‹ L'enfance de Je?sus-Christ :Chapitre 56 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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1° Au sujet des textes qui concernent les

frères du Seigneur, il y a une tradition dog-

“matique d'un caractère négatif; elle porte sur “le sens qu'il ne faut pas leur donner. L’exépese qui fait de ces personnages les frères de avec! nés de la même mère, est incompatible | F

nt

avec le dogme de la perpétuelle virginité de Marie. is bien, c’est au nom de la foi traditionnelle, qu’on s’est invariablement opposé aux Antidicomarianites, à Helvidius, à Bonose et à Jovinien.

D'autre part, le sentiment d’Helvidius n’a ppas un point d'appui suffisant dans les textes, mi dans la tradition purement historique. Cer-

tes, elle supprime la difficulté soulevée par l'expression de «frères du Seigneur »; mais, “en revanche, elle introduit “He les textes des invraisemblances, des incohérences qu’une

TEA COUR. : pat ;

exégèse correcte ne réussit pas à surmonter… Ce sont précisément ces circonstances du récit des Evangiles que saint Jérôme a fait valoir cul faveur du sentiment opposé et que les exégètes. venus après lui ont trouvées persuasives.

Quant à la tradition des trois premiers siècles, elle était si peu dans le sens d’ Helvidius que celui-ci n'avait osé se réclamer que de Tertullien et de Victorin de Pettau. Nous avons dit que saint Jérôme lui contesta ce dernier. Bien plus, la foi en la perpétuelle virginité de Marie s'affirme implicitement dans le nom de Vierge que les apologistes du second siècle donnent par antonomase, à Marie; et elle ne tarde pas à devenir explicite dans l’appellation de äréghec, qui se rencontre dans les plus anciens formulaires de foi.

On a vite dit que le sentiment religieux, en se développant et en s’exaltant, d’après une loi fatale, a dépassé le sens primitif des textes; on ajoute que, à la longue, la conscience chrétienne est devenue insensible à la protestation de l'histoire. C’est là une aflirmation injustiliée. Qu'on se l’avoue ou non, elle s'appuie, du moins en partie, au préjugé d’un évolutionnisme religieux radical. Aux yeux de la plupart des tenants modernes de l’exégèse d’Helvidius, toute croyance au surnaturel doit avoir son point de départ dans un fait naturel, que

a foi a transfiguré par voie de sublimation légorique ou mythique.

Et puis, de quel droit affirme-t-on que la concience des premières générations chrétiennes V'avait, vis-à-vis des faits primordiaux, ni inelligence, ni probité? L'étude de la littérature Valors, en commencant par les épitres de Saint Paul, donne un démenti éclatant à cette anière de voir. Le respect des limites posées ar les données primitives de la doctrine chrélienne, se laisse toucher du doigt dans la lutte longue et pénible que l’orthodoxie eut à souteir contre les Gnostiques Docètes. Quelque attrayant que füt pour les âmes un Christ fait au ciel et tombé sur terre, à la manière d’une manne, l'Eglise est restée invinciblement attachée au Jésus des Evangiles, dont la vie est tellement solidaire des faiblesses de notre mature que la sagesse humaine s’en trouve confondue et scandalisée. Avec cette disposition, la conscience chrétienne a dû avoir des raisons pressantes pour professer la naissance “irginale du Christ et la perpétuelle virginité de sa mère, étant donné surtout que certains passages des Evangiles semblaient dire le contraire.

On a prétendu que « le dogme de la conception virginale du Christ appelait, comme ‘Son complément naturel et nécessaire, la

à ré

virginité perpétuelle de Marie, et celle-ci sui vait celle-là de si près qu’elle ne semblait pa pouvoir en être séparée! ». Voilà une manièr très libre d’écrire l’histoire des doctrine chrétiennes. Avec cette méthode, on peut certes, fournir une explication quelconque du symbole actuel; mais, on peut aussi, bien davantage, faire voir que ce symbole devrait, à ce compte, étre différent de ce qu'il est en effet.

