‹ L'enfant du divorceChapitre 88 sur 88 · CHAPITRE LXXVIII l'infirmerie do dépôt · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIII l'infirmerie do dépôt

E commencement du trajet fut silencieux.

Geneviève était plongée dans une syncope profonde. Jiây, Le docteur songeait à sa responsabilité.

11 pensait aussi, malgré lui, que grâce à la folie de la malheureuse femme, il était pour quelque temps débarrassé de ses soucis et alla.t pouvoir de nouveau tenter la fortune -le la dame de pique. Quant à Lebon, sa tâche était loin d'être terminée. 11 fallait que le misérable conduisît sa victime jusqu'au cabanon des

folles! .,^^, ...

Le complice de la belle Marion réfléchissait avec anxiété a ce qu il allait répondre à la marquise de Fleurance lorsque celle-ci reviendrait de son évanouissement.

La chose n'était pas sans l'embarrasser.

Non que l'hypocrisie du coquin ne se sentît de force à lutter avec avantage contre l'indignation ou le désespoir de sa victime, mais la présence du docteur Pauiard le gênait singulièrement.

Lemédecinnavait encore rien signé.

Le certificat constatant la folie de la marquise de Fleurance était

toujours à faire...

Il fallait donc à toute force éviter de réveiller la méfiance endorm.e

de cet indispensable auxiliaire.

Enfin, la préoccupation de l'agent d'afl-aires se traduisit par une

interrogation directe : . .• » i „„

Son état n'est pas grave, n'est-ce pas, docteur? questionna-t-il en

se tournant vers le « spécialiste».

Tiré de sa rêverie par la voix de Lebon, le docteur Pauiard se pencha vers la marquise et après avoir consulté son pouls :

- Non, répondit l'homme de lart ; rien d'inquiétant : la syncope va cesser d'un moment à l'autre.

L'agent d'affaires eut une grimace qui échappa à l attention du docteur ,°et prenant un air de commisération profonde.

— La pauvre femme, murmura-t-il en hochant la tète :

Quel désespoir si elle allait avoir un moment de lucidité et comprendre oij on la mène !

Elle serait capable d'avoir une nouvelle crise !

Elle est déjà si faible! Croyez- vous qu'elle y résisterait ■? consulta avec l'intérêt le mieux joué l'habile comédien.

Le docteur regarda attentivement la malade.

— C'est vrai, elle est bien délicate, dit-il.

— Quel malheur qu'on ne puisse pas lui éviter ce fâcheux réveil avant que « tout » ne soit terminé ! insinua Lebon.

Le « spécialiste » des colonnes lumineuses réfléchit un instant,

— La chose est possible et peut-être préférable, en effet, dit-il enfin en tirant sa trousse.

Et ayant trouvé ce qu'il cherchait, le docteur découvrit l'avant-bras de la marquise et à l'aide d'une seringue Pravaz fit à Geneviève une piqûre avec une solution d'hydro-chlorate et de morphine.

— Voilà qui va lui éviter de nouvelles émotions et nous permettre de terminer sans accident et sans danger pour la malade notre pénible tâche, dit le médecin en repliant sa trousse.

Vous avez, ma foi, bien fait d'y songer !

— Comment cela? 'interrogea curieusement Lebon en dissimulant un vif mouvement de satisfaction.

— Au moyen d'une simple piqûre de morphine, répondit le docteur Paulard.

M'"^ de Flearance en a maintenant pour un long moment avant de se réveiller, ajouta-t-il.

— Ma foi, docteur, j'avoue que ça me fait plaisir, dit l'agent d'affaires en poussant un véritable soupir de soulagement.

J'appréhendais fort une nouvelle édition de cette terrible crise à laquelle nous venons d'assister.

Au moins de cette façon évitons-nous à cette malheureuse femme la possibilité de retomber dans un état d'exaltation qui ne peut qu'aggraver son mal.

Le trajet s'acheva effectivement sans que la marquise de Fleurance sortît de l'insensibilité dans laquelle elle était plongée depuis qu'on l'avait relevée inanimée dans la cour du couvent de l'Assomption.

La voiture s'arrêta devant la maison habitée par le duc de Glamondans.

Lebon descendit aussitôt pour prévenir Denis.

Il trouva le domestique dans l'escalier.

Depuis le départ de la marquise, le père de Fernande Maurin ne tenait pas en place.

Sa haine impatiente s'exaspérait de ne pouvoir suivre que par la pensée toutes les péripéties de ce drame dont il se complaisait à développer les phases douloureuses.

