‹ L'enfant de BrugesChapitre 46 sur 83 · LE FH · texte numérisé non relu

LE FH

Bruges, le 25 mars 1875.

Monsieur le rédacteur en chef de l'Echo du Parlement,

Veuillez me permettre, s’il vous plaît, de répondre de nouveau à l’article de votre journal d’hier, l'affaire Rousseau. Vous me dites que M. Dewinne a constaté l'identité de la marine avec les paysages de Fritz. Cela me flatte; d’autres ne sont pas du même

avis. Les paysages sont tous faits au couteau à palette, et jamais, avant la mort de Fritz, il ne m'était venu à l’idée de peindre par ce procédé.

Des personnes auxquelles je faisais allusion (la première lettre de leur nom est Vandewiele), l'une habite Bruxelles et l’autre Anvers. Voici, monsieur, quelques détails. M. Vandewiele d'Anvers était le parrain de Fritz, dont il était beaucoup aimé. Par suite de dissensions d’affaires, je n’ai plus invité M. Vandewiele chez moi. Il est resté deux ans et demi au moins sans mettre les pieds dans ma maison, c'est-à-dire pendant l'époque que Fritz peignait le plus. Sous le rapport de ses connaissances artistiques, et quoique habitant Anvers depuis des années, c’est moi qui lui ai montré le chemin du Musée. Si même il n'y avait pas eu interruption dans ses visites, je doute fort que j'aurais montré les tripotages de Fritz, comme on les appelait, à un amateur de cette force. Son frère venait diner chez moi avec lui, et nous le rendait bien par ses chansonnettes, qu'il disait fort bien. À la mort de Fritz, ma femme m'a engagé à inviter le parrain à l'enterrement, croyant que tout devait être oublié devant la mort, M. Vandewiele y est venu avec sa famille et y a assisté avec attendrissement ; ce n’était, me semble-t-il, pas le moment de parler panneautins. Quelques jours après M. Vandewiele est venu diner, et il a accepté, toujours avec attendrissement, un des meilleurs panneautins de Fritz, sans témoigner le moindre étonnement de voir que Fritz peignait ou avait peint. Une personne de sa famille a accepté un panneautin dans les mêmes conditions. Nous en sommes encore à nous demander ce que cet enfant avait fait à M. Vandewiele, son parrain, pour voir cet homme si acharné à le poursuivre sur sa tombe.

Je dois dire que nos relations, que j'avais essayé de reprendre, n'ont pu de nouveau continuer et qu'il trouve probablement une compensation à faire de la peine aux parents. Sa conscience doit le juger. Je possède une lettre de lui dans laquelle il jure sur l'honneur et me met au défi de prouver qu'il ait dit, à n'importe qui, que Fritz n’a jamais peint. Comme c'est vous, M. le rédac teur, qui m'avez dit que c'était à vous-même que le propos a été tenu, j'ai cru que cette conversation était confidentielle; c’est pour cela que je ne les ai pas nommés. Maintenant que M. le rédacteur me permette de dire aussi, puisque notre conversation n'était pas confidentielle et que vous vous êtes permis de publier les passages barrés dans la lettre de M. Garnier, ce qui, soit dit en passant, n'est pas fort délicat, que c'est vous qui m'avez ré-

pondu en riant sur l'observation que je vous faisais que M. Rousseau était têtu : 2! est né dans les Ardennes. A. M. Rousseau maintenant.

Vous me dites, monsieur, que j'ai mis quatre jours à construire tant bien que mal l’échafaudage de ma défense. Je croyais que c'était vous qui deviez vous défendre. Et croyez-vous donc que je n'ai, comme vous, que cela à faire?

L'intérêt que vous avez à cette affaire; mais J'espère bien que vous n’en avez aucun; mais. vous êtes né dans les Ardennes, le pays des infaillibles, c’est M. Hymans qui me l’a dit, et pas confidentiellement encore!

MM. Siret et Lagey sont parfaitement libres de penser de vous ce qu'ils veulent; moi je vous ai vu a l’œuvre, et je pense aussi ce que je veux. J'attends ces messieurs de l'enquête, je ne puis leur défendre de se disculper entre nous tous, j'accepte le jugement de l'opinion publique ou tous autres juges, fussent ceux des tribunaux. C’est mon honneur qui est attaqué dans tout cela avec une violence inouïe.

