DÉCADENCE D U MARIAGE
Origine des billets de faire part. Celui du duc de Richelieu.
— Premiers billets imprimes. — Rillets gravés d'avance.
— Examen médical subi par Isabcau de Bavière avant son mariage. — Premier bal de Cour. — Satires du mariage. Kpithètes données aux maris trompés. — On ne se marie plus pour se créer un intérieur. — C'est un ridicule d'aimer sa femme. — Opinion de Labruyère et de la princesse Palatine sur le mariage. — Reconnaissance d'enfants naturels. Enfants mis sous le poêle. — Louis XI V ordonne à ses courtisans d'aimer leur femme. — Les trois mariages du duc de Richelieu. — Les Lettres persanes.
— Le mariage sous la Régence. — L' école des bourgeois .
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— Le mariage en 1728 et le mariage en 1859. — Louis XV modèle des maris. — Le préjugé à la mode. — Louis XVI aime sa femme et s'attire ainsi le mépris de la Cour. — Le mariage à la fin du dix-huitième siècle.
Jadis, lorsqu'un mariage était conclu entre deux familles, les parents des futurs époux allaient eux-mêmes en informer toutes les personnes de leur connaissance. C'étaient beaucoup de visites à faire, et parfois chez des gens que l'on ne voyait pas avec plaisir. L'on s'arrangea donc pour se présenter chez eux à une heure où l'on savait ne pouvoir les rencontrer; on se munit alors de billets manuscrits qui contenaient 1 annonce du mariage et que l'on déposait à leur porte. Dans les maisons riches , ces billets étaient écrits avec soin, sur beau papier, et ornés de peintures, d'arabesques, d'emblèmes, etc. L'un des billets exécutés pour le mariage du célèbre duc de Richelieu a été retrouvé au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale et reproduit par le Magasin pittoresque1 . Dans un cadre assez gracieux, au bas duquel figurent des épis de blé, une cage fermée, des jouets d'enfant, on lit :
M. le duc de Richelieu a épousé, la nuit du 6 au 1 Tome X, année 1842, p. 184.
7 aoust 1 73 4, au château de Montjau en Bourgogne, la seconde fille d'Anne-Marie- Joseph de Lorraine, prince de Guise, comte de Harcourt.
On s'avisa ensuite de substituer aux manuscrits des billets imprimés et d'un très petit format. Cette innovation fut due, croit-on, au marquis de Pons. Les billets qu'il fit imprimer à l'occasion de son mariage sont ainsi conçus :
Monsieur et Madame de Pons sont venus pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage de monsieur le marquis de Pons, leur fils, avec mademoiselle de Brosse.
Madame de Castellane est venue pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage de mademoiselle de Brosse, sa fdlc, avec M. le marquis de Pons.
A la fin du dix-huitième siècle, il se vendait des lettres gravées d'avance, sur lesquelles on n'avait plus qu'à ajouter les noms à la main. Un journal de 1777 publiait l'annonce suivante : « On trouve chez Mme Golson, rue de la Tissanderie, maison des Trois-Gouronnes, vis-à-vis le cul-de-sac S. Faron , de très jolis billets de visite pour la nouvelle année, des billets d'invitation pour les repas,
et des billets de mariage, tous fort bien gravés 1 . »
Le désir de conserver la race belle et pure dans les familles nobles avait donné naissance à une étrange coutume, qui m a été révélée par une phrase de Froissai t. Il écrit, au sujet du mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière : « Il est d'usage en France que quelconque dame, comme fdle de hault signeur que elle soit, que il convient que elle soit regardée et avisée toute nue par dames, à savoir si est elle propise et fourmée à porter enfans 2 . »
Les dames ou matrones qui procédèrent à cet examen vis-à-vis d'Isabeau durent se montrer satisfaites, puisque le mariage eut lieu, et la reine ne démentit pas leur verdict, puisquelle donna à son royal époux douze enfants au moins. Je ne sais si cet usage se perpétua, mais je rappellerai que la première 1 été de Cour à laquelle on puisse donner le nom de bal eut lieu à l'occasion de cette déplorable union, contractée en 1 385 . J'avertis aussi que déjà, les savants prétendaient expliquer dans
1 Affiches, annonces et avis divers, numéro du 31 décembre 1777, p. 211.
2 Chronique, édit. Kervyn de Lettcnhovc, t. X, p. 3V5.
quelles conditions s'engendrent soit des garçons, soit des filles, et pourquoi les enfants ressemblent tantôt à leur père, tantôt à leur mère, tantôt à tous les deux '.
