‹ L'Enfant des ruesChapitre 11 sur 13 · TE TS TL · texte numérisé non relu

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re D hé rte

ouverts, souriante et prête à voler à son aide,

appelle les premiers pas de son enfant.

| Elleest tendre et consolante, parce qu'elle part

du cœur miséricordieux et aimant d'un Dieu qui,

sachant nos faiblesses, pardonne à nos repentirs et

TR

jamais, ni après sept fois, ni après septante fois,

: ni après sept fois septante fois, jamais ne se lasse d'ajouter les pardons aux pardons !

* Par-dessus, Messieurs, elle est vivante, éternel- # lement vivante dans la société humaine. Ce n'est pas une loi muette, taillée dans le bronze ou dans À le marbre et couchée sur l'autel silencieux d’un temple. Non, Dieu l'a posée sur les lèvres éternel- les de l'Église. D'un siècle à l’autre, l'Église la crie au monde : « Clama, ne cesses... Criez, ne | cessez pas! » Les grands, conjurés au profit de leur passion habituée à vaincre, ont essayé en vain d'étouffer sa voix. Elle a crié plus haut que tout le bruit de leurs armées : « Clama, ne cesses !.. » Le | grondement déchaîné de toutes les concupiscences humaines a voulu, dans d'immenses clameurs, l'obliger au silence. Elle a crié plus haut que ces hurlements de la chair révoltée : « Clama, ne ces-

4 ses il...» Et.1l n'est pas une âme, si errante et si

RE

cachée que vous puissiez la faire, à quelque âge du monde, de la civilisation ou de la barbarie, qu'il

vous plaise de la mettre, qui n’ait entendu, par-

dessus tous les bruits de la terre, le bruit solennel de cette voix, criant à l'Univers le Décalogue divin, le vieux Décalogue de Moïse et du Sinaï.

Voilà la morale qu'il faut à l'enfant, celle qui

l'élève, celle qui le grandit, qui le rend noble et

fier, celle qui le fait vraiment homme !

Voilà la morale qu'il faut à l’école, et il n'en

faut point d'autre, et de cette morale-là,.. en

vérité, ce n'est plus morale qu'il faut dire, c'est

religion.

Est-ce tout, Messieurs ? Ce double enseignement

de très inégale importance, l’un vital, essentiel : La

religion ; l’autre, secondaire et utile : les sciences :

et les lettres ; ce double enseignement suffira-t-il

à élever l'enfant des rues, à le préparer aux devoirs :

de la vie sociale, à en faire un homme digne de vivre ?

Oui, si cet enseignement sort d'une âme honnête et religieuse, aimante et dévouée. Sinon, non !

Je viens de nommer le maître

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si titess ptdr us

Il ne suffit pas, pour former l'enfant et pour

l'élever, de lui mettre dans la mémoire des pré-

| ceptes religieux et moraux, comme on y met des

à règles de grammaire, des formules d'intérêt simple

et composé. Il ne suffit pas de classer les vertus

dans son esprit, comme on y classe des familles

d'insectes et de mammifères. Pour former l'enfant,

cette culture superficielle n'atteignant pas au delà

de l'intelligence est totalement vaine ; il faut péné-

rer plus avant dans cette terre, c’est dans le fond

deson cœur qu'il faut planter la vertu ; c’est sa

volonté qu'il faut dresser au devoir, mettre sous le

| joug de la justice et de la discipline. C'est l'œuvre

è de chaque jour, de chaque heure, de chaque ins-

tant, c’est l'œuvre maîtresse, c'est l'œuvre unique!

Dans le plan divin, elle est confiée au père et à la

mère ; au père, parce que c'est une œuvre de force

et d'énergie ; à la mère, parce que c’est une œuvre 2 9

de tendresse et d'amour. Quand les nécessités

sociales ou les rigueurs du sort arrachent le père et

la mère à cette œuvre si grande, un homme les

remplace et les représente : c'est le maître ;.. il faut.

donc qu'il ait dans son cœur ce que Dieu avait mis :

dans les cœurs réunis du père et de la mère: la force, l'énergie, la tendresse et l'amour ; il faut qu’il ait par-dessus tout le saint respect de cette petite Âme où ses doigts vont sculpter les traits du