Les anciens, notamment saint Epiphane e saint Jérôme, ont, il est vrai, comparé le seir de la Vierge au tombeau neuf, dans leque fut déposé le corps de Jésus; ils ont insisté sur la souveraine convenance qu'il y avait à ce que la porte, qui avait livré passage au divin Roi, restàt fermée pour tout autre Mais, ils ne se font pas illusion sur la portée de ces considérations, qui rendent le dogme plus croyable, sans être capables, à elles seules, de le fonder.

On insinue que la croyance en la perpétuelle virginité de Marie aura commencé au second ou au troisième siècle, de la même façon qu'au quatrième siècle la virginité de saint Joseph, qui devait être le gain doctrinal de la polémique de saint Jérôme contre Helwi=

1 G. Herzoc, Rev. d'Hist. et de Littér. relig., juillet-août 1907, p. 320; cf. p. 327.

lius. Au terrain déjà acquis sera venue s'aouter une conquête nouvelle. Nous acceptons exemple, car ilest bien choisi pour faire saisir la différence profonde, infranchissable entre un dogme et une pieuse croyance.

- Quand se produisirent les dénégations de la erpétuelle virginité de Marie, ce ne fut qu'une voix dans la chrétienté, en Orient comme en Occident, pour protester, au nom de la foi traditionnelle. Les novateurs furent traités d’insensés, de pervers et d’impies. Origène les avait déjà appelés Lérétiques. On s’attacha avant tout à aflirmer le dogme, l'explication des textes faisant difficulté restait au second “plan. A plusieurs reprises, l'Eglise est venue, “par ses définitions sanctionner cette protes- “ation de la conscience chrétienne. Au con- “traire, quand saint Jérôme parle de la virginité de saint Joseph, il a garde de se réclamer “de la tradition; il sait, et il l'avoue, que des - anciens (pas des moindres), ont pensé diffé- -remment à ce sujet!. C’est au nom des textes, “c'est pour donner satisfaction à la piété des : fidèles, qu'il oppose son exégèse à l’affirmah: D'après le traité Ads. Helvedium, 19, ceux qui ont sou- “tenu, avant lui, un sentiment contraire au sien, seraient le ‘plus grand nombre, plerique. Mais on sait que ce mot n'a pas un sens très défini, sous la plume de saint Jérôme.

Dans le De viris illustr., 2, plerique devient nonnulli, et dans le Comm. in Muatth., xu, 49, quidam.

LR

tion audacieuse de ceux qui ont fait de sain Joseph le père, selon la chair, des frères d Seigneur!. Le sentiment de saint Jérôme es devenu commun dans l'Eglise, et on a bien pt dire, qu’eu égard à l’action directrice de l’'Ess prit-Saint sur la piété des fidèles et le cult chrétien, il y aurait témérité à le révoque en doute, et scandale à parler contre; mais pas un théologien n’a prétendu que ce fût là u dogme de foi, ni même une doctrine définis:

sable. Le judicieux Tillemont le faisait déj observer, en y insistant?.

Le culte croissant pour la virginité, dont le

! «Quod plerique non tam pia quam audaci temeritate con: fingunt », Adv. Helvedium, 19. Comment saïnt Epiphane ne “s'est-il pas aperçu qu’à moins de rompre avec le texte de l'Evangile, il était obligé d'admettre qu’au moment même que saint Joseph était le fiancé ou l'époux de la sainte Vierge, il aurait eu encore cette première femme que les Evangiles apocryphes lui donnaient? Il est manifeste en effet que la mère de deux tout au moins des frères du Sei gneur, Marie de Clopas, compte parmi les pieuses femmes qui accompagnent Jésus.

