais lus, tu en saurais plus long* ». On a reproché à saint Jérôme d’en appeler à tort aux écrivains du second siècle. Il est vrai que la controverse dans laquelle les apologistes d'alors furent engagés, portait directement sur la naissance virginale du Christ; mais les raisons qu'ils ont fait valoir ont en réalité une portée plus étendue. C’est ainsi qu'ils appellent couramment Marie la Vierge. Cette appellation sans correctif s’entendrait mal d’une mère de famille, füt-elle la plus honnêle des femmes.
De bonne heure, la foi en la perpétuelle virginité de la mère de Dieu s’est expressément formulée par l’épithète de d&répleves semper virgo. Ce terme figure déjà dans le Symbole des Apôtres, tel qu’on le proposait à
Éd
Antioche, à ceux qui demandaient le baptême; il se lit pareillement dans l’exposition que saint Athanase a donnée de la formule de la foi usitée à Alexandrie!.
De tous les auteurs ecclésiastiques des quatre premiers siècles, Helvidius n’en pouvait citer que deux en faveur de son sentiment :
Tertullien et Victorin de Pettau (+ vers 303). Saint Jérôme lui abandonne Tertullien comme un hérétique, dont l'autorité ne vaut pas plus sur ce point que sur beaucoup d’autres. Quant à Victorin, « il a parlé, comme les évangélistes, des frères du Seigneur, et non pas des enfants de Marie? ». En revanche, l’apologiste de la perpétuelle virginité de Marie aurait pu se réclamer du témoignage formel d'Origène et de saint Epiphane. Le premier avait déjà traité d’hérétiques ceux qui, de son temps, ne professaient pas, sur ce point, le sentiment commun des fidèles; l’autre parle de témérité, de blasphème, de démence jusque
1 Ko year x Mopius Ti: yius tas eunephéios, D'ENZINGER, Enchirid., 12; cf. 10, 142, 143. ?
2 « Et de Tertulliano quidem nihil amplius dico, quam Ecclesiæ hominem non fuisse. De Victorino vero id assero quod et de Evangelistis, fratres eum dixisse Domini, non filios Mariæ. Fratres autem eo sensu, quem superius exposuimus, propinquitate, non natura » ($ 17). C’est qu'en effet tous les passages qui, chez Tertullien, ont trait à la question,
se lisent dans des ouvrages composés à l'époque où il était devenu montaniste, ou du moins semi-montaniste.
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là inouie, de nouveauté intolérablet. Saint Ambroise ne tardera pas à taxer de sacrilège l'entreprise de Bonose pour accréditer les idées d’'Helvidius?.
b) Mais c’est sur le terrain des textes de l'Evangile que Jérôme déploie, contre son adversaire, toutes les richesses de son érudition et la finesse de son goût.
- Ilestécrit dans saint Matthieu (1, 18) : Cum esset desponsata mater ejus Maria Joseph, “priusquam convenirent, inventa est in utero “habens de Spiritu sancio. Qu'est-ce à dire?
demandait Helvidius. Marie n’est pas simplement confiée à la garde de Joseph, elle est bel et bien son épouse; et l’évangéliste n’eût pas dit priusquam convenirent, si l'union n'avait pas été consommée dans la suite. En parlant de quelqu'un qui ne doit pas souper, on ne dira jamais que tel événement s’est passé avant son souper. — Du reste, le même évangéliste s'exprime plus clairement encore quelques versets plus bas, quand il ajoute : Et non cognoscebat eam, donec peperit filium suum (x, 25). Ce qui se trouve renforcé par saint Luc, quand il écrit (11, 7) : Et peperit filium suum
4 ORIGÈNE, Homilia VIIR in Lucam, in med. ; sait Eri- PHANE, Ady. Hæres., LXXVII, 1-17.
2 De Instit. virginis, v, 35.
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primogenitum\. De pareils textes, disait Helvidius, lèvent toute ambiguïté, non seulement à cause de l’acception définitive du terme cognoscebat, qui s’entend ici de l'acte conjugal; mais aussi parce qu'il ne saurait être question de premier-né que dans une famille qui compte au moins deux enfants.
Saint Jérôme commence par remontrer à Helvidius qu'il vient d’entasser autant de sophismes que de mots, à moins qu’il ne préfère avouer avoir tout confondu. La personne recommandée n’est pas fiancée, la fiancée n'est pas épouse (bien que l’Ecriture lui donne le nom d’uxor) : voilà qui est incontestable; mais il n’est pas moins certain que l’épouse ne devient pas telle par la consommation du mariage?. Et saint Ambroise ajoutera qu'un contrat, en bonne et due forme, suffit à faire. d’un couple mari et femmeÿ. A la difliculté tirée des paroles mêmes des évangélistes :" priusquam convenirent*, donec peperit, saint Jérôme répond en citant plus d'un endroits
1 Le texte reçu de saint Matthieu, 1,25, porte rè rpuréroxor primogenitum ; mais c’est là une interpolation, qui a été inspirée par Luc, n, 7. Saint Jérôme, aussi bien qu'Helvidius, lisaient un texte inaltéré.