Juste !., Et comment l’aura-t-1l, s'il ne respecte pas

sa propre âme? Comment y plantera-t-il les germes

de la vertu, s’il ne les a profondément enracinées dans la sienne ? Comment lui apprendra-t-il à obéir au devoir, s’il ne sait pas lui obéir lui-même? De quel droit lui parlera-t-1l du Dieu vivant, notre Maître et notre Roi, si, lui-même, devant ce Dieu, ne courbe pas un front soumis et humble ?.. |

Ah! Messieurs, si l'on demandait au maître d'être un saint, on ne demanderait pas trop !.. car. on lui confie des âmes !

Est-ce ainsi qu'on l'entend de coutume aux jours. où nous vivons ?.. Non! On forme les maîtres de

collection complète des sciences d’ici-bas : les langues et leurs littératures, l’arithmétique, l’algébre,

la géométrie, l’arpentage ; toutes les géographies : physique, politique, agricole, commerciale, indus-

l'enfant d'une facon singulière. On leur instille la à !

trielle ; toutes les histoires : ancienne, moderne et

contemporaine ; on y ajoute la physique, la chimie,

. la zoologie, la psychoiogie, le dessin, le gymnase,

la taille des arbres, l'agronomie, l'hygiène. De

toutes ces choses, on prend quelques lambeaux, on

| enfait je ne sais quelle macédoine,.. de morale et : de religion, une idée très légère, une facon d'épice, et on en gave leur esprit durant deux ou trois ans, À comme dans l’engraissage intensif on gave les pou- | Jets. ILsort deläun personnage particulier à notre | siècle, infatué de lui-même, très méprisant des : ‘autres, marchant haut le front, et prêt à régenter le 3 ciel et la terre.

__ demande d’obéir à la loi, de respecter les conve-

| nances, de suivre les règlements, on lui bâtit une

maison et une école : « Va, mon enfant, élève mon peuple !.. » Et, là-dessus, on dort en paix PL sous la garantie des lois, des convenances, des

. circulaires, des règlements qui sont chargés du

reste.

Voulez-vous savoir ce qu'en pense — non pas

un prêtre : je persiste à ne pas recourir à leur témoignage, de peur qu'il ne paraisse suspect,

C'est le maître d'école ! ‘Il a vingt ans ; on lui.

— mais un philosophe d'allure très indépendante ? Écoutez :

« Savons-nous ce que c'est que l'éducation, que nous voulions confier nos enfants à des hommes dont toute la moralité consisterait à obéir à la loi, à ne pas blesser les convenances et à suivre les règlements ? Qu'est-ce qu'obéir à la loi ? (Cela ne s'appelle pas même être un honnête homme,

c'est simplement ne pas être un malfaiteur. Tout .

le monde obéit aux convenances. Il suffit d’avoir appris quelque chose, vertu de surface qui même frise parfois l'hypocrisie. Quant à la toute-puissance des règlements, que nous n’'admettons nulle part, c'est surtout pour les écoles qu'elle est une dérision. Il faut être en vérité bien aveugle pour attacher tant d'importance à ce que les lecons soient récitées de huit à neuf heures, la page d'écriture commencée à neuf heures seulement, l'orthographe enseignée dans la dernière demi-heure... Sommesnous donc én Chine? Gardez toutes ces belles prescriptions pour vos bureaux où elles sont de mise, et quand vous investissez un homme de la mission de faire des citoyens, laissez-lui assez de liberté, assez d'indépendance pour qu'il se sente responsable et capable. Faites, si vous le pouvez,

née ae 6

qu'il soit dans son école un peu moins fonction-

naïre et un peu plus pêre. Vous avez beau entasser décision sur décision et circulaire sur circulaire, … c'est de l'administration tout cela, ce n’est pas de

l’école... Le jour où vous serez assuré qu’il ya

dans chaque école un homme suffisamment éclairé, profondément dévoué — j'ajouterai, moi : éminem-

ment religieux et honnête — soyez tranquilles sur

vous-mêmes et sur l'avenir du pays. Et si, ce jour-

là, on peut entasser en un monceau les rêglements, les circulaires, les compte-rendus de quinzaine et

de trimestre, et toutes les paperasses de la science

pédagogique, qu'on en fasse un feu de joie! L'école

n'est ni un régiment, ni un couvent, ni un bureau;

c’est une succursale de la famille » (1).

