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L'enfant de l'amant

Il poussa un cri dcchirant, cri d'agonie, cri de mort, et tomba lourdement sur le parquet.

Cela était si brusque que, tout d'abord, ce fut à peine si trois ou quatre personnes s'en aperçurent.

Pendant quelques instants l'orchestre continua d'envoyer les notes joyeuses du quadrille commencé, et, sauf sur le point où l'accident venait de se produire, les couples de danseurs qui remplissaient les salons de madame de Séverin terminèrent le galop, sans se douter de rien.

Cependant, un groupe s'était rapidement formé autour du corps étendu, la face en avant; groupe composé de jeunes femmes effarées, en toilette de bal, et d'hommes en habit noir.

L'ENFANÎ! DKI UMJil^t «

— T, Gène sera rien, disaient quelque.^ voix-;H^Uhl étourclissement causiî par la chaleun, • ■ - -ju jujuj/ uu .'joôiq tA j. up^uL -cv >'.;,.

— II faut lui donner cb l'aif'.ii ;fn/^J!Ji3 ôupilqzoni oiocffs io vhn-jt Qôux jôunes gens s'élaneèrenl aussitôt pôtii- Vè> iiêiimèf fei t^em-

parler- mais, au même instant, une dame poussa un crP'ïle^'^ frayeur. .^m.mj:. »! .ni:.''o^io-i ii' ary/ih uh

— Voyez, voyez donc!— fit-elle, d^un&' v^i^^^aîtéfé'éi'én^éf^feaKlant^^, — du sang! II est couvert de san^lf Insm.'i'ilcnllno/n.izo li.- Jù

Elneffet, celui autour duquel on s'ehîf^l'ëssait ayant été' rëreVë''' à demi, on apercevait une large tache rouge sur^i^hèinréë''' blan(|he, en pleine poitrine, du côté gauche. ' • ■;• . l'îfoia

La tache s'étendait, s'élargissait à vue d'œil; déjà même iiii^''I mince filet tiède, glissant le long du pantalon, marquait sa tl^âcë '> sur le parquet poli. .uo[ yA ab ei>oou-

II y eut un moment de stupeur dffarée.

L'n 5 jeune fille se trouva mal.

— Un médecin! Vite un médecin! s'écrièrent violemment' cèW' qui avaient ramassé le corps, en se dirigeant vers un divan, où ils l'étendirent sur le dos, avec précaution.

-- C'est un suicide, o'est un assassinat! — balbutiaient diverses VOIX. i,nno'à'i:3q nu in^^^u ■

Et, en moins d'une minute, à présent que l'orchestre se taisait et que la danse était finie, la tragique nouvelle, traversant les salons, alla porter la surprise et l'épouvante dans cette foule parée pour une fête, conviée pour le plaisir, et qui apprenait que le crime ou le désespoir, la mort, en tout cas, comptait, sinon parmi les invités, du moins parmi les présents. -' --

L'appartement occupé par madame de Séverin, veuve d'un général, âgée d'environ quarante-cinq ans, fort riche, fort à la mode, citée pour l'éclat et le bon goût de ses fêtes, était vaste, et comprenait quatre grands salons, où elle pouvait recevoir une véritable foule.

C'était le cas, notamment, ce soir-là.

Jamais il ji'y avait eu autant de monde chez elle; c'est à peine si l'on pouvait se retourner.

Cela est fort incommode et fort désagréable pour les invités, mais cela flatte l'amour-proprc d'une maîtresse de maison.

L'ENFMTi DE! L?AMA?«T

Al^ssi eUit^elle quelque difficuljt«>ià -se frayer un passage pour arriver jusqu'à la pièce où venait de s'accomplir ce drame inattendu et encore inexpliqué autant qu'inexplicable.

— Qu'est-ce donc? Qu'y a-t-il ? *rr s'écria madame de Séverih, en parvenp,nt enfin à franchir le cercle compacte formé autour du divan où reposait le corps.

Madame Athénaïs de S^verin avait dû être fort belle, et elle était extraordinairement bien conservée, ayant tout l'éclat des beautés, propres aux femmes de son âge : c'est-à-dire la splendeur des épaules et des bras. ,r.i a^-ujl oiuj iiiJVJoiuqj. no ,i:;.. i;

Blonde, de taille élevée, opulente dé formes, ëans^ être' en'ClEihîe par,|'e^:^ibpnpoint exagéré, les yeux bleus, à fleur de tète ; les trail,ç4i^ , peu forts, mais réguliers, elle faisait grand effet, et n'avait point renoncé aux succès de la jolie femme.