A qui ne viendrait l'idée de passion! MM. Pickery et Collinet travaillent pour le gouvernement, M. Dobbelaere a obtenu par moi des commandes du gouvernement et en attend encore. M. Van Hollebeke travaille pour le gouvernement à ses chemins de croix (1), M. Wallays ne serait pas fâché de recommencer une grande pancarte comme celle qu'il a dû retirer du musée de la ville, et puis, c'est peu important, n'est-ce pas, Monsieur, un malheureux petit mort à abimer, une famille à tourmenter, ajoutez à cela beaucoup de jalousie, et puis M.Rousseau est secrétaire ou président de la commission des monuments, il peut nous être si utile, M. Van de Kerkhove s’en consolera en pensant que c'est lui qui a fait les tableautins, qu'est-ce que cela peut lui faire, il ne faut pas faire de la peine à ce bon M. Rousseau, et puis il est des Ardennes! {ous unis, tous! tous ! Et pas un seul artiste de ceux qui peuvent se passer du gouvernement, comme M.Van Hove, Cloet, Rousseau, etc.

Je suis si étourdi, n'est-ce pas, M. Rousseau, parce que je dis que c'est vous qui avez expliqué la poisse aux autres, c’est Le contraire; mais vous sachant si fort sur le chiffon et la loque,

(1) Il est bon de rappeler que M. Van Hollebeke est l’auteur de ces deux magnifiques portraits de présidents de corporations qui ont fait l'admiration des artistes au dernier Salon de Bruxelles, (N. dela R.)

et vous voyant jouer du piano sur les panneautins, j'ai cru que c'était vous le professeur de poisse.

Vous parlez d’injures, Monsieur, d’inventions, d'insinuations, etc., tout cela est fort facile à dire quand on ne sait cuoi répondre; mais le mot injure devrait vous brûler la lamgue, ce mot, cette injure se trouvent en tête de tous vos articles.

Il est faux que j'ai dit que M. Pickery n'avait pa voulu signer, j'ai dit, on m'apprend que M. Pickery n'a pa; voulu signer. Vous voilà pris de nouveau la main dans le sac. £n tous cas pourquoi n'a-t-il pas signé, c’est ce que vous ne dites pas. Je suis heureux de voir qu'il vous apprend à parler le flamand, je donnerais beaucoup pour entendre cette conversation.

Vous admirez; mon changement d'attitude, j'étais tout miel, je vous parlais de votre talent, de votre esprit, etc., et dans une lettre privée (qui, d’après moi, était une lettre confidentielle), je vous proposais de faire une enquête en mangeant la soupe et en vous offrant le champagne. Cette lettre ne me gêne nullement, seulement vous la tronquez: faites-moi donc le paisir de la publier entièrement, à moins que vous ne préfériez que je vous le fasse faire. Quand cette lettre vous a été adressée, je ne vous connaissais que par les on dit, je ne vous avais pas vu à l'œuvre.

Je croyais à votre talent. Vous y avez perdu un bon diner et une bonne bouteille. Si je vous avais offert de l’argent, n'est-ce pas, comme vous me le reprocheriez ! Si seulement vous aviez eu une marine de fr. 3-50 pour laquelle j'aurais offert 100 fr. comme je serais abimé.

Passons, s’il vous plaît, aux deux témoignages plus écrasants que tous les autres. (Vous avouez donc que les autres ne sont pas écrasants et ma réponse les mettra tout-à-fait à néant). Le premier est de M. Vandewiele, négociant honorablement connu à Anvers; vous êtes déjà au courant de ma réponse, je le laisserai là, c'est le parrain de Fritz. Je vous croyais positivement plus fort, monsieur Rousseau, vous avez répondu trop vite, il vaut mieux y mettre du temps et ne pas dire de b..., d’absurdités.

Je sors de chez M. Van Hove et lui ai montré l’article qui le concerne. Je dois vous dire avant tout que M. Van Hove m'avait dit qu'il ne désirait pas être mêlé à cette affaire, qu'à Bruxelles des malveillants disaient que c'était lui qui avait fait les tableautins de Fritz, etc., etc.; mais qu'il m'autorisait à conduire chez lui toutes les personnes qui prenaient des informations, et que, de son côté, il aurait conduit chez moi les personnes qui iraient lui demander des renseignements. Il n'a pas dit un mot de folie ni

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de vanité paternelle, etc. I] n'a pas dit un mot non plus de persécution, je lui ai demandé une seule fois sa constatation, comme vous, vous êtes allé demander le contraire, et M. Van Hove vous a prié de ne pas mettre son nom dans les journaux, ce que, avec votre délicatesse ordinaire, vous vous êtes au contraire empressé de faire. Vous vouliez des témoignages à tout prix et vous ne les trouviez pas.