3 De Institut. virginis, Vi.
4 La Vulgate latine actuelle porte antequam convenirent, ce qui donne le même sens.
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des Ecritures où priusquam et donec ne supposent pas la réalisation ultérieure de la chose qu'on dit n'être pas encore arrivée à un moment donné. Puis, il en appelle, pour préciser le sens de ces locutions, au langage courant; et c’est ici que le polémiste s’est permis une application que des critiques délicats ont trouvée de mauvais goût. « Si je disais : Helvidius fut surpris par la mort avant de faire pénitence, s’ensuivrait-il qu'il ait fait pénitence après le trépas? ». Ce n’était là qu'une boutade, à l’adresse d’un adversaire qui s'était lui-même servi d'exemples guère plus concluants. Car enfin, dire de quelqu'un qu'on le prévint que son souper élait empoisonné avant qu'il se mit à table, ce n'est pas affirmer pour autant que, ce soir-là, il ait soupé. Les exemples tirés de l'Ecriture étaient meilleurs, notamment celui du Deutéronome, XXxIV, 6 : Personne ne connut le tombeau de Moïse jusqu'au jour présent. Qui oserait conclure de ce texte que le tombeau de Moïse a été trouvé par la suite; ou même que, dans la pensée de l'écrivain, on düt le trouver jamais, malgré les recherches des Juifs ?
On a dit que les exemples choisis pour neu-
4 Marrk., xxvin, 20; Î Cor., xv,23-26; Ps.cxxu, 2; Gen., xxxv, 4 (d’après les Lxx); Deut., xxxiv, 6.
traliser l'impression fâcheuse produite par le texte de saint Matthieu, 1, 25, n'étaient pas tout à fait «d rem. Il est exact que dans les passages où les circonstances mêmes indiquent assez que le cas ne comporte pas de changement ultérieur, donec n'implique aucune idée de changement. Mais il en va autrement quand les circonstances invitent au contraire à attendre un changement, passé le terme marqué par donec. Si dans le second livre des Rois, vi, 23, on lisait que « Michol, la fille de Saül, n'eut pas d'enfant jusqu’à ce qu’elle eût quitté David pour devenir la femme de Phaltiel » (au lieu de usque in diem mortis suæ, comme Île texte porte en réalité) le lecteur en conelurait, à bon droit, qu'après avoir quitté David, Michol est devenue mère, parce que la maternité est tout à la fois le but et la conséquence naturelle du mariage !.
« Même sous cette forme, écrit M. C. Harris, l'argument n'est pas concluant. L’évangéliste n’a pas ici l'intention, même implicite, de comparer ce que furent les relations matrimoniales de Joseph et de Marie, avant la naissance de Jésus, avec ce qu’elles furent après, comme c’est le cas de l'exemple allégué. Il entend seulement aflirmer de la facon la plus forte, que Joseph n’a été pour rien dans la conception de
41 Cf. Diction. of the Bible (Hastings), I, 235.
Jésus. Le commentaire laconique de Bengel se trouve donc être pleinement justifié : Donec, non sequitur : ergo post. La mention subséquente des frères de Jésus ne change en rien les conditions, parce qu’il était bien connu, au moment où les évangélistes écrivaient, quels étaient ces frères; une méprise n'était pas possible! ».
Du reste, saint Jérôme accorde à Helvidius que le terme cognoscebat se doit entendre ici de l'acte conjugal; il lui reproche même de s’attarder à exclure des sens auxquels personne n'avait jamais songé?.
L'évangile appelle Jésus le premier-né de Marie. Seulement, observe saint Jérôme, si tout fils unique estun premier-né, tout premierné n’est pas un fils unique, bien qu il puisse l'être. Pour être qualifié de premier- né, il suflit d’être sorti le premier du sein maternel, sans qu'il soit besoin d’avoir des cadets. Aussi bien, la loi de Moïse concernant le premier-né#, trouvait son application dès que
1 Ibid.
? Saint Jérôme exagère ou se trompe. SAINT EPIPHANE, Adv. Hæres., LXXvIN, 17, et SAINT HizaiRe, /n. Matth., 1, 3, ont entendu ce mot d’un acte de connaissance purement intellectuelle. Après la naissance de Jésus, saint Joseph connut Marie, c’est-à-dire eut une pleine connaissance du mystère qui venait de s’accomplir en elle.
3 Exode, xxxIY, 19, 20.
la mère avait donné le jour à un fils, qu'il dût être fils unique, ou bien suivi de plusieurs autres. Ne dit-on pas tous les jours qu’une mère est morte, en mettant au monde son premier-né{?
Helvidius demandait pourquoi Joseph et Marie s'étaient fiancés, s’ils n'avaient pas l’intention d’en venir à la consommation du mariage. — C’est, répond saint Jérôme, que l'honneur de Jésus et de sa mère exigeait que celle-ci füt tenue pour l'épouse légitime de Joseph. Le voile de la loi devait cacher le mystère de Dieu jusqu’au jour où il püt être croyable; alors seulement il sera révélé. C’est
encore que la Vierge-Mère avait besoin d’un
protecteur, et l'Enfant d’un nourricier?.
c) En dépit de ces explications, il reste que le texte du Nouveau Testament parle, à plusieurs reprises, des frères du Seigneur; et c’est sur ce fait qu'Helvidius insistait davantage.