Les mariages, en général très féconds, formaient un lien assez respecté, mais qui se relâcha peu à peu, surtout dans les classes élevées. V ta fin du quinzième siècle et au seizième, la littérature les prend sans cesse pour texte de ses railleries. Les Nouvel/es, dites de Louis XI, celles de Marguerite d'Angoulême et <le Bonaventure Desperriers, les contes de Noël Du Fail et le Moyen de parvenir , pour ne citer que les livres les pins célèbres, abondent en mésaventures conjugales, et sans pitié ils déversent le ridicule sur les maris trompés. Le Roman de la rose les avait qualifiés de cous, et Villon ne leur épargne pas l'épithète dont Molière a fait le titre d'une de ses comédies. Au quinzième et au seizième siècle, on les nommait plus souvent des Jean. On lit dans une lettre de rémission accordée en 15(15 : « Icelle femme vint à l'encontre du suppliant, son mary, et lui dist telles parolles : Traistre, paillard, larron, je t'ay fait plusieurs fois Johan,
1 Voy. Barthélémy de Glanville, De proprietate rerum, tract. Corbechon, édit. de 1556. f" XI, ÏX. verso.
et en despit de toy, je te le fera y encores1. » On disait dans le même sens, janin, génin, janol, etc.
En somme, il se trouve encore, au seizième siècle, une grande dame qui repousse l'amour du roi, un grand seigneur, un Gondé qui, dédaigneux de l'honneur que le souverain veut faire à sa femme, s'enfuit avec elle, gagne la Belgique, puis l'Italie, et ne revient en France qu'après la mort du galant monarque.
Ces délicatesses ne sont plus de mise au siècle suivant. Les plus nobles maisons s'accommodent très bien d'un partage où elles trouvent leur compte. Les maris imbus des préjugés d'un autre âge ferment les yeux pour ne rien voir, d'autres spéculent effrontément sur l'inconduite de leur femme , briguent l'honneur de fournir au maître des favorites, recherchent cette industrie fructueuse, et en vivent. Je ne veux citer ici aucun nom ; si l'on tient à en connaître, on les trouvera dans les mémoires du temps, dans ceux de Saint- Simon entre autres.
Le jour arrive enfin où l'on cesse de se marier pour constituer une famille et se créer un intérieur. Le gentilhomme prend femme parce
1 Ducan«e, Glossarium , au mot Joannes.
qu'il lui faut bien procréer un fils de son sang, un héritier du nom, des biens et des armes de La maison. Cette formalité accomplie, on abandonne sa femme au premier venu; parfois mi me, comme M. d'Epinay, on violente ses scrupules, on tient à faire le bonheur d'un ami, on l'introduit soi-même dans la chambre conjugale durant le sommeil de l'épouse \ Qu'importe après tout? Dès qu'un fils est né, le bon ton exige que les époux vivent chacun à sa guise. Les enfants qui pourraient survenir n'embarrassent personne; si ce sont des fils, on obtiendra bien pour eux une abbaye; si ce sont des filles, à défaut d'un riche mariage, le couvent est là, où elles iront vivre et mourir. « J'aime mon fils, dit un des personnages de Collé, je l'aime comme s'il n'étoit pas de mon mari. Et il en est bien sûrement, car c'est mon premier ". »
Je n'exagère rien en tout ceci, et si l'on désire des preuves, je vais en fournir. Ce ne sont même pas aux moralistes de profession que je les emprunterai; car on ne se cache point, tout se passe au grand jour, et le théâtre raille publiquement une coutume, un agréa-
1 .M me d'Epinav, Mémoires, édit. Boiteau, t. I, p. 87. f La vérité dans le vin, scène i. Coim'die jouée en 1750.
ble travers, dont personne ne songe à rougir : Labruyère disait vers 1090 :
11 étoit délicat autrefois de se marier; c'étoit un long établissement, une affaire sérieuse el qui méritoit qu'on y pensât. L'on étoit pendanl toute sa vie le mari de sa femme, bonne on mauvaise : même table, même demeure, même lit. L'on n'en étoit point quitte pour une pension. Avec des enfans et un ménage complet, l'on n'avoit pas les apparences et les délices du célibat.
