I . EN F .V N T
consacrer au mariage, La matière est à peine effleurée, et si elle ligure en tête de ce volume, c'est seulement comme un des éléments de la naissance. Le sujet, d'ailleurs, est bien rebattu, et au cas où je n'aurais pas l'occasion d'y revenir, je veux. Faire connaître dès maintenant ce qu'il présente de plus curieux pour l'étude des mœurs de nos ancêtres, passer rapidement en revue les pratiques superstitieuses dont le mariage a été l'objet. Elles sont assez nombreuses pour permettre une classification ; je m'occuperai donc d'abord du temps qui précède l'administration du sacrement.
Celui qui désirait savoir s'il épouserait une fille ou une veuve avait un moyen bien simple de s'en assurer. Il lui fallait se rendre, à minuit La veille de la Saint-André, à une étable renfermant une truie et ses petits. Arrivé là, il happait doucement à la porte. Si la truie grognait la première, il était certain d'épouser une veuve ; si, au contraire, les petits se faisaient entendre avant leur mère, il était clair qu il conduirait à l'autel une fille.
On pouvait même connaître d'avance si La future serait brune, blonde ou rousse. Il suffisait d arracher au feu de la Saint-Jean un tison à demi consumé. On l'éteignait ; puis,
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en se mettant au lit, on le plaçait sous le traversin. Le lendemain malin, des cheveux se trouvaient enroules autour du tison, et leur couleur donnait l'indication souhaitée.
Enlever de làtre un tison était un mauvais procédé qui éloignait de la maison les amoureux. Il fallait donc bien s'en garder s'il y avait là une veuve ou une fille à marier.
« Qui veult estre marié en l'an, prenne le premier papillon qu'il verra.
Qui garde les souliers en quoi on a épousé, cela sert moult à avoir bon ménage l. >•
Les personnes chargées d aller faire une demande en mariage pouvaient, à des signes certains, savoir si l'union serait heureuse , si les époux vivraient en bonne intelligence, amasseraient beaucoup de biens et se garderaient la foi conjugale. Tout devait mal tourner lorsque ces envoyés croisaient en chemin des bétes ou des gens dont la rencontre passait pour un mauvais présage ; par exemple, une femme enceinte, une femme échevelée, un moine, un prêtre, un lièvre, un chien, un chat, un serpent, un lézard, un cerf, un chevreuil, un sanglier, un aveugle, un borgne ou
1 Ces deux receltes sont données par Noël Du Fait. OEuvres, cdit. elzév., t. I. p. 1 12.
un boiteux. Ils se hâtaient aussi de revenir sur leurs pas lorsqu'ils se sentaient tirer par derrière, lorsqu'ils entendaient le cri d'un oiseau, lorsqu'ils éternuaient, etc. Mais il y avait également d'heureux présages : entendre de loin le tonnerre, saigner de la narine droite, entendre tinter l'oreille droite, rencontrer une courtisane, un loup, une araignée, un pigeon, une cigale, un crapaud, une chèvre, etc.
Il existait une foule de sortilèges, de conjurations, de philtres, de maléfices pour toucher le cœur d une belle et la décider au mariage. Presque tous étaient à deux fins, procuraient les mêmes résultats lorsqu'une fille les employait pour exciter l'amour d'un garçon. Voici les plus surs :
Taire boire à la personne désirée de l'eau dans laquelle a trempé, pendant un jour et une nuit, un os de mort ou des mouches cantharides pulvérisées.
Porter sur soi « des morceaux des souliers ou de 1 habit de la personne que l'on souhaite en mariage, des rognures de ses ongles, de ses cheveux, etc. »
Conlectionner des anneaux de joue ou de métal, et en se jouant, les mettre au doigt de la personne aimée.
Jeûner six vendredis et trois mercredis de suite.
Pour la célébration du mariage, I on évitait avec soin certains jours, certaines époques. Ceux qui se mariaient le mercredi risquaient fort d'être trompés par leur femme dès le jeudi. Le vendredi était aussi un jour néfaste, et il fallait redouter le mois d'août. Epouser en mai, c'était épouser la pauvreté.
Les anneaux jouaient un grand rôle dans les prévisions relatives au mariage.
On recommandait d'en faire bénir plusieurs, et de les mettre tous au doigt annulaire de la mariée.
Lorsqu'on n'en donnait qu'un, il était prudent de ne pas le pousser plus avant que la première phalange.
Très fréquemment, l'épousée s'arrangeait pour laisser tomber l'anneau à terre au moment où elle le recevait.
« Si le nouvel époux et la nouvelle épouse dansent ensemble le jour de leurs noces, la nouvelle épousée sera la maîtresse et fera de la peine au nouvel époux durant tout le cours de leur mariage.
« Lorsqu'on fait passer les nouvelles mariées, le jour de leur mariage, sous deux épées
nues, mises en forme de croix de saint André, elles sont heureuses en ménage et leurs maris les traitent honnêtement.
« Si l'un des cierges que les nouveaux mariés ont devant eux. à la messe des épousailles s'éteint avant que la messe soit finie, l'époux ou l épouse mourra infailliblement dans l'année.
« Quand un marié ou une mariée rencontrent un mort en allant à l'église pour épouser, le marié mourra le premier si le mort est de son sexe ; au contraire la mariée mourra la première si le mort est du même sexe qu'elle.
« Si deux personnes d'une même maison épousent deux autres personnes aussi d'une même maison, l'une des quatre mourra l'année même.
« Pour qu'une nouvelle mariée soit heureuse, il faut qu'entrant dans la maison de son époux le jour de ses noces, elle casse du pied un œuf et qu'on lui jette du blé sur le corps 1 . »
Le curé J.-B. Thiers raconte encore qu'un Carme déchaussé, nommé en religion frère Arnoux de Saint-Jean-Baptiste, faisait contrac-
1 J.-B. Thiers, Traité des superstitions, éilit. de 1C(.)7, t. IV, p. 530.
ter à ses dévotes un mariage avec Jésus- Christ. Lui-même dressait et signait le contrat en qualité de secrétaire de Jésus. Tant qu'il s'adressa à des filles on à des veuves, tout alla pour le mieux ; mais il s'avisa un jour de marier ainsi une Mme Gasselin, femme du procureur au présidial d'Orléans. Elle prit si bien au sérieux son serment de fidélité à Jésus- Christ qu elle le tint inviolablement, même vis-à-vis de son mari. Celui-ci se plaignit, l'affaire fit du bruit, et on se décida à envoyer le Père Arnoux dans un autre couvent de son ordre; punition légère, car, comme le dit très bien Erasme, les moines sont partout chez eux, « ubicumque domi sunt. » Voici le texte du double contrat qui avait lié Mme Gasselin à Jésus-Christ :