2 Je le cite. « Le cardinal Pierre Damien dit même que c’est la foi de l'Eglise ; ce qu'il faut sans doute entendre de cette créance commune. Car ce grand homme était trop habile pour ne pas savoir que ce serait renverser le fonde ment de l'Eglise de faire un article de foi d'une chose don lEcriture ne dit rien, dont le contraire a été cru par plusieurs Pères, et qui n’est soutenu entre tous les anciens que par saint Jérôme, et cela en passant, dans la chaleur de la dispute, non comme la créance de son temps, mais sur une raison fort faible... » Mémoires pour servir à l'hist. ecclésiastique, 1693, I, p. 505.

monachisme est, au quatrième siècle, l’expression publique et sociale, a-t-il exercé une influence appréciable sur les doctrines concernant le mariage de Marie et de Joseph? Il est incontestable que les sympathies ou les antipathies pour le monachisme ont activé la po- Hémique à ce sujet. Des deux côtés, on a “cherché dans l’Ecriture des textes pour exalter ou pour déprimer l’état de virginité. Ceuxei avaient intérêt à faire de Marie le type de l'épouse chrétienne, ne se distinguant de l’honknête mère de famille que par l'honneur de «la maternité divine; ceux-là étaient heureux et fiers de pouvoir mettre sous le patronage de la «Toujours Vierge » la pratique de la vir- “cinité, qu'ils estimaient être l’idéal de la vie “chrétienne. Que sous l’empire de ces préoccupations en sens inverses, des excès se soient produits, même du côté des orthodoxes, que l’on ait donné à certains textes une portée “qu'ils n'avaient pas : nous en convenons. Mais il est clair, — et notre étude a voulu en fournir la preuve, — que ces influences ne suffisent absolument pas à expliquer, du point de vue strictement historique, l’origine du dogme en la perpétuelle virginité de Marie; ni la violence qu'à un moment donné, l’exégèse “chrétienne aurait dû faire subir au sens primitif des textes de l'Evangile.

Du reste, qu’est-il besoin d’attendre jusqu'au 1v° siècle pour signaler la réaction possible de la pratique sur la doctrine ? Le Christ en personne, et saint Paul après lui, ont proclamé, dès la première heure, la prééminence de la virginité sur le mariage; et l'on sait assez que l'Eglise n’a jamais manqué d’une élite, hommes et femmes, qui ont tenu à conformer leur vie à cet idéal évangélique. Si lé dogme de la perpétuelle virginité de Mari est le produit spontané de cette estime pou la continence, comment se fait-il que Tertul lien, dont l’encratisme excessif est bien connu ait été l'ancêtre d'Helvidius? Et encore, pour quoi l’ascétisme de saint Epiphane, qui étai pour le moins aussi marqué que celui de sain Jérôme, ne lui a-t-il pas suggéré l’idée de la wir ginité de saint Joseph ?.. Et tant d’autres ques= tions qui, sur ce terrain, restent sans réponse satisfaisante. Mieux vaut donc se tenir aux faits et aux textes que de subordonner sa pensée à une théorie préconcue.

2° Quel est le degré de parenté qui a valu à Jacques, Joseph, Simon et Jude d’être appelés les «frères du Seigneur »? Il n'existe à ce sujet aucune donnée dogmatique proprement dite; la tradition historique elle-même n’est ni uniforme, ni constante. Le sentiment de saint Jérôme, qui en fait des cousins de

Jésus, a depuis longtemps supplanté l’opinion de saint Epiphane; mais ce succès ne suffit pas à le rendre de tous points certain. Son exégèse a, du reste, subi, au cours des âges, plus d’une modification.

Au lieu de cousins maternels, on parle plus volontiers aujourd’hui de cousins paternels.

Et même, ces parents de Jésus sont assez couramment divisés en deux groupes. Le texte des évangiles semble autoriser cette distribution. En certains passages, on se contente d’énumérer, au nombre de quatre, les frères du Seigneur; mais ailleurs quand leur mère est nommée, on n’en compte plus que deux :

Jacques et Joseph!. N'y a-t-il pas là un indice significatif qu'ils n'étaient pas tous parents de Jésus au même titre ?

