‹ L'enfant et la vieChapitre 16 sur 34 · XXXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXXII PREFACE

a plantés dans le jardin de l'Église pour qu'ils y croissent et y fructifient; et vous, par la crainte, les menaces, les coups, vous les tenez dans une telle contrainte qu'ils ne peuvent jouir d aucune liberté. Ainsi comprimés à l'excès, ils accumulent dans leur sein, caressent et nourrissent des pensées mauvaises qui s'entrelacent comme des épines, et ils les entretiennent et les fortifient de manière à repousser opiniâtrement tout ce qui pouvait servir à leur correction. Comme ils ne sentent en vous aucune affection, aucune bonté, aucune bienveillance, aucune douceur à leur égard et qu'ils n'espèrent de vous aucun bon traitement, ils imaginent que vos procédés envers eux sont inspirés par la haine et l'irritation. Et, par un malheur déplorable, il arrive qu'à mesure que leur corps se développe, la haine et toutes sortes de mauvais soupçons croissent en eux et qu'ils sont inclinés et courbés vers le vice. Et comme personne ne les a élevés dans une véritable affection^ ils ne peuvent plus regarder personne que le sourcil baissé et avec des yeux de travers. Mais, au nom de Dieu, répondez-moi, quelle raison avez-vous donc de vous acharner ainsi contre eux? Ne sont-ils pas de la même nature que vous? voudriez-vous qu'on vous infligeât les mêmes

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traitements, si vous étiez à leur place? Passons sur ce point. Mais ne voulez-vous les former aux bonnes mœurs qu'à force de coups et de flagellations? Et avez-vous vu jamais un artisan se contenter de battre une lame d'or ou d'argent pour en faire une belle figure? Pour donner au précieux métal une forme convenable, taniôt il le serre et le frappe doucement à l'aide d'un instrument; puis avec des tenailles plus délicates il le saisit et le façonne plus doucement encore. Vous de même; si vous désirez que vos enfants soient ornés de bonnes mœurs, vous devez tempérer les corrections corporelles par une paternelle bonté, par une assistance pleine de mansuétude... Si vous vous mettez ainsi au niveau de tous vos enfants, vous faisant fort avec les forts, faible avec les faibles, vous les gagnerez tous à Dieu, au degré où il importe de le faire. »

Ayant entendu ces paroles, l'abbé se mit à gémir : « Oui, c'est vrai ; nous nous sommes trompés ; la lumière et la discrétion ne nous ont pas éclairés. » Et, se prosternant aux pieds du saint, il confessa qu'il avait péché (1).

(1}Eadmer, Vita Anselmiy Vih. I, cap. iv. Migne, t. CXXVUI, pp. 67-68. J'ai cité la traduction que donne M. Poréedanssa belle Histoire de l'Abbaye du Bec, t. I, p. 210-21'^. Cf. les beaux para-

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