G. Compayré, Cours de pédagogie, p. 15 J
pertinemment parlé du jeune enfant que le plus sûr et le plus habile est de le laisser à lui-même, que tout ce qu'il voit l'intéresse, et que tout ce qu'il voit il le voit bien. 11 en est de même, assure-t-on, de l'animal, qui, dans les limites de son instinct et de ses besoins, applique aux. phénomènes naturels son intuition à peu près infaillible. Voilà deux grosses erreurs, toujours bonnes à ïéfuter, puisqu'elles reparaissent à chaque instant dans des livres lus par les mères. Le plus grand de nos poètes, qui a si délicieusement parlé de l'enfant et de l'animal, les a luimême souvent mieux décrits qu'observés. Je n'en veux pour preuve, à l'égard du dernier, que l'idée très fausse exprimée dans ces deux vers charmants : ^
Les bétes sont au boa Dieu, La bêtise est à rbomiue.
La vérité, non plusl poétique, mais scientifique, il faut la demander, sur ce point, aux Darwin, aux Houzeau, aux Romanes. La vérité, c'est que les instincts considérés comme les plus fixes, parce qu'ils sont les plus importants, sont susceptibles de variations ou même d'aberrations étonnantes. 11 y a, dans les individus des diverses espèces animales, des adaptations imparfaites, des habitudes non intelligentes, qui peuvent être transmises par hérédité, et qui, par la sélection artificielle de l'homme, peuvent s'exagérer aux dépens de qualités jugées moins utiles. Parmi les grosses erreurs de l'instinct, citons l'abeille commençant une cellule dans une direction nouvelle, cellule que les autres abeilles se hâteront de démolir. Parmi les variations de l'instinct opérées par l'homme, citons la perte du goûtde la viande, et la stupidité très caractérisée chez les chiens de la Polynésie et de la Chine, et de tous les pays où cet