‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 54 sur 66 · CRETE · texte numérisé non relu

CRETE

Jésus, d’ailleurs, fut dans sa jeunesse désigné à Nazareth par le nom de « fils de Marie ».

Nous avons, à cet égard, le témôignage du plus historique des Evangiles. Cela suppose qu'il fut longtemps connu comme fils unique de veuve. De pareilles appellations, en effet, ne s’établissent que quand le père n’est plus et que la veuve n’a pas d’autre fils. Citons l’exemple du célèbre peintre Piero della Francesca. Enfin le mythe de la virginité de Marie, sans exclure absolument l’idée que Marie ait eu ensuite d’autres enfants de Joseph, ou se soit remariée, se combine mieux avec l'hypothèse où elle n’aurait eu qu’un fils! ».

C’est qu'en effet, s’il fallait rendre compte des textes par l'interprétation mythique, je préférerais encore « le mythe de la virginité de Marie » au mythe de la Vierge mère de sept enfants, et peut-être mariée deux fois!

Enfin, il semble bien que les personnages qui, dans l'Evangile, portent le nom de « frères du Seigneur »sont plus âgés que Jésus. On les voit jaloux de sa popularité? ils Le critiquent et lui donnent des avis’; un jour même, ils tentent de mettre la main sur lui, sous

1 Les évangiles, 1877, p. 542.

2 Marc, vi, 4.

3 JEAN, vu, 1etsuiv.

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prétexte qu'il est hors de son bon sens !. Cette} attitude ne se comprend guère de la part de frères puinés, surtout étant données les mœurs de l'antique Orient. Mais, si les frères | du Seigneur sont fils de Marie, ils ne peuvent pas être plus âgés que Jésus, puisque, d’après saint Matthieu et saint Luc, Marie était encore vierge, quand elle le concçut. Jésus fut le pre: mier-né de sa mère.

5. Dans cette campagne entreprise pour l& défense de la perpétuelle virginité de Marie, saint Jérôme fut appuyé par tout ce que les monde chrétien comptait alors de docte eb d’illustre. En Orient : saint Chrysostome?

saint Cyrille d'Alexandrie®, Théodoret#, Théophylacte”; sans parler de saint Epiphaneë et de saint Basile?, qui avaient précédé. En Occi=

1 Marc, mi, 21.

2 ]n Matth., hom. v, 3.

3 ]n Joannem, vn, 5.

* Inepist. ad Galat., 1, in fine.

5 Jn Matth., x, 55, in epist. ad Galat., 1, 19.

6 Zoc. cit. À

7 Je fais allusion à l'écrit intitulé Homilia in sanct. Christi « generationem (Miaxe, P.G., XXXI, 1468). Son authenticité“ est discutée : D. Garnier ne le croit pas de saint Basile, Bar denhewer pense qu’il a été interpolé. J. B. Lightfoot, op, cit. p. 284, estime que la perpétuelle virginité de Marie ny est | pas présentée comme un point nécessaire à l'intégrité de la foi; mais le docte critique fait ici erreur. L'auteur dit seu-« lement que le sentiment contraire ne ruineraït pas la fois au mystère de l’Incarnation.

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és De :

dent : saint Ambroise! saint Augustin?, l'Ambrosiaster® et Pélage lui-même“.

Au reste, les définitions expresses des papes et des conciles ne tardèrent pas à proclamer, avec autorité, que l’adversaire d’Helvidius avait défendu la foi traditionnelle. Le pape saint Sirice, dans son rescrit à Anysius (391), déclare que Bonose a été justement repris, et que ses juges ont eu raison de pousser avec horreur son sentiment. Au vir° siècle (649), le concile tenu au Latran par Martin l‘’, condamne quiconque ne confesse pas que « la toujours vierge et immaculée Marie. n'a pas engendré le Verbe de Dieu, sans atteinte pour sa virginité, laquelle a persévéré intacte après son enfantement ».

Dans les temps modernes (1555), Paul IV a solennellement affirmé, à l'encontre des Sociniens, que la virginité de Marie ante partum,

4 Loc. cit.

2? M. Haller a réuni dans son Jovinianus, pp. 88-109, tous les textes de saint Augustin à ce sujet; et ils sont nombreux. Citons seulement ce que le saint docteur écrivait, en 420, du pélagien Julien : € More illius Joviniani, qui ante paucos annos hæreticus novus virginitatem sanctæ Mariæ destruebat, et virginitati sacræ nuptias fidelium coæquabat ». Contra duas epist. Pelag., à, 4.

3 /n epist. ad Gal., 1, 19; qu'on imprime d'ordinaire à la fin des œuvres de saint Ambroise, Miene, 2, L., XNII, 338.

4 In epist. ad Gal., n; 19; à la fin des œuvres de saint Jérôme, Miewe, P. L., XXX, 808.

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in partu, post partum fait partie du dogme catholique.

