PA
Qu'oppose à ces protestations formelles M. Van de Kerkhove? Rien, ou peu de chose. Des démentis qui ne comptent pas; une lettre de M. Courtois, qui n'éclaire rien; une lettre de M. Edouard Garnier, directeur artistique de la fabrique de porcelaine de Sévres, qui ne signifie absolument rien quant à l'authenticité des tableaux, puisqu'il n’a vu ces tableaux qu'après la mort de l'enfant.
Ls x *
Le public est en droit d'exiger davantage. Les critiques qui, comme moi, ont cru à la bonne foi de M. Van de Kerkhove, peuvent moins que les autres se contenter aujourd'hui de renseignements qui n'ont d’autre cause qu’un sentiment paternel — bien mal compris, s’il repose sur une supercherie.
Lorsque M. Van de Kerkhove a accordé l'autorisation d’exposer au Cercle artistique les tableaux de son fils, il disait par cela même que ces tableaux étaient l’œuvre de son fils.
Le premier sentiment, malgré l'impression de défiance que pouvaient faire naître les qualités des œuvres, c'était de croire
Moi, du moins, je commence par n'émettre point de doutes lorsqu'un homme me dit : cela est!
Les doutes étant venus d’ailleurs, je les ai combattus, toujours parce que je ne pouvais croire à une comédie de cette importance là. J'ai attendu la dernière lettre de M. Van de Kerkhove avec une impatience qui touchait à l’angoisse.
Cette lettre ne détruit nullement ni l'enquête faite, ni l'opinion des sceptiques.
J'ai donc le droit de dire que le public croyant a été trompé. C’est à M. Van de Kerkhove de prouver le contraire.
JACQUES
LE PRÉCURSEUR, 25 mars.
Il n'y a plus rien de sérieux dans l'affaire Van de Kerkhove. Le ton des lettres que le père du jeune Fritz prodigue aux journaux, achève de discréditer la légende que l'enquête des artistes bruxellois avait déjà condamnée. Nos lecteurs ont eu sous les yeux les explications furibondes adressées par M. Van de Kerkhove à l'Écho du Parlement. Quelle idée ontils dû se faire d'un personnage qui discute de cette manière et qui, avant tant de motifs d'être modeste, injurie avec tant de grossièreté tous ses contradicteurs! Lorsqu'on se présente devant le public avec une légende qui a contre elle toutes les chances de probabilité, sans compter le jugement des hommes compétents, un peu de modestie et de retenue ne messiérait pas M. Van de Kerkhove ne semble pas s’apercevoir que pour défendre sa légende, il est obligé de faire passer pour des imbéciles ou pour des coquins tous ceux qui ne s’inclinent pas devant ses affirmations. Ses lettres le prouvent. Nous en avons reçu aussi. Ayant appris qu'un honorable négociant de notre ville, parrain du petit Fritz, ne se gênait pas pour démentir les faits attribués à l'enfant, M. Van de Kerkhove nous écrivit, il y a quelque temps déjà, une lettre pleine de violences à l'égard de ce négociant, et dans laquelle il prétendait nous expliquer, en termes très-peu compréhensibles, qu'il y avait un vrai parrain de Fritz et un faux parrain, un vrai parrain qui.…, un faux parrain dont... éte..été.
N'est-ce pas pitoyable? En être réduit, devant ses relations les plus proches, à inventer des histoires de vrai et de faux parrain, après avoir injurié des hommes compétents dont l'art et la critique s’honorent !
M. Van de Kerkhove a donc contre lui toutes les probabilités, les déclarations positives de personnes compétentes honorablement connues, et enfin son propre langage. Le ton qu'il a adopté est celui d'un homme furieux de ne pas réussir à mystifier le monde aussi vite qu'il l'avait espéré.
Dans l'intérêt du bon sens public il est temps que le silence reprenne ses droits autour de cette tentative avortée.
Au moment où les lignes qui précèdent étaient à l'impression, une nouvelle démarche de M. Van de Kerkhove nous amène à ajouter les explications suivantes :
M. Van de Kerkhove nous a écrit le 21 du courant pour nous demander l'insertion de la réponse qu'il comptait faire à l’enquête dans l’'Echo du Parlement. Nous avons pris bonne note de son désir et nous y avons satisfait. M. Van de Kerkhove nous adresse à la date d’hier une nouvelle lettre dans laquelle il s'étonne de n'avoir pas vu paraître celle du 21. Une fois pour toutes, qu'il soit bien entendu que nous publions uniquement les pièces pouvant servir d'éléments à l'enquête. M. Van de Kerkhove nous dit : que la vérité finira par sortir pure et rayonnante de toutes les turpitudes. Oui, mais non pas par la vertu des lettres de M. Van de Kerkhove. Nous pensons avec la Chronique que sa réponse à l'Echo du Parlement ne détruit nullement l'enquête faite ni l'opinion des sceptiques. Par contre, elle provoque la rectification suivante : {Voir la lettre de MM. H. Van Camp et Gosselin page 214).
