‹ L'enfant et la vieChapitre 9 sur 34 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

Si j'avais été pensionnaire dans un lycée, le souvenir de mes études me serait cruel et je le chasserais. Mais mes parents ne me mirent point à ce bagne. J'étais externe dans un vieux collège, un peu monacal et caché ; je voijais chaque jour la me et la maison ^ et n'étais point retranché, comme les pensionnaires, de la vie publique et de la vie privée...

Rien ne vaut la vue pour faire comprendre à un enfant la machine sociale. Il faut qu'il ait vu, au matin, les laitiers, les porteurs d'eau, les charbonniers; il faut quil ait examiné les boutiques de l'épicier, du charcutier et du marchand de vin ; il faut qu'il ait vu passer les régiments, musique en tête ; il faut enfin qu'il ait humé l'air de la rue, pour sentir que la loi du travail est divine et qu'il faut que chacun fasse sa tâche en ce monde. J'ai conservé de ces courses du matin et du soir, de la maison au collège et du collège à la maison, une curiosité affectueuse pour les métiers et les gens de métier.

L'école domestique me futplus profitable encore. Les repas en famille... le dîner de chaque jour,

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avec la causerie familière, donne à Fenfant le goût etrintelligence des choses de la maison, des choses humbles et saintes de la vie... Oh! la bonne école, que l'école de la maison !

Suzanne a accompli ce soir le douzième mois de son âge, et, depuis un an qu'elle est sur cette vieille terre, elle a fait bien des expériences. Un homme capable de découvrir en douze ans autant de choses et de si utiles que Suzanne en a découvert en douze mois, serait un mortel divin. Les petits enfants sont des génies méconnus; ils prennent possession du monde avec une énergie surhumaine. Rien ne vaut cette première poussée de la vie, ce premier jet de Famé.

Concevez-vous que ces petits êtres voient, touchent, parlent, observent, comparent, se souviennent? Concevez-vous qu'ils marchent, qu'ils vont et qu'ils viennent! Concevez-vous qu'ils jouent? Cela surtout est merveilleux, qu'ils jouent, car le jeu est le principe de tous les arts. Des poupées et des chansons, c'est déjà presque tout Shakespeare.....

— On n'apprend pas en s'amusant.

— On n'apprend qu'en s' amusant, répondis-je.

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