Qu'on évite d'être vu seul avec une femme qui n'est point la sienne, voilà une pudeur qui est bien placée. Mais quelle mauvaise boute fait rougir un homme de sa propre femme, et l'empêche de paroître eu public avec celle qu'il s'est choisie pour sa compagne inséparable, qui doit faire sa joie, ses délices et toute sa société; avec celle qu'il estime, qui est son ornement, dont l'esprit, le mérite, la vertu, l'alliance lui font honneur?
Je connois la force de la coutume, et jusqu'où elle maîtrise les esprits et contraint les moeurs dans les choses même les plus dénuées de raison et de fondement; je sens néanmoins que j'aurois l'impudence de me promener au Cours 1 avecune personne qui seroit ma femme 2.
Il fallait, pour braver à ce point le ridicule, un courage dont bien peu d'hommes étaient capables. Aussi Labruyère ne fut guère écouté,
1 Le Cours-la-reine, alors promenade à la mode. s Les caractères, édit. Servois, t. 11. p. 180.
et moins de quatre ans après clans une pièce du Lhràtre italien, la tendre Isabelle disait au bel Octave : « Il faut vous l'avouer, j'ai des défauts que vous ne démêlez pas. Quand vous serez mon mari, jevoudrois être souvent avec vous, et ce n'est pas la mode que les maris soient avec leur femme 1 . »
La mode s'opposait moins à ce qu'ils les martyrisassent, puisque le prince de Gonti abreuvait la sienne d'injures, de coups de poing et de coups de pied2.
Cela sentait d une lieue son manant, et bien peu de gentilshommes daignaient s'occuper à ce point de leur femme. Aussi est-ce dans le monde des manants que se rencontraient encore des exemples d'union conjugale parfois paisible et souvent heureuse. Voici ce qu'écrivait Lu princesse Palatine en 1 721 :
On trouve encore, parmi les gens d'une condition inférieure, de bons ménages. Par exemple, un de mes valets de chambre avait une femme qui était bien ta plus laide créature qu'on put trouver; elle -était plus large que longue, la bouche énorme, les dents toutes gâtées, les yeux chassieux, et cependant le pauvre homme se désespère parce qu'elle
1 Arlequin défenseur du beau sexe, acte II, scène v. Dans le Théâtre italien de Gherardi, t. V, p. 226. s Saint-Simon, Mémoires, t. VI, p. 330.
est morte depuis huit jours. Mais parmi les gens de qualité, je ne connais pas un seul exemple d'affection réciproque et de fidélité
Au moment où la Palatine traçait ces lignes, Louis XIV venait de mourir. Il laissait huit enfants adultérins, légitimés de par sa royale volonté, et dont les plus grands seigneurs et les plus grandes dames avaient sollicité l'alliance. Dans le peuple, les enfants nés hors mariage étaient souvent reconnus et légitimés par une union que l'Église bénissait volontiers, quoiqu'on lui eût demandé un peu tard de la sanctifier. Dans ce cas, les enfants étaient placés sous le poêle qui couvrait les deux époux. M. Jal a recueilli plusieurs mentions de ces légitimations par mariage subséquent. En voici une qu'il a extraite des registres de l'église Saint-Roch, et qui termine l'acte de mariage du sieur Dardon avec la dame Podeny : « ... Et desquels Dardon et Podeny estoit issu un enfant masle, quelque temps auparavant leur mariage, que ledit Dardon a présenté et recongnu pour sien , et l'a fait mettre sous le poille entre luy et ladite Podeny, sa femme, à la fin de la messe,