Derrière elle, lui emboîtant le pas, froid, pâle, osseux, sec, haut sur jambes, le visage long, encadré d'un collier de barbe grisonnante, le crâne dénudé, l'œil gris, la bouche mince et serrée, le menton pointu, s'avançait un homme d'une cinquantaine d'années, au moins, dont toute la personne, sèche, rèche et raide, et dont l'expression glaciale, solennelle et dure, annonçaient un personnage officiel, appartenant évidemment à la magistrature.

Un médecin, il s'en trouve partout, était déjà auprès du blessé ou du mort.

Il avait ouvert le gilet, déchiré la chemise, mis la poitrine à nu, et, avec un mouchoir, il essuyait la plaie triangulaire assez petite, qu'on apercevait très di.^tincteitient, au-dessous du seiri^ gauche, un peu sur le côté. u.i ...r, u, - :

— Ah ! mon Dieu ! — s'écria madame de Séverin bouleversée. — C'est M. Emile Rouget! Est-ce qu'il est mort? Quel affreux spectacle ! Comment cela est-il arrivé?

• — 11 respire encore, — répondit le médecin, sans quitter la blessé des yeux; — mais la blessure est' évidemment mortelle, et il n'en reviendra pas, •'' irv.ft"; '■

Un murmure d'eiïroi douloureux accueillit cette réponse.

— Pourra-t-il parler? — demanda le long personnage solennel et froid qui accompagnait madame de Scvoriii, d'une voix

qui n'exprimait aucune émotion ou aucun sentiment de pitio même banale, bien qu'il eût violemment frémi en entendant le nom, en voyant le visage de la victime.

Néanmoins, cette voix avait fait courir un frisson parmi les assistants.

Cette question, sortant de cette bouche presque sans lèvres, c'étaient la Loi et la Justice qui entraient en scène.

Sur le moment, la surprise et Témoi avaient été si grands, qu'on n'avait songé qu'à la victime, qu'on ne s'était occupé que d'elle, sans penser à autre chose.

L'idée d'un suicide, d'ailleurs, avait été la première adoptée par les assistants.

Un assassinat, en plein bal, est une chose si extraordinaire que ceux qui avaient émis cette supposition, comme s'ils n'y eussent pas cru eux-mêmes, ne s'étaient point inquiétés de rechercher l'assassin.

M. Emile Rouget» jeune homme de vingt-trois ou vingt-quatre ans, ayant hérité de quelque fortune, disait-on, à la mort de ses parents, n'habitait Paris que depuis deux ans, et y vivait à la façon de tous les jeunes gens.

Il était assez joli garçon : il le paraissait, maintenant, davantage, les approches de la mort aflinant ses traits et donnant à son visage ce quelque chose d'idéal et du majestueux à la fois, qui efface la trace des vilaines passions ou des préoccupations sottes et égoïstes de la, vie quotidienne.

— Je ne sais s'il pourra parler, — répliqua lentement le médecin. — Je crains que noiT... Cependant, s'il revient à lui, jieutêtrepourra-t-il prononcer quelques mots...

— Nonuner son assassin, n'est-ce pas? — ajouta le personnage, qui était à n'en pas douter un magistrat. — Car c'est bien d'un assassinat qu'il s'agit ?

— Assurément, la direction de la blessure éloigne toute idée ds suicide.

A cette réponse, tout le monde s'agita, et chacun regarda au^ tour de soi, dévisageant, ses voisins, se disant :

— Est-ce celui-ci ou celui-là ?

Au moment même où le magistrat et le médecin échangea.ient

ces paroles, un jeune liomnie, âg-c de viiig-t ans. à peu près, l'air étranger, avec un type très marqué, s'était penché vivement vers une jeune fille, perdue dans le groupe qui entourait la victime, et debout, à trois pas à peine du divan où reposait le corps sans mouvement du moribond.

Cette jeune fille, extrêmement jeune, et d'une beauté exceptionnelle, était d'une pâleur si effrayante dans sa robe blanche et dans sa riante toilette de bal, ses yeux étaient animés d'une fièvre si intense, sa pose était si rigide, — comme si elle eût été de pierre, — qu'en toute autre circonstance elle eût attiré l'attention et éveillé l'inquiétude.