JOURNAL DE BRUGES, 26 mars 1875.
On nous demande l'insertion de la lettre suivante :
Bruges, 25 mars 1875.
M. le Directeur du Journal de Bruges,
L'enquête publiée dans les colonnes de l'Echo du Parlement à propos de la question Van de Kerkhove a indisposé bien des gens à Bruges, et il y avait lieu. Tant d’acrimonie et de passion dans le langage n'est pas précisément un des caractères de la vérité. Aussi le Willems-Fonds de Bruges, dont le programme comporte tout ce qui se rattache à la vie intellectuelle du peuple flamand, s'est-il empressé d'entrer dans la question et de se faire l'organe des justes mécontentements soulevés à Bruges. Le projet de réunir un certain groupe de nos souscripteurs en un cercle artistique, fournissait d’ailleurs une excellente occasion d'intervenir dans cette affaire. Nous avons donc annoncé à l’Echo du Parlement que la première chose dont il nous semblait que notre cercle artistique eût à s'occuper, serait l’organisation d'une seconde enquête sur des bases nouvelles. L'Echo n'a pas inséré notre lettre : il n'en a donné qu'un résumé bien incomplet. Ceci
constitue à nos yeux, un acte de partialité, d'autant plus marqué que ce petit entre-filet était suivi d’un article assez violent du Précurseur et en sens contraire de notre protestation, bien voilée cependant, contre les termes de la première enquête.
Nous vous prions donc, Monsieur le Directeur, d'insérer dans vos colonnes l'avis qui, dans l'Echo du Parlement a passé presque inaperçu. La question, nous semble-t-il, en vaut la peine et l'honneur aussi bien que la renommée de Bruges y sont intéressés. Nous recourons d’autant plus volontiers à votre hospitalité bienveillante, que nous pouvons vous annoncer en outre que lundi prochain une première réunion aura lieu au Willems- Fonds pour poser les bases de l'enquête et désigner les personnes qui seront priées de s’en charger.
Pour la partie artistique, nous tâcherons de nous adjoindre des peintres étrangers à la ville, et dont le nom seul fasse autorité. Quant à la question de détail, nous sommes persuadés du concours empressé de beaucoup de personnes les plus honorablement connues.
Comme Flamands et comme Brugeois, nous ne recherchons point des gloires de contrebande. La vérité seule sera notre objectif dans ces recherches. Mais nous désirons ardemment voir conserver à Bruges et à la Flandre artistique le bénéfice d’une renommée aussi originale que celle du petit Fritz Van de Kerkhove.
Agréez, Monsieur, l'expression de nos sentiments les plus distingués.
Le Secrétaire du Willems-Fonds, (Section Brugeoise), JUL. SABBE.
ECHO DU PARLEMENT, 26 mars 1875.
Nouvelle lettre du père de Fritz. Quand on l'aura lue on se demandera si M. Van de Kerkhove a fait la gageure de se démolir lui-même. En effet, depuis qu’il s’est mis à écrire, beaucoup de ses partisans les plus fanatiques ont passé dans le camp adverse. Pour peu qu’il continue il y fera passer tout le monde.
LD Li—
Qu'y a-t-il en effet dans ces lettres? Des insinuations désobligeantes pour tous ceux qui ne se rangent pas de confiance sous la bannière du prétendant, le tout écrit d’un style qui n'est pas du tout celui d’un père éploré.
Nous disons franchement que nous ne nous attendions pas à une polémique de cet acabit, et il nous répugne énormément de la poursuivre. Notre collaborateur Jean Rousseau jugera s’il y a lieu pour lui de s'y condamner, ou d'attendre cette enquête sérieuse que son contradicteur ne cesse d’annoncer et qui sera sans doute faite par ses amis.
Les tiers que M. Van de Kerkhove accuse répondront s'ils le jugent utile. Nos colonnes leur sont ouvertes. En attendant, nous avons deux mots à répondre au père de Fritz pour notre compte personnel.
Quand il est venu nous rendre visite, nous lui avons loyalement fait part des renseignements qui nous avaient été communiqués. C'était pour qu’il y répondit, et non pour lui faire une confidence.
Il n’y a eu rien de confidentiel non plus dans la conversation relative à M. Rousseau ; mais elle est fort singulièrement rendue et jugée par M. Van de Kerkhove.
Nous lui avons dit à peu près ceci : Vous comprenez que M. Rousseau n’a pu se lancer dans cette polémique qu'à bon escient. Sa réputation de critique d'art y est engagée. Il ne cédera donc que devant des preuves péremptoires.
— J'ai entendu dire, répondit M. Van de Kerkhove, qu'il est très entêté.
Nous avons répondu en souriant :
— Oui, c’est un Ardennais.
Voilà le mot qui fournit matière aux plaisanteries fort déplacées de M. Van de Kerkhove, auxquelles nous ne répondrons pas davantage.