Tout avait bien marché de son côté.

Pourvu maintenant que le docteur n'eût pas manqué au rendezvous!...

En voyant une voiture s'arrêter devant la maison et l'agent d'affaires descendre de cette voiture, Denis s'était précipité.

Dans l'escalier il s'était heurté à Lcbon.

Celui-ci avait mis un doigt sur ses lèvres pour recommander la prudence au valet de chambre d'Hubert, et, devinant l'impatience de son complice l'avait entraîné vers la voiture où gisait M°' de Fleurance.

— Elle est là... lui avait-il glissé à l'oreille; le tour est joué. Tout à l'heure je vous raconterai...

Aidé du jardinier, le docteur s'occupait déjà de descendre Geneviève de la voiture.

Les deux misérables se joignirent à eux, et au milieu des lamentations hypocrites de l'agent d'affaires et du domestique de confiance du duc de Glamondans, la marquise, toujours évanouie, fut transportée dans son appartement.

Lorsque le corps inanimé de la mère de Diane de Fleurance eût été déposé sur le lit, Lcbon invita le docteur Paulard à passer dans le cabinet du duc pour rédiger le certificat constatant la folie de la malheureuse femme.

Pendant qu'il écrirait, pour ne pas perdre de temps, l'agent d'affaires donnerait ses instructions au valet de chambre.

La femme qui faisait le service de Geneviève fut appelée, et, après qu'on lui eût donné quelques explications succinctes, laissée auprès de la malade, car il était prudent, au cas où le duc réclamerait une enquête, que l'on pût constater que rien n'avait été omis dans les soins à donner à M"' de Fleurance.

Tranquille sur ce point, Denis, ayant placé devant le docteur Paulard tout ce dont il pouvait avoir besoin pour écrire, entraîna l'agent d'affaires dans un coin du bureau.

Le père de Fernande Maurin n'avait pas été long à s'apercevoir que le collaborateur que Lebon s'était alloué pour la circonstance, était plutôt dupe que complice.

Aussi, quelle que fût la joie atroce qu'il ressentait, se e:arda-t-il de

'ioute réflexion compromettante pendant que l'associé de M"* Gradignan lui faisait le récit rapide des événements qui venaient de se passer à Auteuil.

— Maintenant, mon cher monsieur Denis, ajouta l'agent d'afl"aires avec un regard expressif, il est indispensable que vous alliez au plus tôt chez le commissaire de police.

Vous lui expliquerez l'urgence, et le prierez de la part de M. le marquis de Fleurance de vouloir bien se rendre ici sans retard.

Dites à ce magistrat, continua l'ignoble petit bossu en scandant sa phrase de manière à ce qu'elle fût bien comprise de celui pour qui elle était, dite, qu'il serait humain de profiter du sommeil presque cataleptique de M""* de Fleurance pour en terminer au plus tôt avec toutes les formalités.

— C'est bien votre avis, n'est-ce pas, docteur, ajouta l'agent d'affaires en se tournant du côté du docteur Paulard qui venait de terminer et de signer son certificat.

Muni des instructions de Lebon, Denis partit en courant.

Maintenant, seul dans la rue, il pouvait enfin laisser déborder sa joie!

Son plan infernal avait réussi!...

Seule, abandonnée de tous, car il avait su habilement éloigner Hubert, le dernier protecteur de Geneviève, la marquise ne pouvait lui échapper.

Dans quelques heures, la perte de l'héritière des Glamondins serait consommée !

Geneviève de Fleurance serait rayée du nombre des vivants!...

Et quelle existence désormais serait la sienne ! Mille fois pire que la mortl...

Jamais Denis, malgré sa haine, n'aurait trouvé celai...

Cette Gradignan était vraiment une femme de génie!..

Et un sourire atroce pinçait les lèvres du misérable!...

Au nom du marquis de Fleurance, le vaJet de chambre d'Hubert de Glamondans fut immédiatement reçu par le commissaire.

Ce fonctionnaire connaissait parfaitement le marquis qui avait eu affaire à lui au moment du vol des bijoux de M"* d^ Fleurance.

En homme du monde, il se montra fort affecté du malheur qui frappait cette famille.

Dans l'impossibilité de se rendre lui-même rue Meyerbeer, ayant pour le jour même une convocation du procureur de la République, il allait envoyer sans retard son secrétaire.

XM j

J^r-^-yy^..

\-^,.^Mir

Page 1