1 Correspondance, lettre du 16 août 1721, édit. G. Brunet, t. II, p. 237.
pour le recongnoistre et déclarer légitime '. »
Je reviens à Louis XIV. Si la lettre que je citais tout à l'heure avait été écrite avant sa mort, la Palatine eût dû compléter le tableau par celui île l'hypocrisie qui voilait ces désordres. Uni en 1684 à Mine de Maintenon, le roi faisait si bon ménage avec elle qu'il eut voulu assurer un semblable bonheur à tous ses sujets. Il commençait par les courtisans. Ceux à qui il portait le plus d'intérêt recevaient l mdre d'aimer leur femme 2. Richelieu, encore duc de Fronsac, en fit la dure expérience, au temps où il commençait à émerveiller la Cour par le nombre et l'audace de ses galanteries. Il avait quinze ans à peine. Mme de Maintenon crut avoir trouvé un excellent moyen de corriger le jeune duc, en le mariant et en se chargeant de surveiller sa conduite. Il en résulta que, deux mois après, il était mis à la Bastille.
Louis XIV aimait le nom et la maison de
1 Dictionnaire de biographie, p. 533. — Voici un second exemple de la même coutume : « ...Et a esté apporté par ladite mariée une fille âgée de vingt-huict mois environ, laquelle n'est encore baptisée, issue d'iceulx auparavant ledit mariage; laquelle a esté mise souhz le poêle pour y estre légitimée, suivant la coustume de l'église. »
8 Mémoires de Richelieu, édit. Barrière, t. I, p. 10.
Richelieu. Il donna au prisonnier un compagnon, un pieux jésuite, l'abbé de Saint-Rémi, qui accepta de partager la captivité du débauché, afin de l'amener à résipiscence. Le grand seigneur et le jésuite furent bientôt les meilleurs amis du monde; mais, un jour, ce dernier disparut. Fronsac désolé s'abandonnait aux plus sombres pensées, lorsqu'un « beau malin, il vit paraître sa femme. Le bel ange qui vola du ciel en terre pour délivrer Pierre n'éloit pas aussi radieux quand il vint rompre ses liens. Le duc de Fronsac fut ébloui, et sa femme, qui s'en aperçut, voulut l'aider à reprendre ses sens en l'accablant de compliraens et surtout de caresses. » Malheureusement, le duc « pensa que Louis XIV et Mme de Maintenon lui envoyoient Mme de Fronsac à la Bastille pour lui dire qu'il falloit l'aimer parce que le roi le vouloit; il lui parut encore que le roi ajoutoit à cet ordre la menace tacite d'une disgrâce absolue, et le laissoit dans l'incertitude cruelle et désespérante d'une plus longue prison s'il ne l'aimoit pas, tandis qu'il s'agissoit d'une prochaine délivrance, avec quelque récompense, s'il aimoit sa femme comme on l'entendoit. Dans cette perplexité, le prisonnier prit bientôt son
parti. Il reçut Mme de Fronsac avec le respect qui étoit dû à l'envoyée du plus grand roi du monde; jamais ambassadeur ne fut traité avec tant de vénération. Sa femme lui fit beaucoup de complimens île condoléance de ce qu'elle le voyoit toujours frappe de la disgrâce du roi et de la Cour; il la félicita davantage des faveurs dont elle jouissoit. La visite se passa donc à se raconter beaucoup de nouvelles et à se faire beaucoup de complimens; et Mme de Fronsac, allant rendre compte de sa mission au roi et à Mme de Maintenon, leur apprit qu'elle revenoit à la Cour comme elle en étoit sortie '. » Ils ne se découragèrent pas. « On amenoit la duchesse à la Bastille une fois par semaine, et le gouverneur avoit ordre de n'accorder quelque adoucissement à son prisonnier qu'autant que sa femme se monlroit satisfaite de L'accueil conjugal qu'elle recevoit de Lui 2. »
Comme elle n'avait point à s'en louer, le prisonnier fut, de nouveau, condamné à la solitude. « Il étoit au quatorzième mois de ses souffrances, quand le roi s'avoua vaincu. La
1 Mémoires, t. I, p. 10.
Duc de Lévis, Souvenir.'! et portraits, «'dit. Hamère, p. 268.
