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L'enfant de la lune;

Un beau jour, Juliette Daloz atteignit ses dix ans. Pour célébrer ce grand événement, M™^ Daloz avait invité les petits amis de sa fille à une matinée.

Les enfants venaient de partir. Les débris d'un goû-

5 ter plantureux s'apercevaient à travers la grande porte

vitrée sur la longue table de la salle à manger. Les

meubles du salon, en désordre, les jouets tombés par terre

témoignaient de jeux un peu bruyants.

Juliette, fatiguée ou maussade, se faisait câliner par lo sa mère.

— Eh ! bien, Zette, tu ne t'es donc pas amusée, tu n'es pas contente?

— Si, Maman.

Mais la moue disait plutôt non que si. 15 — Voyons, ma fille, voyons!... Il est convenu que nous n'aurons jamais de secrets l'une pour l'autre, n'estce pas? Donc, toutes tes pensées, je dois les connaître.

— Oui, Maman... Mais je ne sais pas m'expliquer

I atteignit: see atteindre. — 9 se faisait: s&e faire. — 16 V une pour Vautre : see autre. — 18 sais : see savoir.

très bien. Il y a si longtemps que nous parlons de cette matinée, si longtemps que j'y pense, le soir, en me couchant, que je croyais. . . j'espérais. . .

— Que ce serait plus beau ?

5 — Oui ... ou plutôt non. Tout était très beau. La tombola m'a amusée ; seulement les autres ont eu plus de chance que moi.

— Tant mieux. Tes invités devaient passer avant toi.

— Pourquoi — puisque la fête était donnée pour moi? 10 Puis la petite Yvonne a cassé ma belle poupée, la toute

neuve. Et quand j'ai voulu manger du nougat — il n'y en avait plus. Tout a été de travers. Je croyais m'amuser beaucoup plus . . .

M""® Daloz était restée veuve très jeune avec une en-

15 fant unique. Dans son grand chagrin, elle s'était rattachée à la vie en adorant sa petite fille, en la gâtant abominablement. Juliette en avait conclu que le monde entier, la terre et ses fleurs, le ciel et ses étoiles, avaient été créés pour l'agrément personnel de M"^ Daloz.

20 Comme elle se montrait très câline, très affectueuse, sa mère restait pleine d'indulgence pour cet égoïsme inconscient. Cependant, parfois, elle cherchait à faire comprendre â sa fille qu'elle n'était peut-être pas la seule personne au monde ayant droit au bonheur. De toutes . 25 ses leçons, celle-ci lui paraissait la plus désagréable, la plus difficile à apprendre.

Il y eut un silence. Juliette regardait pétiller le grand feu de bois, ce qui l'amusait toujours, surtout lorsque, au beau milieu des bijches à demi consumées, s'ouvraient

30 des cavernes de feu, où elle croyait voir tout un monde de gnomes, de fées, d'êtres impossibles et délicieux.

II il 7i' y en avait plus : seeplus. — 12 Tout a été de travers : se& travers. — 22 faire coniprendre à sa fille : see cotnpretidre.

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