Aussi bien, des auteurs, qui deviennent chaque jour plus nombreux, tiennent que Joseph (époux de la sainte Vierge) avait un frère : Clopas; et une sœur : Marie, femme d’Alphée?. On voit que ce sentiment n’admet pas l'identification de Clopas avec Alphée. De Clopas seraient nés Siméon et Jude, tandis que de Marie seraient nés Jacques et Josephi.

4 CE. MaTTx., xxvI1, 56.

2 Dans cette hypothèse Magix roô Klur& est à traduire Marie, sœur de Clopas, et Mapix ñ roÿ ’TouxaiGou Marie, mère de Jacques.

3 Voir la justification détaillée de cette opinion dans le

27h LES FRÈRES DU SEIGNEUR

C’est la combinaison suggérée par le témoignage d'Hégésippe, celle aüssi qui donne plus facilement satisfaction aux textes du Nouveau Testament.

Les identifications ultérieures sont encore plus incertaines. Jacques et Jude, frères du Seigneur, sont-ils à confondre avec les apôtres saint Jacques le Mineur et saint Jude?

La question reste ouverte. Il faut même convenir que la réponse affirmative cadre assez mal avec les textes de l'Evangile, qui représentent les frères du Seigneur comme incrédules à sa mission!. On répond, il est vrai, à cette difficulté, en disant que les évangélistes n'ont entendu parler que d’une incrédulité relative; ou encore, que ces frères incrédules sont à chercher en dehors du groupe des quatre, nommés dans l’Evangile?. Ces rai-

P. Cazmes, L'évangile selon saint Jean, p. 175. D'après Baronius, Appar. ad Annales Lxi-1xvi, pp. 457-459, Marie, femme d'Alphée, sœur de Clopas et de saint Joseph, reste distincte de l’autre Marie, femme de Clopas. Par contre, celle-ci serait cousine (2821) de la sainte Vierge; et de la sorte Siméon et Jude se trouvent être cousins du Seigneur à un double titre. — D’autres ont essayé de combiner le sentiment des modernes avec celui de saint Jérôme : Joseph et Clopas, deux frères, auraient épousé deux sœurs, portant le même nom : la Vierge Marie et Marie, dite de Clopas.

1 JEAN, vu, db; MARC, mi, 21.

2 Cf. CaLmes, op. cit., in Joan., vu, 5; CorLuy, op. cit., p. 148 ; CorneLy, /ntrod. in libros N. T., 1, p. 596.

sons ne sont pas absurdes, reste à savoir si on a le droit de les tenir pour recevables, étant donnée la teneur des textes.

L'hypothèse de l'identité ne s'accorde guère mieux avec le livre des Actes (1, 14), dans lequel les frères du Seigneur font un groupe, distinct de celui des apôtres!. Quant au texte de l’épitre aux Galates (1, 19) 55507 Gi räv roro où Etdey si ph Iirwboy roy adepoy rod zupiou, tout le monde convient qu'il comporte un sens acceptable dans les deux opinions. Les mots décisifs 2? x ne signifient pas nécessairement qu’en outre de Pierre, saint Paul a vu encore quelqu'un des apôtres; cette particule peut aussi bien avoir un sens exclusif : Je ne vis aucun autre apôtre, absolument personne, sinon Jacques le frère du Seigneur *?.

Il est visible que certains apologistes se rangent trop facilement à l'hypothèse de l’identification par le désir d'y trouver une solution radicale à la difficulté soulevée par les frères du Seigneur. Si Jacques, fils de Marie, « celle de Clopas », est à identifier avec l’apô-

. tre Jacques, fils d’Alphée, il devient évident

qu'il n'est pas né de Marie, mère de Jésus.

Mais c’est là une considération tendancieuse

AGE ECor., 1x, 9.

2 Cf. CorLuy, op. cit., p. 147.

à écarter du débat. La virginité perpétuelle . de Marie et le caractère précis du lien de.

parenté, qui unissait Jésus à ceux que l’'Evangile appelle ses « frères », sont et doivent . . rester deux questions distinctes.

! Cf. CorneLy, Comment. in epist. ad Gal., p. 4x2, notes.

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