M: XL
Aucun fait. — Déclaration qui roule entièrement sur ce que jamais en sa présence, il n'a été question du talent de Fritz, malgré d'assez fréquentes relations dans la famille.
M. X*** désire que sa déclaration reste secrète.
M. VAN DAMME (distillateur).
Il ajoute que M. Van de Kerkhove n'a jamais peint en sa présence des tableaux dans le genre de ceux de Fritz : « que tout ce qui se faisait dans la maison, en fait de tableaux, lui était ordinairement montré. Qu'une fois, au Café des Arts, M. Van de Kerkhove lui a dit, devant un tableautin exposé là, que c'était une œuvre de Fritz. »
Nous appelons sur le témoignage qui suit toute l'attention de nos lecteurs :
Madame BOUSSON (négociante).
Déclare que Fritz Van de Kerkhove venait souvent dans sa maison et avait ses mains et ses habits salis de couleurs. Quand on l’interrogeait à cet égard, il répondait que cela venait de peindre avec son père, Madame Van de Kerkhove vient souvent chez Mad. Bousson et a l'habitude de lui dire tout ce qui se passe chez elle. Jamais elle n’a laissé soupçonner, par un mot, que l’exposition des œuvres de Fritz aurait été une supercherie ou que les œuvres n'étaient pas authentiques. Durant la vie de l'enfant, Mad. Van de Kerkhove disait parfois à M. Bousson que Fritz était occupé à peindre avec son père. Une fois, quelque temps avant la Nouvel An, Mad. Bousson arriva à l'improviste dans la maison de M. Van de Kerkhove, comme elle le faisait, du reste, souvent ; elle ne trouva d'abord personne, jusqu’à ce qu’elle arrivät enfin dans la chambre à dîner où elle trouva M. Van de Kerkhove ayant des panneautins auprès de lui et en main; sur la demande de ce qu'il fesait, il répondit que c’étaient les tableautins de Fritz sur lesquels il mettait une petite silhouette et le nom de l'enfant. Les panneautins n'étaient pas encore encadrés et il y en avait beaucoup auxquels M. Van de Kerkhove allait faire le même travail. Mad. Bousson, qui autrefois dessinait également et peignait à l'aquarelle, remarqua que les petits tableaux étaient beaux et déclara qu’elle en a encore plusieurs dans son souvenir. M. et Mad. Bousson ont souvent remarqué que, vis-à-vis, près de l'école des dunes Fritz passait souvent un temps assez long (kwartiere lang) à contempler le ciel et les arbres ; c'était du reste la place habituelle de ses jeux.
Plus tard, Mad. Bousson a revu les tableautins lorsqu'ils étaient prêts à être envoyés à l'exposition ; ils lui semblèrent étonnemment beaux et M. Van de Kerkhove déclara qu'il y en avait encore beaucoup d’autres.
La première fois, Mad. Bousson en a encore vu peints sur des morceaux de bois triangulaires et sur des morceaux de douves de fûts où la marque des cercles se voyait encore. Mad. Bousson déclare que Fritz avait un gros pouce avec un ongle plat et que M. Van de Kerkhove lui disait, à elle, que c'était avec cela qu'il appliquait la couleur sur ses panneautins et fesait des lignes dans les fonds et dans les arbres. Mad. Bousson pense avoir reconnu la trace du pouce dans quelques-uns des panneautins.
M. J. VAN MULLEM (distillateur).
S'en réfère à sa déclaration donnée à M. Van de Kerkhove. Souvent, étant en visite chez ce dernier, et se trouvant dans l'atelier, il vit le jeune Fritz occupé à étendre des couleurs sur de petits panneaux ; d’autres panneautins étaient épars autour de lui. L'enfant s'occupait de couleurs comme d’autres enfants de leurs jeux. Jamais cependant M. Van de Kerkhove n’a appelé sur ce fait l'attention de M. Van Mullem
Le témoin déclare que son petit garçon, Julien, lui a dit souvent que Fritz, son camerade de l'école moyenne, apportait des couleurs dans sa boîte à plumes.