Les apologistes orthodoxes ne se sont pas contentés d'affirmer, au nom de la tradition et des textes, que les frères du Seigneur n'étaient pas nés de Marie; ils ont encore essayé de préciser positivement le degré de parenté, qui les rattachait à la personne de Jésus. Comme on pouvait s’y attendre, ils ne sont pas tombés d’accord sur ce dernier point.

Saint Epiphane, et avec lui saint Grégoire de Nysse et saint Cyrille d'Alexandrie, se tiennent à l'opinion propagée par les évangiles apocryphes : les frères du Seigneur étaient des enfants que saint Joseph avait eus d'un mariage antérieur?. Origène, et, à sa

1 Siricii papæ epist. ad Anysium de perpet. virg. Mariæ, (DenzinGer, Enchirid., 1781); Concilii Lateran., sub Martino I, Can. 3 (DENzINGER, Enchirid., 204); Pauli IV constitutio Cum quorumdam, confirmata a Clemente VIII (Den- ZINGER, Enchirid., 880).

2S, Eripn., Adv. Héær., Lxxxvin, 9: S. Grec. Nys., /n Christi Resur., orat. 1; S. CyriL. ALEx., /n Joan., vu, 5. Saint Epiphane ajoute même des précisions, qui ne se rencontrent pas chez ses devanciers. Il sait que saint Joseph, frère de Clopas, était fils de Jacob surnommé Pauther; qu'il avait d’abord été marié à une femme de la tribu de Juda, qui lui donna six enfants, quatre garçons (Jacques, Joseph,

Siméon et Jude), et deux filles (Marie et Salomé). D'autres parlent ici d'Esther et de Thamar ou Marthe,

LES EXPLICATIONS 257 suite, saint Hilaire s'étaient déjà ralliés à ce sentiment, mais sans grande conviction!. Il est possible que Clément d'Alexandrie, Eusèbe et l’Ambrosiaster lui aient été favorables, mais ce n’est pas sûr°. Ils disent, à la vérité, que certains personnages sont, dans l’Evangile, appelés frères du Seigneur, parce qu'ils étaient, ou mieux parce qu'on les appelait fils de Joseph; c’est l'expression même employée par Eusèbe, à propos de Jacques, le premier évêque de Jérusalem?. Quoi qu’en dise Lightfoot, la construction de la phrase, comme aussi la teneur du contexte, donnent à penser qu'aux yeux d'Eusèbe, Jésus et Jacques étaient frères parce que l’un et l’autre étaient appelés fils de Joseph. Reste à savoir à quel titre ils étaient fils de Joseph. N’est-il pas plus vraisemblable qu'Eusèbe dépende, sur ce point, d'Hégésippe, qu'il a tant utilisé. Or, nous avons déjà dit que celui-ci voit dans les frères du Seigneur des cousins paternels de Jésus#.

Il est difficile de supposer que saint Jérôme ait ignoré le véritable état de la tradition. Il

1 Voir plus haut, p. 234.

2 Le P. Corluy, op. cit., p. 15, accorde qu'Eusèbe est favorable au sentiment de saint Epiphane.

3 JL. E., Il, à : ôte On xœt odros rod Tucnp dvouyoro mous.

4 Voir plus haut, pp. 227 etss.

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a si peu conscience d’avoir rompu, dans la polémique contre Helvidius, avec un sentiment ferme et généralement reçu, que vingt ans plus tard, il écrira encore : « Certains conjecturent que les frères du Seigneur sont des enfants que Joseph aurait eus d’une autre femme, suivant en cela les réves des apocryphes!». Pour lui, il s’en tient à ce qu'il a déjà écrit dans son livre Adversus Helvidium. Les frères du Seigneur sont des cousins, nés de cette Marie, que l'Evangile appelle mère de Jacques le petit et de Joseph; elle était femme d’Alphée et tante maternelle de Jésus, en tant que sœur de la sainte Vierge. Saint Jean l’appelle encore Marie de Clopas (qui devient Cléophas chezles Latins), parce qu’elle était fille ou simplement parente de celui-ci.

1 Comment. in Matth, xu, 49, 5o; écrit en 398. De ce que nous venons de dire, on peut juger si M. Herzog a représenté correctement la situation, en écrivant: («Par ces paroles (qui affirment la virginité de saint Josephet font des frères du Seigneur des cousins maternels de Jésus), saint Jérôme brise avec une tradition de deux siècles. A l'époque où il vivait, le récit de l'Evangile de Jacques avait fini par s'imposer à tous, sauf à quelques esprits attardés, comme Helvidius, Jérôme rejette ce récit presque universellement respecté, et il transforme en cousins du Christ, c'est-à-dire en fils de la sœur de Marie, comme il l'explique dans son Comment. sur saint Matthieu, ceux que les textes évangéliques appelaient les frères, et dont, depuis deux siècles, on faisait des demi-frères de Jésus ». Revue d’Hist. et de Littér. relig., juillet-août, 1907, p. 331.