Mais, outre qu'on ne s'inquiétait que du spectacle tragique qui avait interrompu le bal, ceux dont le regard rapide glissait sur elle no prenaient pas le temps de s'étonner de son allure étrange, justifiée, du reste, en partie et pour un examen superficiel, par la situation.

— Inès, — dit le jeune homme au type étranger, — il en est temps encore, fuyez !

— Non, Ivan, j'irai jusqu'au bout, — répondit-elle d'une voix à peine distincte, mais résolue. — Laissez-moi, partez!

Il fit un mouvement.

— Je le veux! ajouta-t-elle en le brûlant du regard énergique de ses yeux noirs.

Il baissa la tête, et, se reculant, disparut aussitôt derrière le premier rang des spectateurs, afin de gagner rapidement la porte de sortie.

Il n'était que temps, car le compagnon de madame de Séverin, disait, au même instant, d'une voix haute et dure :

— Que personne ne sorte! Qu'on ferme toutes les portes !

Cot ordre causa une agitation singulière, et la foule oscilla sur elle-même, puis s'ouvrit, pour permettre au magistrat de passer et d'aller donner les ordres lui-même et veiller à leur exécution.

Mais, quelles que fussent la rap'dité et la décision do ses mouvements, lorsque l'ordre fut transmis aux serviteurs veillant dans l'antichambre, l'étranger qui avait parlé à la y.uno fille répondant au nom d'Inès avait déjà pu quitter les salons, descendre

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l'escalier et gagner la rue des Pyramides, où se-trouvait le logement occupé par madame de Séverin.

Celle-ci, maintenant, poussait de sourdes exclamations, prête à se trouver mal, tandis que deux femmes d'un certain âge lui fui-aient respirer des sels.

Nous avons dit que la foule avait oscillé et s'était entr'ouverte.

Cela força Inès à sortir de son immobilité.

Elle fit deux pas sn avant, lança autour d'elle un regard éperdu, et, à bout d'énergie et de courage, vacilla, puis s'affaissa sur ollemémo, sans connaissance.

Elle n'avait pas poussé un soupir ; mais ses nerfs se déten- ^<ïireut, et un poignard, éch.ippé de sa main droite, alla rouler à quelque dr^tunce, — poignard ensanglanté ! -

Oa s ïluiiç L vers elle, et on aperçut, sur son poignet blanc et rond, com;ne une plaie fine de gouttelettes rougis et encore humides.

Le magistrat revenait vers le divan, après avoir donné ses ordres.

Il se retrouva près d'elle.

— Qu'est-ce encore? — dit-il de sa voix tranchante comme Tacic r.

— Cv-tte jeune fille qui vient de perdre connaissance, — répondiî-oa de divers côtés.

— E'ie a laissé échapper ce poignard.

— E le a du san.: sur le bras.

— Itcg .rdjz-donc, monsieur D-ilifroy.

M. Ddifroy, puisqu'il sj nommait ainsi, se pencha vivement.

— C'est, l'assassin l — - fit-il en se redressant. — Qui est cette jeune! fille ? (^dï la connaît ?

Tout le monde :^^r£rgarci.aj s' interrogeant des yeux, sans

M. D difroy s'élança vers madame de Séverin, et, la saisissant

par le poignet, avec quelque viobnce, il la ramena, sans s'in-

rt jqaiéLer de son. éTtat^ivers^lei corps étendu d'Inès, auquel personne

ne touchait.

.'W'-Qui est côttfâ- >j>ersonn«? — dit-il, eh la montraiit^â^ la mai-

-no)'J'[ LfO 710/ f>r(ij'b nhne tAlo-ilh — .ou/ ?.i4i(fu4, i^H on ot -

P^^^^^}^i4if

Restez.., et priez pour lui!,»

tresse de la maison. — Elle est chez vous. Vous devez la connaître.

Madame de Séverin la considéra un instant avec stupeur.

— Je ne l'ai jamais vue, — dit-elle eiilîn d'une voix où l'éton-

nement l'emportait sur tous les autres sentiments. — Ce n'est pas moi qui l'ai invitée... Je ne sais qui c'est.

— C'est bien, — fit le magistrat. — Qu'on l'enlève et qu'on la porte dans une chambre retirée. Qu'on ne la perde pas de vue. La police est prévenue, par mes ordres... Et, d'ailleurs, dèsque cette personne reviendra à elle, je l'interrogerai.

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