voix du public, louché de sa jeunesse et de son oubli, se fit entendre. Les femmes commencèrent à parler très haut à Paris et à la Cour, et celles surtout qui savoient par expérience quel devoit être à la Bastille son plus grand supplice, grondèrent si fort, que le roi, la favorite et son père, lassés de le tourmenter, se laissèrent fléchir1. » Les belles dames ne furent, d'ailleurs, satisfaites qu'à moitié, car le jeune duc se vit condamné à rejoindre aussitôt l'armée de Flandre, où il montra autant de sang-froid que de bravoure.
Louis XIV mourut. Mme de Fronsac aussi, et l'on peut croire que son mari ne la regretta guère. Deux duchesses, madame de Polignac et madame de Nesle, venaient de se battre en duel, au pistolet, « pour savoir à laquelle il resteroit. » Madame de Nesle fut blessée à l'épaule, et tandis qu'on la transportait, inondée de sang, dans son carrosse, elle se déclarait fière d'avoir risqué sa vie en l'honneur « du plus aimable seigneur de la Cour, fils de Vénus et de Mars 2. »
En 1734, Richelieu contracta une seconde union. La Palatine prétend qu'il n'existait
1 Mémoires, p. 11.
3 Mémoires, p. 94.
alors à la Cour pas une femme fidèle. Erreur. Il v en eut une, et ce fut précisément celle du séduisant gentilhomme qui reste le type accompli des roués du dix-huitième siècle. Elle était aussi belle et aussi tendre que sage; elle aimait passionnément son mari, et elle voulut mourir dans ses bras. «Le Père Sigaud, jésuite, la confessoit dans ses derniers moments. — Etes- vous contente de lui? demandait Richelieu à sa femme. — Oh ! bien contente, mon ami, il ne me défend pas de vous aimer. Sentant sa fin approcher, elle fit appeler, à cinq heures du matin, son mari qui reposoit, et lui dit, les larmes aux yeux, qu'elle avoit désiré toute sa vie mourir dans ses bras. En disant ces mots, elle le pressoit sur son sein, en faisant un dernier effort pour l'embrasser. Elle succomba, et mourut entre les bras d'un mari qui ne pleura point 1 . »
On sait que Richelieu se remaria une troisième fois. Il avait alors quatre-vingt-quatre ans, et peu s'en fallut qu'il ne se donnât un nouvel héritier, car la duchesse fit une fausse couche accidentelle à trois mois.
La longue existence de cet infatigable don .luan qui, après une merveilleuse vieillesse,
1 Mémoires, Avant-propos, p. XIII.
pleine de force et de santé, termina, à quatrevingt-douze ans, une vie si mal employée, m'a entraîné jusqu'au règne de Louis XVI. Mais les femmes ont joué un trop grand rôle sous son prédécesseur pour qu'il me soit permis de passer sous silence cette longue et curieuse période. Montesquieu va nous dire ce que fut le mariage durant la Régence. Usheck, esprit très observateur, écrivait alors à son ami Rhedi resté en Orient :
Les François ne parlent presque jamais de leurs femmes; c'est qu'ils ont peur d'en parler devanl des gens qui les conuoissent mieux qu'eux.
Il y a parmi eux des hommes très-malheureux, que personne ne console, ce sont les maris jaloux; il y en a que tout le monde hait, ce sont les maris jaloux; il y en a que tous les hommes méprisent, ce sont encore les maris jaloux.
Aussi îvy-a-t-il point de pais où ils soient en si petit nombre que chez les François. Leur tranquillité n'est pas fondée sur la confiance qu'ils ont en leurs femmes; c'est au contraire sur la mauvaise opinion qu'ils en ont. Toutes les sages précautions des Asiatiques, les voiles qui les couvrent, les prisons où elles sont détenues, la vigilance des eunuques, leur paroissent des moyens plus propres à exercer l'industrie du sexe qu'à la lasser. Ici les maris prennent leur parti de bonne grâce et regardent les infidélités comme des coups d'une étoile