‹ L'Enfant des ruesChapitre 12 sur 13 · FL · texte numérisé non relu

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pas la vie chrétienne. Tout s'y concentre autour de …

vous et des vôtres... C'est une vie toute personnelle .

et toute égoïste.

La vie chrétienne a bien d'autres ‘ampleurs! Elle | déborde de ce cercle étroit et fermé : elle étend bien

au delà les eaux conquérantes de sa charité, comme

le Nil elle échappe à ses rives, elle couvre l'horizon

et y sème la fécondité et la vie !.. Les bras du chré-

ten enlacent l'Univers !

Eh bien, Messieurs, ces œuvres vous ont arra-

chés à l’étroitesse du foyer ; elles vous ont appris à

aller au delà chercher des âmes et les servir. Vous

êtes allés à ces petits enfants des rues et vous les

; ! = avez recueillis ! Vous êtes allés au pauvre et vous

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4% ne.

, par elles, au loin, au delà des mers, avec la voix

s missionnaires, jusqu'aux dernières limites du monde, vous avez atteint et servi les âmes.

Ah laissez venir l'heure maintenant, et quand à vos oreilles on murmurera dans les larmes : « Frère, il est temps de mourir... » ne tremblez pas... de

hier se € passe encore aujourd'hui... Vous avez beaupe donné. il vous reste à donner beaucoup

ï e sais si bien à quel nt vous êtes ane et uelle exaspération vous en éprouvez à la longue.

Pourtant lorsqu'on m'a demandé de solliciter DA 7

:.. VOUS avez sauvé ee âmes, il vous UIRE

aujourd’hui, pour les petits enfants des rues, votre charité, je n'ai pas hésité un seul instant ?.. Savezvous pourquoi? Parce que je venais d'avoir la | démonstration que vous êtes généreuses, Mesdames, … et que je savais que vous êtes chrétiennes.

Généreuses incontestablement!.. Mais laissez- à moi vous dire bien familièrement la preuve — surabondante d’ailleurs — qui venait de m'en être donnée. J'avais assisté à une séance de la Société scientifique de Bruxelles; l'heure de mon retour à. Anvers n'étant point arrivée, j'allai visiter un ami pour me délasser l'esprit par un de ces revoirs affectueux qui font tant de bien à l'âme... Au .

moment où je sonnai à la porte de son hôtel, une. voiture s'y arrêta, d'où l’on descendit de grands . cartons qui firent avec moi leur entrée... « Qu'estce que c'est que tous ces cartons-là? » demandai-je à mon ami. — « Vous êtes bien indiscret, » me « répondit sa femme; mais... trés désireuse, ellemême, je pense, de les ouvrir, elle s'empressa de M tout me montrer.

: C'était une toilette pour le bal d’un ministre... il 1 devait avoir lieu le soir même... J'admirai et, au risque de commettre quelque maladresse, en ces matières qui ne font pas précisément l'objet accou- .

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Le

: . tâmes à l'étage; je la vis encore, je l’admirai encore, et je la louai encore, sur quoi on me . montra les bijoux, l'éventail et le reste.

Ah! mes petits pauvres! mes bien-aimés pauvres! Combien de vous auraient été nourris tout l'hiver pour le prix de ces splendeurs-là 1.

Mesdames, l’amie dont je vous parle a la main toujours ouverte aux pauvres, toutes les œuvres de la ville, du pays, de l'étranger, même d’au delà des mers viennent frapper à sa porte, et pas une, je le

sais, pas une ne s’en retourne refusée; là aussi, il

: y a l'obsession de tous les jours ; là aussi, l’exaspé-

à ration vient et la fatigue, et pourtant... Voyez ce

qu'a fait une petite carte blanche portant gravée

l'invitation d’un ministre et d’un roi !.. Dans sa

générosité, ni des ennuis, ni de l’obsession, ni de

l'exaspération, mon amie n’a tenu compte !.. et,

comme par enchantement, tous ces cartons sont

venus! | Ce n'est pas un ministre, ce nest pas un roi, cest un Dieu, c’est Jésus-Christ qui vous invite

quand on vous tend la main pour le pauvre; € rÉ- |

tiennes, pour Cut, Serez-vous moins généreuses.

Non, nest-ce pas? Non! Dites-moi que non |

Car sans cela,.. parées comme vous l'êtes quand

tant de pauvres vont nus, nourries comme vous

l'êtes quand tant de pauvres ont faim, dans les

joies comme vous l'êtes, quand tant de pauvres

Le

sont dans les pleurs... si vos aumônes ne faisaient |

pas contrepoids à votre luxe, si vous n’enleviez pas «

à votre luxe pour ajouter à vos aumÔnes, comment.

