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CHAPITRE IV

JE NE SAIS pas!. . .

Un jour vint pourtant oii Juliette ne divagua plus. Elle se sentait si faible que l'effort de suivre une idée dépassait ses forces.

Elle se réveillait comme d'un long sommeil troublé et 5 regardait autour d'elle avec une sorte de curiosité paresseuse. En ce moment, elle était seule. La chambre était petite mais gaie. Des rideaux blancs pendaient à la fe-

nêtre et sur la mousseline transparente les feuilles, agitées par la brise, se dessinaient d'une façon amusante.

Du passé, Juliette ne gardait aucun souvenir. Un grand mur noir séparait la vie d'aujourd'hui de celle 5 d'hier. Elle ne savait qu'une chose : il faisait bon dans son petit lit et elle était heureuse. Subitement, elle sentit qu'elle avait très faim. Alors, elle poussa un gémissement.

Une petite fille accourut et Juliette la regarda avec un

lo grand sérieux et un certain plaisir, puis elle sourit. Maggie était si heureuse de voir enfin une lueur de raison dans les yeux de sa poupée vivante qu'elle eiât voulu la prendre dans ses bras et l'embrasser. Seulement, craignant de la casser ou de la blesser, elle appela vivement

15 sa grand'mère et passa doucement sa main brvme et hâlée sur la tête tondue de la malade. Les belles boucles dorées avaient été coupées dès le début de la maladie.

Mrs. Hardy accourut et Juliette la dévisagea longuement. Sa présence lui sembla naturelle. Dans ses rêves

20 troublés, dans son délire elle avait fait connaissance avec la grand'mère comme avec la petite-fille. Lorsque Mrs. Hardy lui tendit une tasse avec un peu de bouillon de poulet, elle eut un petit rire de satisfaction. Seulement elle en aurait voulu davantage.

25 — Encore . . . murmura-t-elle.

Mais ses deux gardes-malades ne comprirent pas. Le regard affamé, en revanche, était fort clair. Maggie voulait tout de suite courir à la cuisine pour en rapporter un repas substantiel, mais sa grand'mère secoua la tête.

30 Elle présenta sa montre à Juliette et lui indiqua en souriant l'endroit où devait arriver l'aiguille avant qu'on lui donnât une nouvelle tasse. Le regard de Juliette s'assombrit. Elle ne savait plus dire l'heure à une montre. Elle avait tout oublié, jusqu'à son propre nom.

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