M. Van Hove déclare en définitive qu'il a vu Fritz remplir des contours avec de la terre de Sienne; cela peut être vrai, seulement il peignait aussi avec d'autres couleurs et c’étaient des figures de mes tableaux que Fritz ébauchait quand il était à bout de panneaux. M. Van Hove qui habitait Heyst venait bien rarement chez moi et y restait à peine le temps de diner. Je lui ai rappelé qu'un jour je lui avais fait voir en présence de M. Dumon de Menten une vingtaine de panneautins de l'enfant et qu'il avait fait la remarque que cela ressemblait à des esquisses de paysagistes français. En somme, M. Van Hove a vu peindre Fritz, si ce n'était qu'avec de la terre de Sienne, le lendemain c'était avec autre chose. Je remercie M. Van Hove de son attestation, j'en prends acte, elle tombe de tout son poids sur votre enquête.

Une enquête sérieuse va se faire, je n’ai cessé de la demander contrairement à ce que vous avancez, mais plus d'enquête Rousseau, j'ai le droit de la récuser. Vous voyez, monsieur, que petit bonhomme vit encore.

Recevez, Monsieur le rédacteur en chef, mes salutations empressées.

J. VAN DE KERKHOVE.

En relisant ma lettre, je vois que j'ai oublié de vous remercier d'avoir ajouté : et servez chaud.

Le mot afaire est de M. Siret, dites-vous; oui, mais l'intention fait le. larron, dit le proverbe

Je ne réponds pas au renvoi n° 5 : c'est indécent.

Oui, Monsieur, Fritz allait à l'école les poches bourrées de petits panneaux. Il fréquentait de préférence l’école pauvre en face de chez moi : je publierai l'attestation écrite par son professeur, M. Cailliau.

Est-ce tout? Une recetteencore. Si vous voulez faire sécher vite les tableaux et les durcir, mettez-les au soleil et en plein air, employez de l'huile bouillie; si vous voulez qu'ils ne sèchent pas vite employez de l'huile non bouillie, mettez-les dans une place humide et... servez chaud comme dit M. Hymans. Il a le mot

pour rire ce M. Hymans. Deux tableaux peints le même jour et traités de ces deux manières, différeront de vingt ans au bout de quelques mois, comme émail, etc. M. Rousseau qui se figure que l’on est critique d’art parce que l'on connaît quelques mots du dictionnaire de l'atelier peut ajouter cela à ses autres con-

naissances.

LEDIT. (Sic).

Nous recevons, avec autorisation de les publier, les deux lettres suivantes qui ont été adresées à M. Van de Kerkhove par M. Van de Wiele, parrain de Fritz Van de Kerkhove :

Anvers, 11 mars 1875.

Mon cher Van de Kerkhove,

J'ai reçu vos lignes du 8 courant. Hier le marché de Bruxelles m'a empêché de vous répondre plus tôt, et je ne vous cache pas que ce n’est pas sans éprouver un sentiment pénible que j'interviens pour un instant dans cette affaire de peinture à mon sens malheureuse; mais puisque vous avez jugé bon de m'écrire, je suppose que vous désirez connaître mon sentiment, ainsi que ce qu'on dit à Anvers.

D'abord, je vous dirai que je ne connais ni le rédacteur du Courrier de la Semaine ni celui de la Petite Gazette. Je ne lis que le Précurseur et l'Escaut. Il n’y a qu’une voix à Anvers pour crier à l'impossible, et ce n'est pas le compte rendu du Courrier de la Semaine qui soit de quelque importance: et ma petite opinion, dût-elle avoir été exprimée, n'aurait aucun poids au milieu de l’universel accord qui existe ici. Et que pourrait mon attestation? Car vous savez bien, qu'à moins d’aflirmer une contre-vérité (ce que vous ne demandez pas de moi), je devrai dire que jamais, au grand jamais, je n'ai vu Fritz peignant : que jamais vous ne m'en avez parlé de son vivant, ni même le jour de ses funérailles. J'en suis fâché pour M. Siret, mais il a fait fausse route, tout en vous rendant un mauvais service, et je vous engage, comme ami, d'agir avec circonspection, car à Anvers on ne trouve pas les mêmes badauds artistiques qu'à Bruxelles et à Saint-Nicolas.

. Un mot encore : je désire, mon ami. rester complètement étranger au débat qui, paraît-il, n'est pas épuisé, ne voulant

pas, par mon témoignage, renchérir sur les doutes qui se manifestent.

Le journal l'Opinion a publié mardi un article qui fait sensation et que je vous envoie...

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