Il faut donc, Messieurs, pour que l'école soit un

foyer d'éducation, d’élévation populaire, il faut que

l'enseignement y soit avant tout moral et religieux,

et, pour que cet enseignement soit effectif, il faut

qu'il tombe des lèvres d’un maître moral et reli-

gieux lui-même.

(1) Jules Simon. L'école, p. 105.

Pa

On pourrait ici, Messieurs, me faire une objection spécieuse. « Sans doute, me dirait-on, l'édu-

cation morale et religieuse est nécessaire à l'enfant,

mais ne peut-il pas la puiser ailleurs qu'à l'école? Ne peut-on pas réserver l'école à la formation intellectuelle de l'enfant, et laisser au temple et au prêtre la formation de son cœur? » Le souvenir de mes lectures va me servir encore ici, Messieurs, et * c'est un protestant, l'un des esprits les plus hauts et les plus fermes de notre siècle, qui va vous répondre pour moi. |

«On invoque un principe, écrit M. Guizot :

L’instruction civile et l'instruction religieuse doivent, dit-on, être complètement séparées; en laissant au clergé seul l'instruction religieuse. il faut placer sous la seule autorité laïque, l'instruction civile tout entière. Nous tenons ce principe pour faux et funeste, du moins dans le sens et l'étendue qu'on voudrait lui donner. En matière de hautes

sciences et pour les hommes, ou pour les jeunes …

gens qui touchent à l'âge d'homme, l'instruction

civile et l'instruction religieuse peuvent être com-

plètement séparées; la nature de ces études le com-

pe porte et la liberté de l'esprit humain l'exige. Mais

Ke

l'enseignement supérieur n'est que l’un des decrés le] le)

detout le système général d'instruction publique. De quoi s'agit-il dans la plupart des établissements, dans les écoles élémentaires, dans les écoles classi-

1 ques, et pour le plus grand nombre des enfants qui

y vivent et des années qu'ils y passent? Il s’agit

essentiellement d'éducation et de discipline morale.

__ Bonne en elle-même et par les richesses qu'elle

ajoute aux facultés naturelles de l’homme, c’est sur-

tout par son intime rapport avec le développement

moral que l'instruction intellectuelle est excellente.

Or, on peut diviser l'enseignement, on ne divise pas RE on peut limiter à certaines heures les

leçons qui s'adressent à l'intelligence seule, on ne

mesure pas, on NE cantonne pas ainsi les influences

qui s’exercent sur l'âme, notamment les influences

religieuses. Pour atteindre leur but, pour produire

leur effet, il faut que ces influences soient partout | présentes et habituellement senties. L'instruction . purement civile peut former l'esprit, elle ne nourrit et ne règle point l'âme. Dieu et les parents ont

seuls ce pouvoir. Il n'y a de véritable éducation

morale que par la famille et la religion; et, là où :

n’est point la famille, c'est-à-dire dans les écoles

publiques, l'influence de la religion est d'autant plus nécessaire. C'est l'honneur et le bonheur de

notre pays, que dans nos établissements d'instruc-

tion publique, cette influence soit en général puissante. Nous ne voyons pas qu'elle ait nui chez nous à l'activité ni au libre développement de l'esprit

humain, et en même temps, il est évident qu'ellea

grandement servi l’ordre public et la moralité indi-

viduelle (1). »

C'est chose si claire, ét qui découle si naturelle-

ment de la nature de l'enfant et de la conception.

native de l'éducation de l'homme, qu'il est malaisé de comprendre comment un esprit sain les puisse révoquer en doute, infiniment plus malaisé encore de s'expliquer comment on puisse énoncer, soutenir, formuler en système des principes contraires.