A propos du sieur Van Hove, qui se gardera bien d'adresser au témoin le moindre démenti, ayant été trop ennuyé, déjà, pour relever même les protestations qui se sont élevées de différentes parts contre sa conduite dans cette affaire.
M. CH. L. LETTEN (Lieutenant-Colonel).
S'en réfère à sa première déclaration, faite à M Van de Kerkhove.
Il ajoute seulement que le dire de M. Van Hove, alléguant que ses louanges sur les œuvres de Fritz ne devraient être attribuées qu’à son désir de consoler les parents, ne lui semble pas admissible, puisque, au moment même où M. Van Hove proférait ces louanges, en présence du Gouverneur de la Province, M. Van de Kerkhove ne se trouvait pas dans le voisinage. M. Van Hove aurait même pu garder complètement le silence à cet égard, s'il n'avait tenu à exprimer librement son opinion. Ni M. ni Mad. Van de Kerkhove ne pouvaient l'entendre, puisque, en ce moment, 1ls causaient avec d'autres personnes.
M. Letten se rappelle qu'étant à Blankenberghe, il y grimpa un jour, avec Fritz au haut des dunes, pendant que les parents restaient sur la plage. Arrivé en haut, Fritz regarda tout à coup le ciel et s'écria : Voyez donc, quel beau ciel! et ajouta d’autres observations qui surprirent M. Letten. Celui-ci dit alors à
l'enfant : « Vous deviendrez sans doute aussi peintre, à ce que je vois. À quoi Fritz répondit : « Oui, certainement, et je peins déjà ! »
M. LÉOP. ARENT (brasseur).
S'en tient à sa première déclaration donnée à M. Van de Kerkhove.
Il ajoute qu'il ne peut certifier que les panneautins auxquels il a vu travailler l’enfant sont exactement ceux qui ont été exposés à Bruxelles.
Il constate l'absence de toute pression.
M. Arent se rappelle que M. Van de Kerkhove lui a souvent parlé du futur talent de son fils. 7! ajoute qu'il a vu très souvent Fritz à l'ouvrage, même quand il était malade dans son lit.
Pour le public impartial et juste ces nouveaux témoignages étaient superflus.
Les attestations, déjà produites, suffisaient amplement à établir l'authenticité de l’œuvre de Fritz Van de Kerkhove et la nonparticipation du père. Et pourtant, nous voilà forcé de rendre publiques toutes les pièces de cet incroyable procès.
Eh bien! nous irons jusqu'au bout, en joignant aux documents, déjà si considérables, recueillis par le Willemsfonds brugeois, quatre lettres écrasantes, déjà publiées par nous. Il s’agit des certificats détaillés, dus à trois hommes à l'abri de toute suspicion et qui, spontanément, sont venus affirmer, avec la parfaite loyauté du père, le génie de l’enfant.
Ces lettres, on le sait déjà, sont dues à M. De Vos, ancien procureur du Roi à Bruges, actuellement Procureur général des tribunaux internationaux du Caire, à M. Frans Ritter, consul d'Allemagne à Roulers et à M. Valcke, médecin de la famille, qu'une longue maladie a, seule, empêché de jeter plus tôt dans la balance, l'autorité de son nom et de sa réputation d’honorabilité.
Voici de rechef ces lettres, qu'il convient d’opposer à nos contradicteurs, désormais muets et... sourds.
Le Caire.
« C'est bien dans ce pays que vous trouveriez à étudier et à crayonner et » que votre Fritz eût été heureux. Pauvre garçon ! Il avait le cerveau si plein » de tout ce qui est beau ; il aimait si passionnément les paysages ! Je n'ai pas » été étonné d'apprendre que, si jeune encore, il avait déjà si bien rempli sa » vie. On conteste son talent précoce ! Que ne conteste-t-on pas? — BIEN QUE » J'AIE VU CET ENFANT SI DOUX ET SI AIMANT, TRAVAILLER À SES TABLEAUTINS » D'UNE MANIÈRE QU'UN PEINTRE N'EÛT POINT RÉCUSÉE, je ne saurais vous en-