LT11.NM
T'as du bonheur comme un véritable enfant de l'amour, <iue tu es... scélérat do Polytel.. eh bien ! puisque tu es libre... j' l'emmène... nous allons aller au cabaret du coin boire le vin blanc du malin . que tu paieras en ta qualité de propriétaire.
POLYTE
Ca serait avec plaisir... mais le père chose n'veux pas que je sorte.
ETIENNE
Tu disais que lu faisais tout ce que tu voulais.
POLYTE
Oui... excepté ca...
ETIENNE
Alors, j' vas aller chercher le vin blanc moi-même, que tu paieras,
toujours en ta qualité de propriétaire, ainsi qu'une assiette de mets choisis chez le charcuitier...
Non... le père chose prétend que ça détruit l'estomac. .. je ne prends plus le matin que du café à la crème.
ETIENNE
Du café à la crème!., en v'ià une flère ripopéc... dis donc, si c'est comme ca que lu es libre ?..
POLYTÏi.
Excepté...
ETIENNE
Excepté... excepté tout... tu fais ce que tu veux, à ce qu'il paraît.
POLYTE
Par exemple! j' voudrais bien voir qu'on me défende quelque cliose... mais on prie... et tu sais... avec des formes, on fait de moi tout c' qu'on veut.
ETIENNE
Eh bien! alors, v'ïà uue idée sublime qui m'arrive... j' vas aller chercher tout l'atéyer et je l'amène ici... pour que tu le régales... avec des formes.
POLYTE
Ah! peur ca, oui... mon adoptif m'a fait le plaisir de valser pour toute la journée. .."el en son absence, j' puis bien recevoir qui je veux... fais venir ici tous les anciens.
ETIENNE
Ils ne se feront pas prier, sois tranquille; mais tu sais qu'ils aimenl à consommer, les anciens... quoi que tu leur donneras?., pas de café à la crème , d'abord... oh! l'eafé à la crème.
C'est qu'alors, je ne sais pas trop...
ETIENNE
Eh ! mon Dieu ! un rien... le prolétaire est sobre... il se contente de la première chose venue... du punch... des marrons... et de la galette, pourvu seulement qu'elle vienne de la Porte Saint-Denis.
POLYTE
T'as raison... la galette de la Porte Saint-Denis, c'est l' gilet de flanelle du pauvre... achète tout ça...
ETIENNE
Alors, tu avanceras l'quibus.
POLYTE
J' ne demanderais pas mieux... c'est que le père chose ne me donne jamais d'argent... et j'ose pas lui eu demander...
ETIENNE
Merci!., non... bien obligé... ah! c'est comme raque les ton maître
POLYTE
Qu'est-ce qui le prend ..
ETIENNE
Il m' prend qu'ton sort que tu me vantais tant ne me fait plus envie... que j'aime cent fois mieux être un pauvre ouvrier comme Je suis... qu'un riche propriétaire comme toi... et çà te va, une condition pareille?., pauvre Poly te, il faut que tu sois bien changé... écoute, s'il en est temps encore, la voix de l'amitié, qui te crie:
Air : Rendez-moi mon joli bateau.
Tiens mon vieux , il n'est rien au prix D'Ia vie aimable et saine Que dans la rue on mène; Tiens mon vieux, il n'est rien au prix D' l'existenc' d'un gamin d' Paris.
Toujours tout seul, ici l'on n' s'amuse guère, Tu m' fais l'effet dans un si grand local, D'un cornichon au milieu d'un bocal , Allant et v' nant pensif et solitaire.
Tiens mon vieux, ete.
POLYTE
Cornichon 1.. cornichon toi-même, entends-tu... j' veux pas qu'on m'insulte chez moi.
ETIENNE
Ecoute, Polyte... j'n'ai pas reçu ce qu'on appelle une brillante éducation... j'apprends tout bêtement'à lire chez les frères du faubourg Antoine... qui, pour récompenser ce qu'ils appellent mon intelligence précoce... m'ont fait un cadeau. (11 tire un livre de la poche de sa veste.) Voilà f cadeau.
POLYTE
Qu'est-ce que c'est que ça?
ETIENNE
Ça, c'est les fables d'un nommé Jean Bonhomme de Lafontaine... regarde... v'ià ton histoire...
POLYTE , lisant.
Le chien et le loup... est-ce que j'ai une tournure de...
ETIENNE
Non, mais tu es dodu... bien gras... comme lui... et comme lui aussi tu portes une cravate qui ressemble furieusement à un collier...
POLYTE
La comparaison me blesse, Etienne, et pour te prouver ton erreur... oui, je régalerai les amis... oui, ils auront des marrons... et surtout d' la galette, j'n'ai pas d'argent, c'est vrai... mais j'ai une montre... une montre d'or... (il la tire de son gousset.) qui se dérange toujours... tu la porteras à raccommoder... et avec le montant... bombance générale.
ETIENNE
Allons donc... vTà qui est parlé, j'ai retrouvé mon ami...
POLYTE
C'n'est pas tout... j' veux encore que nous buvions un coup... pas au cabaret... c'est encore vrai... mais j'ai du vin en cave... ah! tu doutes que je fasse ici mes volontés... eh bien! tu vas voir comme je sais me faire servir... ni plus ni moins qu'un monarque. (Il sonne avec force.)