Et pourtant c'est ce que nous avons vu, c’est ce

que nous voyons encore, si pas dans notrepays, du

(1) Guizot. Mémoires pour servir à l'histoire de mon

temps.

moins chez des nations voisines !.. La passion aveugle à ce degré les hommes !.. Dans la lutte - incessante qu'ils livrent à l'Eglise, ils s'étaient dit :

« Arrachons-lui les enfants, nous aurons raison

d'elle. » et, sur les tables de la loi — de cette loi qui devrait être l'expression même de la justice — d'un doigt fébrile ils ont écrit : « l'école sera neutre... on n’y enseignera, ni Dieu, nila religion, ni la morale chrétienne, » mais cette morale en

l'air, ce feu-follet de morale dont je vous parlais

plus baut. Ils avaient le pouvoir et ce qu'ils avaient

écrit fut fait... Ils ne songeaient pas, les malheureux, que leur loi frappait non pas l’Église mais: l'enfant, le pauvre petit enfant du peuple, l'enfant des rues ?.. Que dis-je ? cet enfant, ils en faisaient une arme de guerre, une manière de boulet qu'on lance à l'ennemi. Ils ne songeaient pas que, dans vingt ans, cet enfant sera le peuple, le peuple la société, et ils jouaient ainsi d'un cœur léger, pour satisfaire des haines politiques, l'avenir de la société tout entière.

Un de nos plus grands poêtes, Ledeganck, dans un chef-d'œuvre : de ZinnelooZe, raconte qu'une

folle, un jour, saisit à travers les barreaux de sa

cage une petite fille qui l'avait approchée de trop

près. Elle la tira à elle, la prit dans ses deux bras, la serra sur sa poitrine et, farouche, la couvrit de . baisers fiévreux. La mère, distraite d’abord, quand elle vit son enfant entre les bras de la folle, jeta un cri terrible et se précipita comme une lionne..…. Mais la folle rugissant, prit l'enfant par les pieds et, comme une massue, le tourna en l'air autour de sa tête, prête à lui briser le crâne contre Îles murs !

Eh bien, cette épouvantable histoire nous l'avons vue, nous la voyons encore : l'impie, la folle, a voulu saisir l'enfant de l'Église. l'Église a jeté un cri terrible et, comme une lionne, au secours de l'enfant elle s’est précipitée. Mais la folle s'est roidie, elle aussi a pris l'enfant par les pieds ; comme nul et de nulle valeur, comme un vil outil de vengeance, elle l’a brandi en l'air... Ne m'arrêtez pas, Messieurs, s'il vous plaît; ne me dites pas que l'impiété n'a point voulu tuer l'enfant. Je le sais bien, elle est pleine de souci pour son corps, jamais peut-être elle n’a autant soigné le développement de ses muscles... Mais son âme ! n’a-t-elle pas voulu tuer son âme?.. Et que n'importent vos

leçons de gymnastique, si dans ces beaux corps,

€ it,

D | ï \ on dans ces muscles de bateleurs, vous ne me laissez

plus qu'une âme morte et fétide?..

Voilà donc le sort qui était fait à ces pauvres petits enfants des rues ! Pas de famille, je vous l'ai 1 ‘ » dit... et l'école homicide que je viens de vous , 1 dépeindre!.. Après la rue et ses lecons affreuses, is Te cette usine à dresser les muscles et les esprits, mais d'où le cœur, laissé en friche, sortait sauvage de et perverti !.. Que pouvaient donc devenir ces Ur petits abandonnés ?.. À quelle vie les dévouait- a Pi on. Quels hommes voulait-on faire de ces D cniants? ” Ro Mais vous étiez là, Messieurs !.. vous, les fils du Christ.

Devant ces entreprises du pouvoir contre le peuple, qu'avez-vous fait ? Qu'avez-vous fait pour. l'enfant des rues? Il vous restait une arme: la liberté, et vous l'avez saisie !.. | Vous avez créé, une à une, ces écoles libres, qui

ont surgi tout à coup sur tous les points de la patrie, depuis les grandes villes jusqu’au dernier hameau du plus petit village, et là, vous avez abrité le Christ que l’on chassait.. Vous avez fait ces grandes choses et, ouvrant au large les portes de ces bienheureux asiles, vous avez dit : « Laissez venir à moi l'enfant du peuple. » Oui c’est eux, ce sont les pauvres petits enfants des rues que vous appeliez... Car c'était pour eux que vous travailliez, Messieurs, ce n'était point pour vos enfants. Assez d'écoles chrétiennes s'ouvraient à vos enfants, et, si votre pensée ne s'était pas portée sur ces petits déshérités,.. qu'auriez-vous eu besoin d’en créer de nouvelles ? On ne l'a pas assez remarqué : dans cette grande œuvre, la plus grande peut-être que puissent enregistrer nos annales, il y avait plus qu'un mouvement de défense politique, 1} y avait surtout un immense élan de charité chrétienne, un profond et invincible amour du peuple! Vous avez sauvé ses enfants. Et en les sauvant, vous avez sauvé la société ?..

