RAPIDITÉ DE L'ATTENTION
d'une prodigieuse seconde vue : après que ses yeux auront été bandés avec un épais bandeau, il désignera tout objet qui lui sera présenté par le public. » C'est-à-dire que l'enfant, avant que ses yeux fussent bandés, avait le temps de voir tous les objets de la chambre susceptibles de lui être présentés. Il est intéressant de noter que Houdin, qui donne une attention spéciale au développement de la rapidité des perceptions, remarque que, d'une façon générale, cette rapidité est plus grande chez la femme que chez Thomme : il dit avoir connu des dames qui, t en voyant une autre .dame passer à grande vitesse en voiture, avaient assez de temps pour analyser sa toilette des pieds à la tète, et pour pouvoir non seulement décrire la coupe et la qualité des étoffes, mais même dire si les dentelles étaient vraies ou faites à la machine *. » Il serait curieux de savoir si cette faculté est innée chez nombre de femmes, ou bien acquise. Qu'il me soit permis de dire que j'en ai constaté Tabsence chez un certain nombre d'entre elles, moins exercées peutêtre à ce genre d'observation. Ce qui fait croire qu'elle peut être innée chez un certain nombre de femmes, ce sont les variations de l'équation personnelle dans la lecture.
M. Romanes mentionne les expériences qu'il a pu faire à ce sujet., La grande habitude de la lecture laisse des différences considérables, quant à la rapidité, entre différentes personnes, c Elle peut aller de4àl. L'assimilation des idées est en rapport avec la rapidité de la lecture, dans un temps donné. Mais il n'y a pas de relation entre la rapidité de perception ainsi mise à l'épreuve et Tactivité intellectucitle telle qu'elle est établie par les résultats généraux
1. Mémoiret de Roheri Boudin^ t. II, p. 7 et 9. Cité par M. Romanes dans VÉvoluiion mentale chez lit animaux, p. 130.
du travail intellectuel du même ordre, car j'ai fait Texpftrience sur beaucoup d'hommes distingués dans les sciences et dans la littérature : la plupart se sont trouvés être des lecteurs lents... Ceci montre en définitive que Téquation personnelle varie chez les divers individus, d'autant plus que le nombre et la complexité des perceptions qui doivent avoir lieu dans un temps donné sont plus considérables •. » Ceci n'est pas à l'éloge des femmes, car le même auteur, dans ses propres observations, confirmant celles de Hoadin, a remarqué que ce sont généralement les femmes qui l'emportent pour la rapidité de la lecture. Conclure de ces apparences que l'attention prime-sautière de la femme est une marque d'infériorité intellectuelle est chose trop facile. Plus d'un moraliste de bonne foi s'ea va répétant : « Les femmes ont, en général, l'esprit plus délié, plus pénétrant et plus prompt que les hommes : en société, elles sont admirables par leur présence d'esprit', leur à-propos et leurs reparties. Toutefois, elles ne sont pas capables de soutenir leur attention pendant quelque temps sur un même objet, et Ton observe même que la réflexion n'ajoute rien au premier jet de leur pensée. » M""* de Necker, une femme de grand sens, a dit quelque chose d'analogue, et Proudhon l'en a fort louée. Il faudrait pourtant compter que beaucoup de femmes sérieusement instruites font exception à la règle, si vraiment la règle existe. Il y a d'excellents esprits, des deux sçxes, qui perçoivent et jugent avec une vivacité singulière. C'est évidemment un don de nature, mais qu'il n'est pas impossible de compenser au moyen d'un exercice assidu. Il est aussi bien des intelligences à l'effort lent, dont la lenteur même paraît produi^re des facultés dont elle suit seulement la marche. Il faut
i. Romanes, loe, cil,, p. 'lâS.