‹ L'enfant du divorceChapitre 28 sur 88 · QUI A BU, BOIRA · texte numérisé non relu

QUI A BU, BOIRA

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Marion!... C'est d'elle que Ion parlait!... Le malheureux avait la tête en feu.

Le sang battait à ses tempes avec violence, répercutant avec force ses pulsations dans le cerveau.

Que faire?

Montrer cette lettre à Marion?

Non, il ne le voulut pas.

Si c'était faux!...

La jeter?... la brûler!... mépriser cette lâche dénonciation d'un inconnu?...

Pourquoi ?

Si c'était vrai!...

Alors, il fallait souffrir en silence, dévorer sa douleur, souffrir de son humiliation, subir le ridicule!...

Se rappeler le passé, cette horrible mystification, si la lettre avait dit la vérité.

Se reporter aux jours où il était si fier et si heureux, oii il se disait : « Admirez-la!... Elle est à moi! »

Comme ils devaient rire ceux qui savaient î

Un avait écrit cette lettre. Les autres n'avaient pas été aussi lâches, mais ils étaient sûrement aussi railleurs.

Ce qu'une personne savait, d'autres devaient le savoir aussi.

Ou bien fallait-il dissimuler, épier, surveiller, chercher la preuve, remonter dans le passé, comme on le conseillait?

Le passé !...

C'était si horrible que l'infortuné ne pouvait y croire.

Marion était pure, il en aurait juré.

Quels airs de vierge, quelle chasteté sous sa pure couronne d'épousée!... quelle naïveté, quelle innocence en son amour!

Gradignan se rappelait tout cela.

Alors c'était une comédie cynique qu'elle avait jouée!

Cela lui semblait impossible.

Si c'était vrai cependant ! . . .

L'habileté de la comédienne était elle-même l'excuse de la confiance de sa dupe.

Tout le monde s'y serait laissé prendre comme lui.

Mais qui donc pourrait le renseigner?

Où chercher?... Où s'informer?

Achille Gradignan avait connu toute la famille de sa femme, de dignes et honnêtes gens, incapables de n'avoir pas veillé sur elle avec la plus vigilante sollicitude.

M. Bernay, son père, chef de bureau au ministère, un brave homme dans toute l'acception du mot; sa mère, une bourgeoise simple, une provinciale sévère, morte assez jeune, trop tôt il est vrai.

Avaient-ils été trompés aussi?...

Il restait un oncle, le frère de M""' Bernay, le commandant Ramochot, en retraite, paralysé par les rhumatismes, habitant Gharleville, dans les Ardennes, lieu de sa dernière garnison.

Il assistait au mariage

Celui-ci ne devait rien savoir.

C'était tout ce qu'il restait de la famille.

Il y avait des amies de pension, mais bien peu, car Marion n'avait guère conservé de relations avec elles, qui appartenaient toutes à un monde plus élevé que le sien.

Ce n'était pas auprès de ces grandes dames qu'il était possible de se renseigner.

Les investigations sur le passé étaient impossibles.

Mais Gradignan relisait :

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