Au prix de quels sacrifiees, vous le savez

riches, vous avez versé l'or à flots;.. pauvres, vous y avez mêlé la goutte d’eau de votre obole:.… tous

vous y avez mis l'amour de votre cœur... A qui

sera-t-il donné un jour d'écrire l’histoire de tous les

dévouements éclos alors dans les cœurs chrétiens?.: Ces grands, découpant leurs parcs pour y dresser, a l'ombre de leurs vieux châteaux, l'école libre de Jésus-Christ... Ces quéteurs et ces quêéteuses, infatigables mais toujours écoutés, mendiant pour les petits enfants... Ces pauvres curés de campagne vendant leurs vins et, durant des mois, exilant de leur table le petit morceau de viande accoutumé de leur repas... Et ces pauvres servantes venant dire à leur maître : « Je n'ai plus de parents, je suis vieille, je n'ai besoin de rien ; prenez mes gages, je les donne à l’école de Jésus-Christ. » Il n'y a que Dieu, Messieurs, pour récompenser cet héroïsme. Mais Dieu est fidèle, et l'heure viendra.

Le dirai-je, il est déjà, me semble-t-il, une récompense bien douce qui vous est venue et qui doit avoir ému délicieusement votre âme!

Le peuple vous a compris : dans son bon sens natif, dans cet instinct mystérieux que Dieu a mis dans les entrailles du père et de la mère, il ne s'est pas mépris sur les choses. Il a laissé là ces écoles fastueuses, mais vides du Christ, et c'est chez vous, plus humbles, qu'il est venu ; c'est à vos mains que

ces mêres ont confié leurs petits;.. c'est sur votre

cœur qu'elles ont mis ce trésor qu’elles ne pou- …

vaient garder sur leur cœur. Et elles s’en sont allées confiantes et tranquilles, sachant qu'à leur place l'amour de Jésus-Christ veillait sur.

eux: \

Mais tout n'est pas fini! La folle n'abandonne

pas ainsi l'enfant qu'elle a tiré dans sa cage... Il reste une dernière arme à l’impiété vaincue.

N’avez-vous jamais vu ces grands lâches detreize

à quatorze ans, appelant à jouer de petits enfants

avec des sourires et des caresses. Si le petit refuse, ils insistent, toujours souriants et caressants. S'il

refuse encore, ils courent après lui et le battent.

L'impie, la folle va faire cela : ne pouvant saisir

l'enfant elle le battra ; elle le battra en lui refusant du pain...

Qu'est il arrivé? Ah! Messieurs, laissez-moi vous le conter dans les termes mêmes où je le contais, il

y a quelques semaines, à la vaillante jeunesse de

ie 4

l'Université de Louvain, je tiens à vous le redire,

car j'y vois l'immortel honneur d'Anvers, d'Anvers la grande, d'Anvers la généreuse, d'Anvers la croyante et la fidèle,

Cette mère qui vous a confié ses enfants, elle était pauvre. Elle voyait ses petits qui avaient froid,

qui avaient faim, qui étaient mal couverts; le tra-

vail de son mari, son propre travail ne parvenaient pas à satisfaire aux nécessités de la famille. Son

cœur refoula sa honte : humble et suppliante, elle

tendit la main à la bienfaisance officielle... Elle

trouva un commis aux écritures, personnage bien

payé, bien chauffé, bien nourri, jouant, à perfec-

tion, dans la machine administrative, le rôle d’un

engrenage sans cœur; bien vulgaire d’ailleurs et.

doué de cette impertinence faquine, qui semble de nécessité de moyen à ces plumitifs de bas étage.

