‹ L'enfant et l'éducation [microforme]Chapitre 3 sur 25 · LES SITUATIONS FAUSSES · texte numérisé non relu

LES SITUATIONS FAUSSES

Je suis né en 1846. Ma vie ne présente rien de particulier jusqu’à l’âge de douze ans, époque où je reçus la première impression qui ait influé d’une manière sérieuse sur mon avenir. Avant cette époque je ne m'étais jamais occupé de rien; et cependant il me manquait quelque chose dont les petits enfants ont grand besoin pour que leur cœur puisse se développer à l'aise; il me manquait les tendresses d’une mère à qui, dans l’occasion, j'allasse confier mes peines et mes joies.

En revanche, j'avais une belle-mère qui, sans être méchante, ne m'a pas toujours assez ménage.

Aussi, faute d’épanchement, étais-je plus sensible que d’autres aux impressions religieuses, comme au reste à toutes espèces d’impressions. Je le suis encore. La moindre caresse me rendait heureux, la moindre injustice, le moindre froissement me révoltait déjà.

Avec un tempérament comme ça, dans les conditions où j'étais placé, il n’y avait que la foi qui fût capable de me dompter; mais il ne fallait pas me donner la foi étroite des jansénistes. Celle-là, loin d’être une force, est la plus grande des faiblesses pour les individus comme pour les peuples. Elle n'empêche pas le mal et elle empêche le bien.

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