Pa,

oseriez-vous paraître devant Dieu? Fi

Ah! laissez-moi finir par un trait qui m'a été.

conté naguère et dont je connais les acteurs ; je ne.

les nommerai pas : ils vivent.

Un de mes condisciples, après deux années d'études au séminaire, était allé approfondir ses cours à l'Université de Louvain. Il y avait passé deux ans, quand, à la veille des vacances de sep= tembre, il reçut de son évêque un billet à peu pee ainsi concu : « Monsieur l'abbé, vos études sont

assez loin poussées aujourd’hui : rentrez en famille

À “5 attendez. y les dispositions que je ulté-

FES ne

De

44 2 En

Se

rieurement a votre endroit. Je vous bénis ! » Le

. Jeune prêtre rassembla ses manuscrits et ses livres,

boucla sa valise d'étudiant et, joyeux, il s’en retourna dans la petite ferme où seule habitait sa vieille mère. A deux ils révèrent.…. elle allait le suivre dans son petit presbytère, il ne la quitterait plus, il entourerait de toutes les douceurs sa vieil- . lesse, il la ferait heureuse, elle mourrait dans ses

bras !.. Quelques jours après, un nouveau billet de

D éréque le manda à l'évêché : il y courut. « Mon-

. sieur, lui dit le saint vieillard, vous avez fait de

fortes études et vous les avez faites avec succès. Eh

bien, je vous nomme professeur de théologie dog-

matique au séminaire de... aux États-Unis... » Le prêtre eut un soubresaut, il pâlit, regarda l'évêque, les yeux grands ouverts, et bientôt deux grosses

| larmes perlèrent sur ses joues.

« Je vous fais de la peine, mon enfant... reprit

l'évêque. Je sais que je n'ai pas le droit de vous

imposer cette mission, mais je me fais vieux et plus

: avance en âge, plus je vois qu il n'y a de grand au . monde que le sacrifice.

» — Oh! j'irai, Monseigneur, reprit le prêtre d'une voix entrecoupée et convulsive, j'irai, mais

ps

je songeais à ma pauvre mère : elle est vieille, elle nier est seule, elle espérait mourir près de moi... » Et 2 ê HE il laissa aller toutes ses larmes. M | à « Je veillerai sur votre mère, mon enfant, je | : vous remplacerai près d’elle !.. du courage Pr Rte Il y eut un long silence pendant lequel l’évêque | priait tout bas, le prêtre pleurait. Enfin, serrant son Cœur : 0e es « Et quand faut-il que je parte, Monseigneur ? » — Oh! ne tardez pas, mon enfant. Faites vos adieux à votre mère, et, dans huit jours, embarquez-vous ! » | ie Ce qui se passa dans la petite ferme, au retour : : du fils, ai-je besoin de vous le dire? La pauvre . femme se jeta à son cou : « Non! non! vous ne partirez pas, mon fils... [l n’a donc pas de cœur, : votre évêque... Est-ce que je puis vivre sans vous, moi Oh! non, mon enfant. Quand je serai.

morte, oui, mais ne me laissez pas mourir sans vous, s’il vous plait !..» Sr * Deux jours se passèrent silencieux et tristes. Au , è es troisième, le matin, tandis qu'ils se regardaient mornes et désolés, tout à coup la porte de la petite ferme s'ouvrit et la robe violette de l’évêque appa-

rut sur le seuil.

les bénit, puis tendant la main à la pauvre femme :

on Madame, » lui dit-il, d’un ton solennel et grave, . «Madame, je viens vous demander votre fils... s pour J ésus-Christ !.. » À ce nom, comme soudai- nement frappée, la mère releva la tête... « Ah! 1 Monseigneur !.. c'est vrai !.. Jésus-Christ ! Jésus- Christ! Eh bien, pour Jésus-Christ, oui ! prenez

mon enfant, je vous le donne !.. » Et, brisée par cet __ élan sublime, elle mit sa tête entre ses deux mains :

+ et, toute sanglotante, se laissa tomber dans les

bras de son fils !..

- Mesdames, ce n’est pas votre enfant que je vous demande, c’est votre or seulement, mais c'est pour à Jésus-Christ !.. Oh ! ne l’oubliez pas, je vous en ie prie, c'est pour Jésus-Christ !..

25 mars 1885. PA

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