‹ L'enfant de la lune;Chapitre 2 sur 34 · L ANNIVERSAIRE DE JULIETTE J · texte numérisé non relu

L ANNIVERSAIRE DE JULIETTE J

Tout d'un coup Juliette sentit une larme sur son front. Elle se redressa vivement. Sa mère pleurait.

— Oh ! Maman — Maman chérie ! C'est moi qui te fais pleurer?. . . Ma petite mère adorée. . .

5 Et elle lui faisait mille caresses, toute prête à pleurer, elle aussi.

M'"*^ Daloz la consola, sourit, chercha même à rire ; mais la petite fille connaissait trop bien sa mère pour ne pas se douter qu'un chagrin véritable avait causé ses lo larmes.

— Puisque nous devons tout nous dire, Maman — c'est toi-même qui me le rappelais. . .

— C'est vrai, Zette. Mais j'aurais voulu te laisser ce jour de fête au moins sans te faire du chagrin.

15 — Il a été tout de travers mon jour de fête. Puis, si tu me caches quelque chose — je ne dormirai pas de toute la nuit. Donc — tu vois bien !

— C'est que, mon enfant, il va falloir que je te parle très sérieusement, comme à une grande personne.

20 — Je suis presque une grande personne. J'ai dix ans. Et pour montrer combien elle était grande, Juliette se leva d'un bond et se tint très droite.

Elle se vit ainsi dans le miroir, avec ses longs cheveux

couleur d'or, ses yeux bleus, et surtout sa petite robe

25 blanche et sa ceinture bleu-ciel. Elle eût voulu que sa

robe fût plus longue, afin de ressembler tout-à-fait à

une grande personne.

— Te souviens-tu, ma Zette, de M"^^ Legrand qui venait, l'an dernier, te donner des leçons et qui avait une

30 petite fille de ton âge?

— Oui. Maman. Nous donnions mes vieilles robes à la petite Julie et — et les poupées un peu cassées.

\Ç> de ... finit: see nuit. — 17 vois: see voir. — 18 il . . .je : see Jalloir.

— Eh ! bien, il se pourrait que je sois forcée de donner aussi des leçons à une petite fille riche — qui te passerait ses robes déchirées et ses joujoux cassés.

Juliette ne comprenait pas bien, elle regarda sa mère 5 avec de grands yeux épouvantés.

— Pourquoi ? . . . Pourquoi ? . . . Est-ce que . . . Elle n'osait en dire plus.

— Écoute-moi, ma petite fille. Même si nous sommes très pauvres, nous nous aimerons toujours.

lo — Oui, Maman. Mais je ne veux pas être pauvre. Ce n'est pas possible.

— Pourquoi serait-ce impossible pour toi, tandis que pour d'autres, c'est la règle?

— Parce que . . .

15 Juliette s'arrêta court. Elle ne savait comment dire que, pour elle, le luxe était naturel. Enfin elle s'écria :

— Mais — je ne sais même pas mettre mes bas. Je ne pourrais jamais me passer de Lisbeth ! C'est impossible — c'est impossible — ce n'est pas vrai ! Nous ne

20 sommes pas pauvres !

Mais comme la figure de M"^'' Daloz restait triste et un peu sévère, l'enfant éclata en sanglots, pleura longuement, avec passion et ne se laissait pas consoler.

Sa mère la berça comme lorsqu'elle n'était qu'un tout 25 petit enfant.

Plus tard, lorsque Juliette, un peu honteuse d'avoir ainsi pleuré, cherchait à causer « comme une grande personne » sa mère lui dit, très doucement :

— Dans ton chagrin, Juliette, un chagrin très naturel 30 après tout, tu n'as jamais pensé — qu'à toi. Réfléchis

un peu, ma fille.

Juliette baissa la tête. C'était vrai, cela. Cependant

I il se pourrait : s&Q pouvoir.

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