‹ L'enfant de BrugesChapitre 5 sur 83 · CS UE · texte numérisé non relu

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paysages de Fritz reproduits par l'autotypie; nous lui recommanderons le dernier, celui auquel il a travaillé la veille de sa mort et où se peut déterminer la tendance de sa dernière manière. De plus, dix eaux-fortes gravées par le père, ont essayé de rendre la physionomie du genre de paysage que préférait l'enfant, genre profondément triste et désolé et d’un caractère étrange. Un portrait de Fritz vivant et un autre de Fritz mort, complètent la partie illustrée de ce livre, que nous nous offrons humblement à la patrie et qu'on pourrait dédier aux ennemis de Fritz : c'est à l'oubli où ils ont voulu l'ensevelir qu'il devra sa gloire.

Comme on le verra dans le cours de ce volume dont la publication, par suite de circonstances particulièrement douloureuses pour nous, a été retardé de six mois, rien n’a manqué à l'enfant de Bruges et finalement on a essayé contre lui la conspiration du silence après avoir essayé de l’'amoindrir. Une insigne mauvaise foi a accueilli les manifestations qui n'étaient point dirigées dans le goût des adversaires et on a feint d'ignorer les déclarations les plus absolues, les plus catégoriques, les plus indéniables (1). Certains journaux ont été, sous ce rapport, les modèles du genre. Ce livre étant coordonné en vue de la justice et de l'histoire, nous avons tenu à relever ces outrages adressés au bon sens et à la logique, estimant qu'entre nos devoirs de citoyen et le déni de justice des contempteurs de nos gloires nationales, il n'y avait pas à hésiter.

On a essayé de tout : on a cherché à frapper par le

(1) On a également feint de ne pas connaître un fait significatif : c'est le refus de M. Van de Kerckhove de vendre les œuvres de son fils pour des sommes considérables. On a commencé par lui offrir 40,000 fr. puis 180,000 fr. nous avons en mains les preuves de cette situation. Si nous ne sommes pas autorisés à publier des noms on nous a permis de les communiquer officieusement à ceux qui nous les demanderont.

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ridicule, à atteindre par la dénonciation, à troubler par l'intimidation, à menacer de perpetuelles balançoires, ceux qui avaient foi dans l'œuvre de Fritz et qui de près ou de loin appartenaient à la vie publique. Il y a eu jusqu'à des influences politiques marquées qui par des aveux significatifs ont laissé échapper le regret de n'avoir pas connu plutôt des détails de nature à les arrêter dans la guerre entreprise contre cette chère et pauvre petite mémoire que nous venons leur arracher ; nous avons les mains pleines des preuves de ces influences et de bien d’autres faiblesses encore. Nous n'avons pas jugé utile de les publier pour le moment.

Il ne sera pas hors de propos de placer ici une observation qui trouve naturellement son application à l'enfant de Bruges lui-même.

On s'étonne, à bon droit, de l'extraordinaire précocité de Fritz qui, de sept à dix ans et onze mois a produit une quantité non encore définie de panneautins tous généralement esquissés plutôt que terminés.

Si Fritz avait vécu personne n'eût eu connaïssance de son œuvre attendu qu'il n'y avait aucune raison déterminante pour en parler et que ses années, se fondant les unes dans les autres, il serait arrivé au moment de se manifester dans la maturité de l’âge. On aurait pris alors le peintre tel qu'il se présentait et jamais il n'eut été question des nombreuses œuvres de son enfance.

C'est ce qui est arrivé à la plupart des artistes parvenus à une certaine notoriété. Si l'on consulte leur passé on y trouve des manifestations d'art très-remarquables dans un âge très tendre et dont peut-être on eut parlé si la mort les eut fauchés dans ce moment. Nous connaissons une quantité considérable d'artistes qui ont eu une première jeunesse artistique

En CIN

excessivement brillante maïs sans manifestation publique. Il en est quelques-uns qui, par des circonstances spéciales, ont eu occasion de se produire sinon directement par eux-mêmes du moins par d'autres. De ce nombre on cite Massart, de Liége, musicien, qui à l’âge de six ans exécutait magistralement un concerto de De Bériot sur le violon ; Charles Verlat, d'Anvers, qui à l'âge de neuf ans a lithographié une prise de Constantine des plus audacieuses et restée comme une production rare et recherchée. Certes, en regardant autour de soi on trouvera de nombreux similaires sans remonter à Luc de Leyde, à Suzanne Horebout signalée par Durer, aux nombreux italiens cités par Vasari, à Mozart, à Pic de la Mirandole, à Michalon qui dès l’âge de douze ans jouit d'une pension de 1200 fr. pour un admirable paysage distingué par un prince russe, à Christina Chalon, la Hollandaise, qui de huit à douze ans faisait des croquis charmants (1) et à bien d’autres enfants célèbres cités dans des ouvrages spéciaux. Hier encore ne nommaiton pas le jeune Franz Verhas, d'Anvers, âgé de neuf ans, qui exposait à Termonde un tableau intitulé es joujoux et que plus d’un artiste eut voulu signer? En même temps on signalait à Anvers le jeune Brunin qui à peine âgé de onze ans, a exposé des dessins d'un style magistral. En même temps enfin on parlait du fils du peintre français Vollon qui exécute à l’âge de huit ans de superbes eaux-fortes. Rappelons aussi le jeune De Hodencq qui, à une des récentes expositions de Paris, a exhibé deux paysages dont on nous a dit grand bien (2). Nous pourrions encore citer d’autres enfants-phénomènes.

(1) Deux de ses croquis ont paru à la vente Snellen, à La Haye, le 24 avril 1876.

(2) Détail curieux : les tableaux de nature morte du jeune de Hodencq avaient été admis par le jury qui croyait ces tableaux de la main du père. L'année d'après, le jeune De Hodencq vit son œuvre refusée !

Il nous semble donc que le cas attendrissant de Fritz Van de Kerkhove n'est pas tellement extraordinaire qu’il doive justifier le sourire de quelques-uns qui ont murmuré le mot de miracle. Ce qui rend Fritz si facile à aimer et si curieux à étudier, c'est son caractère adorablement bon et élevé et cet espèce de chétiveté corporelle où d’aucuns ont voulu voir l'explication de son talent. De plus, cette immense mélancolie qui envahit son œuvre considérable et sa courte vie, a aussi exercé sur la foule une émotion qui se renouvelle devant chacun des tableautins de l'enfant. Quant à la quantité relativement énorme de la production, on s’en étonnera moins si on songe à ses procédés presque toujours sommaires qui lui faisaient abandonner son travail quelques minutes après l'avoir entrepris, et le reprendre parfois pour poser des teintes plus ou moins fortes dans les premiers plans et retoucher ses arbres.

C’est à la mort seule de Fritz qu'on doit de le connaître; vivant il se serait confondu dans la masse des vivants et nul n'eut songé à le distinguer avant son heure.

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