‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 89 sur 107 · L'ESTHÉTIQUE ET LA PUDEUR · texte numérisé non relu

L'ESTHÉTIQUE ET LA PUDEUR

susceptibles d'idéalisme et quelquefois de mysticisme, ne laissent pas quQ de prendre plaisir à ce comique ultragaulois. J'ignore si rhumour des Anglais réussit toujours à couvrir décemment cette grasse gaieté qui se rattache à la puissance de Tappétit. Pour nos voisins d'outr^-Rhin, les souvenirs populaires de la guerre de 1870 nous donnent bien des preuves du contraire. C'est là une tendance bien primitive, et difficilement déracinable de certaines races et de certains individus. L'éducation peut toujours au moins la réduire au minimum de force. Mais, en s'attaquant à cette tendance de la sensibilité, elle ne devra pas perdre de vue la tendance physiologique qu'elle accompagne et exprime à sa façon, c'est-à-dire Ténerçie des fonctions digestives, qui doit rester en deçà de la gloutonnerie. Réprimer Tune, c'est atténuer l'autre.

La décence et la pureté sont sœurs, de même que l'esthétique et la morale. Pour l'éducateur, le décorum et le honestum se confondent. Le «hapitre des mœurs a de tout temps appelé l'attenUon des hygiénistes, et l'on n'a rien à ajouter, ce me semble, aux excellents conseils que M. Fonssagrives a donnés, après tant d'autres, sur cette grave matière *. Le rôle du psychologue est plus modeste : il se borne à rechercher les causes et à décrire les caractères des états mentaux qui'se manifestent sous la forme de perversion morale.

1. V. V Éducation phyiiqus d€% filles t P* ll^i Qii' Éducation phyiiqu» des garçonsj p. 302.

g-.Tl

Plusieurs des causes assignées par M. Fonssagrives à cette dépravation précoce sont acceptables en psychologie, c Les causes d*impureté chez les enfants sont diverses autant que nombreuses. Si l'on peut faire intervenir, avec une certaine vraisemblance dans beaucoup de cas, cette hérédité des penchants qui s'exerce pour cet excès comme pour tous les autres, il faut aussi faire une large part à rimitation, à des sensations fortuitement éveillées, rame- . nées par Tattrait et entretenues par Thabitude, à certaines éruptions qui, par les démangeaisons qu'elles entraînent, conduisent à des révélations sensuelles, à l'oubli des soins de la proprefé, à une éducation de la sensibilité physique et affective que Ton dirige mal, au rôle prédominant et exagéré qu'on attribue à la vie cérébrale *. »

Il est certain que les impulsions sensuelles se font quelquefois sentir de si bonne heure chez l'enfant qu'on y doit voir un résultat de transmissions héréditaires. La voix du sexe parle à l'enfant un langage vaguement entendu. On peut citer des enfants de trois ans, et à plus forte raison des enfants de cinq ou six ans, chez lesquels cette tendance inconsciente se manifeste pour dès personne^ d'un se^e différent, par l'effet de je ne sais quelles secrètes affinités. La jeune fille dont M, Zola a dépeint l'étrange caractère, dans une Page d'amour, est un cas présenté comme pathologique; mais pathologique ou normal, il n'est pas aussi rare qu'on pourrait le croire. Houzeau a tort, selon moi, quand il écrit : c Si les fonctions sexuelles ne commencent pas à la naissance, les affections mentales qui s'y rapportent ne se manifestent pas non plus dans l'enfant. L'appel charnel et la pudeur n'appartiennent pas à la pre-

Page 1