Respectueuse, elle le supplia ! I] la regarda, l'écouta

distrait, puis il lui dit : « Donne à tes enfants les

maîtres que nous voulons, nous, et que tu méprises, toi, et alors nous te remplirons la main, tes petits n'auront plus ni froid ni faim; nous les vêtirons, nous les nourrirons. Sinon, non! tu n'auras rien pour eux, rien pour toi, ni viance, ni pain, ni

charbon, pas une sage femme si tu redeviens mère,

pas un médecin quand tes enfants seront malades, pas même un cercueil quand ils mourront ! | Choisis! » |

Elle n’a rien répondu, la mère, mais relevant sur ses yeux son tablier d'ouvrage, elle s'est mise à pleurer de grosses larmes bien amères et bien cui-. santes ! |

O larmes cruelles, Ô larmes bénies, ô larmes d'une martyre ! les anges vous ont recueillies dans leurs mains indignées, ils vous ont portées devant Dieu, et là, au pied de Jésus-Christ, le Dieu pauvre, fils d’un pauvre et frère des pauvres, là vous criez vengeance ! Ah ! vous serez entendues, et sur la conscience de mon pays, vous pêserez plus que tout le sang versé dans vingt guerres intestines.

Cédera-t-elle la mère? Elle est revenue, et ses. petits enfants sont rentrés de l’école, elle les a revus, frissonnants et affamés. Elle a revu son mari, elle lui a tout conté; muets, ils se sont regardés l’un l'autre, elle, dévorant ses sanglots, lui, morne et songeur.. Puis, tout à coup, par un éclair des yeux, ces deux âmes se sont comprises; saisissant dans ses deux mains, les deux mains de sa femme : « Non! non! s'écria-t-il, ils n'auront pas l’âme de

nos enfants!.. Nous souffrirons, nous mourrons s'il le faut, mais nous ne vendrons pas l'âme de nos enfants ! »

Le vieux crucifix de bois qui pendait à la chemià née de leur mansarde dut tressaillir d'’aise ! Voilà des cœurs chrétiens comme il vous en faut, Ô mon divin Maître, des cœurs dont le sang se mêle au sang de votre cœur. ‘ Vous le savez, Messieurs, ils sont ici deux mille huit cents ces pères, elles sont deux mille huit cents ces mères, qui ont dit: « plutôt mourir que de vous livrer nos enfants. » On a tenté, à Bruxelles, avec une fatuité pédante, de le nier... Mais, qui oserait le nier ici, à Anvers, devant vous qui connaissez ces malheureuses, devant vous qui les avez vues pleurer, devant vous qui avez séché leurs larmes ?

Ah! cest un magnifique spectacle ! et, je vous

l'avoue, lorsque, dans les rues, je croise une pau- vre femme, et que, dans ses yeux, je découvre cette sympathie respectueuse que le prêtre rencontre encore de nos jours dans les âmes fidèles, je me sens ému, mon cœur bat plus vite et je me découvre bien bas, bien bas, car je me dis que J'ai

} }, PA Ci ASE | | à ‘ #

peut-être devant moi, une de ces sublimes mar- …

tyres (1).

: (1) Je veux conserver en souvenir de cette noblesse et de cette grandeur d’âme du peuple, le relevé que voici, dressé …

sur place. TEE Re Familles à qui ont été refusés les secours du bureau de bienfaisance : A Paroisse Notre-Dame. 1...) LL 4100 228 familles. : » Saint André SR SET 574 »

#1 HrSainteJACQUES 34 LUN LOTS »

x ” Saint-Augustin et Saint-Georges . DOTE | » Saint-Paul et Saint-Charles. . . 113 n. ; EE ” Saint JOSEDH LR ONE TEE 1227419 4 e » Saint Laurent He es 139 s: 10 1 ©» Saint-Willebrord et Saint-Amand. 741 »

s » de Kiel e e e e e e e e e 180 59 É ù ToraL: 2,780 familles.

