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NOR E RPR T
Mon père est un homme d’une grande valeur comme médecin et il connaît sa valeur. Il a été, pendant deux ans, interne des hôpitaux de Nantes et plusieurs fois lauréat de l'école. Or ce ne sont pas, d'ordinaire, les élèves les moins intelligents qui ‘obtiennent les prix.
Comme, de son temps, le titre de docteur ne signifiait pas grand’chose et que d’ailleurs il était trop pauvre alors pour se rendre à Paris, il s’est contenté du grade inférieur. Ses ennemis s’en sont servi pour le décrier dans l'opinion publique et pour lui opposer un jeune docteur tout frais éclos.
La place étant excellente, mon père a tenu bon ; et comme il avait déjà une certaine fortune, il se trouvait er, mesure de lutter. Il a eu raison de son concurrent; mais, dès ce moment, il se disait sans doute: Ah! c’est comme ça! Eh bien! je veux que mon fils soit docteur et même professeur dans une faculté. C’est un amour-propre qui s'explique facilement; mais qui m'a coûte cher à moi. Car en France, pour être docteur, il faut d’abord passer deux examens difficiles ; le baccalauréat-ès-lettres et le baccalauréat-ès-sciences, On peut ètre médecin sans être bachelier, mais non pas docteur. C'est absurde, mais C’est comme ça.
Il fallait donc, avant tout, que j'ubtinsse mes deux diplômes. Aussi mon plus grand péché, aux yeux de mon père, a toujours été de ne pas reussir dans les compositions. [l ne me pardonnait pas une mauvaise place, et j'avais beau m’épuiser pour le contenter, jamais je n’en faisais assez.
Passionné pour son art, ne voyant que la médecine, n’aimant que la médecine, il avait si bien amalgamé ses intérêts avec les miers qu’il n’ad-
mettait pas, il ne l’admet pas encore, que je pusse avoir une idée juste en dehors de lui. Pendant dix ans, il a poursuivi le méme but avec une ténacite incroyable et il ne me pardonnera jamais d'avoir fait échouer ses plans. Et moi je lui dirai toujours : pourquoi ne m'as-tu pas laissé suivre ma vocation |