Mais ce dernier point reste, aux yeux de saint Jérôme, secondaire et sans grande importance ; il n'entend pas contester là-dessus. Ce qu'il interdit à Helvidius, au nom des textes, c’est de confondre cette Marie avec la mère de Jésus!. Par-dessus tout, il tient à la virginité de saint Joseph. « Tu dis que Marie n’est pas restée vierge; et moi je prétends davantage, à savoir que Joseph lui-même fut vierge, à cause de Marie, afin que celui qui devait être vierge par excellence naquit d’un mariage de vierges ? ».

.. Ge sentiment, saint Jérôme ne le fonde pas sur l'autorité de ceux qui l’ont précédé, mais sur des raisons de haute convenance; qui sont d'autant mieux recevables, que les textes de l'Evangile, non seulement n'y contredisent pas, mais encore se comprennent mieux dans cette hypothèse. C’est uniquement de la virginité de saint Joseph et non du sentiment qui fait des frères du Seigneur des cousins de Jésus, que doit s'entendre le jugement porté

1 Adv. Helvid., 13, 14. Saint GréGoire DE Nysse, /n Christi Resurrectionem, orat. 11 (Miaxe, P. G., XLVI, 648), fait, il est vrai, cette confusion, mais en ün sens bien différent : la sainte Vierge serait appelée Marie mère de Jacques et de Joseph, parce que ceux-ci étaient devenus ses beauxfils par le fait de son mariage avec saint Joseph, leur père.

2 Adv. Helvid., 19.

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par Baronius : « ujus (opinionis) fortissimus slipulator seu potius auctor Hieronymus».

Saint Chrysostome et saint Augustin s'étaient tout d’abord montrés favorables à l'opinion de saint Epiphane ; mais ils ne tardèrent pas à se ranger à celle de saint Jérôme?. Suivirent bientôt après, chez les Grecs : Théodoret et Théophylacte; quant aux Latins, ils ne font mention de l’hypothèse d’un premier mariage de saint Joseph que pour la déclarer inacceptable °.

Seulement, l'opinion de saint Jérôme ne tarda pas à s'enrichir d’explications complémentaires. À l'identité de Jacques le frère du Seigneur avec l’apôtre Jacques, fils d'Alphée, on en ajouta une autre : Alphée lui-même était confondu avec Clopas. Dès lors, Pappellation «Marie, celle de Clopas » serait à traduire par « Marie, femme d’Alphée ». ‘Myaïos et Kwr& ne

1 Apparat. ad Annales, xur.

2 Sainr CuRYsoSTOME est avec saint Epiphane dans son Comment. in Matth., hom. v, 3 ; avec saint Jérôme dans son Comment. sur l'épitre aux Galates, 1, vers la fin. Sawr AuGusrin est avec saint Epiphane dans Quæst. XVII in Matth., m1, 2; avec saint Jérôme, in Joann., tract. X, cap. w, n. 2; tract. xxxvin, 3; dans le Comment. sur l'épître aux Galates, 1, 19, il joint les deux opinions.

3 Taéoporer, /n epist. ad Gal., 1, vers la fin; Taéorny- LACTE, /n Matth., x, 55; in Galat., 1, 19, où il essaye de combiner les deux sentiments: Jacques est frère de J.-C., en tant que fils légal de Joseph, qui avait, en exécution de la loi du lévirat, donné des enfants à son frère Clopas.

devaient être que deux transcriptions grecques d’un seul et même nom hébreu v5n.

Cette hypothèse jouira longtemps d’un grand succès. De nos jours, le nombre de ceux qui la contestent va croissant!.

On a poussé plus avant dans la voie des identifications. Dans le collège apostolique, à côté de Jacques, prit place un autre frère du Seigneur : Jude, l’auteur de l’épitre devint l’apôtre Thaddée ou Lebbée. Bien plus, des auteurs se sont demandé si Simon, ou Siméon, le second évêque de Jérusalem, est distinct de l’apôtre Simon dit le Cananéen ou Zélote, que saint Jérôme appelle trinomius. Ces identifications figurent plus ou moins dans toutes les liturgies occidentales, y compris la liturgie romaine; mais elles sont inconnues des orientaux?. Le concile de Trente lui-même

! Cette identification qui figure, semble-t-il, pour la première fois, dans sar Carysostrome, /n epist, ad Gal., 1, 19, et plus tard dans Tuéoporer, /n epist. ad Gal., x, 19, a été, de nos jours, longuement exposée et défendue par le P. Corcuy, 6p. cit., pp. 146-148. On peut voir les difficultés qu'elle souffre dans le Diction. de la Bible (Vicouroux), I, 419. M. Renan a soutenu successivement les deux opinions. « Ces deux noms semblent désigner une même personne ». Vie de Jésus, 13° édit., p. 25. «On a souvent identifié le nom d’'Ayxos avec celui de K2w7r% par l'intermédiaire de 6m. C'est là un rapprochement tout à fait faux ». Les Evangiles, p. 546.

? Les calendriers grecs, syriens et coptes distinguent Jacques le frère du Seigneur de Jacques d'Alphée. Les Grecs

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