Û Mères auxquelles a été refusée l'aide d'une sage-femme : Paroisse Notre-Dame nor RENNES 48 mères. à 9 Saint-André e e e e e . e e e 54 LL ; ï ” Saint-Jacques RUN RUN 5 ” » Saint-Augustin et Saint-Georges . . 60 »

» Saint-Paul et Saint-Charles. . . . 31 »

Li] Saint-Joseph e e e e e % ° 0 e 40 LA 9 | Saint-Laurent e e . e e e e e 55 »” s c & t

» Satnt-Willebrord et Saint-Amand. . 78 »

n, 1e Rides rer nie RSS RCE A7 ht

TOTAL : :, 470 meêres.he

Ce pauvre petit enfant des rues, traqué, blessé,

abandonné, c'était comme ce voyageur sanglant de

mort le long du chemin. Toutes les autorités offi-

cielles de Jérusalem passent devant lui, l’une après 3 l'autre, elles le regardent et le laissent là. Vous | vous êtes approchés, vous, avec un cœur aimant et des mains pieuses; vous avez lavé sa blessure, vous

l'avez bandée, et, le prenant lui-même sur vos

Dour comme une mère porterait son enfant, vous l'avez porté sous l'abri de cette hôtellerie divine : l'école libre.

1 Il fallait de l’or à nouveau : il en fallait mettre à la place de cet or officiel qui ne prétendait payer que la vente des âmes.

Non, vous n'avez pas hésité ! Vous avez mis

votre or dans la main de cette pauvre femme rebutée, et votre courage dans son cœur ; vous avez donné, donné encore, donné toujours !..

Et maintenant, voici votre œuvre :

Grâce à vous, ce petit enfant va grandir dans la

foi et dans la vertu. Ce deviendra un homme dur au travail, fier à l'honneur, et dans l’âme duquel

toutes les vertus prendront place ; ce sera un

chrétien.

Il avait faim, le pauvre petit : vos aumônes le .

nourrissent, en allant au pauvre père, à la malheureuse mère qui ne lui peuvent plus gagner du pain.

Il était mal vêtu, il grelottait... vous travaillez l'année entière, Mesdames, pour donner à tout ce petit peuple le linge et les habits que ses

parents ne sauraient lui acheter, et, dans votre

charité ingénieuse, l’encourageant au bien, vous,

voulez que ces dons soient la récompense de son.

travail -et comme le laurier de ses premières victoires.

Et ce n’est pas tout, dans nos fières grandes villes, le pauvre, l’ouvrier, sont relégués à part, comme dans l'Inde les castes méprisées. Aux

riches, les vastes artères ruisselantes de lumière et

dé luxe ; au pauvre les ruelles étroites, tortueuses,

sombres, encombrées, malsaines : sont-ce là des frères sous un même ciel, des égaux sous une

même loi ?

Et comment un ferment d'envie ne bouillon-

__ nerait-il pas dans le cœur de ces relégués ? Mais vous avez pénétré dans ces rues, Messieurs de

__ Saint-Vincent de Paul ; vous avez gravi ces esca-

liers rapides, Mesdames, vous êtes montées dans ces mansardes. La soie de vos robes a frôlé la serge

de l’ouvrière ; votre main s’est rencontrée avec sa

main ; votre Cœur a compris son CŒUr ; VOUS avez

pleuré avec elle, vous avez souffert avec elle, et

elle a senti que son front, lavé comme le vôtre

dans le sang d’un même Dieu, lui avait fait des sœurs de toutes les chrétiennes, des frères de tous les chrétiens.

.Mais, vous avez fait plus que sauver cet enfant et, par lui, sauver le peuple : vous vous êtes,

sauvés vous-mêmes !

Qu'était-ce que la vie de la plupart d'entre nous, avant que ces créations multiples de la charité chrétienne : les écoles, les patronages, les cercles d'ouvriers, la visite des pauvres, les vestiaires et

tant d’autres, ne fussent venues la remplir ?

70 + L'ENFANT DES RUES. à.

faisiez votre Fee après quoi vous archi

à l'assaut d'une position; vous vous mariiez et, à

votre tour, vous éleviez vos enfants.

À tout cela mettons encore vingt ans.

Vous placiez vos garçons, vous mariiez vos …

filles, puis... durant le reste, vous vous reposiez,

en attendant l'heure où quelqu'un vint vous dire :

- « Frère ! il est temps de mourir! »

Était-ce la vie chrétienne cela ? Non ! Si pure et

si correcte qu'il vous plaise de l’imaginer, ce n est

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